LA GROTTE D'ISTURITZ
Cambo, le 12 Octobre 1852.
Mon cher Théodore ,
J'ai interrompu mes excursions depuis quelques jours, pour les reprendre demain ou aprèsdemain. Mais en attendant que je vous écrive ce que j'aurai vu moi-même, voici la relation d'une visite faite par des amateurs à la grotte d'Isturitz ; elle m'a paru assez curieuse pour vous être envoyée, et je pense que vous la lirez avec le même plaisir que moi. Je la tiens de l'un des visiteurs, qui a eu l'excellente idée de me l'adresser :
« Nous trouvâmes au delà de Hasparren une belle vallée , que nous traversâmes fort joyeusement , car nous étions nombreux et tous de bonne humeur. Nous suivîmes assez longtemps la grand'route de Saint-Palais ; puis , nous nous engageâmes dans un pays très-accidenté, et arrivâmes enfin au village d'Isturitz.
(1) Ce Dom Tient des mots ichlil , boue, et urritz , coudrier, qui entrent dans la composition de plusieurs noms propres, comme Ichtilart, Urritzburu, Urritzaga.
« En face de nous se dressait un monticule , surmonté d'une vieille tour (1) au-dessous de laquelle se trouve la fameuse grotte^ but de notre pérégrination. Nous gravîmes jusque-là par un sentier étroit et rocailleux. En entrant dans la grotte , nous allumâmes une dizaine de bougies et deux torches de paille pour nous guider dans le labyrinthe et en voir les curiosités.
« La montagne est pleine de boursoufflures et de cavités intérieures qui lui donnent une étonnante sonorité : c'est un amas de rochers , couchés sans ordre les uns sur les autres ; le calcaire y domine; les eaux pluviales s'infiltrent au travers de toutes les fissures, de tous les inters- ' tices ; elles se chargent , dans leur passage , de carbonate de chaux , qui s'attache aux parois de la grotte ou tombe à terre en formant Ici des stalagmites, et là des stalactites, dont les dessins bizarres excitent l'admiration des touristes. Bien que l'imagination nous peignît d'avance le spectacle qui allait se déployer à nos yeux, nous ne pûmes néanmoins nous empêcher de pousser des exclamations de surprise à la vue d'une foule d'objets curieux, qui semblaient se multipUer de tous côtés comme par enchantement. Ici c'était
(1) Près de cette tour, il en existait deux autres, qui ont disparu ; et toutes trois étaient environnées de murs solides dont on aperçoH encore les fondements.
( Note de V Auteur. )
cfrie €ol(mne ornée d'hiérogïyphes encadrés dawi des arabesques errant sur le fût de la colonne : là (î'était une chaire qui semblait attendre Torateuf . Je m'y précipitai par un mouvement naturel , et am lieu d'entamer un beau discours sur les merveilles de la nature , je poussai le cri national des Basques , cri auquel tous mes compagnons répondirent à Tenvi ; et ces intonations gutturales si diverses, répétées par les mille échos souterrains de la montagne , se prolongèrent pendant plusieurs minutes avec les efifets d'acoustique les plus singuliers. Nous écoutâmes longtemps; et le bruit avait cessé, que nos oreilles restaient encore attentives, comme si quelque chose d'extraordinaire devait se manifester autour de nous. Mais ni les fées ni les génies d^ la montagne ne s^émurent, et nous partîmes tout à coup d'un rire homérique dont les éclats allèrent se perdre dans les profondeurs de la montagne.
« S'agit-il d'intérêt, de calcul , de combinaisons, l'homme s'isole, de^^ient méfiant, égoïste. Mais qu'une réunion d'individus se trouve placée sous le même courant électrique de la joie ou du malheur, elle n'a plus qu'un sentiment commun à tous, elle n'agit plus que par sympathie. Et c'était bien notre cas. Les effets de cette sympathie sont si réels , qu'après le bruyant éclat de rire dont j'ai parlé, quatre *de mes compagnons firent jouer en même temps les ressorts de leurs carabines, comme s'ils eussent obéi à une consi-
gne secrète, et une quadruple détonation sembla ébranler la montagne sur sa base de rochers. A un assourdissement complet succédèrent de longs tintements d*oreilles ; nous restâmes un instant sous l'empire d'une terreur secrète qui, nous rendant à nous-mêmes, nous fit trop tard songer au danger d'une pareille action. Et en efifet, sans parler des ricochets, une commotion aussi forte que celle causée par quatre armes à feu détonnant à la fois, n'était-elle pas capable de causer la chute de nombreuses stalactites suspendues au-dessus de nos têtes? C'est ce que nous nous dîmes sur un ton fort bas.
c Mais si les stalactites, fort heureusement pour nous , ne bougèrent point , une foule innombrable de chauve-souris prit l'alarme que nos premières clameurs n'avaient pu leur donner ; elles s'enfuirent du dôme obscur et élevé où elles habitaient en société et voltigèrent en tout sens, en poussant des cris aigus. Leur nombre est si considérable dans cette grotte, qu'elles ont formé en divers endroits des gisements de guano. Un agriculteur des environs a eu l'idée de transporter cet engrais sur ses terres; mais il n'a pas, dit-on, obtenu l'effet prolifique du guano du Pérou.
« Nous visitâmes les conduits et les détours de la grotte, marchant, tantôt droits et la têt^ haute, tantôt baissé» sur nos genoux, et tantôt rampant sur la terre comme des lézards. C'éèaient partout des œuvres ébauchées , telles qu'on en
trouve dans Tatelier abandonné d*un statuaire. €e qui nous arrêta le plus de temps» ce fut une draperie qui se détachait en ronde - bosse d'une des parois de la grotte : Teau carbonatée, suintant au travers des feuillures régulières d'un roc immense, puis , tournant en demi-cercle , tantôt à droite, tantôt à gauche, avait formé le dessin d'une draperie relevée d'une exquise élégance. Je ne sais si l'éponge de Protogène produisit réellement ce bel eSet de l'écume tombant de la gueule du chien de Jalise ; mais j'ai vu, de mes yeux vu, des draperies dues au hasard et dont les replis moelleux semblaient défier le ciseau du plus habile sculpteur. Mais là, comme ailleurs, tout change : la colonne, dont vous avez admiré l'élégante désinvolture, n'est plus, après quelque temps, qu'une masse informe et sans vie; ces feuillages, ces animaux fantastiques dont vous avez envié la possession , sont effiicés, détruits par le carbonate , sous une couche nouvelle dépourvue d'agréments. D'autres objets non moins curieux se montrent, il est vrai, bientôt à leur place ; mais le même sort les attend... Tout passe, hélas 1 ici bas; et nous aussi nous passons , et d'autres nous succéderont qui passeront tout comme nous.
« La fraîcheur nous avait saisis; la grotte, d'ailleurs , avait saturé notre curiosité du spectacle de ses merveilles ; nous sentîmes encore plus vivement le besoin de sortir des entrailles de la
terre, que nousTi'-avions éprouvé d'ardeur à y péjiétrer pour leur dérober leurs secrets. La luiasière des flambeaux nous était devenue odieuse ; c'est avec une sorte d'impatîeïice que nous nous élanç&maes impétueusement m dehors. Quel bonheur de mous retrouver sous les chauds rayons du soleil I Un de mes compagnons jeta de toute la vigueur de son bras au pied de la laontagne la bougie qu'il tenait à la main. Noos mous assîmes un in^ tant sur des qiKirtiers de rocher ; nous causions H noas nous laissions pénétrer avec volupté de ia douce chaleur des rayons solaires. Enfin nous gravîmes jusqu'à îa petite lour isolée, qui semblait placée là pour veiller à la sûreté des chauirà^es de la vallée. Des %uiers plantés çà et là entre les rochers par la main ^e Dieu , offraient des fruits magnifiques mx oiseauic du del , qiai les 4)ecqcietaient à cœur-joie. INous eûmes JaaonaQvjâse pensée de les leur disputer. Nousenvahî- «ïes l'arbre le plus rapproché; mais quelle dé- -ceptionl elles étaient d'une hOTrîble amertume; ^ nous nous empressâmes «de jeter bien loin de BOUS les fruitâ trompeurs.
« La tour est «une petite fortificaik)n de for^aoe r^nde « qui pouvait contenir au plus une dizaine de défenseurs, mais qui devait avoir tout autoor des fossés et des logements pour un plus grand nombre <de soldats. 11 est d'uss^e de faire remositer aux Romains, ou pour le moins aux Maures , 4es vieilles constructions que l'on rencontre ainsi
dans Içs lieux déserts. Toutefois nous avouerona qm la tovu* d'Isturitz ne porte point le cachet d'une antiquité aussi reculée ; nous pensons plutôt que sa construction date du temps des guerres de religion, lorsque le comte de Luxe ei le seigneuir de Don)ezain sowtenaieilt , à la tète des Basques» le parti catholique en Navarre contre les violences de Jeanne d'Albret. Les Basques du Labourd, par esprit de confraternité et par attachement à la religion catholique, pourvoyaient à l'entretien du corps d'armée Bas-Navarrais , et lui fournissaient aussi des volontaires. La tour d'Isturitz , postée aux confins des deux cantons, semble indiquer qu'elle n'était là que pour conserver les communications entre le Labourd et la Navarre.
« Au pied du monticule, nous vîmes une chose assez rare : la petite rivière d'Arberoue , qui est un des affluents de la Bidouze , pénètre du côté du midi dans les flancs de la montagne , qu'elle traverse par un canal souterrain pour aller ressortir du côté du nord. Près de là, sur ce même cours d'eau , se trouve une petite scierie de marbre, dont l'exploitation est aujourd'hui abandonnée.
•c Nous descendîmes dans un bosquet de chênes magnifiques, pour nous étendre à leur ombre et vider nos paniers de provisions. Nous ne fûmes pas peu surpris d'y trouver pour hôtes deux ou trois cents papillons de nuit, aux couleurs éclatantes. C'est une espèce qui serait recherchée, si
elle était plus rare, car elle est fort belle. Nous nous gardâmes bien de déranger ces hôtes brillants des bois; nous nous estimions heiH^eux d'être leurs voisins, et nous jouissions trop de les voir jouer ensemble. Après nous être suffisamment reposés et restaurée, nous rentrâmes aussi joyeusement que nous étions partis. »
Ici se termine la relation qui m'a été envoyée. Je serais charmé d'apprendre , mon cher Théodore , que la lecture vous en a intéressé.
Je suis toujours de cœur votre dévoué ami.
Jules.
U CHAPELLE ET L'ERMITE D'AINflOA.
Gahbo, le 11 Octobre 1852.
Mon cher Théodore ,
Je vous annonçais dans ma dernière lettre que j'allais recommencer mes courses interrompues. Hier, je suis monté à la chapelle d'Âinboa, qu'on m'avait signalée comme un des plus jolis points de vue du pays ; je n'ai point été trompé. Pour y aller, on passe à Espelette, et puis on gravit un monticule à travers des sentiers qui sont presque impraticables en hiver.. Peu d'instants avant d'arriver à la chapelle nous avons remarqué une roche, le long de laquelle descendent plusieurs filets d'eau, et qui était toute tapissée de grassettes à grande fleur (1). Cette roche doit étrej d'un aspect ravissant, lorsque mille fleurs, portées sur des hampes fineâ et légères, viennent, au retour du printemps, l'émailler comme à l'envi des tendres couleurs de leurs larges corolles bleues. Une dame d'Espelette employait avec
(1) Pinguicula grandi flora.
succès la grassette , pour guérir les enfants du peuple de l'horrible maladie de la teigne. Aujourd'hui qu'elle n'est plus, l'usage de son remède rfa" pas été oublié, et €►» ne manque pas d'y re* courir, dès qu'il se manifeste un cas qui en demande l'emploi.
La chapelle d'Ainhoa, dédiée, comme celle d'Aranzazu, à Notre-Dame de l'Aubépine, attire en foule les populations d'alentour en certains jours de féto et dans les temps de calamité ; et, malgré cette dévotion , elle ne laisse pas que d'être bien paiTvre, et d^appeler à grands cris une prompte restauration. Elle est située sur l'un des flancs du mont Axulay, qui s'aplatit vers la moitié de sa hauteur pour former une espèce de plate-forme, «ur laquelle elfe est construite. Quel délicieux tableau la nature présente aux regards de ceux qui veulent bien visiter la «lodeste chapelle d'Ainhoa et son humble ermitage I Ici la vue ne va point se perdre dans un lointain vague et confus ; mais les objets apparaissent d'une manière assez distincte , pour qu'on puisse les reconnaître, les contempler, et en jouir. Devant soi, on voit au loin l'Océan comme une large bande azurée qui termine l'horizon ; puis, ce sont les côtes de la mer, Saint- Jean-de-Luz et le fort Socoa , Ciboure avec la hauteur de Bordagain veuve de sa chapelle, Biarritz avec son phare, Bayonne e^ sa cathédrale^ les flots confondus de TAdour et de la Nive qui longent les sables du Blanc-Pi-
gnon ; one foide de villages, plus ou moins rapproches les uns des autres, sont dispersés çà el là dans toute la campagne ; on aperçoit à ses pieds Ainhoa avec son joli groupe de maisons et îson clocher élancé ; il paraît là , planté au milieu des terres cultivées comme au milieu d'un fertile jardin. A. gauche , le village espagnol d'Urdach se trouve encaissé par des montagnes verdoyantes» et ne laisse voir que les quartiers de Landibar et d'Acuerdy avec la chapelle de San Estevan. Un peu plus loin, sur la lisière des Pyrénées, s'étend un autre village navarrais ; c'est Zugarramurdy, patrie du banquier espagnol Fagoaga ; le dialecte qu'on y parie est aussi noble et aussi beau que celui de Sare. Enfin, pour que rien ne manque à ce magnifique tableau, on a derrière soi la chaîne des monts Pyrénées, qui se prolongent majestueusement jusques sur les bords de TOcéan.
Nous sommes descendus à Ainhoa par une pente rapide. On n'y trouve qu'une seule rue , mais large et spacieuse, à travers laquelle passe le grand chemin qui conduit à Pampelune. Des écrivains distingués ont raconté avec tout l'en* thousiasme de l'admiration que les Chinois ont inventé l'art de couper les collines en fornoe d'amphithéâtre pour les mettre en état de culture. Que ne sont-ils venus à Ainhoa ? et que n'ontils jeté un coup d'œil observateur sur les champs situés derrière le village ? Ils auraient reconnu
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qu*il n*était pas besoin d*aller aussi loin que la Chine pour trouver des inventeurs de cette méthode , tout ingénieuse qu'elle est.
La mine de fer, découverte par M. Potel , est sur un terrain qui appartient à Âinhoa. Proche de cet endroit, on rencontre des restes de vieilles murailles cachés en partie par les bruyères et les buissons sauvages; ce sont les débris d*une forge considérable que l'on y avait élevée dansles siècles passés. On dit que Ton y travaillait non-seulement le fer, mais encore le cuivre et l 'argent ; ce qu'il y a de sûr, c'est que le cuivre ne manque pas dans les mines des environs, et que M. Potel a extrait quelques gouttes d'argent d'un morceau de minerai. Hélas I là où l'on voyait autrefois de vastes édifices et de nombreux ouvriers; là où retentissaient et les cris des hommes et le bruit continuel des marteaux , il n'y a plus que des ruines, la solitude, et un silence de mort. Ainsi périssent tôt au tard les œuvres sorties de la main de l'homme, quelque solides et durables qu'elles paraissent.
Ainhoa a donné le jour à MM. Labartette et Pérochéguy, l'un qui fut évêque de Véren et vicaire-apostolique de la Cochinchine , ami et coadjuteur du célèbre évêque d'Adran; l'autre qui devint lieutenant provincial d'artillerie et commandant de J'artillerie du royaume de Navarre. Les lettres écrites par M. Labartette ont été publiées en partie dans le recueil intitulé : Nouvelles
lettres e'difiantes et curieuses ; elles renferment des détails fort intéressants sur les lointaines contrées qu'il était allé habiter. Jean de Pérochéguy, qui vivait vers le milieu de Tavant-dernier siècle, servit l'Espagne pendant plus de cinquante ans. Il est auteur d'un livre qui a pour titre : L'Origine de la nation Basquaise^ et de sa langue, de laquelle sont issues les monarchies française, espagnole, et la république de Venise. Voilà bien un titre , mon ami , qui promet beaucoup, hélas I beaucoup plus qu'il ne saurait tenir. Si vous aviez pu visiter Ainhoa, mon cher Théodore, il y a trente ou quarante ans, vous auriez peut-être rencontré , humblement monté sur un âne , un petit vieillard à l'œil vif et au front serein , tout de noir vêtu de la tête aux pieds , ridé , mais non point courbé par l'âge ; son large surtout, taillé et boutonné jusqu'en bas en forme de soutane, était fait d'étofie grossière; et le chapeau, qui couvrait sa tête, dénotait évidemment qu'il était du prix le plus infime: N'importe qu'il s'arrêtât devant une simple ferme ou devant la maison d'un riche Etchecojaun, la porte s'ouvrait incontinent pour le recevoir. Rencontrait-il sur sa route homme, femme ou enfant, un visage épanoui montrait combien on était heureux de le voir : on s'empressait de le saluer, et lui, savait toujours puiser dans son excellent cœur, pour les leur adresser, des paroles bienveillantes et affectueuses qui allaient droit à l'âme
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de ces braves gens. Ce petit vieillard était ÎErmite d'Ainhoa ; c'est ainsi qu'on l'appelait généralement, quoiqu'étant né à Ainhoa même, on sjùt bien que son vrai nom était Jean-Baptiste Béhérèche. Or, Jean-Baptiste Béhérèche , encore enfant, avait été souvent témoin du concours des fidèles à la chapelle de Notre-Dame de l'Aubépine; son jeune cœur s'était plus d'une fois ému à la vue des pieux hommages que l'on y rendait à la Reine du ciel et de la terre, et alors il s'était senti fortement' inspiré de consacrer sa vie tout entière à l'honorer.
Un ancien ermitage existait adossé à la chapelle de Notre-Dame ; c'est là que , renonçant à tout, il se retira à peine âgé de dix-sept ans, et qu'il se voua pour toujours au service de la Sainte Vierge. 11 partagea dès lors tout son temps entre les soins qu'il donnait à la chapelle, le travail des mains, et la prière ; le seul délassement qu'il se permît, était de chanter les louanges de Marie ; il aimait à célébrer dans des cantiques pleins d'une naïveté touchante ses vertus, sa puissance, ses bienfaits et les merveilles qu'elle avait opérées. Bientôt , remarquant l'ignorance dans laquelle croupissaient les petits pâtres et les petits paysans de son voisinage, il ouvrit dans son ermitage une école gratuite^où ils accoururent de tous les côtés, et où il leur distribuait une instruction proportionnée à leurs besoins. Là, sur le flanc nu et un peu sauvage du mont Axulay,
il leur enseignait, lui le pauvre Ermite, une morale infiniment plus sublime que celle que, dans Athènes, enseigna le divin Platon sous les portiques et les délicipux ombrages des jardins d'A- <îadémus. Il leur apprenait à aimer Dieu et te prochain, à honorer leurs parents, à être bons, sobres et laborieux; c'était, en un mot , la morale que le fils de Dieu avait apportée à la terre, «qu'il inoculait dans ces cœurs tout neufs et encore ignorants du mal. Après les enfants, vinrent les pères et les mères. L'ascendant que l'Ermite d'Ainhoa exerçait sur les premiers, passa naturellement jusques sur les seconds. Il s'en servit pour leur inspirer en toute circonstance des paisées qui tendaient sans cesse vers te bien. Que de consolations, d'encouragements, de salaires conseils ne leur prodigua-t-il prfnt durant sa longue vie ! Et combien lui-même, à soft tour, ne recueillit-il pas de reconnaissance et de bénédictions de leur part! Deux événwnents vinrent seuls troubler cette paisible et pure existence durant l>space de 70 ans. La Révolution française, qui avait forcé la plupart des prêtres à fuir de leurs églises, n'avait pu détacher l'Ermite d'Ainhoa de la chapelle de Notre-Dame de TAubépine. Grâce à lui, elle était toujours restée ouverte à la dévotion des fidèles. Mais par suite de la guerre qui éclata entre la France et l'Espagne, elle vint à être renversée et détruite. H est impossible de dire l'affliction du îpauvre Ermite à
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