LIVRE QUATRIÈME
même là, que l'ouvrier rapportant tout, sincèrement tout, à son mattre.
Nous arrivons à la fin de notre tâche, car nous avons déjà raconté les années qui lui restaient à vivre après 1889.
La mort né pouvait le saisir à l'improviste ; quand il y aurait moins pensé comme chrétien, la rude voix des maladies l'aurait tenu presque constamment averti. On pourrait, avec ses lettres et celles de ses amis, reconstruire la triste chronologie de. ses maux. 11 n'entre presque jamais dans les détails ; une ^eule de ses lettres y est consacrée tout entière, mais c'est une espèce de mémoire que ses amis l'obligèrent d'écrire aux médecins de Montpellier, déjà consultés par eux à son insu. Partout ailleurs, s'il touche ce sujet, c'est en passant. Il ne dira pas de la douleur, comme le stoïcien, qu'elle n'est pas un mal ; mais il ne lui fera jamais l'honneur de lui consacrer plus d'une phrase ou d'une moitié de phrase. Lors de sa rupture avec M. de Falais, devenu l'ami de Bolsec : a Je vous écris la présente, lui dira-t-il, comme ni'apprôtant de comparaître devant Dieu, lequel m'afflige derechef d'un mal qui m'est comme un miroir de la mort devant les yeux. » D'autres fois, ce sont les registres du
Conseil qui nous fournissent occasionnellement quelques données. En janvier 1S46, le Conseil est informé « de la maladie de M. Calvin, lequel n'a pas de quoi^ » et lui alloue dix écus. Calvin les refuse. Alors on décide d'acheter, avec ces dix écus, un tonneau de bon vin qui sera porté chez lui, et on exprime le désir «que M. Calvin le prenne en bonne part. » Calvin, pour ne pas choquer Messieurs^ accepte; mais il emploie ensuite dix écus de son sal£^ire « à soulager les plus pauvres ministres. » En 1856, comme il devient extrêmement frileux, on lui envoie du bois de chauffage ; il insiste pour le payer, mais le Conseil refuse. En 1560, c'est encore un tonneau devin, attendu ce qu'il n'en a pas de bon, » dit le registre, et, cette fois, Calvin accepte. Des historiens ont eu le triste courage de lui reprocher ces quelques cadeaux à lui offerts pendant un ministère de vingt-six ans, et presque tous refusés ou payés, bien que motivés, tous, par sa santé déplorable. Mais que n'a-t-on pas incriminé chez Calvin? Il est douteux qu'on pût nommer un seul homme * dont la vie ait été plus obstinément noircie dans ses plus minimes détails ; et à côté de tant d'infamies racontées sur la cause de ses maux, on comprend que d'autres historiens se soient crus modérés en ne l'accusant que de les avoir exploités pour s'attirer un peu de bon vin ou d'argent.
Il refusa encore, pendant sa dernière maladie, le trimestre qui lui était apporté. Il ne l'avait pas