‹ Cambo et ses alentoursChapitre 13 sur 17 · CONCESSION A PERPETUITE · texte numérisé non relu

CONCESSION A PERPETUITE

Le récit de la mort du comte Alfred de Stolberg m'a entraîné, mon cher Théodore, beaucoup plus loin que je ne pensais. Je repousse néannK)ins l'idée qu'il ait pu vous fatiguer.

Je me disposais à partir de Sare, quand on m'a parlé d'une grotte remarquable dont j'ignorais l'existence, et qu'on voit au pied d'une montagne taillée à pic. 11 était trop tard, pour penser à l'aller

visiter. Son entrée, m'a-ton dit, est en forme d'arc surbaissé d'environ vingt mètres de haut, sur quarante à quarante-cinq de large. Il en sort un petit ruisseau, qui se hâte d'aller porter ses eaux dans le lit d'un autre ruisseau, son voisin. Cette grotte a plus de 4 kilomètres de longueur : on a beau s'armer de torches et de flambeaux ; en dépit de la lumière qu'ils donnent, on se sent environné de ténèbres épaisses qui se prolongent dans le lointain. On rencontre çà et là d'énormes colonnes de stalactites qui semblent avoir été posées là tout exprès pour soutenir la voûte immense qui couvre ces cavités profondes. De cette voûte tombent des gouttes d'eau, dont la chute forme un bruit régulier et monotone, qui porte la tristesse dans l'àmc au sein de l'obscurité. Là, comme dans la grotte d'Isturitz , on trouve un nombre incroyable de chauve-souris : elles sont accrochées à la voûte par les pattes, et se tiennent ainsi suspendues la tête en bas ; elles paraissent engourdies par la fraîcheur de l'air intérieur.

Je regrette , mon cher Théodore , de n'avoir pu pénétrer dans une grotte si curieuse à voii^; je vous en aurais fait une description plus détaillée.

Adieu, mon ami, je vous embrasse de bien bon cœur.

Jules.

EXCURSIOR ER ESPAGRE.

Cambo, le 15 Juillet 1858.

Ma journée d'hier a été , mon cher Théodore , une des mieux employées depuis mon arrivée aux eaux. Quand on est à Cambo^ on se trouve trop près de l'Espagne, pour ne pas éprouver quelque désir de pousser une pointe dans ce pays. C'était précisément mon cas. J'avais formé depuis plusieurs jours le projet de franchir la frontière et de me rendre au plus prochain village du territoire espagnol ; il s'appelle Urdache. La route est belle presque partout, et la distance n'est que de 16 à 17 kilomètres. Au reste , les circonstances m'ont servi à merveille dans cette occasion. Ainsi, j'avais rencontré dimanche au soir un vérificateur de la douane d'Ainhoa , où se trouve le dernier bureau de ce côté de la France. Je m'informai auprès de lui des formalités à remplir pour passer la frontière avec mon cheval ; et il m'assura qu'elles se réduisaient à fort peu de chose, que je n'avais qu'à me présenter et qu'on me donnerait toutes les facilités désirables.

Je suis donc parti hier matin pour Urdache par

un temps délicieux. Le soleil brillait de tout son éclat au milieu d*un ciel d*azur, et une légère brise tempérait l'ardeur de ses rayons. A peine ai-je passe le bourg d'Espelette, que je me suis trouvé au milieu d'un admirable paysage : c'étaient partout, le long delà route, des habitations, de vertes prairies, des bois de chênes et de châtaigniers, des ruisseaux murmurants, des champs couverts de riches moissons. Je voyais à ma droite le village de Souraïde, dont la blanche église m'apparaissait près d'un gi*aupe de maisons, au sein d'une campagne fort bien cultivée. Pendant l'espace d'environ 3 kilomètres, le chemin, qui conduit d'Espelette à Ainhoa, monte en serpentant sur le flanc des collines; et durant tout le temps qu'on met à le parcourir, le premier de ces deux bourgs, dès que vous vous retournez, se montre à vous dans une position charmante. Mais lorsque vous avez atteint le point culminant de la route, il faut lui dire adieu en le saluant d'un dernier regard; et vos yeux aperçoivent presqu'aussitôt le joli village d' Ainhoa, vers lequel vous descendez pendant à peu près 3 autres kilomètres. Presque toutes les maisons, qui te composent, sont agglomérées en un seul groupe, et l'église, qui les domine, semble s'élever au-dessus d'elles comme pour les protégé. Les alentours du village sont cultivés avec beaucoup de soin et d'întellig^ce ; ce sont des terres remarquables par la beauté de leurs produits.

EU arrivanl au village , je suis descendu chez M. Martin Hiriart, un de ces hommes chez qui on est toujours sur de rencontrer une aimaWe et cordiale hospitalité. L'ainée de ses demoiselles se disposait à se retirer des eaux de Cambo précisément quand j*y suis venu. Elle avait été atteinte d'une affection de la poitrine très-grave, et les hommes de Fart avaient manifesté de vives inquiétudes sur son état. La jeune malade toutefois ne désespérait pas de la conservation de sa vie ; elle manifesta un extrême désir de recevoir la visite d'un des médecins le plus en renom de nos contrées, qui demeure à Bayonne. Le docteur consentit à se rendre à Ainhoa, indiqua le traitement à suivre, et, au bout de quelque temps, M"« Hiriart se sentit en état de se lever de la triste couche où elle était étendue depuis près de deux ans. Quand ses forces commencèrent à revenir, elle fut envoyée par le docteur aux eaux de Cambo. C'était à la fin de l'automne dernier. Elle y resta un mois entier, jusqu'au moment où les premiers froids annoncèrent l'approche de l'hiver. On ne peut dire la transformation qui s'opéra en elle durant ce court espace de temps. Cette jeune personne était devenue méconnaissable, mangeant, buvant, riant, marchant, faisant d'assez longues promenades; elle était au comble de la joie, et sa famille avec elle; il semblait à celle-ci que ce fut comme une résurrection de la mort à la vie. C'est pour con-

solider le rétablissement de sa santé, qu'après avoir, passé doucement Thiver, M"« Hiriart est allée de nouveau à Cambo durant ce printemps; elle attend l'automne prochain pour y retourner encore.

Pendant que je me réjouissais de sa guérison avec elle et sa famille, M. Hiriart s'occupait des formalités à remplir au bureau de la douane, et il faisait préparer un cheval pour m'accompagner lui-même à Urdache. Bientôt après nous cheminions côte à côte sur la route d'Espagne, qui est assurément l'une des plus pittoresques et des plus agréables que j'ai parcourues. Un pont de pierre, jeté sur un gros ruisseau, sert de limite aux deux États; c'est ce qu'on appelle le Pont de Dmic}iaria. Ce ruisseau prend sa source en France, va joindre au-dessous du pont un autre ruisseau qui vient d'Espagne, et tous les deux réunis forment une petite rivière, que l'on nomme la Nivelle. Celle-ci longe le territoire d'Ainhoa, baigne celui de Sare, traverse la commune de StrPé recueillant çà et là divers courants d'eau sur son passage, commence à porter bateau à Ascain, et se jette à la mer dans la ville de St-Jean-de-Luz, à qui elle prête son lit pour en faire un port. Ces deux ruisseaux sont très-poissonneux ainsi que la Nivelle; ils fournissent surtout une grande quantité d'excellentes truites. La nuit précédente, m'a dit M. Hiriart, avait été très-favorable aux pêcheurs, parce qu'elle avait été fort claire avec un

ciel bien étoile ; la pèche avait été abondante, et, à notre retour à Ainhoa, nous trouverions sur notre table de bonnes et fraîches truites. 11 ne se trompait pas, comme je l'ai bien reconnu quelques heures plus tard.

Le bureau de la douane française était, il y a quelques années, à l'avancée près du pont de Dancharia. Mais la crainte de quelque coup de main hardi, et le peu de commodités qu'offre ce lieu isolé, ont déterminé l'administration à le faire reculer jusqu'au bourg d' Ainhoa, où on l'avait placé dans l'origine. Au delà du pont se trouve un poste de carabineros ou douaniers espagnols. Au bruit des pas de nos chevaux, ils sont tous sortis "à la fois de leur corps-de -garde pour nous voir passer; ils ne portaient point de carabine dans les mains pour nous coucher en joue; mais en revanche ils étaient armés de l'immanquable guittare espagnole , qui leur sert à charmer les ennuis de leur âolitude par la musique et la danse. Ils se sont au reste comportés en fort honnêtes gens envers nous. Afin d'éviter toute question superflue de leur part, nous leur avons adressé les premiers la parole, et nous leur avons dit que nous allions jusqu'à Urdache, d'où nous serions de retour au bout de deux heures. — Bien, bien, Senores, biien paseo. — Bien, bien, Messieurs, bonne promenade. Nous avons accepté le souhait des carabineros qui nous a paru d'heureux augure, et nous avons poussé joyeusement en avant.

Nous venions d'entrer dans la magnifique route qae b province de Navarre a fait percer à travers la chaîne des Pyrénées, pour aller de Pampelune en France. Elle est bien construite , Wen entretenue, et bordée des deux côtés de jeunes arbres d'une belle venue. A un kilomètre et demi de la frontière, elle s'écarte du chemin d'Urdache, commence à s'élever avec la montagne d'Oxondo, va toujours en montant pendant au moins une heure et demie pour atteindre son sommet, puis redescend jusqu'à sa base, où elle pénètre dans la riche vallée du Baztan, qu'elle parcourt dans toute sa longueur. Les ingénieurs, chargés des études pour la construction de cette route, avaient voulu la faire passer par Urdache, ce qui l'eut rendue moins rude à monter. Mais les habitants s'y opposèrent avec une énergie qui l'emporta sur la volonté des ingénieurs ; et ce chemin prit la direction assez pénible d'Oxondo.

Comme nous passions près d'une petite maison située sur le bord de la route, un homme en sortit pour nous inviter à payer le droit de la chaîne, ou de la cadena^ comme disent les Espagnols.

C'est une contribution qu'on lève sur tous les passants à l'exception des habitants du pays, et qui devient plus considérable pour ceux qui ont cheval ou voiture. Le chemin est toujours libre, taiît que dure le jour; mais pendant la nuit on étend en travers une grosse chaîne de fer, qui arrête la circulation et empêche qu'on ne passe sans avoir

acquitté le droit. C'est cette chaîne de fer qui a donné son nom à la contribution dont je parie. II y en a, m'a-t-on dit, jusqu'à sept dans la Navarre : elles doivent faire entrer de fortes sommes d'argent dans la caisse de la province, si c'est là dedans que sont versées, comme on me l'a assuré, toutes celles qui sont perçues par cette voie. Le droit de la cadena n'est pas du reste un droit fort élevé; nous n'avons eu à débourser que dix centimes chacun pour l'aller et autant pour le retour. Un peu plus loin, M. Hiriart m'a montré un vieux chêne rabougri qui porte encore les marques presque effacées d'une croix, que l'on grava jadis sur son tronc rugueux; et, en me le ntontrant, il m'a cité un usage qui rappelle bien la foi religieuse si vive encore de la catholique Espagne. Ce chêne, ainsi marqué d'une croix, se trouve planté à l'endroit d'où l'on commence à apercevoir l'église du village. Aucun habitant du pays ne passe près de l'arbre sans le toucher do la main et sans se signer: c'est le salut de l'arrivant au Dieu qui, du temple rustique, veille sur les habitations d'alentour. Pas un d'entr'eux qui, «'éloignant vers la France, ne s'arrête en ce lieu pour se retourner vers l'église et se signer encore de la main qui a touché l'arbre : c'est, dans la pensée de ces braves gens , comme le dernier adieu du voyageur, qui demande au Tout-Puissant aide et protection pour le temps du voyage et pour l'heureux retour. Quoi de plus touchant

que cet usage si simple et si naïf, qui élève l'hom- Oie, cette fragile et chétive créature, jusqu'à son Dieu et le met en communication avec lui?

Une longue colonne d'une fumée épaisse, que nous voyions à notre droite monter vers le ciel, semblait vouloir nous indiquer dans le fond d'un vallon la maison où naquit ce Pierre Axular, dont je vous ai entretenu précédemment; elle porte encore, comme il y a trois cents ans, le nom d'Axularréa, Nous distinguions son toit rouge parmi ceux de quelques autres habitations qui en sont voisines. Ce n'était pas le désir, mais le temps qui nous manquait, pour visiter le lieu où s'écoula l'enfance du savant moraliste basque. Nous nous sommes contentés de le saluer de loin , et nous avons poursuivi notre route vers Urdache, où nous descendions de cheval à dix heures du matin.

Le village est situé dans un vallon au pied d'une montagne taillée presque à pic, que les uns appellent Azcar, ce qui, en langue basque, veut dire Robuste, et les autres Gazleluco-harria, mot composé, qui signifie la Pierre ou le Rocher dît Château, Le sommet de la montagne paraît avoir été aplani par la main de l'homme, pour recevoir quelque édifice. Cette particularité, jointe à la dénomination de Pierre ou Rocher du Chdr teaUy me fait penser qu'il a dû exister autrefois en cet endroit un chàteau-fort pour la défense de la contrée. A la suite de cette montagne, s'élèvent plusieurs autres , qui , rangées en forme de

defni-eercle, protègent le village contre toos les vents, ne laissant le passage ISbre qu'à celm dû Nord, qui envoie son souffle pendant Télé p£Hït rafraîchir Tatmosphère embrasée par les rayons brûlants du soleil. C'est sans doute cette dernièï^ circonstance qui a donné naissance à un diciton vulgiaire bien connu dans ce pays : Ce que k Français nous envoie de meUleur, c'est le souffle du Nord (1). Il ne me semble pa», mon cher Théodore, que le dicton soit très-flatleur pour notre patrie. MaÎB quan4 oiv song^ que, durant i^ guerres de la République, les Français incendièrent le malheureux village (fUrdache, et qu'à peu près toutes les maisons devinrent la proie des flammes, on comprend que les habitants ne se montrent pas très-satisfaits de nous. Bon nombre d'habitations sont agglonaérées auprès de Féglise et de l'ancien couvent des Prémontrés dont une grande partie est encore debout; les autres sont disséminées çà et là dans le vallon, qui est très-fertile et produit chaque année de riches moissons en froment et en blé d'Inde. La population de ce petit village ne s'élève qu'environ à 700 âmes.

Il y avait autrefois à Urdache beaucoup de vie et d'animation : c'était à l'époque où la grande

(!) Francesac igcrUan darokun gauzctrio oôet'éWéi, ifmra dngu,

route du Baztan n'était pas encore construite. L'unique chemin, qui de Pampelune menait à Bayonne, traversait cette localité. Alors on voyait presque journellement de longues files de mulets, attachés à la suite les uns des autres, descendre des montagnes de la Navarre, conduits par ces muletiers espagnols que Ton nomme arrieros, pour porter en France des balles de laine , des réglisses , et quantité d'autres marchandises. Or, bien souvent, ces arrieros s'arrêtaient, soit en allant, soit en revenant, dans les auberges du village , où les habitants trouvaient un facile .emploi de leurs denrées et de beaucoup d'autres produits, ce qui les aidait à vivre dans une douce aisance avec leurs familles. Ce furent les beaux jours d'Urdache. Mais depuis, la grande route du Baztan , en prenant la direction de la montagne d'Oxondo, a détourné vers un autre point le courant des voyageurs et des marchandises; et Urdache est aujourd'hui complètement privé de vie; on n'y trouve même pas un simple bureau de douane. Et, chose singulière, ce sont les habitants eux-mêmes, qui ont procuré un si fatal résultat, en s'opposant, ainsi que je vous l'ai dit, à ce que la grande route passât au milieu d'eux. ' Voilà pourtant où conduit une idée fausse, quand on s'y abandonne. En effet, les habitants d'Urdache, en entendant qu'uneroute allait couper en deux leur joli vallon, et leurs fertiles champs, et leurs vertes prairies, ne purent supporter

une telle pensée : leur esprit se révolte à la seule idée qu'elle va prendre de leurs terres la largeur de quelques mètres; et tout aussitôt ils se mettent à pousser une clameur si haute , a faire des démarches si actives, qu'ils obtiennent que le projet soit abandonné, qu'un autre plan soit dressé ; enfin que l'on porte plus loin le malencontreux chemin. Ils réussissent donc au gré de leurs désirs. Mais aussi dès le jour où la nouvelle route est livrée à la circulation, la source, qui jusqueslà avait vivifié tout le village, se trouve subitement tarie. Plus d'arrieroSy plus de longues files de mulets chargés de marchandises, plus de facilité pour l'écoulement des produits , partant plus de bénéfices ni de douce aisance , ni par conséquent d'abondance dans les familles. C'est alors seulement que l'on reconnut la faute qu'on avait commise. Aujourd'hui on travaille à la réparer, et on espère en venir à bout> non pas entièrement, c'est impossible , mais au moins en partie. On se propose pour cela de créer un embranchement qui mettrait Urdache en communication avec la grande route, et y attirerait un certain courant d'affaires et de voyageurs.

Ce village, comme beaucoup d'autres villes et villages d'Europe, doit son existence à un couvent de moines. On sait que là où les moines allaient fonder un monastère et une église, on voyait bientôt s'élever des maisons , se former des paroisses, quelquefois des cités florissantes. Ce

fvureiU, mVtxon dit» deux disciples de saint Norbert, qui viweot j^ter les foodements <te Tabbeye tf Urdache. Certes ils ne posaient dioisir un ettdroit plus retiré niplw propre au recueilleinent: il était tout environné de boi^ ^ de montagnes ; le pays lui-même ptait généralement fort, mal peuplé, les habitations très-éloignéesles unes des 'autres. Une fois établis en ce lieu» ils se mir^t à abâitre les arbres, à ctdtiver le sol , à te couvrir de pâturages ei de raoisaons. Bs entretinrent avœ le plus grand soin dans les environs d*imnianses forêts, tandis que presque pmrtout on tendait à les détruire sans inteUigenoe. Mais en même temps Us songèrent à utiliser le combustible qu'ils possédsôent. Uœ forge considérable fut bâtie , et tes bois soauHâ i des eoupes réglées pour le service de Tusine. La fabrication a été très-active dans cette forge pendant ptasieiirs siècles. On demandait aux excellentfs mines de ter de b Biscaye de graodes qua^tâtés de minerai, que ks urnssems. Hmrehaods veoaîeofft débarquer an port de Saîru- Jean-^de-Lua. De là, des beteaux, quiremoDÉafent la Nivelle, les apportaient à Ascain, où des bouviers allaient les prendre pour les transporter jusqu'à la f^rge. Ao resite ceiunerdi, converli en 1er, n'était pas seulement destiné à fournir Uniacbe ec tes liecalités cinconvojsines d'inslruoiaics ^ labourage et d'autres ustensiles; mais encore, après l'avmr réduit en barres, on es expédiait de nombreuses cbarrottiea chargées pmr ia viHe

de Bayonne, où on le travailfeil dans les irteBers pour être livré au cammcarce de détail et servira l'approvisionnement du pays.

L'abbaye- d'Urdaehe était crossée et mitrèe , c'est-à-dire, que Tabbé, dans une procession, avait le droit de faire porter une crosse devant lui, et de mardier une mitre en tête. II avait sous sa juridiction plusieurs paroisses, dans lesquelles il envoyait ses religieux pour y remplir les fonctions de curé , quoiqu'il ne portassent que le litre de vicaire. Quelques-unes de ces paroisses, telles que Cambo, Ainhoa, Larressore, étaient sur le territoire français ; elles ne furent soustraites à son autorité spirituelle qu'à l'époque où Philippe II, guidé par des vues politiques, trouva moyen d*enlever au diocèse de Bayonne, poui' la donner à celui de Pampelune, la partie de ce m^e diocèse qui se trouvait en Espagne. L'abbé de ce couvent assista en 1370 à la conclusion de l'alliancô offeû" sive et défensive qui f^t faite cAti>e le& rois de . Navarre et d'Aragon contre celui de Casiille, ei; il jura , ainsi que plusieurs* autres seigneurs et prélats, rcJ)servâition de ce tjraité; ce qui ma donne lieu de penser que dès lei^a il jouifisaiè d'une grande prééœioeaee.

Il y a vingt-cinq, ans environ , mon . cher Théodore, que j'allai pour la première fcis au monastère dUrdache. Je conserverai toute ma vie le souvenir de l'hospitalité affectueuse et ton-

chante que j'y trouvai auprès du P. Elizalde (1), qui en a été le dernier abbé.^Tout vêtu de blanc des pieds à la tête, assez petit de taille, une physionomie aimable, quoique sérieuse, des yeux fatigués par le travail au point de devoir les abriter sous des lunettes, des manières simples et presque timides, tel était à l'extérieur le P. Elizalde. Mais sous cet extérieur assez peu remarquable , quels trésors ne cachait-il pas ? Théologien profond, excellent casuiste, possédant la plupart des langues de l'Europe , sans cesse au courant du mouvement philosophique et littéraire , le P. Elizalde était un vrai puits de science. Et cependant, avec tant de savoir, il était d'une humilité à confondre les esprits les plus intrépides. De quel sentiment d'admiration n'étaisje pas pénétré, lorsque, dans les deux jours que je passai à Urdache , je Tentendaîs discuter les questions les plus relevées avec autant de modestie et de simplicité que d'érudition et de logique ! Il me semble le voir encore debout à côté de moi, les yeux baissés, élevant à peine la voix, et s'exprimant sur toute chose avec une justesse d'idées et une modération de langage, qui rehaussaient infiniment son mérite à mes yeux, La vieillese du P. Elizalde devait être éprou-

(1) C'était ainsi que rappelaient généralement les Français, tandis que les Espagnols le nommaient simplement I). Elizalde.

vée par un bien cruel événement. Le gouvernement espagnol prononça Tabolition des couvents d'hommes, et certes celui d'Urdache ne pouvait pas plus échapper que les autres au coup fatal qui les frappait tous à la fois. L'antique abbaye fut donc confisquée, la plupart des religieux forcés de quitter le monastère, et les biens, mis à l'encan , furent vendus à vil prix. Le vénérable vieillard assista, le cœur navré de douleur, aux scènes désolantes qui se passèrent alors; et, quand il vit ses religieux sur le point de se disperser, il en retint trois auprès de lui , et resta pour continuer avec leur assistance de donner les secours religieux aux habitants d'Urdacbe. Mais, lorsque ses forces vinrent à l'abandonner, alors, accablé d'années et de tristesse, il se retira des lieux où il avait si longtemps vécu et alla mourir au sein de sa famille. Ses trois compagnons l'ont suivi successivement dans la tombe. Le dernier d'entr'eux, D. Erizé, est mort durant le printemps de cette année , û a été le dernier représentant de l'antique abbaye des Prémontrés d'Urdache.

Je viens de visiter, mon cher Théodore, ce couvent jadis si florissant. Une partie sert de logement à des employés d'administration ; une autre a été réservée pour celui du curé, et enfin, une trx)isième a été détruite. Mais où sont ces religieux que j'y ai vus autrefois ? Où est ce P. Élizalde, si affable, si simple, et en même temps si instruit ? Tous dispersés, tous morts les uns après

les aoUrea, Et ces feriiies jardifis» si fiches m hemx prodoHs, qu'ils sont différents de œ qu'ils fureatl Et ce cimetière, qui recevait les eorps des religieux trépassés, si bien entreftenu, sibia» aroé de fleurs, vivantes images de la cooroom du Ciel ? Hélas 1 tout envahi par les herbes sa^tva^ ges« du milieu desquelles s'élèvent ^skoh quel-> ques rosiers fleuris, quidisparaitront comme tout le i^este. £t cette forge, ou régnaient ractivité, le ti'^ait, qui^donuatt le pain à plusieurs famiOes? Fermée, solitaire, toixibauten ruines. Et les habi* tants d'Urdaehe et des localités voisines en soat^ ils plus heureux n)aij;y.enant? Ëux-«mémes savent bien que non; et ils ne Taunient pas su, que ces dernières années de disette le leur auraient sirfSsiamment appris. Du temps des laoînes, Fouvrier pauvre, l'indigent, étaient assurés de trouver toujours auprès d'eux^ outre de bons conseils et des encouragements, le pain nécessaire à leurs familles. Ai\|ourd'bui ils n'ont plus où recourir. Les hommes qui font la guerre aux couvents au nom delà pbilantcicpie et du progrès, croyez^e bien, mon cher Théodore, ne sont pas aussi amis du progrès et de rhumanité qu'ils iM*é(€sv}eat l'être.

J'ai revu l'église du couvent, devenue aujour»d'hui église de la paroisse. On se pré|)are à y exé* cuter de grands travaux d'embellissement. Celui des religieux Prémontrés, qui a survécu à tous les autres, D. Erizé, a laissé pour cela des fonds

afifiez i;9£m)érsd)les à ia disposition de D. Martin Fdgoûga, frôre da beoqoier ; c^eBi xjm dsrwève nwarq^e d'affection qu'il a désiré donner m mou* rant à Véf^ÉBG àa couvrit auquel il avait appartefiu. •

Le curé du village a bien voulu m'acconiqaagner dans cette visite; ii est to«t jeune, ne se trouvait dans sa paroisse que depuis le commencement de la semaine, et paraissait fort content de sa nouvelle position. Ce jour-là trois ou quatre ecclésiastiques des environs étaient arrivés pour lui souhaiter la bienvenue, et quelques habitants du lieu, s'étant réunis sur la place qui est attenante à l'église, on avait organisé un partie de paume. Tous ces Messieurs nous avaient accueilli, M. Hiriart et moi, avec la plus grande affabilité ; il y en a eu même qui nous ont pressé de dîner avec eux. Comment aurions-nous pu 'accepter leur invitation, mon cher Théodore, quelque honnête qu'elle fut, puisque M. Hiriart m'avait déjà prévenu que d'excellentes truites nous attendaient à Ainhoa. Il parait au reste qu'on en mange de non moins bonnes à Urdache.

Au sortir de l'église, nous avons considéré quelques instants avec intérêt la partie de paume qui se jouait. Puis, accompagné du curé et de M. Hiriart, j'ai fait une visite plus courte que je n'aurais voulu, à Fexcellente M"»« liîarra , d'Elizondo, qui se trouvait par hasard à Urdache, et que j'avais connue pendant son émigration en France,

lorsqu'elle n*était encore que W^* Marie-Louise de Echenique. L'heure nous pressait de partir; nous sommes remontés à cheval^après avoir serré la main au nouveau curé, et au bout de trois quarts d'heure nous étions de retour à Ainhoa. Je vous la serre aussi bien cordialement , mon cher Théodore, et suis tout à vous.

Jules.

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