‹ Cambodge: Contes et légendesChapitre 20 sur 46 · LB PERROQUET ET LA MERLE · texte numérisé non relu

LB PERROQUET ET LA MERLE

caste inférieure, et nous, parce que je suis Ferroquet et vous Merle, nous ne pourrions pas nous marier ensemble ! Pourquoi cela?

La Merte répondit :

— Parce qu'un roi peut épouser une fille de son peuple; ils ne sont ni de races ni de couleurs dillé-* rentes comme vous et moi^ qui ne nous ressemblons ni par la couleur de notre plumage, ni par les noms que nous portons. Nous ne pouvons nous marier ensemble; Je suis très hésitante, mon beau Perroquet, parce que je n'ai jamais vu un Perroquet épouser une Merle.

Le Perroquet ayant entendu les paroles de la Merle admirait son éloquence et son esprit.

— Ma chère Merle, dit en souriant le Perroquet, puisque vous hésitez encore, je vais vous raconter une autre histoire : « Il y avait autrefois un Préam- Prithéa qui s'était retiré dans la forêt de Hym-baupéan ' pour se faire Maha-Rusey *, c'est-A-dire ermite. Dans cette forêt, il y avait une troupe de Kénor'qui liabiUûent dans le Vinhcar et qui vivaient là très

* En pftli Ventituë f/cmaea/io, iiimaea^ Himalaya.

'En pAli resUtué Mahâ- Richiê {pk\i Iêi% grand homnie, éminent homme, titre qui se donnait autrefoia aux erniitea, aux profe^Meum vivant naintemont. Le» Cambodgiens dltent et écrivent aussi Etfnetf qui a la même signification et qui correspond au pAli /ni.

* Hommes et femmes qui ont des ailes et qui sont rt*oou verts de plumes comme les oiseaux

* Pagode, monastère, du sanscrit Vihéar.

heureuses et très tranquilles. Un jour, une Araignée énorme et méchante les attaqua, elle en mordit plusieurs et en mangea quelques-unes. Alors les Kénor furent trouver le Maha-Rusey^ l'ancien Préam-Prithéa, et, en pleurant, lui demandèrent d'aller tuer l'Araignée énorme qui mangeait les Kénor tous les jours dans la forêt.

Mais le Maha-Rusey se mit en colère :

-- Jeàuis un ermite, il ne m'est pas permis de tuer les bétes, et vous venez me demander d'aller tuer TAraignée. Allez-vous-en, tout de suite.

Et il les chassa. Alors les Kénor se réunirent dans Je Vinliéar pour décider ce qu'il y avait à faire.

— 1^ Maha-Rusey^ disaient-elles, a repoussé notre demande, il ne veut pas tuer la grosse Araignée qui a déjà dévoré plusieurs d'entre nous, il faut lui offrir Rot-Vottey-Srey ' la plus belle des Kénor, peut-être alors consentira-t-il à tuer notre ennemie, car en la voyant si jolie la salive lui en viendra aux lèvres.

Ceci, ayant été convenu, fut fait, et les Kénorjconduisirent la belle Rot-Vottey-Srey chez le vieux Maha-Rusey. Elles le saluèrent bien humblement, puis elles lui dirent :

— Nous venons vous offrir la jeune et belle Rot- Vottey-Srey-Kénor, prenez-la pour disciple, mais, nous vous en prions, allez tuer la méchante Arai-

* Le luot srey veut dire « femme », eu langue khmère.

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gnée qui a déjà dévoré plusieurs Kénor dans la forêt.

Le vieux Maha-Rusey les reçut bien cette fois :

— Laissez-moi, leur dit-il gaiement.

Quand elles furent parties, il quitta ses effets de religieux \ prit un l^ton et se rendit à la forêt. Il aperçut T Araignée qui dormait à terre et la tua à coups de bftton. Ceci fait, il retourna chez lui où l'attendait la belle Rot-Vottey-Srey-Kénor, et il la prit pour son épouse.

Mon histoire est finie, ma chère Merle. Vous voyez que le Maha-Rusey a épousé une Kénor. Alors, dites-moi pourquoi une Merle ne pourrait pas se marier avec un Perroquet! Ne sommes-nous pas deux oiseaux?

Et la Merle qui avait écouté très attentivement cette histoire, admirait combien le Perroquet était habile à conter.

— C'est bien, mon beau Perroquet, je suis convaincue. Je serai votre épouse, mais si le roi apprenait que j'ai pris un mari sans son autorisation, il se fâcherait sans aucun doute contre moi. Retournez donc en votre pays, allez prévenir votre roi et diteslui de venir, conformément aux coutumes, me de-

* Afin de ne pas les eoailler par an meurtre, afin de ee dépoaiUer pour on instant du caractère religieoz qui i*oppoeail A oe qn'un Maha-Rusey dHruUit un être ayant vie. C'est de la easulstique toute purs.

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mander en mariage à mon maître. Je vais retourner près du roi et je vous attendrai.

— ma chère Merle, répondit le Perroquet, je suis venu ici pour vous prendre pour épouse ; vous consentez h notre mariage, et voilà que vous me renvoyez dans mon pays. Vous voulez que mon roi vienne pour moi vous demander en mariage à votre roi. Alors, si votre roi refuse je vous perdrai et je perdrai les cadeaux de lademandeV

Puis le Perroquet se rapprocha de la Merle:

— Je suis bien malheureux, continua-t-il de vous avoir rencontrée puis d'être obligé de partir. ma chère Merle, il faut me garder ici, près de vous, car je ne puis plus être heureux ailleurs. Si vous ne voulez pas me garder, je partirai, piais alors, ma chère, je ne reviendrai plus parce que vous m'aurez repoussé. Gardez-vous donc, et bonjour. Je vous salue et je pars.

Alors ayant abaissé son bec devant la Merle afin de la saluer, le Perroquet ouvrit ses ailes comme pour s'envoler. Mais la jolie Merle, tout de suite attristée^ saisit une plume de son aile avec son petit Dec.

* Il est d'usage au Cambodge d'apporter des cadeaux aQX personnes auxquelles la demande en mariage est faite. Ce sont ces cadeaux que le Perroquet séducteur paraît craindre. de perdre. — Voy. mes Reckevchez sur la Léyislation Cambod^ yienne (Droit privé).

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