‹ Cambodge: Contes et légendesChapitre 24 sur 46 · HISTOIRE DE CON TAM ET DE CON CAM · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE CON TAM ET DE CON CAM

Après Toflrande, Cim dit à la vieille d'aller inviter le nis du roi à venir prendre part à son festin. Le fils du roi se moqua de la vieille mendiante, lui demandant ce qu'elle avait de beau pour venir ainsi l'inviter. « Si vous voulez que je vienne, lui dit-il, tapissez-moi tout le chemin de soie brodée, couvrez la jwrtc d'ornements d'or. » La vieille alla rapporter à Cim ce que lui avait dit le fils du roi. (îclle-ci répondit: « Peu im|>ortcI invitcz-lc à venir.

Il sera fait comme il a dit. » Elle adressa ses vœux au

génie qui tapissa le chemin de soie, couvrit la porte d'ornements d'or.

Quand le fils du roi arriva dans la maison de la vieille, il vit une boite qui contenait des chiques de bétel parfaiUMueut confectionnées ^ Il demanda à la vieille qui les avait faites. Celle-ci entra dans l'appartement intérieur et demanda à Cdni ce qu'il fallait répondre. Càm ordonna de répondre qu'elle avait fait les chiques elle-même. Le fils du roi alors ordonna d'en faire une pour voir. Cim se transforma en mouche et se mita voler autour de la vieille pour l'aidera faire la chique. Le Hls du roi voyant cette mouche reconnut que c'était elle qui donnait cette faculté à la vieille, il la chassa donc d*un coup d'évontail et la vieille se trouva incapable d'aller plus avant.

Ijù nis du roi fit de nouvelle*^ questions à la vieille, et

* C'est un grand arl et qui n'est pa^ donné à loun de confectlonnor une cbiqno «le h^Utl qui n'^ponde ii toutes les eiiKeno*^. Dam rAiinatn on fait les chiquer de (orme régulière ci beaucoup plus priiu*^ que dan<< no^ provinr4»s. l/on n'offre pas non plus tout un platrau do feuilles e( d'an*r, mais un priii immigre de rhiqiies; à leur f^l/'ganrr oti rrronnait la main des demoiselles de bonne maisou.

A. LbclArr. Litt^ rambotig. 7

celle<ci, effrayée, avoua la vérité et dit que c'était sa fille qui avait fait les chiques. Le (ils du roi lui ordonna de faire venir sa fille et en elle il reconnut aussitôt la femme qu'il avait perdue. Càm lui raconta toutes ses aventures et le fils du roi ordonna à la vieille de la ramener chez lui. Lorsque Tâm vit revenir sa sœur, elle feignit une grande joie, u Où avez-vous été depuis si longtemps, lui demanda-t-elle? Comment faites-vous pour être si jolie? Dites 'le -moi que je fasse comme vous. — Si vous voulez être aussi jolie que moi, lui répondit Cim, faites bouillir de Teau et jetez- vous dedans ». Tàm la crut, elle se jeta dans de Teau bouillante et mourut. Cim fit saler sa chair et l'envoya à sa mère. Celle-ci crut que c'était du porc et se mit à en manger. Un corbeau perché sur un arbre cria: a Le corbeau vorace mange la chair de son enfant et fait craquer ses ossements. » La mère de Tim entendant ce corbeau se mit en colère et lui dit: « C'est ma fille qui m'a envoyé de la viande, pourquoi dis tu que je mange la chair de ma fille. • Mais quand elle eut fini la provision, elle trouva la tète de Tàm et sut ainsi qu'elle était morte.

NÉANG CHUOUK

Il y avait en ce temps-là, im homme et sa femme qui étaient très pauvres et trfes tristes; ils allaient de porte en ix)rt('. et demandaient à chacun un peu de ce qu'ils avaient pour vivre.

Or, il arriva que la femme eut un fils. Le père se lamentait et disait que c'était bien malheureux d'avoir un enfantquand on éiaitpauvre. Mais un magicien qui s'étaitarr6té chez eux un instant les consola :

— Ne vous plaignez psis, leur dit-il, et no craignez rien pour votre (ils, car il sera roi.

Mais l'homme ne paraissait pas beaucoup croire à la prophétie qui lui avait été faite et, d'ailleurs, en grandissant, rcnfant ne donnait aucun des signes qui font prévoir une haute destinée. Il éUiit d'une grande tristesse et pleurait sans cesse; jamais ses larmes ne tarissaient. Son père en était désolé et l'avait surnommé Néac del Yoni « le Pleureur, celui (pii pleure ».

Un jour qu'il était plus f:iché cpiede coutume d'avoir un fils qui pleurait sans (M'sse, le |>ôreditàsa femme :

— Nous ne pouvons pas garder un garçon qui pleure sans cesse. Voilà qu'il a quinze ans et ses larmes ne tarissent point. Je vais le chasser ; il s'en ira à travers la brousse et les tigres le mangeront.

Le magicien qui passait entra et, les ayant regardés, leur dit :

— Je vois, vous voulez renvoyer le garçon. Vous avez tort, car, je vous l'ai dit, il sera roi un jour.

Mais l'homme et la femme ne le crurent point et, de temps à autre, quand ils étaient las de voir pleurer leur fils, ils reparlaient de leur projet.

Le Pleureur les entendit un jour, et, pris de peur, il partit sans même aller saluer ses parents.

Il marcha très longtemps, vivant comme il pouvait, et arriva dans un royaume voisin de celui qu'habitaient ses parents. Il ne comptait pas s'y arrêter et songeait à continuer sa route lorsqu'il fit la rencontre d'un magicien très renommé dans le pays.

— Où allez-vous ? lui dit cet homme.

— Je vais sans jamais m'arrèter, parce que je suis parti de chez mes père et mère qui voulaient me chasser de leur maison afin que les tigres pussent me manger.

Aloi*s il raconta (|u'il pleurait sans cesse en ce temps-là, et que sou |)ére l'avait pris en haine i\ cause de ce défaut.

— Dans quelle année, dans quel mois, dans quelle

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lune et quel jour étes-vous né? lui demanda le magicien.

Le Pleureur lui répondit do son mieux et très exactement. Alors le magicien se mita faire des calculs très longs, puis le reg<irdant avec attention :

— Vousôlos né sous un bon signo et votre destinée est belle et grande. Venez cliez moi, je vous apprendrai à lire et à écrire et tout ce que je sais, car il faut que vous sachiez beaucoup de choses.

Le Pleureur accepta et suivit le magicien dans sa maison. Ily trouvaunejeunefille très belle, plus belle que toutes celles qu'il avait vues jusque-là; le magicien l'avait trouvée un jour de Tannée précédente, au milieu d'une mare sacrée, entre les pétales d'une magnincpie Heur de lotus, et, pour cette raison, il l'avait nommée néang Clihouk (mademoiselle Lotus).

Elle avait alors quatorze ans. Elle reçut avec joie le Pleureur et tous les deux se mirent à étudier sous la direction du vieux magicien. Us travaillèrent si bien que peu de mois après le savant n'avait plus rien à leur apprendre. Mais, en apprenant tant de choses, ils apprirent à s'aimer et le vieillard, ayant vu leur amour, les maria ensemble. 11 se réjouissait de partager leur l)onheur.

Or, il arriva qu'un clia.sseur du roi qui devait rapporter tous los cinq jours, au palais, une pièf*e de gibior pour latable du monarque, et qui, depuis dix jours, n'avait rirn pu tuor, vint tout d<^sos|Kîré demander Thospitali té aux jeunes gens.

Le lendemain, il partit et se présenta au palais; le roi était si furieux do le voir revenir au bout do dix jours, les mains absolument libres, qu'il ordonna qu'on le mit immédiatement aux fers et en prison, sans môme vouloir l'interroger.

Mais, en prison, le chasseur se plaignait à ceux qui étaient chargés de le garder :

— Je n'ai pas tué de gibier pour le roi, disait-il, et il m'a fait mettre en prison sans vouloir m'entendre; pourUuit j'avais trouvé pour lui quelque chose do magnifique.

Les gardiens furent trouver le mandarm chargé de la prison et lui dirent les propos que tenait le chasseur; le mandarin avertit le ministre, et le ministre ayant parlé au secrétaire du roi^ celui-ci s'en fut trouver Sa Majesté.

l^e roi, très surpris et plus intrigué encore, ne voulut pas attendre une minute et ordonna qu'on lui amenât sans plus tarder le chasseur prisonnier.

— Quelle chose magnifique as-tu trouvée pour moi? lui dit-il.

— Je n'ai pas tué de gibier, répondit lo chasseur, mais j'ai trouvé une femme très belle, une femme comme il n'y eu a nulle part, plus belle que la plus belle des femmes du palais, vêtue comme une reine, et j'étais venu pour vous le dire, ô roi !

Alors, le roi, ayant longuement interrogé le chasseur, s'étant bien renseigné, le (il mettre en liberté,

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et lui donna Tordre d'aller chercher le mari de cette femme et de Tamenor au palais.

Lo chasseur partit ; aj^ant trouvé le Pleureur chez lui, il le conduisit devant le roi.

— Il y a dans un royaume très éloigné d'ici, lui dit le roi, une reine qui gouverne et qui est très belle. Allez la chercher. C'est Luong-Srey-Fhca, la reine des Fleurs. Si vous ne me la ramenez pas, je vous ferai mourir dans des supplices affreux.

Le Pleureur, très surpris, reprit le chemin de son village et prévint néang Chhouk et lo magicien.

— Allez, lui dit néang Chhouk, et ne craignez rien. Le chasseur lui a parlé de moi et il veut m'enlever pendant c)ue vous ne serez pas là, mais il ne me trouvera pas. Allez chercher Luong-Srey-Phca et ramenez-la.

Ayant ainsi parlé, elle tira de son doigt une magnifique bague en or garnie de pierreries qu'elle portait quand le magicien l'avait trouvée dans la fleur de lotus, et la lui passa au doigt.

— Gardez-la toujours, dit-elle.

Le magicien lui remit un poignard enchanté et lui recommanda de ne jamais s'en séparer.

Ijpi Pleureur partit, mais il n'avait pas quitté la maison depuis une heure que le roi y arrivait avec toute sa garde, afin de s'emparer de néang Chhouk. Iji jeune femme et le magicien qui savaient le projet du roi s'étaient jetrs dans la hrousso et s'y tenaient si bien cachés que les soldats ne purent

les y découvrir. Après quelques mois do roclicrches demeurées infructueuses, le roi finit par croire que lu jeune fenmie et le mugicieii avaient (juitlô son royaume.

Cependant le Pleureur avait franchi la frontière ctôlait arrivé dans lin royaume que d'énormes oiseaux qui venaient tous les cinq jours avaient dcsolc; les habitants du royaume et leur roi s'étaient tous enfuis. La reine seule éUxit restée, mais pour échapper aux oiseaux qui Teussent dévorée sans cette précaution, elle avait élé obligée de se renfermer dans un gong.

Le Pleureur, étant arrivé dans la capitale du royaume et dans le palais, y trouva le gong et dans le gong la reine. Comme les oiseaux venaient de quitter le pays, et qu'ils ne devaient pas revenir avant quatre jours, il sortit la reine de sa prison et put constater qu'elle était extrêmement belle.

— Je veux m'en ciller avec vous, lui dit-elle, dès qu'ils eurent fait connaissance et raconté leurs histoires, car je ne veux plus rester ici, exposée aux oiseaux qui désolent le pays.

Le Pleureur refusa, disant que son roi l'avait envoyé chercher la reine des Fleurs et qu'il n'avait pas le droit de retarder sa route en se donnant une compagne.

— Attendez-moi ici, ajouta-t-il, et rentrez dans dans votre gong; quand j'aurai décidé la reine des Fleurs à me suivre, je reviendrai dans ce pcilais, et je vous conduirai dans mon pays.

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La reine rentra dans son gong et le jeune homme partit.

Quoiqiies semaines pins tard, il arriva dans un royaume désol(5; rluMjUo fois qu'on battait le tam- Uim, H Toocsision d'un mariage royal, un Dragon énorme, roi d'un pays voisin, accourait et mangeait les (ianc(\s. 11 no voulait pas laisser se (aire un seul mariage.

1/5 Pleureur se (it ronduirr au roi et s'olTrit pour comhattre le Dragon-roi.

— Si vous pouvez en débarrassor mon royaume en le blessant seulement, car uno fois blessé il [Mordra sa confiance en lui et n'osem plus venir nous troubler, je vous donnerai ma fille en mariage.

Ijn Pleureur aci^epta et, ayant ordonné qu'on battit le tam-tam dos fôtes. il se mit en embuscade près de l'endroit où le Dragon venait se retirer avant de dévorer les fiancés du royaume.

Quand il le vit paraître, il tira son poignard enchanté et le prit corps â corps. I^ lutte dura longtemps, mais enfin, le Dragon fut blessé; ayant perdu une dc»s (^cailles dont sa p<»au était couverte, il s'onfuil en p(»ussant des cris de terreur.

Le roi tint sa promesse et sans plus tarder donna sa fille au Pleureur, puis il lui oITrit de rester au palais.

— O n'est pas possible, dit le Pleureur, je dois aller chercher la reine des Fleurs et j'y \eux aller. Gardez ma fenmie, votre fille: quand j'aurai trouvé la reine et quand je la ramènerai avec moi, je viendrai

chercher ma femme chez vous, et je la conduirai dans mon pays.

Ayant ainsi parlé, il partit.

Quelques semaines plus tard, il arriva dans le royaume même du Dragon qu'il avait combattu. Il apprit que le roi était très malade et, ayant déclaré à un haut mandarin qu'il était médecin et qu'il pouvait guérir Sa Majesté le roi Drîigon, on le conduisit au palais.

Ayant examiné le roi Dragon et reconnu qu'il se mourait de la perte d'une écaille, c'ost-à-diro de la blessure qu'il lui avait faite avec son poignard enchanté, il prit dans un petit paquet l'écaillé qu'il avait ramassée sur le lieu du combat, et avec beaucoup d'adresse la remit à sa place. Le roi était guéri le lendemain.

Très heureux, le roi Dragon lui demcinda où il allait et le Pleureur lui dit qu'il allait chercher la reine des Fleurs pour son roi qui voulait l'épouser.

— Il n'y a que moi qui suis allé dans le pays qu'elle habite et si vous n'y allez pas avec mon aide, vous no pourrez jamais y arriver, lui dit le roi.

Le Pleureur, certain que le Dragon n'avait pas reconnu en lui son adversaire, et ne sachant comment arriver au royaume do la reine des Fleurs, accepta la proposition.

— Montez sur mon dos, lui dit le Dragon, et je vais vous conduire près de la reine des Fleurs, car vous m'avez guéri.

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Lo Ploureiir obéit et le Dragon se mit en route. Son compagnon no larda pas à reconnaître les diflicultes du chemin et a acquérir la certitude que sans le Dragon il n'aurait j«imais pu arriver au terme de son voyage.

Quand ils furent arrivés a quel(|ues centaines do sen * de la capitale, le Dragon s'arrôta:

— Allez tout seul, lui dit-il, car je n'ose pas paraître devant la reine des Fleurs. Je lui fais mal au c<i5ur, elle vomit cpiand elle me voit.

Puis n^preiiant la rout<'. cpril avait suivie, il disparut dans la brousse.

1^1 reine des Fleurs habitait un ballon • élevé dans les airs, très haut et duquel pendait une corde destinée à prévenir les habitants du ballon (|ue quelqu'un voulait monter,

I^ IMeureur crut cpie c'était par la qu'on pouvait monter et. sVn approchant, la saisit. Mais voilà que cent tam-tam agités se mirent à résonner d'une manière terrible. I^ Pleureur perdit tout courage et s'enfuit.

' .Sr/i, iiie'«nro <l« longupurqui vaul vingt brasHo*.

• Von en cambodgien, niontg«>niôii». \/^ in()ig<*no9 prôlendenl rpiA len Yitn Ront cnnniiK au Camliod^o dopuin la pliiii lianlft anlic|nil<^. A crrlainr*? r|KW|ni*« do rannf'c, |*»n reUgicux lancent de^ >o/i pendant la nuit. Ceit mon tgol H Ares sont gênéralemcnt en papier chinois ; l'ouverture ent main (en ne |>ar un cercle de roi in. A rinlerwclion de« deux diamMreii en rotin qui ne coupent \ angle dn>it, on Rnii|)end un parptet de fllaxae ireinp(''e dan» un mélange do rAsineet d'huilo.

Le bruit cessant, il revint, mais épouvanté de nouveau par l'infernal tam-tam, il s'enfuit encore.

Un homme qui était venu au bord de la nacelle du ballon *, le voyant se sauver, l'appela et lui demanda ce qu'il voulait.

— Je viens de très loin, au nom du roi de mon pays, pour voir la Luong-Srey-Phca, dit-il.

— Eh bien! attendez, je vais vous donner les moyens de monter.

Et l'homme. lui descendit une échelle.

Le Pleureur la saisit et quelques secondes plus tard il était près de la reine.

— Qu'êtes-vous chargé de me dire? lui dit-elle.

— Mon roi a entendu parler de votre beauté et comme il vous aime, il m'a chargé de vous venir chercher, car son pays est grand et très beau.

Lix reine se mit à rire très fort, disant (lu'elle n'aimait pas le roi et qu'elle ne l'aimerait jamciis.

Comme elle achevait cette déclaration, elle aperçut au doigt du Pleiu'eur, la bague en or garnie de pierreries ()uo ncang Chhouk lui avait donnée.

— Qu'est-ce que cela? lui demanda-t-elle.

— C'est une bague d'or que ma femme h mise à mon doigt le jour de mon départ.

* BaUon, en cambodgien yom; naceUe, en cambodgien chéat. Par suite de Tétoupe enflammée qui est attachée sous le baHon, celui-ci dans les airs oui vulgairement nommé Kôm Aâ3, lampe volante.

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— Montrez-la-moi, dit la reine.

Puis l'ayant examinée, elle dit :

— Je reconnais cette bague, c'est celle d'une belle Heur, c'est celle que porte la fleur sacrée; votre femme est ncang Chhouk.

Alors le Pleureur lui raconta son histoire, celle de sa femme, puis l'ordre que le roi lui avait donné aPin de s'emparer de ncang Chhouk.

— Je pars avec vous, dit la reine.

Tout do suite le ballon s'éleva et partit.

I) abonl on s'aiTôta dans le rovaume du roi Dragon, mais en vain, on no le put voir. Honteux du dôgoiH «lu'il inspirait à Luong-Sroy-Phci, il s'était c^irhé dans un trou très profond.

Korccfut do partir sans le voir. Mais on fut plus heureux dnns le royaume où le roi Dragon avait été blessé; la (ille du roi attendait avec impatience son mari et quand elle l'aperçut elle fut très heureuse dans son ccnur. Elle monta dans le ballon, après avoir salué le roi son \ykre, et lia connaissance avec la reine des Fleurs.

Le IMeurcur retrouva dans h» ^n>ng la reine du royaume* ravagé |>îir les oiseaux, <ît, layant de nouvo^iu délivrée de su prison, il la conduisit dans la nacelle du billion et Icmmena aussi.

Fliifin 1rs voyageurs arriveront au dessus du palais du mi et lui firent savoir (pie Luong-Srey-Phra était arrixée.

i^ roi siocourul, revélu de son plus l>eau cos- (

tume et demanda comment on pouvait monter au ballon.

Il faut une échelle très longue et nous n'en avons pas, dit la reine des Fleurs.

Le roi ordonna immédiatement de construire une très longue échelle, et d'y employer tous les hommes du pays.

Il fallut plusieurs jours pour construire cette échelle et le roi se montrait très impatienté; il allait du chantier au ballon, pressant les ouvriers et disant à la reine des Fleurs qu'elle était la plus belle de toutes les femmes.

La reine riait et s'amusait de le voir.

Quand on eut dressé l'échelle, on s'aperçut qu'elle était trop courte de trois coudées et on la rallongea; mais quand on la dressa de nouveau, on reconnut qu'il manquait encore trois coudées ; on la rallongea encore, mais en vain, il maii(|uait toujours trois coudées. Le roi furieux ordonna de la rallonger de six coudées, mais elle éUiit encore trop courte de trois coudées..

— Il faut la rallonger de vingt coudées, dit le roi.

On lui obéit, mais quand il monta de nouveau elle était encore trop courte de trois coudées.

Alors, furieux, il grimpa sur le dernier échelon et sauta pour atteindre le ballon, mais le pied lui glissa, il tomba de très haut par terre et se tua.

Le ballon s'abaissa alors et tout le monde en descendit.

NÉAN6 CIIIIOUK 111

Le |)euple entoura les voyageurs et, n'ayant plus de roi, proclama le Pleureur et le conduisit au palais.

Quand les fêtes du couronnement furent finies, le nouveau roi partit pour le pays où demeurait néang Cliliouk et, l'ayant trouvée aichée dans la brousse, la ramena avec le magicien près de ses autres femmes.

Voici Tordre qu'il leur donna : néang Clihouk fut la propone ilioni • ; Luong-Srey-Plica fut la propone kandal • et les deux autres furent du môme rang et proclamées p/*opo/ie cliony *.

I^i prédiction du magicien était accomplie.

^ l^pouse grande, grande épotise.

* K|K)ii8f* du milieu.

• l<)|K>U!«e du bout. Voy. dans m.*« Rerhrn'hes êttr la légisintion ctinihot/gicnne (droit privi^) ce que je dis do ces trois elaiMes dVpouses. — Voyez aussi mes Hevhcrcheê sur la législation criminelle i/r< Cambotlgien»,

NÉANG SOC-KRAAUP

Il y avait en ce temps-là un homme et une femme qui avaient deux fils à peu près de même âge, puisque le cadet, Son-Préa-Khat, était né un an seulement après son aîné, Chan-Pr6a-Khat\

Dès leur &ge le plus tendre, ils se signalèrent par une nonchalance et une paresse sans exemple. Tout petits, ils dormaient; plus* âgés, ils s'étendaient k terre et laissaient s'écouler le temps en regardant passer les nuages. Leurs parents étaient désolés d'avoir des enfants aussi paresseux et rcdouUiient de n'en pouvoir jamais rien faire.

Quand l'alné eut huit ans, il dit à son jeune frère :

— Mon frère, il faut nous en aller d'ici, parce que nous sommes très paresseux et que voici venir le temps 011 notre i>ère voudra nous mettre au travail.

— Tu as raison, répondit le cadet; il faut partir tout de suite.

* Son paratt ici ôtra le nom du isoleil, et Chan celui de la lune; — Préa^ saint, sacn^; —Khat, en |)àli restitué Khaitam^ Kskairiya, nom de la caste des guerriers, la seconde caste.

NÉANG SOC-KRAAUP 113

Ayant pris cette résolution, les deux frères furent trouver leurs père et mère, puis l'alné prit la parole :

— Nous sommes dos paresseux, dit-il, et rien ne nous fait autant peur que l'idée qu'il faudra travailler un jour si nous restons avec vous. Or, nous ne voulons pas que vous soyez obligés de travailler pour nous nourrir ; d'autre part vous ne pourriez pas le faire toujours, et un temps viendrait où il nous faudrait suiTireànos besoins et travailler. Nous venons vous demander la permission de partir.

— C'est bien, dit le père, vous êtes des paresseux et je ne les aime pas. Partez donc et que je ne vous revoie plus.

I^s deux frères, ayant salué leurs parents comme le veut la coutume, partirent de chez eux et, très heureux, s'éloignèrent d'une maison où il fallait travailler et de parents qui gagnaient leur vie en besognant tout le jour.

Ils marchèrent pendant plusieurs jours, vivant des fruits qu'ils trouvaient aux arbres et aux arbrisseaux et rourhant dans la brousse et sur le sol, sans même prendre la peine d'y mettre (|uel(|ues branches garnies de feuilles pour se garantir de l'humidité.

QUfind les gens qui les rencontraient leur demandai<Mit où ils nllaient, ils disaient:

— Nous sommes partis de chez notre [mtc parce que nous sonunes deux paresseux et que nous ne craignons rien tant que le travail.

A. LRcxftRB, lÀtt, cambotig. 8

Un jour, ils rencontrèrent un homme très vieux, qui portait une grande barbe blanche et des cheveux longs et blancs. Cet homme était un magicien célèbre.

— Où allez-vous, leur dit-il, d'où venez-vous et qui êtes- vous?

— Nous allons nous ne savons où, nous venons de très loin et nous sommes deux paresseux qui avons quitté nos parents parce que nous ne craignons rien tant que le travail.

— Voulez-vous venir avec moi, dit le vieillard, vous m'aiderez, car je suis vieux; en retour, je vous apprendrai à lire et à écrire et vous deviendrez aussi savants que moi ?

— Non, répondit l'alné, car il faudrait travailler pour vous aider, et pour apprendre à lire, il faudrait travailler encore; el, nous sommes des paresseux qui ne craignons rien autant que le travail.

— Eh bien, dit le vieillard, reposez-vous chez moi, vous partirez quand vous voudrez.

— Nous le voulons bien, dirent les deux frères, car nous ne voulons plus marcher aujourd'hui; nous sommes fatigués.

Ils restèrent deux jours chez le magicien et ne Hrent rien (|ue dormir, manger puis regarder les nuages qui passaient au-dessus d'eux alors qu'ils étaient étendus sur le dos. Le matin du troisième jour ils furent trouver leur hôte et lui dirent:

— Voilà que nous voulons partir et nous venons vous saluer.

NÉilNG SOC-KRAAUP 115

— Partez, dit le vieillard, mais au moins prenez des provisions avec vous, pour un ou deux jours.

— Non, dirent les doux enfants, il faudrait les porter, et ça nous fatiguerait.

>- Eh bien, ajouta le vieillard, prenez ces deux sabres; ils sont enchantés et vous rendront de très grands services; une armée tout entière ne pourra vaincre celui qui sera armé de l'un d'eux^ et si l'un de vous meurt, des taches de rouille paraîtront sur le sabre de l'autre, et alors, avec ce sabre rouillé, le frcro pourra nunener si la vie celui qui l'aura quittée.

— Merci I dirent los doux frères, nous acceptons vos sabres, bien qu'il faille les porter, ce qui nous fatiguera.

Et ils partirent.

Quelques jours plus tard, comme ils s'étaient endormis au pied d'un arbre, un tigre s'approcha d'eux, mais on s'av.inçant il cassa une branche et l'alné des frères se réveilla. lentement le tigre se traînait pour s'approcher du frère cadet, qui se trouvait le plus i sa i>orléi5.

— Nous allons voir, dit le frère aîné, si le sabre du vieillard possède la puissance merveilleuse qu'il nous a dite.

Et, se relevant, il s'arma de son sabre et bondit sur le tigre. Olui-ci so drossa sur sos pattos, |)oussa un grognement qui ret/^ntit formidable dans la forêt, et se retourna vers scui agresseur. Mais touché par

la pointe du sabre enchanté, il roula sur le sol, comme s'il avait été foudroyé.

Le jeune frère, brusquement réveillé, était debout:

— Oh! dit-il, ces sabres sont précieux. Il faudra bien prendre garde de les perdre.

Ils reprirent alors leur route et, pendant dix ans, ils ne trouvèrent pas une seule fois l'occasion d'employer leurs sabres enchantés.

Ils traversaient les villages et les provinces, passaient les frontières et vivaient sans jamais rien faire qui leur déplût ou qui pût les fatiguer. Quand on leur offrait de s'arrêter pour aider à replanter les paddys ou à faire la moisson, ils refusaient, disant :

— Nous sommes des paresseux, et nous avons quitté notre pays et nos parents parce que nous ne craignions rien tant que le travail.

Et ils continuaient leur route.

Or, ils arrivèrent un jour près d'une capitale très populeuse et y trouvèrent tout le monde dans la désolation. Mais, bien qu'ils s'aperçussent que quelque chose d'anormal s'y passait, ils ne s'en enquirent point, parce qu'il aurait fallu prendre la peine de poser des questions et qu'ils n'avaient pas le désir de connaître la cause de cette désolation.

Cette cause était pourtant connue de tout le monde. Aux environs de la ville, il y avait deux yaks* qui

* Du sanscrit yakkhas et du p&U yakkho. Sortes d'ogres que

NéANG SOG-KRAAUP 117

de temps à autre réclamaient au roi un de ses enfants pour le manger. Ils avaient déjà ainsi dévoré plus de vingt enfants du monarque et maintenant le pauvre roi n'avait plus qu'une seule fille, néang Pou, ftgce de seize ans, très belle et qu'il aimait d'autant plus que les yaks avaient mangé ses autres enfants. Or, les deux monstres venaient de demander au roi son dernier enfant et le roi avait refusé et offert une nile du peuple à sa place.

Les yaks avaient repoussé la proposition, disant qu'ils n'aimaient que les viandes royales, et ils exigeaient que le roi leur livrât sans plus tarder sa dernière fille, menaçant, si on n'obéissait pas, des plus grands malheurs le peuple tout entier et le roi. On avait peur de leur colère et le i>euple suppliait le roi de donner la pauvre néang Pou aux deux yaks.

Le roi céda enfin aux prières de son peuple, mais, désolé, il s'enferma chez lui pour pleurer sur tous ses enfants. La princesse fut, malgré ses prières, malgré ses larmes, malgré ses cris, conduite à la maison où les yaks avaient l'habitude do faire leurs fo^stins de cliair royale. Les deux monstres n'étaient pas arrivés encore, m«iis les ofTiciers du roi étaient si apeurés qu'ils y laissèrent la princesse et qu'ils s'en revinrent au palais. La pauvre princesse, condamnée

\cn («onlofl ot \on Kiinn H'prt^ntrnl avec don aile» ou sanii ailctt. t>*M yalcN de co conto ont dos ai Ion qui bruisM!nl dann l'air et annoncent leur vol.

à servir de dîner aux deux yaks, s'était assise sur une natte, pleurait sa jeunesse et se pleurait elle-même. Cependant, les deux frères, les deux paresseux avaient traversé la ville et gagné la campagne; vers l'heure delà sieste, ils se trouvaient justementdevant la maison des yaks où pleurait la pauvre princesse. Comme il faisait très chaud et qu'ils avaient envie de se reposer à l'ombre, ils entrèrent dans la maison et y trouvèrent néang Pou qui pleurait.

— N'entrez pas, leur dit-elle, et partez bien vite. Cette maison est la maison des y<nks; ils vont venir tout à l'heure pour me manger. Partez, car ils pourraient bien vous manger aussi.

— Non, dit l'aîné, ils ne nous mangeront pas.

— Nous sommes plus fort qu'eux, ajouta le jeune.

— Mais, reprit la princesse, vous ne savez pas ce que c'est que ces yaks et combien ils sont voraces et méchants.

— Combien sont-ils? demanda l'alné des paresseux.

— Ils sont deux, répondit la princesse, mais ils sont très forts et très redoutables.

— Bien ! mais s'ils étaient mille ils seraient encore plus forts et plus redoutables, et cependant nous les tuerions tous.

— Vous feriez mieux de ne pas vous moquer de moi, dit la princesse, et de vous en aller.

. — Non, répondit le cadet, nous voulons nous reposer ici et ça nous fatiguerait beauroup d'aller plus loin. Nous sommes des paresseux.

NÉANG SOC-KRAAUP 119

— Si les yaks viennent, nous les tuerons, ajouta rainé.

Comme ils devisaienlainsi devant laprinr^esse très surprise de la confiance qu'ils avaient en eux, un bruit d'ailes énormes retentit au-dessus de la maison.

— Voici les yaks, dit néang Pou, et ils vont me manger.

Etoile tomba évanouie aux pieds des deux frères.

Ceux-ci, sans plus s'occuper d'elle, se dirigèrent chacun vers une porte de la maison et tirant leurs sabres en appuyèrent la pointe sur le milieu. De l'autre côté les ogres tentaient d'ouvrir les portes, mais en vain, elles résistaient à leurs efforts.

— Mais ouvrez donc, dit l'un d'eux.

— Voyons, ajouta l'autre, nous avons faim, ouvrez tout de suite.

Lies deux frères se regardaient en riant et ne répondaient pas. Les yaks furieux poussaient les portos et tentaient de les renverser, mais elles résistaient à tous leurs efforts, et, soutenues par les sabres enchantés, ne bougeaient pas plusque si elles avaient été faites do pierres énormes et dures.

— Allons I dit l'aîné, c'est assez. Ouvrons-leur et tuons-les.

Las doux frères ouvriront les portes, et furieux les deux yaks se précipitèrent sur eux.

— Prenoz garde, dit le c4idot, vous alloz vous blesser

Mais les yaks n'entendaient pas raison et le combat commença. II ne dura pas longtemps; les deux monstres touchés par les sabres enchantés tombèrent foudroyés.

Le frère aîné fut alors chercher un peu d'eau dans une noix de coco et la répandant sur la figure de la jeune princesse, il la ramena à elle.

— Oii sont les yaks? dit-elle, quand la mémoire

lui fut revenue.

— Ils sont morts, dit l'alné.

— Les voici, ajouta le cadet, en lui montrant les deux cadavres dont les traits affreux étaient affreusement contractés.

— Maintenant, dit le frère aine, rentrez chez vous, rentrez chez votre père. S'il n'y a plus de yaks, vous n'avez rien à craindre.

— Il y en avait deux, dit la princesse, et vous les avez tués; maintenant il n'y en a plus. Mais je no veux pas rentrer chez mon père, parce qu'il m'a livrée aux yaks pour qu'ils me mangent. Il no m'aime pas et je ne l'aime plus.

— Mais alors, qu'allez-vous devenir? dit l'alnô.

— Je veux aller avec vous.

— Non, nous ne voulons pas vous emmener, reprit l'aîné, parce que nous sommes deux paresseux qui ne craignons rien tant que le travail, et que vous nous gêneriez. Il faudrait vous aider quelquefois et cela nous fatiguerait.

La princesse eut beau pleurer, supplier, se traîner

NIÏANG SOC-KRAAUP 121

à leurs genoux, rien n'y fit, les deux frères restèrent inébranlables et partirent seuls après lui Jivoir défendu de les suivre.

Cependant, dans la st)irce, le vieux roi, ayant bCfiucoup pleuré, donna Tordre de creuser une tombe et d'aller recueillir les ossements de sa fille et ses cheveux que les yaks ne devaient pas avoir mangés.

Ses ofiiciers partirent et, arrivés à la maison des yaks, ils les trouvèrent étendus sur le sol. Pris de pour, ilssonfuirent et rentrèrent au palais.

— Us ont mangé la princesse, dirent-ils au roi, et maintenant ils dorment étendus sur la terre, au beau milieu de la maison.

— Avez-vous ramassé les ossements do ma fille ? demanda le monarque.

— Non, répondirent les doux ofiîciers, parce que nous avons eu ]>eur d'eux.

— Je vous ordonne d'aller les chercher.

Les deux ofiiciers repartirent, et, entrant dans la maison, reconnurent que les deux yaks étaient morts. Alors, croyant qu'ils avaient mangé la princesse, ils convinrent de dire au roi qu'ils avaient tué les yaks et de lui demander <les récompenses. Ils trempèrent leur biiton dans le sang qui ét^iit répandu par terre et rentrèrent au palais.

— Ijoh yaks sont morts, «lirent-ils; ils dormaient, et nous l(*s avons tués afin qu'ayant mangé vos enfants, ils n'aillent pas manger rxnix du pcuplo.

— Oh ! c'est bien, je vous récompenserai ; hélas ! si vous aviez pu les luer plus tôt. Mais où sont les ossements de ma fille et ses cheveux; vous ne les avez donc pas ramassés ?

— Non, dirent les officiers; nous avons eu grosse besogne et nous n'avons pas eu le temps do vous obéir.

Alors, le roi fit appeler deux autres officiers et leur donna l'ordre de ramener au palais tout ce qu'ils pourraient recueillir de sa fille.

Les doux mandarins partirent; ils trouvèrent les deux cadavres des yaks étendus dans la maison, mais ne purent découvrir le moindre ossement autour d'eux. Ils allaient reprendre la route du palais, lorsqu'ils aperçurent la princesse qui sortait de la brousse où elle s'était réfugiée après le départ des deux frères. Très surpris, car ils la croyaient morte, ils allèrent à elle et l'invitèrent à rentrer au palais où son retour ramènerait la joie et le bonheur.

— Non, dit-elle, je n'irai pas avec vous. Je ne veux pas rentrer au p<ilais, parce que mon père m'a livrée aux yaks qui voulaient me manger.

Les deux mandarins furent trouver le roi et, lui ayant appris que sa fille était vivante, lui dirent qu'elle ne voulait plus rentrer au palais.

— Allez la chercher, dit le roi, et suppliez-la en mon nom; elle viendra.

Les mandarins retournèrent près do la princesse, mais elle demeura innexible et force leur fut de ren-

NKANG SOC-KRAAUP 123

trerau palais sans avoir pu remplir la mission qui leur avait olé confiée.

— AIIoz encore près délie, dit le roi, et dites-lui que, maigre la coutume, j'irai la chercher, si elle ne veut pas cédera mes priè.res et rentrer au palais.

Les mandarins repartirent et furent dire â la jeune princesse les paroles que le roi avait dites. Mais elle refusa de nouveau do les accompagner et les renvoya.

Alors, le roi lit venir 1 éléphant royal, puis l'élcphant sur lot|uel moulait la princesse avant cpie les yaks vinssent la réclamer pour la manger, nissembla son escorte brillante toute montée sur de petits chevaux blancs, et il partit pour la maison des yaks, à la recherche de néang Pou.

On la rencontra sur la route.

Quand son pèie, étant descendu de son éléphant royal, la pria de rentrer au palais, elle refusa encore :

— Vous ne m'aimez pas, dit-elle au roi, et vous m'avez livrée aux yaks qui voulaient me manger. Je ne vous aime plus

Alors, le roi so fâcha; il <loinia Tordre au.\ mandarins de sVmparor de la prinrosse et <lo la mettre de force flans le palancpiin qui lui était destiné. Ceci fait, le roi, très triste et pleurant, remonta sur son éléphant royal, son es<*orte do cavaliers s'ébranla et le cortège rrprit la route du palais. Une grande fouin attendait néang Pou à Tenlréo de» la villo |)our la saluer, car le bruit quelle avait échappé A la vo-

racité des deux yaks et la nouvelle de la mort do ceux-ci s'étaient vite répandus. Tout le monde voulait la voir.

Mais la princesse était si colère qu'on eût usé de rigueur envers elle pour la faire rentrer au palais, qu'elle ne voyait ni la joie du peuple, ni les larmes de son père.

Quand elleeut gagné les appartements des femmes» le roi son père la rejoignit et lui demanda comment il se faisait qu'elle avait échappé aux yaks, mais en vain. La princesse refusa de répondre pendant plusieurs jours. Le roi était désespéré, et, maintenant qu'il avait retrouvé l'enfant qu'il avait tant pleurée, il pleurait Taflection de sa fille.

Cependant, il n'avait pas oublié les deux mandarins qui prétendaient avoir tué les yaks, et il s'apprêtait à les récompenser grandement; il voulait leur confier les premières fonctions du royaume, et donner à l'un d'eux, à celui qui lui succéderait au trône, sa fille unique. La princesse apprit ce projet par ses femmes et de suite elle pensa auxdeux frères qui avaient tué les deux yaks et surtout à l'ainé qui, ayant renversé sur sa figure de l'eau fraîche, l'avait rappelée à la vie.

Elle alla trouver son père :

— Ce ne sont pas, dit-elle, les deux mandarins que vous avez envoyés recueillir mes ossements et mes cheveux qui ont tué les deux yaks; ce sont deux jeunes hommes qui sont entrés dans la maison

NÊANG SOC-KRAAUP

des monstres avant qu'ils ne vinssent pour me manger etqui, m'y ayant trouvée, m'ont défendue contre eux. Ordonnez qu'on les recherche et qu'on les amène au palais; il méritent les récompenses que vous voulez donner aux deux imposteurs.

Le roi ordonna immcdiatcmetit l'arrestation des deux mandarins qui l'avaient trompé et commanda qu'on envoyât sur toutes les routes des émissaires charges de s'informer des deux jeunes gens et de les inviter u venir au palais.

Doux de ces émissaires ayant marclié pendant trois jours finirent par rencontrer les deux frères. Ils leur firent part de l'invitation que le roi leur faisait :

— Non, dit l'alné. Il faudrait revenir sur nos pas et nous sommes des paresseux comme il n'y en a jamais eu.

Alors, les émissaires leur dirent que la jeune nUe qu'ils avaient sauvée était la fille du roi et que s'il les invitait à venir au palais, c'était pour confondre deux mandarins qui protondaionl avoir tué les doux yaks ot aspiraient aux récompenses que leur l>elle action méritait.

l^*s deux frères refusènMitde nouveau et rien ne put les décider i\ reprendre le ehemin de la capitale. L<îs émissaires revinrent sur leur pas et dirent au roi <|u'ils avaient trouvé les deux jeunes hommes, mais qu'ils avaient refusé de répondre i\ son invitation.

— Retournez, dit le roi, et dites-leur que j'or-

donne qu'ils viennent, et que, s'ils refusent d'obéir, j'enverrai une armée les chercher.

Les mandarins repartirent, retrouvèrent les deux jeunes hommes et leur diront ce que le roi ordonnait.

— Votre roi n'est pas mon roi, dit le frère aîné, et nous sommes si paresseux que nous ne faisons que ce que nous voulons sur l'heure. Mais nous sommes très forts et si le roi envoie une armée contre nous, nous tuerons tous ceux qui en feront partie, mais ça nous ennuierait beaucoup parce que nous sommes très paresseux et que nous ne craignons rien tant que le travail.

Le roi, informe de la réponse des deux jeunes hommes, ne savait comment faire pour les décider, lorsqu'on vint lui dire que les cadavres des deux yaks n'avaient point ôlé enterrés et qu'ils empoisonnaient le pays.

— Allez, dit-il, à ses mandarins, commandez une corvée de cent hommes, et qu'on les enterre.

Les mandarins partirent et revinrent une heure après, disant ({ue les cadavres étaient trop lourds^ et qu'on ne pouvait même pas les soulever.

— Prenez mille hommes, dit le roi, et qu'on enterre les deux yaks ce soir.

Les mandarins partirent, mais une heure après, ils revinrent encore, disant que mille hommes ne parvenaient pas à soulever un seul bms.

— Prenez tous les habitants de la ville, tous ceux

NÉANG SOC-KRAAUP 127

de la campagne et enterrez les deux yaks, ordonna de nouveau le roi.

Les mandarins partirent pour rassembler tout le monde; lelcndcmain matin iisconduisirent dix mille hommes à la maison des yaks, mais en vain, ces dix mille hommes ne purent remuer un cadavre.

Les mandarins retournèrent au palais et dirent au roi que tous les habitants du pays rassemblés n'étsiient pas assez forts pour remuer un seul cadavre, et que la peste se répandait partout. Le roi ne savait que faire, ot se lamentait, lorsqu'on vint lui annoncer que les deux frères dcnmndaient à lui parler :

— Faites-les entrer, dit-il.

— Nous voilà, dit Talné, en entrant. La peste est dans le pays et tout y sent mauvais. Nous avons pensé que c'étaient les cadavres des deux yaks que nous avons tués (|ui la répandaient, et on nous a dit que tous les habitants récpiisitionnés ne pouvaient pas soulever un seul cadavre. Nous seuls, qui avons tué les ogres, iK)uvons 1rs porUnet 1rs enterrer. Nous voilà.

Le roi, très heureux de les voir, les lit conduire tout de suite à la maison des yaks.

lÀ, h's deux frèn»s, tirant lourssalm's. touchèrent les deux cadavres el se mirent h les pousser devant eux. Quand ils funMit loin de la routo^ en pleine brousse*, ils (oucliôtc^nt \o sol avec W»urs sabros ot tout de suiU^ la (ern* s<* .souleva oi un grand trou fut creusé. Ils s'approcheront dos yaks et les pous-

sèrent au fond, puis, touchant de nouveau la terre, ils la rejetèrent sur les cadavres.

Ces choses avaient eu lieu devant tout le peuple rassemblé et on les suivait avec respect. Quand ils rentrèrent au palais, le roi les salua comme on salue les rois et, devant tout le peuple, dit qu'il donnerait sa fille et son trône à celui d'entre les frères que la princesse choisirait.

Néang Pou, prévenue, accourut et tout de suite, ayant salué son père, déclara qu'elle aimait Chan- Préa-Khat, le frère aîné qui, avec de l'eau fraîche puisée dans une noix de coco, l'avait ramenée à la vie.

Le mariage et les fêtes qui l'accompagnèrent eurent lieu quelques jours plus tard. Quand elles furent terminées, le vieux roi, ayant remis le pouvoir à son gendre, se retira heureux dans un autre palais.

— Maintenant, dit Son-Préa-Khat, tu pourras vivre sans te fatiguer; moi je suis trop paresseux pour me fixer quelque part. J'aime mieux continuer ma route.

— Oui, va-t-en, mais pour que je saclie toujours ou te retrouver si mon sabre venait à se rouiller, prends ces graines d'arbre rare et sème-les sur ta route, les arbres qui en sortiront m'indiqueront le cli^min que tu auras suivi.

Son-Préa-Khat partit et, comme son frère aîné le lui avait bien recommandé, il sema sur sa route les

NÉANG SOC-KRAAUP 129

graines d*arbres qu'il avait ramassées dans son sam* pot*.

Il marcha ainsi plusieurs années sans jamais donner do ses nouvelles à son frôre, le roi.

Enfin il arriva dans un royaume absolument dépeuple; partout les maisons étaient vides; on reconnaissait en les visitant que les habitants avaient nouvellement fui. La capitale aussi était déserte et le palais du roi était abandonné.

De gigantesques oiseauxqui volaient avec un bruit d'ailes terrible, regardaient Son-Préa-Khatets'appelaionl pour rattacpter. Celui-ci comprit (fue tous les habitants du rovaunie avaient fui devant ces oiseaux conmie devant un fléau. Tout était mangé autour de lui et p<'vs un brin d'herbo, pas une feuille n'avaient échappé à la voracité de ces gigantesques volatiles.

Comme il s'était assis sur un énorme gong, abandonné au milieu d'une cour intérieure du palais royal, songeant à cet étrange événement, une agréable odeur monta à ses narines. S'étant levé pour regarder autour de lui et tAchor de reconnaître la fleur qui répandait un parfum aussi agréable, il ne vit rien (|ue le gong sur lo(|uel il s*étail as<is. L'ayant examiné ave<' soin, il reconnut (pio la peau de buflle tannée (pii le recouvrait ^Uiit percoe d'un

* Pièoc (l'^tofTo sanii contais avec laqiieUe li^i raniho<lgien5 s entourent les reins et font une sorte de culotte bonfTante.

A. Lkclèhk. iJli, eambtxig. 9

petit trou et que c'était par cette ouverture que s'échappait l'odeur suave et délicieuse qui parfumait l'atmosphère et dont ses vêtements étaient maintenant imprégnés.

II allait éclaircir ce mystère lorsqu'une troupe des oiseaux gigantesques qui avaient dévasté le pays, s'abattit autour de lui. L'odeur qu'il avait sentie les avait attirés, et, maintenant, faisant le cercle autour de lui, ils se disposaient à l'attaquer. Il tira son sabre enchanté et courut sur eux; mais alors ilss'enfuirent, montèrent très haut dans les airs et se mirent h pousser des cris formidables. Â cet appel, d'autres oiseaux accoururent, nombreux. La cour en était pleine et sur toutes les maisons il y en avait; le jour était obscurci par ceux qui arrivaient encore.

Le combat recommença. Le jeune homme attaqué de tous côtés à la fois, tournait sur lui-même avec une grande rapidité afm de présenter partout la pointe de son sabre. Les oiseaux tombaient foudroyés autour de lui, mais toujours il en venait d'autres qu'il fallait combattre. Eniin au bout de deux heures d'une lutte acharnée, d'un courage indomptable, il n'avait plus que deux adversaires devant lui. Pris de peur, ils s'enfuirent et disparurent à l'horizon.

Alors, fatigué, le jeune homme s'assit de nouveau sur le gong.

Comme il était là depuis un instant et bouchait le petit trou qu'il avait reconnu, il se sentit piqué.

Il se leva vivement, regarda, mais, ne voyant rien.

nAang soc-kraaup 131

se mit à tAter son sainpôt, croyant qu'une épine de bambou s'y était attachée. II no trouva rien et las de chcrclicr, il repritsa placcsur le gong. Il y était assis depuis un instant déjà, lorsque, de nouveau piqué, il bondit en avant.

— Qu'est-ce qu'il y a donc dans ce gong? dit-il. Il faut que je le sache. Voici doj<^ deux fois que je suis piqué.

Prenant alors son ssibre enchanté, il fendit la peau du gong en deux sens et se rejeta en arrière, surpris d'en voir sortir une jeune fille admirablement belle, superbemeiit vctue et qui répandait autour d'elle un parfum délicieux.

Ayant remis son sabre au fourreau^ il s'approcha d'elle et lui demanda qui elle était.

— Je suis néang Soc-Kraaup (la fille aux cheveux qui sentent bon), la fille du roi de ce royaume, ditelle. J'ai vu par le petit trou du gong ce que vous avez fait; tous les terribles oiseaux qui ont dévasté mon pays .sont morts; mon |>ére reconnaîtra vos services comme il faut, quand il reviendra. Mais il est parti avec tout le ntonde. Peut-^^tre est il mort. Pour m emmener, et alin (pie l'odeur qui s*échap|>e naturellement de mes cheveux n'attire p.is les oiseaux et qu'ils ne me tuent pas, il m'avait renfermée dans ce gong et un petit trou avait ét<3 fait pour que l'air pût s'y renouveler. C'est par ce petit trou que je vous ai piqué, parce que vous le l>ouchiez et que j étouffais. Il os( probable qu'on a oublié de charger

le gong sur un éléphant et que le roi mon père est parti croyant m'emporter.

Ce long récit fait, les deux jeunes gens s'arrangèrent dans le palais comme ils purent, et y demeurèrent sans rien faire que s'aimer.

Cependant l'odeur que les cheveux de la princesse émettaient naturellement s'était, depuis qu'elle était sortie du tambour, répandue au loin. Les habitants du royaume qui s'étaient enfuis et réfugies dans les États voisins, la sentirent et se dirent que si la princesse oubliée dans le palais, était sortie de son gong et n'était point morte, c'est que les terribles oiseaux avaient quitté le royaume ou qu'ils y étaient morts. Alors, ils revinrent de toutes parts, et bientôt la capitale et toutes les campagnes furent repeuplées. Seul, le roi qui avait mérité le malheur qui avait dévasté son pays, ne reparut pas. On apprit plus tard que les oiseaux l'avaient assailli et l'avaient tué comme il revenait au palais pour prendre le gong que ses gens avaient oublié.

Quand les habitants apprirent de la bouche même de la fille de leur roi mort, ({ue Son-Préa-Kliat, le jeune homme qui était avec elle au palais, était celui qui avait délivré leur pays, ils déclarèrent qu'ils le voulaient pour roi etque la princesse devait l'épouser.

La jeune lille ne demandait pas mieux, et Son- Préa-Khat fut immédiatement couronné. Des fêtes magnifiques eurent lieu à cette occasion, et jamais le peuple n'en avait vu de plus belles.

NKANG SOC-KIIAAUP 133

Le roi et la reine étaient très heureux. Mais ce bonheur dura pou et voici comment il fut détruit.

La reine avait pour suivante une jeune fille qu'elle aflectionnait beaucoup, et qui l'accompagnait partout.

Or, un jour qu'elle l'avait emmenée se baigner, le courant de la rivière qui était très fort emporta la suivante, et les recherches que fit faire la reine pour la retrouver n'aboutirent |>oint.

Cependant, la domestique n'était pas morte; elle avait traversé le royaume emportée par les eaux, et avait abordé dans un royaume voisin, dont le roi était lépreux et veuf. Il venait de perdre sa jeune femme.

Un mandarin qui cherchait une femme pour soigner le roi, rencontra la jeune fille et, comme elle était sans emploi, sans moyen d'existence, elle accepta la place qu'on lui ofTrait.

Le roi aimait beaucoup à la voir, et quand il s'ennuyait a c^use de sa maladie, il priait la jeune fille de lui raconter des cx)ntcs. Or. un jour, il lui demanda de quel pays elle était et r^ qu'elle faisait avant d'entrer à son service. I^ jeune fille lui dit qu'elle était d'un royaume voisin du sien, mais plus haut, puisque les eaux du fleuve en descendaient. Puis, racontant h la suite de quel accident elle était venue jusque-là, elle se mit & parler avec tant d'enthousiasme de la reine, son ancienne maltresse, ne tarissant ni sur sa beauté, ni sur son esprit, que tout d'un coup le roi lépreux en devint amoureux.

Chaquo jour il on parlait otso faisait racontor par la jouno fillo los détails los plus petits do roxistcnico de son ancionno maîtresse. Bientôt il sut aussi bien qu'elle toute son histoire et la connaissait comme s'il l'avait vue. Mais alors, il ne pensait qu'à elle et la nuit son image se reproduisait dans sa tète.

Un jour, qu'il avait beaucoup parlé d'elle avec sa domestique, il lui dit:

— Je veux avoir cette femme parce que je l'aime. Si tu trouves un moyen de me la donner, tu seras grand namœum* ; non, mieux que cela : tu seras le vice-roi* de mon royaume.

— Mais je suis une femme, dit la jeune fille.

— Ça ne fait rien. Tu seras le vice-roi malgré cela.

— Mais, c'est bien difficile à faire ce que vous me demandez.

— Clierclie et tu trouveras un moyen.

— La jeune fille chercha, et le lendemain elle dit au roi :

— Donnez-moi dix jonques très grandes, et que chaque jonque soit montée par dix hommes ; que ces jonques contiennent des marchandises très riches et très belles, et j'irai chercher la reine.

Le roi lui donna ce qu'elle demandait, et elle partit.

* Namwnm, maadarin, noblo.

* Ohharéach^ en pâli restitué Uppanya, sous-roi, vice-roi.

NÉANG SOC-KRAAUP 135

Elle arriva quelques jours après dans la capitale A«i «a maitrrîsse était reine, et où elle n*avait d'autre cha^in que celui qu ello éprouvait d'avoir perdu sa Kui vante.

Auîi^i fut-olle heureuse de la retrouver vivante et paie comme par le passé. Elle la conduisit dan<< s>^s appartements et la jeune fille lui dit qu'elle rt^stfTait touj<^»urs avec elle. Alors, la sui- \^u\o rrprit la vie d'autrefois et laissa sV^rouler q«K'lqij^'R jours. at(4*n<lant ro<x*-a»iion de faire c/î qtiHI^ avait d«Nidé. (> j<»nr arriva. KLaiit enlré#^ dans rapjiartemont du roi. un matin, olU» y trouva la r**ino qui donnait sur une natte à rjtU'f de kou liian. ly? s:if»reon<:liantc <lont elle r/MiuaiKKiiit la pui«haiM<* était pos<> sur une table. Elle le prit et <;n Unu'Uti l«« roi, doTit la respiration s'arn^ta inirn^^lialr'UKMit^ piiin elle reposa le sabre où elle l'avait trouvé et H'>rtit.

Quand la reine se réveilla, elle rr'|/arda mm mari et, le t/iurliant j^iur robIi;:'fr à se lever, -- t'uv il /"îtail très parf*NV^Mix, — r^^/^nmit qu'il était mort.

Alors, ell*» jKiussa des crïK i»en;anlij rpii attii^rent tntit lo mond^ et rlmmn connut rapid^'in^Mit l«t inaliK'ur qui venait d'an i\er. I^ pauvre P*ine pl^'urait t/»iji«»w K/*v larm^'v o\ ri^n ne j^^uv^it la r/;nv;|i»r.

(Jtia:i<l !'» roi fijt éi-6 lavé par<'ll<\ «mim'xIî par w*s K'jins et 'Tjlerré. <llc se renferma cbez elU; et m*ji lar- HH'S n^^ taris^^HÎ^'nt jamais.

— Maint/'naut. lui dit sa suivauUf, que vou>j n'av#*z pî'j* th' inari. il ne faut pîu^ y i^ni^tr. Si vous von-

lez épouser un autre roi, je vous conduirai à lui et vous serez reine de ce pays et du sien.

— Non, dit la reine, laisse-moi pleurer mon mari parce que je l'aimais beaucoup et que je ne puis plus aimer personne.

— Au moins, dit un autre jour la suivante, sortez un peu de chez vous, prenez de la distraction, sinon vous allez tomber malade.

La reine écouta sa suivante et toutes les deux furent se promener dans la ville, le long de la rivière.

La pauvre femme était bien triste, mais le peuple était bien content de la voir se promener.

Arrivées en face des dix jonques de commerce depuis plus d'un mois amarrées au quai, la suivante dit à la reine :

— Ce sont les jonques qui m'ont amenées ici. O les belles étoffes qu'elles contiennent, les beaux sampots! Venez les voir, cela vous divertira un peu.

— Je veux bien, dit la reine, parce (|ue j'aime beaucoup les belles soieries. Allons les voir.

La reine et sa suivante approchèrent alors do l'une des jonques, et, comme une planche la joignait à la rive, elles y pénétrèrent sans aucune difïiculté.

On déballa les plus jolies marchandises et on les exposa sous les yeux de la reine. Elle était très occupée à les regarder, si occupée qu'elle ne s'aperçut pas que la jonque démarrait et gagnait le milieu du fleuve ainsi que les neuf autres.

NKANG SOG-KRAAUP 137

— Olîl (lisait-elIc, comme c'est beaul ù les belles élofTcsl la belle soie! les beaux bijoux!

Mais la pensée de son mari mort lui revenant, elle .songea it rentrer au palais. Il y avait au moins deux heures qu'elle était entrée dans la jonque; le temps avait passé sans qu'elle s'en aperçût.

— RiMitrons! dit-elle.

— Impossible! répondit la suivante, nous ne somnios pins dans la ville. Nous «liions dans le royaume d'un roi qui vous aime.

— Mais je ne veux pas y aller. Qu'on me reconduise à mon palais 011 je veux toute ma vie pleurer mon époux.

Ces hommes, dit la suivante, sont les hommes les plus dévoués du roi auquel je vous conduis sur son ordre. Ils ne vous obéiront pas, car c'est à moi seule qu'ils doivent obéissance.

liO lendrmain, les dix jonques arrivaient dans la capitale du roi lépreux et mouillaient devant le palais royal.

Prévenue, la reine rnhîvée refusa «le dos<*ondre.

I^i joune suivanto fut al<»rs au palais annoncer au roi quVIlo avait réussi dans mx missi(»n et ipie la reine était restée dans sa joncpio.

I^e roi donna immédiatcnuMit cU»s onlros et commanda (pion allât la rhcrclior en grande |K)m|>e. Mais la reine refusa de se rendre au palais.

— J'irai la chercher moi-même, dit le roi, oi je lui parlerai. Qu'on aille la prévenir de mon arrivée.

— Si le roi vient dans ma jonque, dit la reine, je me percerai avec ce sabre et il ne verra plus qu'un cadavre.

Le roi était désespéré et n'osait se montrer; il avait peur que la reine se tuât, et, très amoureux, il passait ses journées très tristement.

En ce temps-là, Chan-Préa-Khat, le roi du royaume où les deux yaks avaient été tués, pensait souvent à son frère cadet. Or, un jour qu'il regardait la lame de son sabre enchanté, il y trouva quelques taches de rouille.

— Mon frère est mort, dit-il à la reine néang Pou, sa femme, il faut que j'aille à son secours.

— Je veux aller avec vous, dit la reine.

— Non, il faut, répondit le roi, que vous restiez ici pour gouverner pendant mon absence.

Le roi partit le lendemain, tout seul, suivant la route que son frère avait suivie et qu'indiquaient les jeunes arbrisseaux qu'il avait semés. Ayant marché pendant plusieurs mois, il arriva dans une capitale à l'entrée de laquelle se trouvaient les derniers arbres.

— Assurément, se dit-il, mon frère est mort ici. Alors, il s'adressa h un passant et lui demanda le

nom du royaume et celui du roi.

— Ce royaume, dit le passant, c'est Nokor-Thom •.

* Le grand royaume.

NKANG BOC-KRAAUP 139

Ijo roi s'appelait Soii-Préa-Khat ; il est mort il y a quelques mois.

VA on lui raconta alors rarrivcc déco roi dans le pays, le grand service (pi'il avait rendu, son élévation au trône, comment il avait é(ë tué par la suivante de sa renune revenue au palais, et ronlèvement d<»ntla reine avaitélé victime.

— ('onduis;ez-nioi, <lit-il, au tombotiu du roi. Quand il y fut. il toucha la tombe de la pointe de

son sabre et elle s'ouvrit ; puis brisant le cercueil de la même façon, il toucha le Ciidavre et se retira dans une maison pour y attendre les trois jours cpii devaient s'écouler avant lu résurrection de son frère. Le troisième jour, le roi mort se leva dans son tond>e€iu et, sur le lK)rd, il trouva son frère aîné.

— J'îii su par les taches qui étaient sur mon sabre elfpii viennent de disparaître, que tu étais mort, et je suis venu en suivant la rangée d'arbres que tu as semés. Je sais qu'on a pris ta femme et je vais te la rendre. Tu as perdu ton sabre, mais moi, j'ai conservé le mien.

Alors, ils rentrèrent dans la ville et tout le peuple les regardait surpris, les saluait très bas.

Le lendemain, les deux frères prirent un bateau et se lais.sèrent aller au courant de la rivière. Ils avaient pris de grandes barbes blanches et s'étaient couverts de vieux vêtements. On les prenait pour des hommes très vieux.

Quand ils arrivèrent dans le royaume ou se trou-

vait la femme du roi Son-Préa-Khat, ils mirent pied à terre, attachèrent leur barque au rivage et se dirigèrent sur le premier village.

— Nous savons guérir la lèpre, disî\ient-ils; y at-il ici quelqu'un qui ait cette terrible maladie?

Le mé-srok ' prévenu fut les trouver tout de suite et leur dit que le roi du pays avait la lèpre et que nul ne savait la soigner dans le royaume.

— Si vous pouvez le guérir, il vous donnera beaucoup d'argent, ajouta-t-il.

— Oui, nous le guérirons, dirent les deux vieillards; qu'on nous mène à lui.

Alors, le mé-srok les conduisit à la capitsile et les présenta à rancienne suivante de la reine, qui était devenue le personnage le plus puissant du royaume, après le roi.

— Si je réussis à faire guérir le roi de sa lèpre, se dit Tancienne suivante, je serai vice-roi comme il m'a été promis, car la reine ne pourra plus s'opposer aux désirs du roi, ni repousser ses caresses.

I^ reine, en effet, sachant que la lèpre est une maladie dont on ne guérit pas, ennuyée d'être constamment obsédée par les gens du roi et par sa suivante, leur avait répondu :

— Allez dire au roi que je serai sa femme quand il sera guéri de la lèpre.

* Mot cambodgien, chef-pays, maire.

NÉANG SOC-KRAAUP 141

La reine veuve n'avait pas cru s'engager et pensait avoir mis à son consentement une condition impossible à remplir. Aussi la joie de l'ancienne suivante était-elle grande.

Tout de suite elle conduisit les deux vieillardâ au roi.

— Vous serez guéri dans deux jours, direntils, si vous voulez faire tout ce que nous allons dire.

— Commandez, dit le roi.

— Voici! il faut faire élever une |>etite, toute petite maison au milieu du lleuve, et suspendre au toit de celte maison un grand viuse rempli d*eau très chaude. Nous y verserons quehiucs gouttes d'un petit flacon <iue nous avons et qui contient un remède infaillible, et leau de la douche en glissant sur votre mal, le guérira.

— Mais Toau chaude me brûlera, dit le roi.

— Non, dit un des vieillards; à côté de la douche d'eau chaude, il y aura de l'eau froide pour la mettre au |K)iiit convenable.

— CVst bien, dit le roi, je vais donneur Tordre de construire la maison.

— Kn attendant, dirent les vieillards, il faut que nous voyion.s la reine et les gens(|ui vous eiit4)urent, car il ne faut pas leur laiss(*r la li'pre si vous voulez gnôrir.

— Je ne peux pas vous mener h la reine, dit le roi, car elle a dcriarc (|U elle se tuerait si je tentais

delà voir. Il faut que je sois guéri avant. Mais je vais vous faire conduire près d'elle.

Immédiatement, il appela les suivantes et leur donna Tordre de conduire les deux médecins près de la reine veuve qui, depuis quelques jours, habitait le palais, mais dans un appartement très éloigné de celui que le roi occupait.

Tout de suite, la reine reconnut dans l'un des deux vieillards son mari, car le déguisement qu'il avait pris ne pouvait pas tromper son cœur.

— Ne dites rien, lui ditSon-Préa-Kliat, je reviendrai demain et je vous emmènerai, car le roi lépreux sera mort.

Puis les deux vieillards se retirèrent.

Le lendemain, vers midi, pendant la sieste, alors que tout le monde reposait, le roi sortit de son palais et, accompagné des deux médecins, se dirigea vers la maison construite au beau milieu du (leuve.

Ils y entrèrent tous les trois; le roi se mit sous la douche et les deux vieillards montèrent dessus, afm de verser dedans les gouttes de la liqueur qui devait guérir le malade.

Comme le lépreux était bien dessous la douche, les deux frères renversèrent d'un seul coup la douche qui était très grande et l'eau bouillante qu'elle contenait se répandit sur le roi qui expira sur le coup .

Alors, ils des(*.endirent promptement, jetèrent leur déguisement et furent délivrer la reine, puis, jebmt l'épouvante dans Tàme des mandarins, ils s'em-

NÉAN6 SOC-KRAAUP 143

parèrcitl de lavillc, et par la suite du royaume. Leurs armes encliantées terrifiaient tout le monde et la résistance était très faible.

La conquête achevée, ils firent venir la suivante, et, lui ayant reproche le crime dont elle s'était rendue con])able, ils la chassèrent du royaume.

Chan-Prca-Kliat repartit pour son pays et fut retrouver sa femme néang Pou. Quant à Son-Préa- Khat, il réunit à son royaume celui du roi lépreux, puis avec sa fentmc, néang Soc-Kraaup, la femme dont los cheveux sentent bon, il regagna son palais au milieu des acclamations de ses peuples heureux de les revoir.

MONO-VÉAN

Il y a bien longtemps, le roi Sovéan-Komal* gouvernait un petit pays très riche. Il avait deux femmes; l'une, qui était la première, se nommait Toi- Mca, et l'autre, qui était la seconde, portait le nom de Tol-Ka. Cette dernière avait un fils du roi, et comme la première femme n'en avait point, elle espérait le trône pour lui.

Or, il arriva que la première femme devint enceinte et que le roi s'en montrait très réjoui. Tol-Ka en éprouva beaucoup de dépit et tous les jours pleurait son espoir perdu.

— OUI disait-elle, si l'enfant de Tol-Moa venait mort, mon (ils serait roi.

Alors elle se reprenait à espérer.

Mais la patience venant à lui manquer, elle voulut savoir l'avenir. Elle partit donc un malin, emportant avec elle des bijoux, et s'en fut trouver un sorcier qui prétendait savoir prédire les choses futu-

* Du pâli SooannOi doni, et Koouiio, doux au toucher, «doré et douxi).

MONO-VÉAN 145

ren. Il prit les bijoux d'or et dit à Tol-Ka que son (ils serait roi et succéderait à son père. Tol-Ka revint très r&ssurée au palais.

A quelque temps de là, Tol-Môa mit au monde un garçon ; Tol-Ka le reçut et le cacha sous son sampôt ; à sa place elle mit un enfant de cire qu'elle avait confectionné exprès pour cela, et elle emporta le jeune prince. Arrivée chez elle, elle le mit dans une boite en bois et fut l'enterrer sur le bord de la rivière, dans un banc de sable, puis elle revint près de sa compagne malade.

Elle venait à peine de quitter Tendroit où elle avait enterré vivant le jeune prince qu'un grand mandarin y arrivait pour se baigner. Il allait se mettre dans l'eau lorsque dos vagissements d'enfant attirèrent son attention; il fut vers l'endroit d'où provenaient ces cris et reconnut qu'ils sortaient du sable. Il creusa et bientôt il tira de sa tombe le pauvre enfant qui criait très fort. Tout de suite il reconnut le nis deTol-Méa et du roi, mais comme il redoutait la colère de Tol-Ka, qu'il soupçonnait de l'avoir enterré là et qu'il ne tenait pas à se môler d'une alTaire aussi grave, il ne dit rien, mit la lx>lto sur l'eau et abandonna le jeune prince au courant de la rivière.

Cependant, le roi étant entré dans la chambre de Tol-Méa pour voir son fils, lui demanda de le lui montrer. Une femme qui était là, prit à côté de la malade le poupon de cire et le n*mit au roi.

A. LscLitRB, UU. cambodg, 10

— Qu'est-ce que c'est que cela, dit-il, ce n'est pas un enfant, c'est ^e la cirel

Et il partit très eu colère, disant que les diables avaient forniqué avec sa première femme et qu'il ne pourrait jamais avoir un héritier d'elle. Alors il la chassa de son palais. Tol-Ka était bien contente, car l'enfant disparu et la mère partie, elle était la seule femme du roi et son fils le seul prince héritier.

Mais, sur le fleuve, la boite qui contenait le jeune prince voguait tout doucement. Le chef des bonzes qui passait en bateau, un homme très savant en toutes choses et qui cependant étudiait toujours, vit cette boite et s'en approcha. Sa surprise fut grande d'y trouver un enfant, mais il ne dit rien. L'ayant examiné, il reconnut que c'était le fils du roi et de Tol-Méa; l'esprit de Bouddha lui dit que c'était Tol- Ka qui l'avait fait disparaître en lui substituant un enfant do cire et qui l'avait enterré; qu'un grand mandarin l'avait trouvé, déterré et exposé sur le ileuvo. Sachant tout cela, il emporta le jeune prince chez lui et lui donna le nom de Mono-Véan. Personne ne savait d'où venait cet enfant, et jamais il ne répondait quand on lui posait des questions à non sujet, '

Lorsque le jeune prince fut devenu grand et capa* ble d'apprendre, le chef des bonzes fit de lui son élève aimé et lui enseigna tout ce qu'il savait luimême.

Mono-Véan devint ainsi, entre ses mains, très grand, très fort et très savant, le plus savant de tous

MONO-VÉAN 147

les hommes et le plus beau. Le chef des bonzes Taimait beaucoup, mais il ne lui avait jamais dit ce qu'il savait de son origine royale.

Or, un jour, Mono-Véan, surpris que son maître no lui parlât jamais de sa famille, lui demanda quel était son pore, quelle était sa mère et quel était son pays.

Le bonze était très vieux; il savait qu'il mourrait bientôt, et comme il ne voulait pas emporter son secret dans la tombe, il dit tout ce qu'il savait au jeune prince.

Mono- Veau no dit rien ce jour-hi, mais quelques temps après, il demanda au chef des bonzes Tautorisatiou d*aller voir son père et sa mère et de se faire rc<:<)ini:iUre d'eux. Le Ix^nzo permit, et il partit.

Mais comme il ne savait pas la route et qu*il n'était jamais sorti du pays où il avait été élevé, il s'égara ot continua d'avancer sur une route (|u'il n'aurait pas dii prondrc\

Ayant marché plusieurs jours, il franchit la frontière, ot, sans lo savoir, il se trouva dans un autre royaunio <*t dans une capilalo. (^'ctait un grand jour de fêl4\ tous les hommes du peuple étaient réunis sur unr place du palais et, au milieu de cette place, il y avait un grand mût d<^ cocagiH^ au haut duquel se trouvait une petiti) maison. Il demanda ce (|ue cela voulait dire et on lui répondit que le roi éUiit très vieux, qu'il voulait abdiquer et remettre In |Hmvoir à un homme plus jeune, cpi'il n'avait pas de fils, et

qu'il avait décidé de donner son trône et sa fille à celui qui pourrait grimper au m&t et aller chercher celle-ci dans la paillette qui se trouvait au sommet.

— On a essayé toute la journée, ajouta son interlocuteur, mais personne n'a pu monter jusqu'à la princesse, parce que le m&t est savonné avec une terre très grasse et très glissante.

— Eh bien, dit Mono-Véan, puisque personne n'a pu aller rejoindre la princesse là-haut, c'est moi qui y monterai. Allez dire au roi qu'un étranger demande à concourir.

On se prit à rirede la confiance avec laquelle parlait l'étranger, mais on alla avertir le roi. Celui-ci dit qu'il acceptait l'étranger et commanda qu'on lui donnât l'ordre de grimper tout de suite.

L'étranger s'approcha du màt et, sans se presser, sans fatigue, commença à s'élever. Jamais on n'avait vu monter aussi bien; la terre grasse dont on avait enduit le màt ne paraissait pas gêner le grimpeur. Mono-Véan atteignit la jeune princesse et l'ayant prise sur son dos, redescendit avec elle.

Le roi tint la promesse qu'il avait faite; il lui donna sa fille en mariage et le fit nommer roi en son lieu et place.

Cependant les mandarins n'étaient pas conlimls d'avoir pour roi un étranger et murmuraient. L'un d'eux résolut de se débarrasser du nouveau roi et de lui tendre un piège.

Donc, un jour, ce mandarin vint trouver Mono-

MONO-VÊilN 149

Véan, et lui proposa de le mener h une plaine où tous les animaux sauvages se réunissaient. Le roi accepta et voulut commander son escorte. Mais le mandarin s'y opposa, disant que cette plaine était mystérieuse et qu'on ne pouvait pas la trouver quand on voulait y aller plus de deux à la fois.

Le roi le crut et partit avec le grand mandarin. Ils marchèrent longtemps, le mandarin devant pour montrer la route et le roi derrière, dans un sentier étroit, mais facile à suivre. Us arrivèrent ainsi sur le bord d'un ravin très large et très profond dont une planche réunissait les deux rives. Le mandarin s'écarta pour laisser passer le roi devant lui ; le roi qui ne se méfiait de rien s'engagea sur la planche, mais quand il fut au milieu, le grand mandarin souleva la planche et la jeta de côté. Convaincu que le roi était mort, il s'enfuit annoncer à la reine l'accident qui venait d'arriver au roi.

La reine qui aimait beaucoup son mari se mit à pleurer. Ijo grand mandarin voulut la consoler et lui demanda si elle voulait de lui pour mari et l'aider à devenir roi. La reine surprise de cette proposition lui dit qu'elle avait trop de chagrin maintenant pour lui répondre, puis elle envoya secrètement des hommes à la recherche du roi.

Ce|>endant Mono-Vé^m n'était pas tombeau fond du ravin, il s'était accroché à une branche d'arbre et y était nvslé suspendu, attendant qu'on vint à Ron secours. lUi tigre que l'odeur de l'homme avait at-

tiré en ces lieux, le flaira et le vit; il comprit que cette proie qu'il convoitait ne pourrait jamais remonter seule et, ne pouvant l'aller chercher, le tigre s'en alla casser une liane; la tenant d'un bout avec sa gueule, il laissa tomber l'autre bout jusqu'au roi, se promettant de le dévorer dès qu'il arriverait au bord. Mais le roi avait compris le dessein du tigre ; il prit la liane, grimpa sur le sol et, avant que l'animal féroce eût le temps de l&cher la liane qu'il tenait dans sa gueule, il l'attaqua avec une telle violence que le tigre eut toutes les peines du monde à lui échapper.

Vainqueur du féroce animal, il quitta le sentier, craignant d'y rencontrer son mandarin, et prenant à travers la brousse, il alla tout droit devant lui. Vers le soir, il arriva dans un village et, sans se faire connaître, demanda trois choses, du riz à manger, un sampot pour remplacer celui que le tigre avait déchiré et qu'on lui indiquât la route qu'il fallait prendre pour aller au palais. Les habitants du village lui donnèrent à manger, puis un sampot et l'un d'eux lui montra la route qu'il devait suivre.

Mais Mono-Vôan ne connaissait pas le pays. Il se trompa encore et marcha plusieurs jours sans s'arrêter. Un jour qu'il avait faim, il arriva dans la capitale d'un royaume voisin du sien. Le roi de ce paya était très vieux et comme il n'avait point de (ils, mais une seule fille, il avait décidé de donner son trône et sa fille à celui qui, dans une corbeille toute pleine de

MONO-VÉAN 151

morceaux de feuilles de tréang* portant chacune un numéro, prendrait le n^ 1.

Mono-Véan s'approcha de la corbeille qui était au milieu de la place et, quand son tour vint, il prit yn morceau do feuille de latanier, puis, sans l'ouvrir, il le porta au roi. Celui-ci surpris de trouver un homme aussi beau, et aussi heureux au .-^ort, lui donna do suite sa fille et son trône, car le numéro qu'il avait pris était le n^ 1.

Quand toutes les fêtes furent terminées, Mono- Véan annonça à sa femme et à Tancien roi, son second beau-père. qu*il allait retrouver son premier royaumo ot sa première femme. Iji jeune reine aimait beaucoup son mari et lui demanda de l'accompagner, mais le nouveau roi, prétendant qu'il fallait qu'elle restât dans le royaume aHn de gouverner pendant son absence, partit seul.

Il se trompa encore de route et arriva dans un royaumo voisin des deux royaumes dont il était roi. Le souverain de ce pays venait de mourir et sa jeune veuve ne cessait de pleurer. Les mandarins la pressaient de choisir un o|>oux et disaient qu'ils reconnaîtraient pour roi celui qu'elle choisirait. Ils espéraient tous que le choix de la reine leur serait favorable et chacun d'eux se croyait déjà roi. Mais

* Nom oAmborlgion do laUnior qui fournit \pn oIIm snr Iwqiirllr^ on écrit les utnui, les lois, Im billets da datlas, etc.

152 CONTBS

la pauvre reine était fort embarrassée et ne se pressait point de choisir. Enfin, ne pouvant plus refuser, elle déclara qu'elle prendrait pour époux celui que le grand chef des bonzes choisirait.

Les mandarins furent trouver ce haut personnage et, rayant salué, lui firent connaître la réponse que la reine leur avait faite. Le chef des bonzes était un saint homme qui savait les choses de l'avenir et celles qui se passaient loin de lui et dans l'instant même où elles se passaient. 11 savait déjà la réponse de la reine et la promesse qu'elle avait faite.

— Allez, dit-il, sur la route qui monte vers le Nord; un homme vient de passer la frontière, il est tout seul et marche vite; son sampot est de belle soie brune, son écharpe est jaune; il est beau et il a grand air. C'est lui qui sera votre roi.

Les mandarins partirent un peu désappointés et gagnèrent la route du Nord. Ils marchèrent deux jours et rencontrèrent en effet un étranger qui marchait vite et ressemblait exactement à celui que le chef des bonzes leur avait décrit. Pris de crainte, ils s'approchèrent de lui et le saluèrent, puis l'ayant informé de la situation du royaume, lui ayant dit la réponse de la reine et ce que le grand prêtre leur avait raconté à son sujet, ils l'emmenèrent avec eux et le conduisirent à la reine.

Celle-ci ne pleurait plus son époux ; elle était très ennuyée de ne savoir encore quel sarait son nouveau mari et s'il lui plairait. Mono-Véan s'approcha d'elle

MONO-VÉAN 153

et tout de suite la reine le trouva si beau et de si grand air qu'elle prtssa le mariage de toutes ses forces et lui remit le pouvoir royal.

Quand les fôtos furent terminées, le roi annonça à sa nouvelle femme qu'il était d'un royaume voisin, que son père et sa mère y vivaient encore et que son devoir était de les aller voir. Il partit sans vouloir prendre avec lui Tcscorle militaire et les mandarins que sa femme voulait qu*il prit.

Bien renseigne, il arriva dans la capitale de son pays d origine; son père y régnait encore. Il demanda où était la vieille Tol-Méa, mais sans dire qu'il était son fils. On lui montra une i^etite paillotle 011 une vieille femme vendait des marmites aux gens qui passaient. Tout de suite, il alla à la vieille femme et la salua comme on salue un supérieur.

— Pourquoi me saluez-vous comme cela ? dit Tol-Méa.

— Parce que, répondit Mono-Véan, parce que vous êtes ma mère. Je suis votre fils.

— Mais je n'ai pas de (ils, je n'en ai jamais eu.

— Si, ma mère, vous avez eu un fils, un fils du roi Sovéan-Komal, quand vous étiez sa première femme et la reine.

— Non, vous vous trompez, j'ai eu un enfant de cire et le roi m'a chassée do chez lui. Son fils est le fils de Tol-Ka, — c|ui était sa seconde femme quand j'étais la première.

— Eh bien, sachez la vérité, ma mère, dit Mono- Véan.

Et il lui raconta l'histoire que le vieux chef des bonzes lui avait dite.

La pauvre Tol-Méa, qui n'avait jamais compris comment elle avait pu accoucher d'un enfant de cire, le crut tout de suite, et sentit en elle qu'il ne mentait point. Ils pleurèrent ensemble et il demeura chez elle.

Cependant le bruit se répandait que la vieille Toi- Méa avait un amant. Le roi l'apprit par Tol-Ka, qui détestait son ancienne rivale et maltresse, et il ordonna qu'on mit en prison, dans une cage de fer, celui qui commettait avec son ancienne femme le crime d'adultère, car Tol-Méa n'avait point réclamé la lettre de divorce et le roi no la lui avait point donnée.

Mono-Véan, qui ne voulait pas dire encore qui il était, se laissa enfermer. Il resta là très longtemps, exposé aux yeux do tous ceux qui venaient le voir, attendant toujours une occasion de prévenir ses trois femmes de ce qui venait de lui arriver.

Un jour, un riche commerçant de son troisième royaume, monté sur une grande jonque, vint vendre des marchandises dans la capitale de son père. Il apprit qu'un prisonnier était renfermé dans une cage de fer et il l'alla voir. Tout de suite, il reconnut son roi et, lui ayant parlé, lui offrit ses services.

— Taisez-vous, dit Mono-Véan, et donnez-moi

MONO-VÉAN 155

trois feuilles de Iréang bien préparées et un poinçon.

Ije commerçant fut à sajonque^ prit les objets que son roi captif lui avait demandés, et les lui port« secrètement. Le lendemain il revint voir le prisonnier et celui-ci lui dit:

— Allez, ne dites rien, partez tout de suite, et portez ces trois écrits à mes trois reines.

Le commerçant partit et porta les trois feuilles de latanierà leurs adresses.

Voici ce que le roi avait écrit à chacune des trois femmes : a Je suis prisonnier du roi de ce pays; prenez mille soldats bien armés de lances et d'arbal^tes; montez sur un éléphant et venez à mon secours, sinon on me coupera prochainement la tcle. »

Au reçu de ces lettres, les trois reines, chacune de son côté, levèrent une armée de mille hommes et partirent. Kllcs se rencontrèrent à une demi-journée de la c;ipitaIo de celui qui avait emprisonné leur mari et s'arrêtèrent pourdëlil>érer. On décida qu'une lettre annonçant leur arriv('»e serait adressée au roi et qu'on l'appellerait au combat.

I^ lettre écrite fut confiée à un homme siir et cet homme la porta au vieux roi Sovéan-KomaL Celuici. ayant ref^ardé l'écriture, no put lire la lettre, car il ne connaissait pas les caractères tracés sur les feuilles do tréang. Il fit appeler les plus grands savants de la capitale, mais en vain: nul d'entre eux no put déchiffrer la lettre des trois reine^s.

Très ennuyé, le roi fit annoncer qu'il donnerait de très grandes récompenses à celui qui pourrait lire la lettre et que Tesclave ou le prisonnier qui la pourrait lire serait mis en liberté. Beaucoup de personnes se présentèrent, mais aucune ne put déchiffrer les caractères qui y étaient tracés.

Mono-Véan apprit l'embarras du roi et dit qu'il lirait la lettre si on voulait le conduire au roi. On l'y mena tout de suite et le roi lui ayant remis la feuille de latanier, Mono-Véan la lut sans difficulté. Voici ce qu'elle contenait : « Nous venons pour vous combattre avec trois mille hommes; levez une armée et venez à nous. »

Le vieux roi, très ému, mais ayant appris l'approche d'une armée, ordonna la mise en liberté du prisonnier et qu'on rassemblât immédiatement les hommes nécessaires à la défense du royaume.

Mono-Véan, à peine en liberté, futsaluer sa vieille mère, et sortit de la ville; il fut rejoindre ses trois femmes et prendre le commandement suprême dos trois armées.

Les troupes du vieux roi parurent enfin ; elles s'élevaient à cinq mille hommes et le roi les commandait en personne. La bataille s'engagea ; elle dura deux jours et se termina par la défaite du vieux roi et la déroute de ses soldats.

Au lieu de poursuivre son père et de s'emparer de tout le pays, ce qui était facile, Mono-Véan lui écrivit pour lui demander de lui envoyer son fils, le fils

MONO-VÉAN 157

de Tol-Ka, avec une armée, afin qu'il pût le combattre.

Le vieux roi Sovéan-Komal fit venir son fils et, le mettant à la tête de l'armée, l'envoya au-devant de

Tennemi.

— Me voici, dit le fils de Tol-Ka, je viens pour

combattre.

— Pourquoi, dit Mono-Véan, faire tuer tant de monde? Battez-vous avec moi et celui qui tuera Tautre sera vainqueur comme si les deux armées s'étaient battues.

— Je veux bien, répondit le fils de Tol-Ka.

Mono-Véan monta sur un éléphant blanc et son

frère sur un éléphant gris, puis, armés de toutas pièc^rs, ils s'avancèrent l'un vers l'autre, en présence dos deux armées.

D'abord les éléphants s'attaquèrent, puis ce fut le tour des deux frères. La lutte fut terrible et dura très longtemps. Knfin elle finit par lamortdu filsdeTol-Ka.

— Allez dire au roi Sovoan-Komal ce que vous avez vu. dit Mono-Véan aux olliciers ennemis et dites-lui de venir avcx*. tous sos mandarins me saluer dans mon camp.

L'année de Sovéan-Komal partit et un grand mandarin qui la commandait fut raconter au roi la mort de son fils et re que le vainqueur avait dit. I^ vieux roi se mit en route avec toute sa cour et, très triple, arriva en vur de Tarmôe victorieuse qui était campée dans la plaine.

Il avança honteux et, se trouvant en présence d'un guerrier, il le salua comme on salue un roi.

— Allez plus loin, lui dit le soldat, je ne suis pas le roi.

Il avança encore et se trouvant devant un commandant à l'air sévère, richement habillé, il le salua comme on salue un roi .

— Allez plus loin, dit le soldat, je ne suis pas le roi.

Dix fois la mémo chose lui arriva et la même réponse lui fut faite, car cette armée était admirablement disciplinée et les officiers portaient de riches vêtements.

Enfin, il arriva devant le roi des trois royaumes et, le trouvant plus beau et plus magnifique encore que tous ceux qu'il avait vus, il se mit en devoir de le saluer comme on salue un grand roi. Mais Mono- Véan ne voulut point y consentir^ et lui prit les deux mains dans les siennes pour les séparer.

— Vous ne pouvez pas me saluer comme cela, dit-il, parce que vous êtes mon père. Je suis votre gis.

— Je n'ai plus de fils, dit Sovéan-Komal, celui que j'avais est mort.

— Vous vous trompez, reprit Mono- Véan: je suis votre fils, moi, et celui de votre première femme, Tol-Méa.

Puis il lui raconta ce que le vieux bonzo lui avait dit, et le roi qui n'avait jamais rien compris à l'af-

MONO-VÉAN 159

faire de renfant de cire, recoonut son erreur, et se reprocha très fort d'avoir écouté sa seconde femme.

Cette reconnaissance faite, le vieux roi Sovéan- Komal conduisit son fils Mono-Véan dans la capitale de son royaume, disant que cet enfant était celui de la première femme, la vieille Tol-Méa qu'il avait injustement chassée et qu'il allait lui remettre le pouvoir.

C'est en effet ce qui eut lieu quelques jours plus tard en présence de tout le pouple, des deux armées autrefois ennemies et des trois reines.

Voilsi comment Mono-Vcan devint roi de quatre royaumes et le mari de trois reines.

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