‹ Cambo et ses alentoursChapitre 6 sur 17 · MM. ORFILA ET BÉRARD A CAMBO · texte numérisé non relu

MM. ORFILA ET BÉRARD A CAMBO

Cambo, le 22 Septembre 1852.

Que ne suis-je journaliste , mon cher Théodore! Je vous annoncerais que Cambo vient d'avoir son événement du jour, et qu'une nouvelle inattendue a mis en émoi le village tout entier. Mais comme je ne jouis pas d'un tel honneur, je me contenterai de vous dire tout uniment que nous avons reçu aujourd'hui la visite de deux de nos célébrités contemporaines ; seulement, je serais tenté de vous donner à deviner leurs noms , et, à l'exemple de M"»» de Sévigné, de vous faire jeter votre langue aux chiens. Cependant, un peu moins impitoyable que la spirituelle marquise, je ne veux pas mettre votre patience à une trop rude épreuve, et je me hâte de vous dire que ces deux personnages n'étaient autres que le fameux professeur de chiçiie médicale , l'ancien doyen de la Faculté de Médecine de Paris, M. Orfila, et M. Bérard , doyen actuel et pro-fesseur de chimie médicale de la Faculté de Médecine de Montpellier.

Voici quelle a été l'occasion de leur visite. Vous avez sans doute appris , mon cher Théo*

dore, que M. Orfila, frère de Tillustre professeur, est devenu propriétaire du beau domaine de Montchoisy, à Saint-Martia-de-Seignanx , et qae son fite vient de se marier avec M"« Bérard. Or, après le mariage, quia été célébré à Montpellier, on s'est rendu à Saint-Martin; et là, il s'est formé autour des jeunes époux une véritable société d'élite. C'est au milieu de cette société que la renommée a fait voler le nom de Cambo, comme celui du but le plus agréable de promenade qu'on puisse trouver. Aussitôt les imaginations sont en mouvement ; on veut contempler de près le pays dont on entend vanter les charmes; la partie s'organise, et l'on arrive à Cambo par un trèsbeau soleil de septembre. Personne assurément ne se doutait ici de la qualité des honorables voyageurs; et ils seraient probablement restés dans leur incognito, si une heureuse circonstance na les avait fait découvrir.

M. Fagalde, pharmacien, a été autrefois élève dlOrflla, et par un louable sentiment de reconnaissance et de vénération, il conserve le portrait de son ancien maître dans un lieu apparent de sa pharmacie. La yue de ce portrait a frappé M. Orfila, un sourire a effleuré ses lèvres, et il s'est approché de M. Fagalde qui Ta reconnu sur-lech^mp et* salué par son nom.

Bientôt après , on ne parlait à Cambo que de MM. Orfila et Bérard et de l'aventure qui les a fait reconnaître.

Munis d'un thermomètre et de quelques réac tifs, tous les trois se sont rendus aux eaux. Ils ont trouvé que la température, soit de l'eau sulfureuse , soit de l'eau ferrugineuse , est exactement la même que je vous ai indiquée dons une -précédente lettre. MM. Orfila et Bérard ont observé que l'eau sulfureuse est claire , limpide , qu'elle répand une odeur de soufre prononcée , et qu'elle a dans le goût beaucoup d'analogie avec les eaux de Bonnes. Ils ont déclaré que l'eau ferrugineuse est bien carbonatisée, et qu'elle dépose du peroxyde de fer avec abondance. L'établissement des bains leur a paru bien conditionné, bien tenu, et les.douches placées à des hauteurs qui ne laissent rien à désirer. Honneur à M. Fagalde père , dont l'intelligente activité dote chaque année Cambo de quelque amélioration nouvelle ! Honneur à lui, surtout parce que ces améliorations ont pour but principal de venir au secours de l'humanité infirme et souffrante !

MM. Orfila et Bérard étaient ravis d'admiration à l'aspect des beautés et des richesses que la nature déployait à leurs yeux ; ils ne se lassaient point de les contempler et ne pouvaient en détafcher leurs regards. « En vérité, la Providence a été bien prodigue envers vous » , disait M. Orfila à M. Fagalde; puis s'adressant à M. Bérard : — « Quelle fraîcheur de végétation, mon cher Bérard! Je considère Cambo comme le pays le plus riant, le plus pittoresque que j'aie

parcouru dans ma vie. Avec les chemins de fer, je le crois destiné à devenir avant longtemps le pays par excellence, pour le monde qui vit dans la grande ville. Je me ferai un devoir de parler de Cambo dans mes leçons à la Faculté de Médecine; et chaque année, à Tépoque où des sentiments de fraternité me rapprocheront de ces contrées , Cambo recevra aussi ma visite. »

Au moment de leur départ, MM. Orfila et Bérard ont prié M. Fagalde et M. le docteur Délissalde, qui était venu les joindre, de leur expédier dix bouteilles d'eaux minérales. «Veuillez, leur dirent-Us, nous envoyer à Paris les extraits d'évaporation de vos eaux, et vous aurez de nos nouvelles. »

Prévenu un peu trop tard de la présence des deux illustres voyageurs à Cambo, je n'ai pu que leur adresser un simple salut. Je vous avoue, mon cher Théodore, que j'en ai ressenti un vif regret; j'aurais été heureux d'être moi-même lémoin de leurs impressions, et de recueillir de leur bouche l'expression des sentiments qu'ils iproqvaicnt. Mais quoique je n'aie pojnt eu cet avantage, vous pouvez compter sur l'exactitude ■de mon récit, que je tiens des personnes mêmes qui ont eu l'honneur de les entretenir.

Ne vous semble-t-il pas, mon ami, qu'une semblable visite, accompagnée des circonstances que je viens de vous raconter, soit de bon augure pour l'avenir de Cambo ? Lorsque d'un côté Don

Ramon Robiralta et Don Vicente Azuero, professeurs de la Faculté de Médecine de Madrid, et de l'autre des hommes d'un mérite aussi incontestable que MM. Orfila et Bérard, se prononcent sans hésiter en faveur de ses eaux , ne serait-il point par trop présomptueux de chercher à les rabaisser en contestant leurs propriétés bienfaisantes ? M. de Jouy, de son côté, dans son ouvrage intitulé : L'Hermile en province, ou observations sur les mœurs et les usages français au commencement du XIX^ siècle, avait affirmé déjà que, quoique moins renommées, elles sont tout aussi bonnes que celles de Bagnères et de Barèges. L'empereur Napoléon lui-même résolut de fonder à Cambo une succursale de Barèges et affecta une somme de 150,000 fr. à l'exécution de ce projet, que les grands événements, qui changèrent la face de l'Europe , ne tardèrent pas de faire échouer. Telle est pourtant l'inconséquence de notre pauvre nature humaine , que je ne désespère pas de rencontrer encore quelques-uns de ces esprits bizarres et chagrins qui ne manqueront pas de fouler aux pieds , à la première occasion , et l'opinion de tous ces hommes éminents, et les preuves fournies par une expérience journalière. Quant à moi, je suis trop reconnaissant envers Cambo de la bonne santé que j'y retrouve , pour me ranger jamais au nombre de ses détracteurs.

Passons à autre chose. Vous souvient-il, mon

cher Théodore, de ce promeneur solitaire dont je vous ai parlé dans une de mes dernières lettres, et qui* m'avait paru plus étranger ici qu'aucun autre parmi tant d'autres étrangers qu'on y voit? Eh bien ! voulez-vous savoir ce qu'il est? Je l'ai appris hier de sa propre bouche. Nous étant rencontrés tous deux dans un étroit passage où il ne nous était guères possible de nous éviter, j'ai bratrement engagé la conversation, à laquelle volontiers il a donné suite.

Vous saurez donc que ce personnage n'est autre que M. M... B..., ancien représentant du people , et avocat distingué dans un chef-lieu d'un ^e nos départements du Centre. Un travail trop 'assidu, une contention d'esprit excessive, ont provoqué chez lui une gastrite, contre laquelle il a voulu d'abord se roidir ; mais le mal, plus fort '^e sa Volonté, a fini par l'obliger à rendre lesîirmes, et il s'est vu contraint,- à son grand regret, de renoncer à ses affaires pour se mettre entre les mains de la Faculté. Celle-ci, après quelques tentatives inutiles pour le guérir, n'a rien trouvé de mieux à faire que de l'envoyer aux bains de mer.

Vous n'êtes pas à ne savoir point, mon ami, qu'à l'époque de progrès où nous vivons, les bains de mer sont devenus la panacée universelle, qui doit guérir tous les maux imaginables,. passés ^présents, futurs. Voilà donc notre avocat qui part pour Royan, où chaque matin il se met

à se tremper le plus consciencieusement du monde dans la grande baignoire de l'Océan. Mais, hélas ! cet exercice ne lui profite guères ; c'est là tout simplement de la peine perdue : le mal, au lieu de diminuer d'intensité, s'aggrave toujours, et le malade naturellement s'en inquiète. De là nouveau recours à la Faculté. En entendant que M. M... B... a pris des bains de mer froids, celleci devient rouge de colère ; et vite de se récrier contre une telle imprudence. — Comment a-t-on pu comprendre si mal ses prescriptions? Cornifnent a-t-on pu avoir l'entendement ainsi à l'envers ? Ce ne sont point des bains froids qu'elle a prescrits, mais bien des bains d'eau de mer chauffée ; voilà ce qu'elle a voulu dire, ce qu'elle a dit, ce qu'elle a ordonné ; voilà où il fallait en venir, et où il faut en venir encore. — Et notre malade, envieux de guérison , d'accepter la mercuriale, quoiqu'on sourcillant un peu, et de s'incliner docilement devant la docte sentence; il s'empresse de commander des bains d'eau de mer chauffée, et chaque jour il s'y plonge régulièrement tout entier. Il espère que pour le coup l'ordonnance sera suivie du succès; il l'espère, il s'y attend; mais il a beau espérer et attendre, le succès n'arrive pas, ne se montre nulle part. Désespéré , hors de lui-même , il tombe dans un profond découragement, veut abandonner tout-à-fait la partie, et sans trop savoir où il va, s'enfuit en toute hâte loin de Royan et de la Faculté.

C'est dons cette disposition d'esprit et de corps que M. M... B..., accompagné de sa dame, arrive à Bordeaux. Là, il sent ses forces tellement épuisées, qu'il est réduit à se condamner pendant trois jours à un repos absolu. Au bout de ce temps, il se remet en route, dans la pensée de se rendre au plus vite à Biarritz, dont la vogue va toujours croissant.

A Bayonne, il descende Y Hôtel du Commerce; et c'est là, dans cet hôtel, que va poindre l'idée lumineuse qui le conduira aux eaux de Cambo, pour le délivrer de cette horrible gastrite dont la pensée suffit à le tourmenter. En efifet, M™* M... B... s'ouvre , en arrivant, à M"»« Teinturier, maîtresse de l'hôtel, sur l'état de son mari, et réclame de sa bienveillance quelques soins particuliers en faveur du malade. M»« Teinturier, excellente femme, valétudinaire elle-même, et connaissant tout le prix d'une bonne santé, écoute fort au long le récit des diverses phases de la maladie et des traitements qui ont été appliqués, et finit par dire à M. et àM™« M... B... : « Vous « voulez aller à Biarritz ? Eh bien I qu'y trouve- « rez-vous ? De l'eau salée comme à Royan, un « peu plus battue peut-être, voilà tout. Croyez- « moi , ce n'est pas là ce qu'il vous faut. Malheu- « reusement j'ai été obligée par le fâcheux état « de ma santé d'acquérir un peu d'expérience en « cette matière : je suis sûre que ce qui vous « convient le mieux , c'est Cambo. — Cambo ?

«{ mais qu'est-ce que cela? s*écrient les deux « époux à la fois. » M«»« Teinturier parle alors avec une chaleureuse conviction des eaux minérales de Cambo et de leurs vertus, taudis que les deux étrangers Técoutent avec un intérêt marqué ; elle fait glisser dans leur âme la persuasion dont la sienne est remplie.

Dès le lendemain de cet entretien, M. et M"« M.. . B. . . avaient quitté Bayonne, et se trouvaient installés à Cambo chez Marguerite Hiriart, tout proche de rétablissement thermal. Il y a trois ou quatre semaines de cela, M. M... B... après avoir conféré avecM.Délissalde, médecin-inspecteur, s'était mis immédiatement au régime des eaux. Il n'a pas tardé, m'a-t-il dit, de se ressentir de l'action bienfaisante qu'elles exercent : l'appétit est revenu ; les fonctions digestives s'accomplissent beaucoup mieux, et en même temps les forces augmentent chaque jour. Cet homme, qui ne pouvait naguère ni boire ni manger, ni presque faire un pas, aujourd'hui mange, boit, se promène, et sent un bien-être qui lui était depuis longtemps inconnu. Mais il veut absolument se retirer de Cambo demain ou après-demain au plus tard. D'après moi, il se hâte un peu trop : je me suis permis de le lui dire ; je l'ai même pressé de prolonger son séjour pour achever d'affermir une santé qui lui a tant coûté à recouvrer. A cela, voici sa réponse : « Songez donc. Monsieur, que, depuis six mois, « je suis hors de mon étude, que mes affaires et

« celles de mes clients chôment depuis long-^ « temps, qu'elles réclament à hauts cris ma pré- « sence. » J'ai compris que son parti est irrévocablement arrêté, et je n'ai pas insisté davantage. Je vous avoue, mon ami, que je ne vois pas sans regret M. M... B... brusquer ainsi son départ ; je désire qu'il n'ait pas à s'en repentir quelque jour.

Adieu, mon cher Théodore, vou& savez à quel point je vous suis dévoué.

JtLES.

23 Septembre.

Ma lettre n'était pas close encore, que j'ai fait de nouveau la rencontre de l'ancien représentant •du peuple; il était chez le régisseur de l'établissement thermal , où il était allé demander qu'on lui emballât je ne sais quelle quantité d'eaux minérales qu'il compte emporter avec lui. M. M... B... part définitivement demain. « Je me félicite, m'a- « t-il dit , d'être venu à Cambo ; ma santé est « sensiblement meilleure, et j'emporte une caisse « pleine d'eaux minérales que je continuerai de ^« boire tout en vaquant à mes occupations. »

La précaution n'est pas mauvaise; je doute néanmoins, quant à moi, qu'au sein de son travail, qui est fort considérable, il retire de ces eaux le même bien qu'il en aurait retiré ici : il

me semble qu'il n'y aurait rien de plus raisonnable à cet égard, que de se soumettre à la recommandation adressée aux buveurs d'eau par le D' Alibert :

« Laissez à la porte toutes les passions qui ont « agité votre àme , toutes les affaires qui ont si « longtemps tourmenté votre esprit. »

Est-il possible de suivre cette recommandation sans quitter son chez soi ?

Quoi qu'il en soit, M. M... B..., l'ancien représentant du peuple, m'a vivement serré la main en signe d'amitié , et puis nous nous sommes séparés , probablement pour ne nous revoir jamais plus.

Adieu encore.

Jules.

HASPARREN. (')

Caubo, le 1«' Octobre 1852.

Mon cher Théodore ,

J'ai eu le bonheur de faire connaissance à Cambo avec M. A..., jeune magistrat d'un esprit vif et cultivé. Nous avions résolu d'aller mardi dernier à Hasparren, où Ton voit, dit-on, le plus beau marché du Pays Basque. Mais à peine avionsnous formé ce projet, qu'il nous a fallu y renoncer; car tout les chevaux du pays avaient été retenus d'avance par d'autres étrangers non moins curieux et plus avisés que nous , et les chemins sont impraticables aux voitures pendant l'espace au moins de trois kilomètres (2). C'était pour nous une véritable contrariété : mais il fallait en prendre son parti ; et c'est hier seulement que

(1) Haritz-barren ou HaritZ'bamey d'où le mot jETasparren est dérivé, veut dire lieu situé au milieu des chênes,

(2) On travaille en ce moment à relier Cambo à Hasparren au moyen d'une voie de grande communication, que Ton espère voir terminée bientôt.

nous avons pu mettre notre dessein à exécution. Dès le matin , montés tous les deux sur d'excellents petits chevaux navarrais, au pied sur, à la vive allure, à la jambe fine et nerveuse, nous chevauchions gaiement de compagnie sur la route qui conduit à Ilasparren. A mesure que nous avancions, mon compagnon ne se lassait pas d'exprimer son admiration à la vue des beautés champêtres qui se déroulaient sans cesse devant nous. A vrai dire, je crois qu'il est difficile de trouver une plus belle campagne que celle que nous avons parcourue de Cambo à Hasparren. Elle est parsemée, adroite et à gauche de la route, d'une multitude de maisons de laboureurs, toutes bien blanches , toutes de l'aspect le pl«s propre, et environnées de champs, de vepgers> de prairies, de vignes et de bosquets : quelquesunes, situées dans de creux vallons, semblent s'y <;aeher comme dans le fond d'un nid de verdure ; mais la plupart, bâties sur le penchant ou au sommet des collines, paraissent perchées sur ces hauteurs, tout exprès pour mieux contempler le -délicieux paysage qui s'étend autour d'elles.

Bien que considéré comme un simple bourg , Hasparren est plus grand, plus riche, plus peuplé que beaucoup de villes de France et d'Italie. La population, comprise dans son territoire, est de cinq à six mille âmes. La plupart des habitants se livrent à l'agriculture ; ce qui ne les empêche pas de s'adonner en même temps à quelque bran-

che d'industrie, pour accroître leurs moyens d'existence. Aussi compte-t-on à Hasparren environ douze cents cordonniers, sept à huit cents ouvriers en laine, des corroyeurs, des chocolatiers qui presque tous allient les travaux agricoles à leur industrie particulière. C'est à Hasparren et dans ses environs que se fabriquent les grosses étoffes, connues dans le commerce sous le nom de marrègues; on les expédie pour le nord de la France et la Belgique, où les gens du peuple et surtout les postillons et voituriers s'en servent pour se garantir du froid et du mauvais temps.

Nous sommes allés visiter l'église de Hasparren et la fameuse inscription trouvée en 1660 dans les fondements du maître-autel. Un jeune vicaire, du caractère le plus aflfable et le plus prévenant , a bien voulu nous servir de cicérone. « L'église, « nous dit-il, bien que fort spacieuse, comme « vous le voyez , est insuffisante à contenir les « flots de ce peuple plein de foi qui accourt en « foule à toutes les solennités religieuses.» Il Dous montra reléguée dans un grenier la vénérable inscription latine, qui est ainsi conçue :

Flamen, item duumvir, quoestor pagique magister, Verus ad Augustum, legato munere functus, Pro novem optinuit populis sejungere Gallos, Urbe redux, Geniopagi hanc dedicat aram.

a VéruSy grand-prétre, duumvir» questeur et gouvér<^ a near du pays^ envoyé vers Auguste, ôbtiat la sépara*- « tion de la Novempopulame du reste des Gaules { revenu « de Rome, il dédie cet autel au Génie du pays. »

L'abbé Veillet , théologal de la cathédrale de Bayonne , écrivit une dissertation pour prouver que ce Vérus , mentionné dans cette inscriptioû^ était le même personnage que Vérus, qui fut favori de l'empereur Adrien, et dont le fils régna BOUS le nom de Lucius-Aurélius Vérus. Il trouva un contradicteur dans un savant religieux de son temps. Mais les journalistes de Trévoux prirent parti en sa faveur, et lui donnèrent raison.

On a le projet d'abattre le clocher de l'église de Hasparren, pour en construire un nouveau. Il avait été déjà renversé une première fois» à la fin du dernier siècle; voici à quelle occasion.

C'était le 3 octobre 1784. Le bruit s'était répandu dans Hasparren que l'impôt de la gabelle, dont le pays avait été jusques-là exempt, allait être établi, et ce bruit n'était que trop fondé ; on avait obtenu pour cela un arrêt du conseil du Roi, daté du 29 septembre précédent. On ajoutait que M. de Néville, intendant de la province, ne tarderait pas d'arriver avec la force armée pour assurer la perception de l'impôt fatal et châtier ceux qui se montreraient récalcitrants.

Aussitôt l'alarme pénètre, non-seulement dans le bourg de Hasparren, mais encore dans les cam-

pagnes circonvoisines ; le tocsin carrillonne avec violence, et de tous les côtés on voit accourir, pour repousser les exécuteurs de la loi, des bandes nombreuses de femmes armées de broches, de faulx, de fourches, et précédées de trois ou quatre d'entr'elles battant le tambour.

Ce ne fut que trois jours après, le 6 octobre, que parut l'intçndant; il était accompagné du marquis de Caupenne, lieutenant du roi (1) à Bayonne, à la tête de 150 grenadiers et de cinq brigades de cavaliers de la maréchaussée ; c'était trop pour ne pas exaspérer encore davantage cette population déjà irritée, trop fièu pour Tintîmider et la réduire sans effusion de sang. MM. de Néville et de Caupenne s'avancent à cheval, et, se plaçant en face du cimeti^'e où la troupe séditieuse se tenait serrée , ils veulent entrer en pourparleravec elle. Mais comment se faire entendre, comment faire agréer des explications, des paroles de conciliation et de paix au mUieu de cette cohue , au milieu des cris et du tumiilte? « Elles « sont plus de deux nrille, disaient quelques cat valiers. Ce sont des furies , disaient quelques « autres. Ne dirait-on pas, reprenait un troisiè- * me, qu'elles sont prêtes à une attaque sérieu-

(1) Le marquis d'Amou était lieutenant du roi à Baronne; son fils, le marquis de Caupenne, avait été nonraié lieutenant-adjoint .

« se, » Effectivement, les propos les plus menaçants partaient du milieu de la troupe féminine, tantôt contre l'intendant, tantôt contre le marquis de Çaupenne, tantôt contre tous les employés des fermes, tous les fauteurs de la gabelle. Dieu sait à quelles extrémités on se serait peut-être porté sans l'intervention d'un homme qui apparut en ce moment comme un envoyé du ciel : un ipot , un geste auraient pu faire verser des torrents de sang. M. Haramboure , curé de la paroisse, était retenu dans son lit par une maladie. A peine les cris de menace, mêlés au son alaripantdu tocsin, ont-ils frappé son oreille, qu'il 3e lève, qu'il accourt au milieu de cette masse furieuse. Il veut parler: le tocsin cesse, les cris s'apaisent; et sa parole douce, insinuante, coule ainsi qu'un baume célestç dans les cœurs embrasés par la colère ; elle y fait descendre le calme, y amène la persuasion, et empêche que le sang ne commence à couler.

Cependant MM. de Néville et de Çaupenne s'étaient retirés dans une maison avec quelques ofiîciers et magistrats ; et là , ayant formé un conseil, ils avaient mis en délibération si l'on ferait donner les troupes sur les femmes ameutées. Cette mesure violente pouvait amener les plus terribles malheurs. Tout à coup la porte de l'appartement s'ouvre : c'est M. Haramboure accompagné d'un de ses vicaires. Il apprend le sujet de la délibération , et , apercevant d'un coup

d'œil toute retendue des désastres qui se prépaprent , il laisse échapper de son cœur ému leâ plus chaleureux accents ; il représente avec forcé tout ce qu'il y aurait de déshonorant , pour deâ soldats français, de livrer ainsi une bataille contre une troupe de malheureuses femme§ ; il re-présente que d'ailleurs un grand nombre d'entr'elles ne sont qu'entraînées, qu'elles ne se sont jointes aux autres que sous l'empire d'une contrainte morale ; que , dans tous les cas , on ne saurait, sans une souveraine injustice, confondre les innocents et les coupables, et faire couler indistinctement le sang de tout le monde.

Les paroles éloquentes de l'excellent curé portèrent leurs fruits. On renonça au projet qui avait été mis en délibération ; MM. de Néville et de Caupenne rentrèrent ce jour-là même à Bayonne avec les troupes qu'ils avaient amenées ; et bientôt l'attroupement féminin se dissipa sans aocutte intervention de la force armée.

. Mai» ce n'était pas tout. Lorsque le calme eut commencé à renaître dans les esprits, les habitants deHasparren envisagèrent avec effroi les châtiments qui ne pouvaient manquer de fondre sur eux. Leur frayeur fut plus grande encore, quand ils apprirent que plusieurs de leurs concitoyens, qui se rendaient à Bayonne pour leurs affaires , avaient été arrêtés aux portes de la ville et jetés en prison ; qu'en outre , l'intendant avait provo'-: que dès ordres sévères de la cour contre les. communautés rebelles.

Ici encore M. Haramboure fut Tange qui détour^ lia le coup dont on se voyait menacé. Touché de la désolation générale, le bon pasteur s'empresse d'accourir auprès de l'intendant irrité, et d'implorer sa clémence en faveur de son troupeau plus égaré que coupable. Il vient à bout de le fléchir et obtient pour son peuple le pardon entier de sa faute à des ccMiditions qui diâ^ent être pénibles aux habitants de Hasparren , mais bien douces néanmoins eu égard aux mesures violentes que se proposait de i»rendre l'intendant qui était d'accord là-dessus avec le marquis de Caup^ne, commandant les forces mflitaires. (1)

Celle qui dut leur paraitre la plus dure, Ait <i*étre obligés à descendre les clodies et à abattre eux-mêmes le clocher de l'église. Cette mesure fut exécutée le 2 novembre. On ne saurait dire avec quelle douleur dans l'àme les maiheu-

{1) M. de NévUle avait déjà incMidé le pays de troupes , il y avait envoyé un régiment de diasseurs à cbeval, le régiment de Languedoc et le régiment suisse de Gourtea. En outre, il avait écrit à la cour pour demander d'autres troupes ; il proposait même un plan de campagne comme 8^1 s'était agi de combattre l'ennemi et de lui enlever des postes de vive force. M. de Galonné , alors contrôleur-général, lui répondît par une lettre pleine de sagesse, dans kqueUe il cherchait à calmer sa bouUIante «féewr et Teiigageall à venoiicer k «es violentes mesures, 4|Di lui yarrtgsaiettt dangereuses;

reux habitants de H^sparren 3'oecupèrent de €ette triste opération; ils eurent grand besoin d'être soutenus par las paroles encourageantes de leur pasteur, et par la pensée des maux qu*ils avaient à craindre, Le clocher resta donc ainsi abattu pendant plu9 de 30 ans; il n^ fut relevé que loDgt^n^ps après, ep 1816 ou 1817,

Quelques mois s'étaient à pm^e écoulés ie* pm& ces tristes événements, que Hasparren ^ut à déplorer une perte bien cruellf), Soit que tou» tes c^ fatigues, toutes ces émotions eii^s«çnt afibevé de ruiner la »anté du vàiérable M. Harapw boure, soit quelque autre cause, ee digne curé ne tmla pas à monrir, et il fut pleuré par son peuple comme on a coutume de pleuner m pare.

C'était un prêtre de beaucoup de mérita Qt de «avoir. NaUf de Jatsou, i| avait été directeur €$, pnotoseur (te thé^te^ie m SéPHn&ir^ d^^ Larressore, secrétaire de Guillaup^e d* Arche, évêque de Bayowe, curé d'Ahetïfi et d'Arbonne, et enfin il avait été nommé en 177^ curé d^ la paroisfie de Hasparren,

Je ne peux m*empêcher de vous ^ter ici, nwi cher Théodore, un trait qui fait bonnew au carac^ tère loyal des habitants de Hasparren ; ehpse singulière I Je le trouve dans un mémoire composé m faveur de M. de Néville, qui certes fut loin de se montrer disposé à les ménager dans toute cette affaire. « Il n*esi pas indifférent, est^ildit dans ce « mémoire d'ailleurs as^ez peuîmparttd; il n'est

pas indifférent de rapporter ici une anecdote particulière de la journée du 8 octobre, qui caractérise le cœur de la nation. Trois cavaliers de la maréchaussée, traversant un canton de Hasparren assez loin du bourg, rencontrent un détachement de femmes : elles leur demandent où ils vont; les cavaliers répondent qu'ils vont à Labastide : Ce n'est pas votre chemin; mais venez, leur dit-on. Un peu plus avant un peloton d'hommes se présente devant les cavaliers : même question, même réponse. Les Basques offrent de les guider et marchent devant. Les cavaliers demandent une auberge, on les mène à la première habitation ; les cavaliers descendent, déjeunent et veulent .payer. On leur dit qu'il n'y a rien à payer ; ils remontent sur leurs chevaux, on les accompagne, on les met sur la route de Labastide, et on leur sou-» haite bon voyage. »

Ce trait suffit à prouver que les habitants dé Hasparren n'avaient pas des intentions très-hostiles ; il n'était assurément pas besoin de recourir contr'eux à un déploiement extraordinaire de forces militaires, ni à des rigueurs excessives.

Hasparren a donné naissance à l'abbé Diharce de Bidassouet, écrivain (1) plus remarquable pai^

(1) Son livre est intitulé : V Histoire dès Cantabres ou des premiers œlons de V Europe.

ses opinions singulières et paradoxales que par sa science et son talent, et au colonel d'artHlerie Etchegoyen, auteur du livre de \ Unité, ouvrage empreint d'une vive foi et d'une haute philosophie.

En revenant de Hasparren, nous avons passé par Urcuray, l'un de ses principaux quartiers. C'est là que naquirent les trois frères Harriet qui, entrés presque en même temps au service, parvinrent tous les trois aux grades supérieurs de l'armée. L'un d'eux, qui avait cessé de figurer sur les rôles de l'armée, se présente un jour devant l'état-major général , et , s'adressant au prince de Neufchâtel : « Mettez-moi quelque part, « lui dit-il, où je puisse mourir pour la patrie. » Envoyé d'abord dans une forteresse de la Prusse, le capitaine Harriet est appelé bientôt à se mettre à la tête d'un régiment, sur le lieu même où devait se livrer la terrible bataille de Wagram. A peine arrivé, il charge et reçoit une balle au front. Sans interrompre son mouvement, il bande sa blessure avec son mouchoir, charge de nouveau ; et, tout couvert de sang, il rentre en ligne aux acclamations des braves qui l'entourent.

Dans la seconde journée de cette mémorable bataille, il fallait emporter de vive force une batterie de canons. Le colonel Harriet, à la tête de son régiment, exécute dans ce but une manœuvre pleine d'audace. En ce moment un boulet vient le frapper à la poitrine et l'ensevelit dans son triomphe.

Je vous quitte, mon cher Théodore. M. A

et moi , nous avons été fort contents de notre excursion» je désire que vous le soyez autant de mon récit.

Personne ne vous est plus dévoué que votre ami.

ESPELETTE. (»

Caxbo, le 6 Octobre 1852.

La journée s'est très-mal annoncée ce matin , mon cher Théodore; la pluie tombait à torrents, et m'obligeait à me tenir .claquemuré dans ma chambre; ce qui n'est jamais fort réjouissant, mais bien moins encore quand on vient de tout quitter exprès pour se donner quelque distraction et fortifier une santé chancelante. Cependant le temps s'est relevé vers midi, et vite j'ai pris mes dispositions pour aller jusqu'à Espelette. Ce bourg est le centre d'un petit commerce de laines avec l'intérieur de la France. Il s'y tient tous les quinze jours un marché considérable, où se vendent beaucoup de bestiaux et tous les objets utiles ou nécessaires aux paysans basques. C'est là que les habitants des villages voisins ont coutume d'aller faire presque tous leurs approvisionnements. Le fromage blanc » le chocolat et les

(1) Ezpekia, litu aboodani m bute.

légumes d'Espetette jouissent d'une réputation qui paraît être bien méritée. Le pain, qui ressemble à ce qu'on appelle communément pain de ménage j y est d'une saveur çxquise; beaucoup d'étrangers à Cambo en usent de préférence au pain de boulanger.

Je suis allé voir l'antique château des barons d'Espelette. Je n'y ai trouvé ni armoiries, ni tours féodales, ni vieux bastions, ni fossés, ni pont-levis ; tout a disparu. Les fondements de deux tours, quelques débris de rempart, un grand corps de bâtiment d'un aspect disgracieux, voilà tout ce qui reste de sa grandeur passée. C'est là que dans ces derniers temps on a réuni sous un même toit le preçbytère, l'école et la mairie du village. Est-ce que l'on aurait songé par hasard que ce. sont trois puissances qui, animées par une commune pensée de bien , peuvent concourir avec efficacité au bonheur de toute une population ? Je l'ignore: mais l'idée serait d'une haute portée philosophique.

Les barons d'Espelette se qualifiaient de seigneurs d'Espelette, de Gostoro, de Souraïde et d'Àmotz. Leur maison était une des plus anciennes du Pays Basque, et dès l'an 1 170 elle donnait un évêque à la ville de Bayonne dans la personne de messire Bertrand d'Espelette.

Sous la domination anglaise, en 1416, le comte de Dorcester, prince d'Angleterre et lieutenantgénéral en Guienne , rendit une sentence par la-

quelle il justifia que Âuger, seigneur ctEspeletie, ses aniécesseurs et descendants avaient eu, avaient etauraieni la justice audit lieu dEspektte, et que les baillis de Lapord ne pourraient entrer dans ses terres pour y prendre les décrétés, même les étrangers, sans demander et obtenir permission avoidits et desdits seigneurs. Louis XI, en 1463, érigea Espelette en baronnie à haute, basse et moyenne justice, en faveur de Jean d'Espelette, à qui il fit en outre une pension de 400 livres, somme considérable pour cette époque. Dans des temps postérieurs, les barons d'Espelette se retirèrent en Espagne ainsi que d'autres familles nobles du Pays Basque, telles que celle d'Armendaritz, qui a fourni plusieurs généraux à sa patrie adoptive, et celle de Jasso, qui a eu la gloire de donner au monde l'illustre François-Xavier, apôtre des Indes et du Japon.

Vous serez bien aise peut-être, mon cher Théodore, de recevoir quelques détails sur les usines d'Espelette. Sans doute vous savez déjà qu'on y prépai»e une assez grande quantité de matières premières pour fabriquer de la porcelaine. Il faut commencer, pour cette fabrication, par faire une pâte composée de kaolin et de feldspath quartzeux ou pétunzé (1). Le kaolin est la

(1) Les mots kaolin et pétunsé sont emprunté» du chinois.

partie argileuse, liante, infiisible et opaque de la pâte. Le feldspath quartzeux, désigné dans les arts céramiques sous la dénomination de pétunzé, est la partie qui sert de fondant et de vernis» et qui donne par conséquent à la masse sa fusibilité et sa demi-transparence. Ces matières bien mélangées forment la pâte préparatoire pour la fabrication de la porcelaine. Eh bien , c'est à la préparation de ces deux éléments que sont destinées les usines d'Espelette. On y lave, ou bien, en terme de céramique, on y décante le kaolin extrait de la carrière, afin de le dégager des corps étrangers. On y calcine aussi le pétunté, afin de le rendre friable, puis on le pile sous des brocards, et on le broie en poudre fine pour l'ajouter au kaolin. Les procédés mécaniques dont on se sert pour ces diverses opérations, sont trèsingénieux et curieux à étudier. Je crois, mon cher Théodore , que vous éprouveriez une vive satisfaction à les examiner de près.

Le fondateur de Tune de ces usines avait élevé aussi une manufecture de porcelaine à St-Étienned'Arribe près de Bayonne. Il avait enfoui des sommes considérables dans ces deux établisse* ments. Mais il n'y a trouvé qu'une prompte ruine. Ils ont été vendus tous les deux, pour une somme fort modique, à une compagnie qui s'est mise sur-le-champ à démolir pièce à pièce la fabrique de porcelaine, afin d'éviter, dit-on, jusqu'à la possibilité d'une concurrence à d'autres

manufactures qu'elle possède déjà. Il est à rè*> gretter que de si grands et si beaux ^travaux» qui auraient assuré à nos contrées une impoN tante branche d'industrie, aient ainsi péri niisé» rablem^t, et que des capitalistes, hommes de tête et de cœur, n'aient point repris en sousnoeuvre^ pour la continuer, une si utUe entreprise.

J'ai vu dans l'autre usine M. Potel » qui en est propriétaire. Nous en avons reçu, moi et les deux personnes qui m'accompagnaient, un excellent accueil; il a bien voulu nous faire visiter luimême toutes ses machines et nous en expliquer le mécanisme.

M. Potel a sondé les différents terrains d'alentour ; et , dans le cours de ces explorations, il a découvert une mine de fer qui a été exploitée dans des temps fort éloignés de nous* Les calculs les plus probables font remonter à 600 ans au moins l'époque de cette exploitation. Les anciennes galeries sont encore dans un état de conservation parfaite. On reconnaît, à l'inspection des lieux, que les travaux devaient être poussés avec activité au moment même où ils furent interrompus. On a trouvé en dehors des souterrains une grande quantité d'ancien minerai qui était tout recouvert de terre et de plantes sauvages; mais il y en a surtout à l'intérieur des approvisionnements fort considérables, qui font voir que cette exploitation avait une grande importance. Sans doute quelque guerre désastreuse, quelque catas-

trophe imminente vint troubler mineurs et entrepreneurs au milieu de leurs travaux, les força de s'éloigner pour un temps, et les empêcha de revenir dans la suite. Car Torifice des souterrains fut soigneusiement fermé par une épaisse muraille; et, pour le dérober à tous les regards, on cacha cette muraille avec d'énormes amas de terre transportée.

Ce minerai fournit du fer carbonate , vulgairement fer spaJthique, qui est de bonne qualité , et qui souvent se convertit de lui-même en acier. C'est ce fer qu'on rencontre le plus abondamment dans la Styrie, le Hartz, la Hongrie et la France, surtout à Baïgorry et à Allevard.

Le soqvenir de cette mine et de plusieurs autres s'était conservé traditionnellement dans le pays; seulement on prétendait qu'elles étaient d'or ou d'argent. Aussi faisait-on de temps en temps, pour les découvrir, des recherches que l'extrême ignorance des explorateurs rendaient nécessairement infructueuses. J'ai entendu parler surtout d'une tentative de ce genre essayée il y a quelques soixante ou quatre-vingts ans, et qui fut accompagnée de circonstances singulières; le fait est historique.

Trois individus avaient résolu de s'enrichir par la découverte de quelqu'une de ces mines d'or ou d'argent. C'étaient des gens de la dernière classe du peuple; et leurs investigations, faites sans intelligence et sans aucune notion géologique .

n'aboutirent à aucun résultat favorable. Mais, déterminés à réussir à tout prix , ils se décidèrent à recourir aux ressources de là magie ou de la sorcellerie. Or il y avait à cette époque en Espagne deux magiciens qui ne manquaient pas d'une certaine célébrité dans l'art de la divination. C'est à eux que l'on s'adressa , et on les fit venir en France par l'appât d'une récompense qui^levait être proportionnée à leurs services. Il n'y avait plus qu'une seule difficulté ; c'est que les magiciens ne voulaient répondre du suf ces qu'autant qu'il seraient mis en mesure d'offrir au diable une victime humaine. On jeta les yeux sur un ancien soldat, connu sous le nom de Pichon à Ainhoa où il demeurait, et dont la disparition devait faire moins de bruit et de sensation que celle de toute autre personne , attendu qu'il était étranger au pays. Pichon, à qui l'on fit entrevoir la possibilité d'acquérir tout d'un coup d'immenses richesses, prit part , sans se douter du rôle qui lui était réservé, à une réunion nocturne où Ton arrêta les dernières dispositions. Heureusement, prévenu par l'un des trois associés que sa vie pouvait bien n'être pas en sûreté , il disparut su- . bitement, bien résolu à n'avoir aucune participation à cette affaire, dut-il végéter toute sa vie au sein de la pauvreté. On tourna donc les regards vers un vieux mendiant espagnol , qui rôdait depuis quelque temps dans la contrée, et on l'attira sans peine dans le piège. Un smr, lorsque

— soles ombres eurent enveloppé les montagnes et les vallées, les trois associés et les magiciens se dirigent à pas furtifs avec le mendiant vers des lieux solitaires et montueux qui recelaient, disait-on, les précieux trésors, objet de leur criminelle convoitise. Vers Theure de minuit les deux magiciens se mettent à Tœuvre et commencent leurs enchantements et leurs évocations. Mais voilà que tout à coup les éclairs sillonnent l'espace, les éclats de la foudre ébranlent la montagne , le ciel paraît tout en feu, et un orage . épouvantable se déclare accompagné de torrents de pluie. Ces hommes, réunis par Tespoir d'un gain coupable, sont frappés de terreur, et ils prennent la fuite dans toutes les directions. Renonçant à l'exécution de leur projet, le^ trois associés regagnent en tremblant chacun leur demeure, et les magiciens, de leur côté, retournent en Espagne. Quant au vieux mendiant espagnol, rentra4-il aussi dans sa patrie ? Nul ne le sait. Mais on ne l'a jamais revu dans le pays, et personne n'en a plus entendu parler.

Je serais heureux, mon cher Théodore, de visiter un jour avec vous les galeries souterraines retrouvées par M. PoteU et de faire aussi une ascension sur le Mondarrain , montagne remarquable qui domine le village d'Espelette, et dont la crête est couronnée par les débris d'un vieux chàteau-fort.

Tout à vous de cœur. Jules.

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