LE PERROQUET ET LA MERLE
fusez pas. 6 ma Merle, levez tos yeiix sur moi ; prenez-moi pour époux» nliésîtcz pas davantage. Oh I parlez-moi, dites-moi quelques mots, ne demeurez pas sans parler, ou bien je vais croire que vous n'avez pas confiance en moi, en moi qui vous dis la ▼érité, qui ne dis pas un seul mensonge. Oh ! je vous en prie, ma Merle, prenez-moi pour votre époux.
La Merle écoutait, heureuse déjà, les paroles du beau Perroquet; elle admirait son éloquence amoureuse et sentait que son cœur s apitoyait pour le beau parleur, mais elle était retenue par la confusion :
— Je suis une femelle du palais, disait-elle. Jen'ai jamais entendu parler ainsi autour de moi, comment voulez- vous que je vous croie? Les paroles des mâles sont souvent mensongères, ils cherchent de belles paroles pour les dire aux femelles afîn de les séduire. Comment voulez- vous que je vous croie? Je suis une Merle et vous êtes un Perroquet; nous sommes de couleurs et de races difTéjrnles, comment jwurrai-je vous prendre pour mon éi)oux? Le Perrofjuet avec la Perruche sont l>eaux à voir, mais a-t-on jamais vu une Merle épouser un Perroquet? Votre plumage est vert et mon plumage est noir; les couleurs sont très différentes entre nous et nos noms ne se ressemblenl pas. Comment pourrions-nous nous ni<arier ensemble? Mariés ensemble, nous aurions des petits, mais à qui ressembleraient-ils? Ni à vous ni à moi, ils ressembleraient a nous deux et ne seraient ni
Perroquets ni Merles, car ils seraient les deux à la fois. Comment oserai-je jamais les promener et les montrer? J'aurais honte d'eux devant tout le monde. Mon beau Perroquet, je serais en but à tous les dénigrements. Moi, une Merle du palais qui ai la confiance du roi et l'estime de tous les dignitaires qui disent que j'ai le cœur droit et que je n'ai jamais commis une faute, que diraient-ils s'ils me voyaient avec un époux d'une autre race que moi? J'aurais honte, grande honte devant tout le monde. Vous voyez bien que notre mariage est impossible; ne restez donc pas pour rien au palais et partez tout de suite.
Le Perroquetayant entendu les paroles de la Merle, admirait son éloquence, sa belle manière déparier: — J'ai compris vos paroles, mais avant de partir je vais vous conter une histoire qui répondra à vos scrupules: a En co temps-là, le roi Novéat, étant allé se promener dans un jardin, aperçut une jeune fille nommée Chorn-Pôet l'aima parce qu'elle était belle et qu'elle lui plaisait. Bien qu'elle fût d'une caste très inférieure, il l'épousa devant tout le i>euplo et la proclama reine. Il eut d'elle un enfant qui reçut le nom de Sirem-Maha-Kéach*, et cet enfant fut aimé de tout le monde. » Voici donc, ma chère Merle, un roi célèbre qui épouse et qui fait reine une fille d'une
* Sircm, nom propre.— Maha-réach^ en pâli restitaé maha rajui grand roi.