LR PERROQUET ET LA MERLE G
— Pourquoi me retenez- vous avec votre bec? dit le FeiToquel; laissez-moi partir.
Mais la pauvre Merle honteuse n*osait pas répondre. Le Perroquet fut alors très hardi. Il prit avec sou bec le petit bec do la Merle et la caressa.Puiscoiïime elle ne lui résistait plus, il monta sur son dos et il Taima. C est ainsi que se fit leur mariage.
Cependant, comme ils s'aimaient beaucoup et no quittaient pas la chambre, le Perroquet oubliait sa patrie, et la Merle ne paraissait plus aux audiences royales; il ne pensait plus au roi Préa-Mohosot et elle nesongcmit plus â ht belle C4ige d*or qu'elle habitait dans la chambre du roi. C*ost que, s'aimant bcamu)up, ils vivaient l'un à côté de Tautrc, sans jamais se cpiitter; la Merle préparait des j^Ateaux de miel |>our son époux ol ils étaient heureux tous les deux.
Mais un jour le Pcrro(|ucl se rappela la mission quo son roi lui avait confiée et il résolut de la remplir.
— Ma jolie Merle, dit-il. j'ai appris p«ar hasard que votre roi avait oITcrt sa fdle Banh-Clial-('hantv- Héacli 'i'hida pour épous<* au Préa- ViU'^s-Uéas, roi de Mit Kliala. Savcz-vons si cette proposition a été faite?
— l^ounjuoi. mon époux, me demandez-vous cela? Parlez-moi des cIkkscs cpii nous intéressent, parlez-moi <ram(»ur et laissez-lâ les affaires du roi'.
' Ijob datnoii du palais jurent, au Cambodge, do ne jamais A. Lkixkrb, Litt, camltotlij. 5
. — Je veux savoir ce qui on est de ce bruit, par pure curiosité, ma chère Merle. Répondez-moi donc tout de suite, et ne faites pas en sorte que je sois obligé de vous demander plusieurs fois un renseignement que vous pouvez me donner de suite.
La Merle eut pitié de son époux et elle lui raconta que le roi Cliuol-Lavey trompait le roi Préa-Mohosot; qu'il n'avait pas Tintention de lui donner sa (ille en mariage, mais de Tattirer dans son royaume pour le tuer.
— Je suis seule à connaître ce projet, ajouta la Merle, n'en parlez donc point, car si le roi Chuol- Lavey apprenait que vous le connaissez, il vous ferait mourir, ô mon cher Perroquet !
Celui-ci, ayant appris l'odieux projet que le roi Chuol-Lavey avait conçu contre son roi, fut très content dans son cœur.
— Ne craignez rien, dit-il en souriant, je ne dinii pas cette chose grave que vous m'avez confiée. Nous ne serons pas punis, comme vous le cmignez, mais ce ronscignoment est bon à coimailre.
La Merle crut dans son cœiw tout ce que le Perroquet lui dit à ce sujet, car elle l'aimait. Mais celui-
révéler les secrets du roi. Une indiscrétion peut ôtre, conformément à ia loi, punie de la peine de mort. C'est ce qui explique la répugnance de la Merle à répondre à son mari. — Voy. mes Recherches sur le droit public des Cambodfjiens, chap. L'eau du Serment et mes Recherrhra sur la Léfjinlation criminelle des Cambodgiens,
LR PKUROQURT RT I.A MRRLR G7
ci songeait déjà à regagner son pays afin d'aller rendre compte au roi de la mission qu'il lui avait connce; déjà il songeait à quitter la Merle.
— Il faut, ma belle épouse, lui dit-il un jour, que je retourne dans mon pays, car je veux prévenir le roi mon maître, et le prier do venir demander au roi Cliuol-I^vcy qu'il consente à notre mariage. Nous ne pouvons pus vivre toujouis comme nous vivons, il faut obtenir Tautorisation de faire les fêtes de notre muriagc. conformcMiient aux coutumes anciennes. Je ne serai pas longt(Mn|)s al>s(Mit: je vous promets d'être ici dans trois jours au plus. Ne vous désolez donc pas et surtout ne soyez pas inquiète. J*ai vécu quelques jours avec vous, et je vous laisse, c est vrai, mais je ne puis faire dilTérenmient sans mo rendre coupable d'une faute contre le roi, mon maître. Hostez donc au pjihiis de Chuol-Lavey, soyez sajj:o et, pour n'être pas trop désolée, ne pensez pas trop à moi pendant mon abs<'n(*e. Je retourne dans ma pntiie, mais mon Ame et mon c<inir restent près de vous.
I^i Mrrlr, ayant entendu 1rs paroles du Perroquet, sentit .son CAi3urqui ho. troublait, et rin(|uiétude qui l'envahissait.
— () mon cher Perro<|uot. dit-elle, vous allez me laisser seule comme une orpheline. Je suis déjà tout habituée à coucher prés de vous et voilà le malhrur qui viont nous séparer. Mon cher l*erroqu<»t, si vous allez dans votre pays, n'y demeurez pas trop long-
temps; je vous en prie, revenez, revenez vite, car j'ai beaucoup de chagrin de vous voir partir.
Alors, en pleurant beaucoup, elle se mit à préparer des vivres pour le repas de son mari.
— Mangez bien, mon très cher, dit-elle quand elle eut servi son mari. Je crains que vous tombiez malade au cours de votre voyage et ({ue vous n'ayez personne pour vous soigner.
Le Perroquet sentit alors lapitiôqui venait (îu son cœur pour la pauvre Merle :
— Je ne serai pas longtemps, lui dit-il.
Alors, il la caressa avec son bec, puis il voulut s'envoler, mais ses forcos étaient parties, car il était très triste. Enfin, il s'envola, non sans regarder la Merle, dans la direction de Mit-Khala.
En route, il rencontra des Merles et, comme leur rencontre ramenait sa pensée sur son épouse, il sentait son cœur devenir triste.
Dès le soir du jour ou il avait quitté la Merle, le Perroquet arriva dans la c<ipitale du royaume de Mit-Khala. Ue suite il fut saluer le roi Préa-Mohosot et lui rendre compte de sa mission. Très heureux, le roi lui donna à manger des gâteaux faits avec du miel, le garda dans sa ch<nmbre et prit soin de lui tous les jours.
Mais le Perroquet, dans sa cage d'or, n'était pas heureux ; il pensait à la Merle, son épouse, avec laquelle il avait l'habitude de manger et de dormir. 11 ne pouvait ni manger ni se préparer pour le som-
LK PERROQUET KT I-A MERLE fi9
inoil sans penser i\ elle et, (|uand il tonnait, il s'inquiétait pour elle.
Cependant, il demeura dans sa cage d or et ne retourna jamais dans le royaume que la Merle, son épouse, habitait. Il fut malheureux.
NÉANG KANTOC
Il y avait en ce temps-Ui, il y a bien longtemps, un homme veuf et une femme veuve qui habitaient au centre d'un riche royaume deux villcigos voisins. Ils avaient Tun et l'autre chacun une fille en âge de se marier; la Bile de Thomme veuf répondait au nom de néang Kantoc\ et la fille de la femme veuve portait celui de néang Chong-Angkaat*.
L'homme et la femme se rencontrèrent, et, comme
* Néang (oambodg.), madame, femme; Kanloc^ eo pâli restitué, kanio^ beauté, charme.
* En français « bout de tison ». Le conte français donne à la petite persécutée^ à celle qui reste toujours au foyer pour y faire le gros ouvrage le nom de Cendrillon ; le conte cambodgien, assurément d'origine indienne, appelle « bout de tison • la sœur persécutée et « charmante » la pauvresse. Sont-ce les Cambodgiens qui ont transposé les noms des jeunes filles ? Je ne le crois pas, parce que le nom CharmaïUc qu'ils donnent au personnage sympathique ne saurait convenir à l'autre. Dans le conte annamite que je donne ci-dessous d'après M. Lande, les Annamites ont entendu Angkam, « son de paddy », au lieu de Angkaai^ « bout de tison », et traduit ce mot par Ca/ii, un mot de leur langue qui veut dire « son de paddy », mais, par suite d'une erreur, c'est Cendrillon, c'est la persécutée qu'ils nomment ainsi.
NÉANG KANTOC 71
ils étaient encore jeunes, ils s'aiincrcnt, se nitariërent, puis ils habitèrent la même maison avec leurs (illes. Tout eût bien marché <lans cette famille de veufs remariés, si les deux filles avaient pu s'entendre. Malheureusement, comme elles étaient nées dans la même année, dans le môme mois, dans la même lune montante et pcut-ctro le même jour, - car on avait, departetd'autre, oublié la date de leur naissance, — les deux filles se querellaient à chaque instant à cause de Tautorité qui revenait à Tainêe; chacune (rdlcs prélondail ôiro la plus âgée et avoir le droit de marcher devant l'autre.
Fatigué de cos querelles, le père résolut d'y mettre un terme :
— Allez, dit-il aux deux filles, allez pécher du poisson; celle qui en rapportera le plus sera Talnée et l'autre marchera derrière elle.
Les deux (illns partirent ensemble et, avec leurs lignes de thmey^ teint en brun avec le jus du fruit du/>o/{' elles se mirent a pécher sur le bord do la rivière, à peu <le distante du komponq* du village.
Quand la nuit fut venue et avec elle l'heure de
• Nom d'un arbro.
• Chanvri» cambodgien.
' Rivage. O mot |>araU venir du ma I ai* Aramponij, vi!iag<r). l^ malais a fourni un cortain nombre de mots à la langue d«^ (^^mbotlgienn. \jt^ vi!l«ig(ni cambodgienne de roAme que les vi Mages malais, sont souvent construits sur le bord des rivières.
rentrer à la maison, néang Kantoc avait sa corbeille pleine de poissons argentés. Néang Chong-Angkaat avait été moins heureuse et sa corbeille éUiit presque vide.
Elles revenaient toutes les deux à la maison, sans rien dire; néang Kantoc, très heureuse, marchait devant comme il convient à Tiilnée, sa corbeille de poisson posée sur sa tête et maintenue par un coussinet fait avec son écharpe bien roulée; néang Chong-Angkaat, très en colère, marchait derrière sa sœur comme une cadette, tenant, sur sa hanche gauche avec son bras, sa corl)eille presque vide.
— Néang Kantoc, dit-elle tout à coup, tu es fatiguée; ta corbeille de poisson est lourde et nous ne sommes pas près d'arriver; donne-la-moi, je la porterai un peu, puis tu la reprendras à ton tour.
— Jovcux bien, répondit sa s<iîur ; la voici, donnemoi la tienne.
Elle était sans méfiance parce qu'elle était bonne et laissa passer néang Chong-Angkaat devant elle. Mais celle-ci, qui voulait lui voler son poisson, se prit à courir. Néang Kantoc, croyant qu'elle voulait jouer, sourit et la laissa faire, comme on laisse faire une siVAiv plus jeune et plus gaie.
Néang Chong-Angkaat, n'étant pas poursuivie, gagna rapidement beaucoup de chemin, et put ainsi arriver la première à la maison.
* — Tenez, mon père, dit-elle, voici le poisson que j'ai pu prendre. Ma samv n'a presque rien piis. Elle
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est <lorrière moi qui vient lentcnr^nt parce qu'elle est très honteuse et très chagrinée.
— Tu as pris beaucoup de poisson, dit \o, père, parce que lu es l'alnéc, et ta sœur en a pris très peu parce qu'elle est la cadette. En marchant derrière toi, elle a convenablement pris la place (|ni lui revient.
Cependant, ncang Kantoc arriva à son tour, tenant sur sa hanche gauche la légère corbeille de sa sœur.
— Tiens, nôang Chong-Angka<it, dit-elle, voici ta «'orlK3illo. donne-moi mon poisson.
— Ton |>oisson, répondit sa s(nur, ne Tas-tu pas dans la corbeille (|ue tu i)ortes sous ton bras; voudrais-tu donc, nê.ang Kantoc. faire croire à ton père «pic; j'ai pris ta corbeille d<; poisson?
— Nêang Chong-Angkaat, cette corbeille pleine de poisson n'est pas la tienne; c'est ma corbeille que lu as pork'e parce c|ue j'étais fatiguée; tu me Tas demandée.
1^ discussion <lura longtemps en présence du père et de la mère, mais plus on discutait moins on s'eiiU;ndail.
— Allons ! dit le père, le poisson es! à celle cpii l'a apporté ici. et «-'est celle-là <pii est Tainéo.
Ncang Kantoc se retira pour pleurer; elln pleurait non seulement parer que sa s<i»ur, fille de sabellc- ^î^re, éiait prrN'Iamce Talnéc malgré la ixVhe abondante» (pii avait décidé en sa faveur, mais encore parce que son pcre la croyait une menteuse.
Elle suivait un sentier de la brousse, songeant ainsi à son malheur, lorsqu'un vieil arahan * qu'elle connaissait pour l'avoir vu plusieurs fois pratiquer son art dans le village, lui barra le chemin.
— Pourquoi pleurez-vous, néang Kantoc, et pourquoi laissez-vous, comme une fille désespérée, traîner votre écharpo derrière ? lui demanda- t-il.
La pauvre fille lui raconta son aventure et ses chcigrins, la trahison do sa sœur et la décision que son père abusé avait prise.
— Ne pleurez pas, dit Varahan, et prenez ce petit poisson ; portez-le dans la mare qui est près de la maison de votre père, ofi chaque jour vous allez puiser de l'eau, et surtout nourrissez-le bien avec du bon riz blanc, mais ne parlez de lui à personne.
Ncang Kantoc prit le petit poisson que Varahan lui tendait et le porta dans la mare qui se trouvait au nord de la maison paternelle. Elle prit l'habitude de lui porter deux fois par jour un peu de rir: cuit, et le poisson prit celle de venir manger dans sa main quand elle l'appelait, comme font les peliU poulets dont on s'occupe beaucoup. Quand néang Kantoc quittait la mare, le poisson qui, bien nourri de bon riz blanc bien cuit, avait atteint une taille prodigieuse, disparaissait sous Tcau (*t s'y tenait si bien
* Kii pAli rt'stituô ttraha^ Raînt, personne vénérable. I^s contiMirs raniboclgiens prononcent 8<>uvent arttCy qui veut dire « sorcier ».
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caché que personne ne pouvait se vanter de l'avoir vu.
Mais ncang Chon^j-Anglcnat, dont lu conscience n'était pas tranquille, avait observé sa sdMir. Surprise de la voir se diriger matin et soir vers la mare avec une grande poignée de riz cuit, comprenant que néang Kantoc lui cachait quelque chose, elle l'avait suivie, s'était dissimulée derrière une touffe de broussailles, et «ivait vu le poisson venir chercher sa nourriture dans la main de la jeune nile.
Tn\siiilri;<uéc rt très surprise par cotte familiarité du poisson et aussi par sa taille merveilleuse, néang Chong-Angka;it fut prévenir ses parents, (.ommo ceux-ci n'étaient pas riches, que la quantité de riz (|ue néang Kantoc portait au poisson était rolativementronsidérablc, et qu'ils n'aimaient point leur nile cadette, ils se prirent a la surveiller pendant qu'elle mangeait, et quand elle avait achevé son repas, la m(M*e ramassait la marmite aPn) que néang Kantoc ne pût rien porter au poisson.
1^1 pauvre fille s'rn aperçut et, quand elle avait mang<^, elle remplissait sa bouche de riz cuit, se levait i;t sodirigoait vers la mare, puis, rojotant dans sa main In riz (|U elle avait dérobé, elle appelait le poisson et le lui présentait.
Sas(i*ur<|ui lahalssaitde la haine (|U*on a toujours pour les gens <|u\)n a offenses, ne tarda pa-s â connaître la suponhorie dont se rendait coupable la pauvre néang Kantoc. Klie prévintsa mère, et celle-
ci, afin d'empêcher la fille de son mari, d'aller porter du riz cuit au poisson de la mare, lui faisait ouvrir la bouche après chaque repas, afin de s'assurer qu'elle n'y cachait rien.
Ne pouvant plus cacher du riz dans sa bouche, néang Kantoc devint très rusëe, elle en cacha dans ses cheveux, mais néang Chong-Angkaat le découvrit encore et prévint sa mère. Celle-ci, très en colore, défendit, avec des paroles très vilaines, k la fille de son mari de sortir de la maison et se mit a la surveiller avec tant de soin que néang Kantoc ne put trouver un seul instant poiu* aller à la mare porter au poisson sa ration journalière.
La mère s'aperçut do son ennui, car ncang Kantoc était si inquiète que son trouble paraissait. Intriguée et voulant savoir par elle-même ce qui attirait tant la jeune fille a la marc, elle s'y rendit, les mains pleines de riz cuit, et appela le poisson, mais en vain, l'ami de néang Kantoc ne parut point.
— C'est probablement, dit-elle, que je ne sais pas son nom .
Le lendemain, la mère se relâcha un peu de sa surveillance et fut se cacher derrière une toulTo d'arbrisseaux» sur le bord de lit mare. Néang Kantoc no tarda pas fi y arriver tenant dans ses mains jointes une forte rat'um de ri/, cuil. Klle appela le poisson et il vint tout de suite. I^i mère n'avait jamais vu un poisson de mare aussi gros et aussi beau.
— Quel beau poisson, se dit-elle, et comme ilserait
NftANG KANTOC 77
bon de l'avoir h manger, bien salé et bien séché au soleil!
Fille fut trouver son mari et lui dit ce qu'elle avait vu. puis elle l'engagea si fort à prendre le poisson cpie le pauvre homme, — (|ui ne refusait jamais rien SI sa fournie et (|ui aimait mieux nêang Chong-Angkaat, par faiblesse pour sa niere, que sa propre fille, — y consentit, bien qu'il sût quel gros chagrin il allait faire à néang Kantoi*.. Hélas! les enfants de la première feuune ne. sont-ils pas toujours par un veuf remarié sacrifiés aux enfanU de la seconde !
1^ père et la mère s'armèrent chacun d'un coupecoupe et furent aiu bord de la mare; la fenuno (|ui avait ent(3ndu le nom <iuo la jeune tille lui donnait appela le poisson. Il vint de suite, sans déliance s approcha de ses meurtriers et futtué. Emporté à la maison, il fut vide, découpé en lanières, salé, puis suspendu à une longue perche au soleil.
Cei>endanl uéaug Kan toc, n 'étant plus surveillée, s'en allait a la mare, appelait mais en vain son poisson familier. Ne le voyant pas paraltreâ sa voix, elle comprit cpfil était mort. (*t si* prit à [ileuier pensiuit bi<'n que le poisson préparé en sou absence par ses parents et <|u'ils avaient suspendu au soleil par petit* s bandes était son pauvre poisson. (>omme elle s'en revenait, dâsospérôe. san«;lotant. son éeharpe toute défaite, elle rencontra le vieil arahan.
— Ne pleurez pas. néang Kanioc, lui dit-il. le IHti'^sMn a «'•lé tué par votre père et par lanière de
néang Chong-Angkaat (|ui a pour vous autant de haine que sa fille parce que vous êtes plus belle qu'elle et qu'il n'y a point dans tout le royaume une fille aussi belle et aussi blanche que vous. Maintenantj acheva-t-il, ne pleurez plus, rentrez chez votre père, ramassez les os du poisson que votre mère a jetés sur le bord du fleuve, au nord du koni[)ong oîi les femmes du village vont prendre leur bain, et cachez-les sous votre lit.
Néang Kantoc essuya ses larmes avec un bout de son écharpe et roulant celle-ci autour do sa taille, puis la rejetant sur son épaule droite, elle s'en fut au kompong, ramassa tous les os du poisson, les cacha dans son sainpot^ et les rapporta dans la maison de son père où, sans rien dire, elle les cacha sous son lit.
A quelques jours do là, elle rencontra de nouveau le vieil ai*ahan :
— Néang Kantoc, lui dit-il, allez donc voir s'il n'y a pas quel(|ue chose de nouveau sous votre lit. S'il y a deux objets, vous cmi cacherez un dans votre sampot, do manière que personne ne puisse croire que vous y cachez quelque chose, puis vous laisserez l'autre objet sous votre lit.
^ Pièce d'étoffe de sept coudi^ de longueur et do trois coudées de largeur sans coutuitî avec laqueUe les Cambodgiens et leurs fomnie.s se font une sorte de culotte lx)uCfante et très gracieuse.
NftANG KANTOC 79
Nênug Kanloc rentra cliez elle, regarda sous son lit et y trouva une paire de très jolios chaussures (|ui se refermaient sur le pied et s*attachaiont avec des cordons en soie; elles étaient plus petites que toutes celles qu'elle avait vues jusque-là aux dames de la cour, mais elles leur ressemblaient parla forme sinon par la beauté; cependant elle pouvait les chausser, bien (pfclle fût accoutumée à marcher pieds nus. Ayant constaté tout cela, elle dissinmia une chaussure dans son sampot et laissa l'autre sous son lit, ainsi que le lui avait recommandé le vieil aralian.
Un jour, néang Chong-Angkaat, qui furetait partout, étant venue voir sons le lit de sa sccur, y trouva le|)etit soulier, mais ne parvint pas h dwouvrirson compagnon. Croyant jouer un mauvais tour à néiing Kantoc et lui faire de la |)eine, elle jeta la chaussure qu'elle avait trouvée par-dessus la palissade au milieu des grandes herbes. Un corbeau qui se tenait perché à quelques pas de là, sur un arbre, se saisit du soulier croyant prendre une t4>te do poisson et s*cnfuit 1res haut et trcs loin. Ayant becqueté le soulier, et reconnaissant son erreur, le corbeau très honteux le laissa retomber; mais un autre corl>eau qui le suivait, enviant sa proie, crut qu elle lui échappait cl la ramassa, puis s'enfuit à tire d'aile, craignant c|u'on ne vint la lui reprendre. Quand il fut ln*s loin, s'(»tant assuré <|n'il n'était pas suivi, il r(^garda ce qu'il tenait dans ses grilles, reromuilson
80 CONTKS
erreur, et, très honteux h son tour, laissa tomber le petit soulier devant la porte du palais du roi.
Le roi était très vieux; il n'aspirait plus qu'à laisser son trône et sa couronne à son fils otû prendre le titre A' obbajouréacli\ qui est le titre que prennent les rois qui abdiquent le pouvoir suprême; mais le prince héritier refusait le trône et la couronne que son père lui offrait, disant :
— maître dos existences, grand roi, père sacré qui connaît tout plus que tous les autres honunes ensemble, toujours victorieux, descendant des dieux anciens, je suis votre lils, c'est-à-dire rien, (|ueUiue chose enfin comme un de vos cheveux, pardonnezmoi si je refuse le trône et la couronne que vous m'offrez. Pardonnez-moi, je recevrai de vos mains sacrées, grand roi, Tun et l'autre quand j'aurai trouvé une femme belle entre toutes, (|ue j'aimerai (^t cpii sera digne par sa grâce d'être la femme d'un roi.
Et depuis longtemps déjà, il cherchait, visitant tous les villages, mais en vain, car nulle des femmes (|u'il voyait ne lui ])laisiiit.
Or, comme il sortait un jour du palais de son père, il trouva le petit soulier que le corbeau venait de laisser tomber; il le ramassa et, surpris de trouver uno aussi petite chaussure, appartenant assurément à une femme, puisque la coutume n'était point d'en
^ Titre du roi qui a abdiqué, au Cambodge, au Sîam et dans beaucoup d'États do Tlndo Chine aryenne.
NKANG KANTOC 81
donner aux enfants avant leur nubilité, il alla trouver le roi son père et lui ditqu'iln'é)K)userait jamais que la femme qui pourrait chausser ce potit soulier.
Le roi, qui désirait marier son fils le plus tôt possible, afin de quitter le pouvoir, donna dos ordres à tous ses mandarins et fît savoir dans tous les villages (|u'un petitsoulier était déposé au palais et que la jeune lille qui pourrait le chausser épouserait le prince héritier et serait reine.
Toutes les iiiles qui avaient les pieds petits s'acheminèrent vers la capitale else présentèrent au palais, faisant les plus beaux projets d'avenir^ mais aucune d'elles ne parvint a chausser le petitsoulier. Néang Chong-Angkaat, qui avait les pieds très petits, y vint aussi, mais ne fut pas plus heureuse que les autres. Malheureusement, elle reconnut, dans le petit soulier exposé au palais, la chaussure qu'elle avait doroliét; a sa .stour; alors elle ne douta plus que sa sœur fût la bienheureuse que son bonheur* le sort avait désignée pour le trône. A cette pensée c|ue niMing Kantoc pouvait devenir la femme du prince héritier et la reine du royaume, elle sentit cmltre en elle toute la haine qu'elle avait pour sa sœur. Elle engagea si fort sa mère et son père à ne pas i>ermettre à m^ang Kantoc de se rendre li la capitale pour
* Par oetie expression « w>n bonhour », il faut entendre les nu*riteM ac^quis aur«mnt d'uni* rxitili^ncc anti'*i-i«*ure par la periionnaliU^ n^incarnée en n^ang Kantor.
y essayer le petit soulier dans le palais du roi que ses parents firent comme elle le désirait.
Cependant néang Kantoc avait, comme toutes les filles du royaume, entendu parler du petit soulier que le prince héritier avait trouvé et du concours que le vieux roi avait ouvert. Aussi désirait-elle vivement se rendre au palais.
— Le petit soulier que le prince a trouvé, se disaitelle, est certainement celui qui m'a été pris sous mou lit et le compagnon de celui qui est caché dans mon sampot. Oh! il faut que j'aille au palais m'assurer de cela; il faut que j'y aille; il le faut!
Mais elle eut beau supplier son père, celui-ci, qui était absolument dominé par sa femme et par la fille de sa femme^ ne voulut jamais y consentir. Ne pouvant obtenir l'autorisation qu'elle demandait, néang Kantoc s'enfuit de la maison paternelle une nuit et gagna la route qui conduisait à la capitale. Mais néang Chong-Angkaat, que sa haine tenait éveillée dans la nuit, avait vu une ombre franchir la porte, et, se doutant que sa sœur s'enfuyait, avaitcouruà la natte où reposait sa mère et l'avait réveillée. Celle-ci informa son mari, et le père de nécing Kantoc, très mécontent, très en colère de voir sa fille désobéira ses ordres et s'enfuir comme une fille de mauvaises mœurs S courut après elle, la rejoignit sur la route et la ramena à la maison.
* Le texte dit sampan^ prostituée.
NÉANG KANTOC 83
Enfin, fatigué de voir sa fille constamment pleurer, ennuyé d'être toujours suivi par elle etd'cn- Icndre ses prières, le père prit un vase, le remplit de riz cru jusqu'au bord et le répandit sur l'herbe de la cour, en ayant bien soin do ne pas laisser tomber deux grains au mémo endroit.
— Si lu retrouves tous les grains que j'ai semés dans la cour, dit le père à ncang Kantoc, et si tu me rapportes mon vase plein juscju'au bord, comme il était avant que j en répandisse le contenu sur l'herbe, je te laisserai aller.
Néang Kantoc se mit k la besogne avec courage et, ayant travaillé doux jours a ramasser le riz, sans qu'un oiseau vint lui en dérober un seul gmin, ce qui est merveilleux, elle en remplit ju.squ'au bord le vase que son père lui avait laissé. Comme ce dernier n'était pas là et qu'elleavait, pendant une courte absence, |)osé son vase de riz sur une natte étendue sur le clayonnage de la maison, son père arriva. Il comprit en voyant le bol plein jus{|u'au bord que sa fille avait retrouvé tous les grains de riz, mais comme il craignait de déplaire a sa femme s'il permettait â néang Kantoc d'aller A la capitale, il prit une petite poignée de riz dans le bol et la mit dans un autre vase, puis, afin que sa fille ne pût pas le souiM;onner do cotU*- supercherie, il sortit.
Quand néung KantiX! rentra, elle porta tout de suite les yeux sur son vase de riz et reconnut qu'on y axait puisé; au lieu ile m* plaindre, rlle chercha au-
84 CONTHS
tour d'elle, découvrit le vase où son pèro avait caché le riz qu'il lui avait pris et le renversa dans le sien.
Le père ne tarda pas à rentrer. Sa surprise fut si grande quand néang Kantoc lui remit le vase plein de riz jusqu'au bord qu'il ne savait quoi dire. Ne pouvant plus refuser l'autorisation quesa fille lui demandait d'aller à la capitale, autorisation qu'il avait promise et qu'elle avait si bien gagnée, il la laissa partir.
Le soir même, néang Kantoc se présenta au palais du roi. Une vieille femme l'y reçut, donna Tordre à un mandarin d'inscrire sur une feuille de tréang* avec un poinçon de fer, le nom de la jeune Bile et
lui remit le petit soulier.
O merveille I néang Kantoc le chaussa sans difficulté. Alors sans plus tarder, elle tira l'autre de son sampotet chaussa l'autre pied.
— Conduisez-moi au prince, dit-ello, parce que je suis la femme qu'il cherche.
La vieille femme obéit de suite et les portes intérieures du palais ayant été ouvertes, néang Kantoc pénétra jusque chez le jeune prince et jusqu'au roi.
— Voilà, dit le prince héritier, l'épouse que je cherchais.
Et jetant un regard sur la feuille de trcang que le mandarin lui avait remise à genoux, il ajouta :
— C'est néang Kantoc.
* Sorte de palmier qui fournit les ruuiUes ou oUes sur lesquelles soot écrits les satras cambodgiens.
niUng kantoc 85
Et il la présenta au vieux roi.
Le mariage eut lieu quelques jours plus tard, conformément aux usages du pays, et quand les fêtes furent terminées, le vieux roi rassembla ses mandarins et abdiqua entre leurs mains en indiquant son fils comme étant le successeur qu'il voulait. Les mandarins acclamèrent le jeune prince et, s'étant inclinés trois fois, le reconnurent comme leur roi.
Cependant, le pftro et la belle-mère, très excités par néang Chong-Angkaat, n'étaient point contents de ce mariage; ils auraient préféré que le roi choisit celle de leurs filles qu'ils regardaient comme l'aînée, C4ir ils ne pouvaient point compter sur la reo/)n naissance de la cadette qu'ils avaient tant persécutée et qu'ils n'aimaient point. ATm de lui substituer sa sœur, ils imaginèrent un moyen cruel pour se débarrasser de néang K<intoc.
Le pore écrivit au roi, lui disant qu'il était très malade ainsi que sa femme, et le priant de laisser leur tille bien-aimée les venir voir. Le roi y consentit do suiUî, rur il avait bon cnMir et il ét^iit très res- |)ectuciix dos anciens usiigos; il donna dos éléphants à la reine et une suili^ magnitic|iie do mandarins cl de belles suivantes, puis il Tenvoya voir ses parents.
Arrivée devant la maison de son père, néang Kantoc ordonna à sa suite de s*arrrter, descendit de son éléphant et pénétra seule dans la paillotte ; heureuse do revoir son ])ère, qu'elle aimait toujours, sa iKlIcincre et sa s<vurdont elle avait oublié la haine,
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elle' y demeura plusieurs jours. Quand elle voulut partir, son père lui dit :
T- Néang Kantoc, je veux prendre une douche; viens avec moi, tu en prendras une aussi ; ça te fera du bien, car il fait chaud aujourd'hui.
La reine y consentit, retira ses effets royaux, ne gardant autour de ses reins qu'un vieux sampot en coton que sa sœur lui avait prêté, puis elle passa dans la seconde pièce avec son père et la mère de néang Chong-Angkaat. Deux grandes marmites étaient là, toutes pleines d'eau ; l'une contenait de l'eau froide et l'autre de l'eau bouillante. Mais la reine» heureuse de faire plaisir à son père, ne s'occupait que de lui et ne voyait point la vapeur qui montait du bassin.
Tout d'abord, le père prenant la marmite d'eau froide, la renversa sur lui; puis la reposant sur le plancher, il prit l'autre marmite, celle qui contenait de l'eau bouillante, et la renversa sur néang Kantoc. La reine poussa un faible cri et tomba suffoquée; quelques instants après elle était morte.
— Prends les effets de ta sœur, dit le père, monte sur l'éléphant royal et va au palais ; le roi ne s'apercevra de rien d'abord et tu seras sa femme. Après cela, il pardonnera tout. Les rois sont variables dans leurs affections et à la femme qu'ils ont, si belle qu'elle soit, ils préfèrent toujours une femme nouvelle. Va et sois habile.
Ncang Cliong-Augkaat obéit et, comme il faisait
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nuit quand ello monta sur son éléphant, personne ne s'aperçut de la substitution. Mais, au palais, le jeune roi éUint venu au-devant de la reine jusqu'à l'endroit où les éléphants déposent leurs précieux fardeaux, il la trouva enveloppée d'un grand sampot k cause de la fraîcheur de la nuit, mais, ayant regardé les pieds de néang Chong-Angkaat, il s'aperçut qu'on lui avait volé sa femme et repoussa celle qu'on voulait lui donner, sans rien dire, sans rien lui reprocher.
A partir do ce jour, il cessa de paraître dans les appartements de la reine et refusa constamment de recevoir néang Chong-Angkaat. On constata que sa tristesse augmentait chaque jour, qu'il se plaisait de plus en plus loin du palais, loin de la ville, et qu'il courait toujours la brousse et la forêt.
Cependant, le père criminel, la fille de son épouse partie sur l'cléphant royal, escortée par les mandarins royaux et suivie dos suivantes de la reine, avait coupé le cadavre de la pauvre néang Kanloc et l'avait enterré dans son jardin, puis il s'était allé coucher.
I>e lendemain, comme il regardait involontairement l'endroit où il avait enterré néang Kantoc, il y vit un bananier magnifique, beaucoup plus beau et beaucoup plus grand que ceux qu'il avait vus jusque-là. Il rentra chez lui, prit son coupe-coupe, puis se dirigea vers le bananier. L'ayant abattu, il passa un lien de rotin siutour du tronc et le traîna
non sans peine assez loin de sa maison, dans la brousse. Comme il s'en revenait, ayant déjà fait une vingtaine de pas, il se retourna vers le tronc de bananier, mais ne le vit plus. A sa place, un magnifique bambou, gros comme le corps d'un homme, avait poussé. Il eut peur et se sauva.
A quelque temps de là^ le jeune roi, de plus en plus triste, vint se promener dans cette brousse. Il aperçut le bambou merveilleux et s'arrêta pour le regarder, surpris de trouver un bambou aussi extraordinaire. Il revint encore le lendemain, puis les jours suivants, ne se plaisant qu'à son ombre et se sentant très attiré par ce bambou si gros que personne n'en avait jamais vu un semblable.
Un soir, il ne voulut plus quitter le bambou merveilleux et résolut de passer la nuit en cet endroit. Il donna ordre à sa suite nombreuse de se coucher autour de lui, puis s'étendit sur sa natte et s'endormit.
Néang Kantoc qui avait retrouvé la vie dans le bananier merveilleux et qui vivait maintenant renfermée dans le bambou extraordinaire en attendant sa délivrance, avait depuis longtemps reconnu son mari, mais, croyant qu'il aimait sa sœur et ne sachant comment il la recevrait et s'il serait heureux de la retrouver, elle avait imaginé de s'en assurer avant de se montrer à lui. Comme il dormait, elle sortit du bambou et, ramassant une petite baguette, elle l'en frappa une fois. Le roi, réveillé on sursaut, regarda autour d(5 lui cl ne vil rien. Crovîint avoir
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révé, il se recoucha et se rendormit. Néang Kantoc sortit de nouveau du bambou et frappa le roi de sa baguette une seconde fois. De nouveau réveillé, le roi appela ses gardes et leur demanda s'ils savaient qui l'avait frappé. Ils lui ropondirentqu'ils n'avaient rien vu. F^ersuadé qu'il était victime d'un c^iuchemar, il se recoucha et se rendormit encore. Mais il fut réveillé de la môme façon. Il appela de nouveau ses gardes, mais aucun d'eux ne put dire ce qui avait réveillé le roi. Inquiet, le roi se recoucha cependant, mais cette fois-ci il no put se rendormir. Connue il refvardait les étoiles qui brillaient entre les feuilles nombreuses et serrées qui garnissaient la tige du bambou, il vit une forme sortir du tronc et s'avancor vers lui. ijr{U\ forme avait l'apparence d'un cire hunuiin et dans sa main il distinguait une baguette. Il ne bougea pas et attendit. Quand la main qui tenait la baguette se leva, il la saisit au poignet, se releva brus<]uement et renversant de l'autre main la tôle «pie la forme humaine tennil très baissée, il l'examina au clair de la lune. Il reconnut alors que c'était sa femme cpi'il croyait morte, sa chère reine qu'il croyait à tout jamais |)erdue. Il poussa un grand cri qui attira ses gardes très empressés et ses nombreux mandarins.
— C'est néang Kantoc, que j'ai retrouvée, dit-il.
Alors la reine lui raconta toute son histoire et A la suite de quelles aventures il se faisait rpiVlle élait devenue l'habitante d'un bambou merveilleux.
Le roi surpris et émerveillé, très heureux et très amoureux, fit, au point du jour, monter la reine sur un éléphant avec lui et commanda qu'on reprit la route de la capitale et qu'on se rendit très promptement au palais.
Cependant, inquiète de voir l'absence du roi se prolonger plus quede coutume, sachant que le prince s'était dirigé vers le bambou merveilleux dont on parlait beaucoup alors, et voulant, en allant h sa recherche, montrer au roi quelle grande affection elle avait pour lui, néang Chong-Angkaat était montée dès le matin sur un éléphantet, accompagnée de ses mandarins, de ses suivantes, elle avait quitté le palais et pris la route que le roi avait suivie la veille.
Ami-chemin, elle rencontra le roi et s'approcha de son éléphant pour le saluer. Alors elle reconnut que le roi n'était pas seul; un petit pied de femme sortait du palanquin royal .
— Oh ! dit-elle, voilà le pied de néang Kanloc; je suis perdue.
Prise de peur, elle sauta k bas de l'éléphant royal et s'enfuit au travers de la brousse. Le roi était si heureux d'avoir retrouvé son épouse qu'il défendit à ses gardes de la poursuivre, et depuis ce jour, on n'a plus entendu parler de néang Chong-Angkaat.
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M. I«ande, a donné dans ses Coaie.%H LègenHes Annamites (Voy. Excursionnft Reconnaissances, n* 22, mare-avril 1885, pp. 359-964,) sous le titre : Histoire de con Tarn cl de con Cam^ la traduction d'un conte annamite qui n*estévidement que le conipkhmer de AVa/ij^ Kantoc, adapté au génie annamite. Il est beaucoup moins intéressant que celui que je viens de donner, ot d'une facture beaucoup moins habile. On sent à chaque phrase qu on a affaire A une adaptation et non à une création. LVpiwxlc do Cendrillon faisant entrer sa sœur dans une chaudière dVau bouillante, afin de la rendre plus belle, bien qu'elle rappelle un procédé indo-cambodgien qui affirme l'origine du conte, donne A Cendrillon (ncang Kanioc^ con CAm) an caractère de |)etite rrniée criminelle que l'auteur cambodgien ne lui avait point donné et qu'il n^servait tout entier A ncanif Chong Anakgal^ la sœur de Cendrillon, menteuse et faus^.
J*ai pensé cependant qu'il y avait quciqu'avantage A donner le conte annamite A la suite du conte cambodgien. Il sera facile de les comparer et de les juger.