LE PERROQUET ET LA MERLE
Il yavait autrefois, dansie royaume de Mit-Khala* un roi nommé Préa-Mohosot^ qui gouvernait sous le nom de Préa-Vitès-Réas.
f'e roi possf'^dait un trôs beau Perroquet qu'il aimait beaucoup. Or, un jour il appela son Perroquet et lui dit :
— Tu vas partir pour le royaume de Pichcy-Banlu Réacli-Séma' dont le roi CIiuol-Lavcy m'a fait offrir sa fille pour épouse et pour reine; tu sauras si la proposition qu'il mn fnît de venir en son royaume épouser la belle Banli-Clial l'Iianty-Rrarh-Tliida ne cache pas quelcpie piège. Il y a dans le palais du roi
* Peut-<Hre Sipnla, \^ Nt^pi'il. A Mimil.it ion Hoaifttii«e. ' rivheih VAiç^ili (?), ville capitale d'un royaume voisin «iiué au sud du Ni|uila.
une Merle très jolie que le roi Chuol-Lavey nourrit dans su chambre; elle doit savoir ce que son maître a décidé contre moi avec son conseiller, l'achar Khèo*; tu iras lui parler d'amour et tu l'interrogeras habilement, puis dès que tu auras appris d'elle ce que je veux savoir, tu reviendrHS immédiatement ici me rendre compte de ta mission.
Ceci dit, le roi Préa-Mohosot donna à manger à son Perroquet et le fit partir.
Parvenu dans la capitale du royaume de Banh- Chal-Réach-Séma, le Perroquet fut se poser sur le toit du palais de Chuol-Lavey. N'apercevant personne, la pensée lui vint de parler afin d'attirer l'attention de la jeune Merle qu'il voulait séduire, et de suite il se mit à parler très haut. Ce qu'il avait prévu arriva, la Merle ayant entendu parler sur le toit, sortit pour voir qui parlait ainsi très agréablement. Elle aperçut le Perroquet et trouva que sa voix était belle et douce; de suite il lui plut dans son cœur, car elle n'avait jusqu'alors jamais entendu que la voix des hommes. Pour mieux entendre le' bel étranger, elle vola et vint se poser sur une fenêtre du palais.
Alors elle se mit à rire, à parler toute seule en regardant le ciel, faisant mille petites manières afin d'être regardée par le Perroquet. Celui-ci, l'ayant
* Achar (cambodgien), du pAli Acanja, professeur, leUré; — KUéo^ nom propre d'homme ou defemmo, signiflant « diamant, brillant, précieux ».
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entendue parler, la vit tout de suite, il sourit et fut, en volant, se placer au-dessus d'elle.
— Quelle bonne chance, lui dit-il, j'ai de vous rencontrer. J'ai parcouru beaucoup de royaumes sans jamais voir une aussi jolie Merle que vous; vous Aies la plus belle des Merles. Vos ailes, votre bec et votre corps sont trës beaux. Je vous aime beaucoup; amusons-nous donc ensemble. Je vous en prie, parlez-moi, dites-moi quelques mots. Pourquoi vous taisez-vous ? Je voudrais entendre votre voix, écouter vos paroles. Donnez-moi votre confiance, ne craignez rien de moi. Je viens d'un pays éloigné, je viens d'arriver et je n'ai pas encore mangé; j'avais grand faim quand je vous ai vue, mais maintenant ma faim est passée, parce que votre vue m'a rassasié. Je vous en prie, ne partez pas. Je vous regarde comme je regarderais une (évoda\ Ne faites pas des
manières, car je considère que c'est une grandechance pour moi de vous avoir rencontrée. Dites-moi seulement quelques mots, puis après vous vous tairez. Vous paraissez inquièto et toute confuse, vous baissez votre joli bec. Avcz-vous donc peur de moi?
La Merle, ayant entendu ces belles paroles, leva la tête, regarda le Perroquet et lui demanda :
— D'où venez- vous et que voulez-vous T Vous n'a-
* Da pAli Heratn, ang^. DaiiR ce ran n frmm^ de» dieux »•
vez donc pas peur du roi Chuol-Lavey que vous venez vous poser sur le toit de son palais? Si le roi vous aperçoit, il vous fera mourir. Vous paraissez ignorer que Chuol-Lavey est tout-puissant et que tous les dignitaires de son royaume tremblent devant moi. Nul autre oiseau que moi n'a jamais osé pénétrer dans le palais; vous êtes très hardi d'oser venir jusqu'ici. Moi, je ne suis pas une femelle du marché, habituée à entendre la voix des mâles et qui fait l'amour avec eux. Vous ne devez pas me parler comme vous le faites. Partez immédiatement, sinon je vole avertir le roi et, sans aucun doute, il vous fera mourir. Alors vous ne reverrez plus vos parents.
Ayant ainsi parlé, la Merle regardait le Perroquet du coin de Tœil et souriait.
— Je vous en prie, jolie Merle, lui répondit le Perroquet, ne vous fâchez pas après moi. Je ne veux pas sortir du palais parce que j'ai vu votre jolie, très jolie figure et que je vous aime. J'y mourrai peut-être avec vous, mais alors je renaîtrai dans un autre monde avec vous et vous y serez mon é|)ouse. O ma belle Merle, pensez à moi dans votre cœur. Je ne sujs pas un de ces Perroquets qui aiment quelques jours puis s'en vont aimer ailleurs. Je vous aime et vous serez toujours mon épouse aimée.
— Alors, lui dit la Merle, (juel est votre nom et quel est votre pays ?
• Le Perroquet fut très heureux dans son cœur de
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voir la Merle s'adoucir et s'intéressera lui, mais il se dit à lui-même :
— Si je dis que je viens du royaume de Mit-Khala, la Merle soupçonnera peut-être que je viens aux renseignements; mieux vaut no pas dire la vérité.
— Je suis, lui répondit-il en riant, originaire du royaume de Arith-lléack-Séma* et mon nom est Sécsoro-MôntitV Je suis un des serviteurs du roi qui m'aime beaucoup. Pour me marquer son amitié, il m'avait donné une belle épouse, qui portait le l>eau nom de néang SnVk«ir-Kliéo'; elle était belle comme les anges et vous ressemblait beaucoup. Le roi nous avait donne une belle cage d'or et nous habitions près de lui. Nous étions très heureux, mais le malheur vint nous trouver. Un jour que nous nous étions envolés, mon épouse et moi, afin de nous promener, nos forces s'épuisèrent et nous fûmes nous reposer sur le toit d'une véranda. Malheureusomcnt, un vilain aigle nous aperçut et s'abattit sur nous. J eus le temps de m'enfuir, mais mon é|)0use qui était enceinte et un peu lourde & cause de cela,
* Peui'iiin A hih-ChHra, ville capitale d*un roj'aume frontière du NépAI, RiUié à loucçt.
* .^<*ciiom, probablement un nom propre; monlit^ en p^H restitué niant t, connciller, ministre.
' Scang (oambodg.), madame, femme; — êrakar^ en p4H reHtiinë nnHhnra^ sucre. — Khro (cambodg.), précieux, brillant, diamant, nom d'homme et de femme. — Madame Sucreprécieux.
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fut moins vive que moi. L'aiglon la saisit, l'emporta et la dévora. Ce grand malheur me causa un si gros chagrin que je ne pouvais plus boire ni manger et que je ne pouvais plus assister aux audiences royales. 11 y a trois ans de cela et depuis cette époque je n'ai pas fréquenté une seule femelle. Je suis demeuré veuf sans jamais manquer à mon veuvage. La saison froide étant venue, j'ai entendu le bruit du vent qui soufflait et j'ai pensé A mon épouse morte. J'avais l'habitude de dormir prés d'elle, maintenant le vent souffle sur mon corps et j'ai froid parce que je suis seul. Le roi s'aperçut que j'étais très triste, que mon désespoir ne cessait point, et il vint à moi. <c II ne faut pas être triste comme cela, mon pauvre Perroquet, me dit-il. J'ai entendu dire que le roi Chuol-Lavey nourrit dans sa chambre une jolie Merle qu'il aime beaucoup. Va la voir et si tu la trouves belle, si tu l'aimes, tu reviendras me prévenir et j'irai la demander pour ton épouse au roi son maître. » Ayant ainsi entendu parler le roi, ma tristesse diminua, l'appétit me revint et je mangeai. Un peu après, ayant salué le roi mon maître, je pris mon vol dans la direction de votre palais et je suis arrivé ici sans m'étre reposé un seul instant^ sans avoir pris la moindre nourriture, tant j'étais pressé de vous voir, ma bien-aimée Merle. O ma Merle, vous êtes jolie c^mme l'Étoile du matin. Donnez-moi votre amour, car je suis venu de loin dans votre royaume pour faire de vous mon épouse. Ne me re-