HISTOIRE DE CON TAM ET DE CON CAM
Un mari et sa femme avaient chacun une Hlle; la fille du mari s'appelait Càm, la fille de la femme s'appelait Tàm \ Elles étaient de même taille et l'on ne savait qui était l'aînée, qui la cadette. Leurs parents leur donnèrent à chacune un panier tressé et les envoyèrent prendre du poisson ; celle qui en prendrait le plus serait l'atnée. Ce fut Càm qui en prit le plus. Tàm alors s'avisa d'un stratagème. Elle dit à sa sœur d'aller cueillir une fleur de nénuphar' de l'autre côté du fleuve; pendant ce temps, elle mit tous les poissons dans son panier et s'en alla. Lorsque Càm revint, elle ne trouva plus de tous ses poissons qu'un long md'. Elle s'assit sur la place et se mil à pleurer. Un génie, ému de sa douleur, descendit du ciel et lui demanda ce qu'elle avait. Ulle lui raconta comment elle avait été trompée par sa sœur. Le génie demanda si elle n'avait rien laissé Cl, voyant le 16ng nid, ordonna à Càm de le garder et de le mettre dans un puits pour le nourrir. A chaque repas, elle devait lui donnera manger en l'appelant : « O mû I 6 mù! voici du riz blanc et du
* Cdm est le son. Tàm les brisures de riz.
* De jasmin suivant d'autres.
* Ce nom «16signe les Gobiidés, le Gobius hiocellatus est le plus comman.
IIISTOmK DE CON TAM BT DR CON CAM 93
poisson frais I voici des restes de riz et de poisson, viens en mangera »
Elle lui donna ainsi à manger quelque temps; mais un jour, pendant qu'elle gardait les buffles, Tiui, qui avait épié ses actions, vint au puits et appela le poisson qu'elle fitcuire. Lorsque Cim revint des champs, elle ne le retrouva plus et se mit à pleurer. Le coq lui dit : « I 61 6! donne-moi trois grains de riz, je te montrerai ses arêtes *». Cdm lui donna du riz, et le coq lui montra les arêtes que l'on avait jetées derrière la maison.
Oim les ramassa et pleura. Le génie lui apparut de nouveau, lui dit d'aller acheter quatre petits pots (hu), pour y mettre ces arêtes, et de les enterrer aux quatre coins de son lit. Au bout de trois mois et dix jours, elle y trouverait tout ce qu'elle désirerait. Quant elle ouvrit les pots elle y trouva un habit, un pantalon et une paire de souliers. Elle alla les vêtir dans les champs, mais les souliers furent mouillés et elle les lit sécher. Un corbeau enleva un de ces souliers et alla le porter dans le palais du prince héritier. Le prince lit proclamer qu'il prendrait pour femme celle qui pourrait chausser ce soulier.
La marâtre ne permit pas à Càm de se rendre au palais pour essayer le soulier; elle y alla d'abord aviHS sa fille, mais sans suçoirs. Càm, (M*pendant. se plaignait et demandait à UMiter l'aventure à son tour. I^i marâtre mêla des haricots et du sésame', et lui dit que lorsqu'elle les aurait
* B6 niùf mû hôi! C4>in Iràiig, câ tuoil coin thûa, ch cân! \ùn nââo.
* O 6 o I cho t>a Ilôt bûa, cbi xuoiig cho.
* b'auiicH discal du fil gluiiiieux
triés elle pourrait y aller. Le génie envoya une troupe de pigeons pour Taider dans celte opération ; mais la marâtre ne voulut pas encore la laisser aller, prétendant que les pigeons avaient mangé son grain Le génie fit rendre par les pigeons le grain qu'ils avaient mangé et la marâtre permit enfin à Cim de se rendre au palais Là, elle essaya le soulier qui se trouva juste à son pied, et le fils du roi la prit pour femme.
Un jour, on lui fit dire de venir à la maison de son père qui était malade. Le père était couché et sa femme avait mis sur le lit des oublies * qu'il brisait en se retournant. Le marâtre dit à Cim que ce bruit était produit par le froissement des os de son père, qu'il était accablé par la maladie et avait fantaisie tantôt d'une chose, tantôt d'une autre; pour le moment, il voulait de l'arec frais, et elle ordonna à C<im d'aller en cueillir sur l'arbre. Cim se dépouilla de ses vêtements de princesse et grimpa sur un aréquier. Mais Tâm coupa l'aréquier* sur lequel elle était montée, de sorte qu'elle tomba et se tua.
Tâm revêtit les habits de Cim et alla se présenter à sa place au fils du roi, mais celui-ci ne voulait pas d'elle et regrettait toujours sa première femme'.
* Bdnh trdn. Ce sont des gâteaux mioces et ronds en forme de cré|>es que l'on voit puriout sur les marcli6s. Ils sont secs et cassants.
* D'apn^s une autre version, à mesure que l'on coupait un aréquier. CAm sautait sur un autre, les arbres étant assez rapprochés dans les plantiiions, de sorte qu'il fallut couper tous les aréquiers du jardin pour venir à bout de la tuer. C*est là sans doute un anjolivement ou une réponse A quelque objection.
' Il y a ici des variations assez considérables. D'après les uns, ces deux jeunes filles sont sœurs de père, et il est admis implicite-