I..CS six femmes se consultèrent un instant et dirent
— Il faut corrompre les astrologues avec de Tor et de l'argent, car il faut qu'ils disent que nos fils seront appelés à gouverner chacun un royaume, qu'ils sont gens de puissance et de brillant avenir; il faut c|u'ils disent au roi que Snng-Sél-Choy, fils de la première femme, et Ué^ich-Sey, lils de la deuxième femme, sont des monstres venus au monde d'une manière trôs extraordinaire et qu'ils anéantiront le royaume si on ne les en chasse pas, eux et leurs mères, sur l'heure même.
Alors» ellos rassemblèrent assi'/ d'or pour (Mi faire une boule grosse comme une noix de coco très mure.
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et assez d'argent pour en faire un bloc pesant le poids d'un homme, puis elles chargèrent la femme habile de prendre avec elle deux esclaves et de porter ces présents aux astrologues.
Ceux-ci, gens rapaces et peu soucieux de dire la vérité au roi , acceptèrent les présents des six femmes du bout, et, sur une autre feuille de latanier, ils écrivirent avec leur poinçon de fer forgé une seconde prédiction absolument contraire à la première.
Ceci fait, le chef des astrologues se rendit au palais, où le roi, réveillé depuis un instant déjà, l'attendait avec une grande impatience.
— Voici, dit l'astrologue, la réponse des astres. Et il remit au roi la feuille de latanier qu'il avait
apportée.
Le roi, ayant lu ce que les astrologues y avaient gravé, parut très alTecté, mais comme il y allait de la tranquillité du royaume et de son avenir, il fit appeler la première et la seconde femme, et leur dit:
— Les prédictions des astrologues m'ont appris que vos enfants et vous-mêmes faisiez courir un grand danger à mon royaume; je suis obligé de vous en chasser, allez-vous-en avec vos enfants et t&chez de gagner votre vie. Je ne veux plus jamais entendre parler de vous.
Les pauvres femmes accompagnées do Sang-Sél- Chcy et de Kéach-Soy quittèrent le palais. Elles marchèrent longtemps, pendant plusieurs semaines,
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par les routes inondées, et parvinrent à franchir la frontière de TOuda-Banli-Téal, le royaume du plus grand parmi les rois.
Enfîn, ayant encore marché pendant trois jours, elles se trouvèrent à la lisiôre d'une immense forêt qu'un sentier traversait. Elles s'y engagèrent et ne tardèrent pas à arriver au centre d'une belle clairière.
Il faut nous tirrêter ici, dit l'ancienne propone thom, CA}X endroit est beau et personne ne viendra nous y trouver ; nos (ils pourront y dcvelopi)er leur science et leurs forces, en attendant que leur destinée s'accomplisse.
Et de suite, les deux femmes et les deux jeunes hommes se mirent à travailler la terre pour y semer du paddy, du mais, des concombres, des citrouilles destinés à assurer leur existence.
En ce Icmps-lii, il arriva qu'un yak terrible, roi d'un royaume peuplé do yak* connu par sa force redoutable et son habileté dans l'art de la lutte et de la guerre, s'introduisit dans le royaume. Le Kam|ukng*, tel était
* En pâli rentita^ Yakkhsa: en sanucrit Ynkkha,
* Kn pAU rmtitué Kitmbhantta (?) norte d'ogre, roi des Yakkhaou ogres.
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son titrera vait fait la guerre à tous les rois, non dans le but de conquérir sur eux les royaumes qu'ils gouvernaient, mais seulement afin de montrer sa bravoure et de satisfaire sa passion pour le carnage. Il se proposait, selon son habitude, d'attaquer la capitale et de provoquer Préa-bat-séna-Kotterach, lorsqu'il fit la rencontre de Kessa-Montéa, la jolie sœur du roi, qui se rendait au bain avec ses suivantes. Elle lui parut si jolie, si majestueuse, si noble dans sa démarche, qu'il sentit naître en son cœur le désir de l'avoir en sa possession et d'en faire son épouse. Ne songeant plus qu'il était venu près de la capitale dans l'intention de faire la guerre, il se jeta sur la princesse et, la saisissant dans ses robustes bras, il prit sa course et l'emporta dans son royaume.
La nouvelle de cet enlèvement ne tarda pas & se répandre dans la capitale et dans le palais; le vieux roi, qui aimait beaucoup sa sœur, tomba dans un grand embarras, ne sachant que faire pour reprendre au yak la pauvre princesse : il formait des projets, dressait des plans de bataille, puis, persuadé de son impuissance, il les abandonnait pour pleurer et se lamenter si fort que ses cris perçaient les murs de son palais et arrivaient jusqu'aux oreilles du peuple. La ville et le royaume tout entier étaient dans la désolation.
Enfin, un jour qu'il avait plus pleuré que de coutume, Préa-bat-séna-Kotteracli fit venir les six fils des six propanes chony :
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-~ Mes enfants, leur dit-il, voilà que le K&mpang a enlevé Kess<i-Montôa, votre tante, et qu'il Ta emmenée dans son royaume, au sein de sa capitale. Elln y vit depuis douze années, renfermée dans son palais merveilleux. Je vous ai choisis pour aller arracher Kessa-Montéa de ses bras; allez attacpier le yak et enlevez-lui la princesse. Si vous le battez et parvenez à ramener ici ma chère sa»ur, je vous donnerai tous mes palais, tous mes trésors, et ma couronne royale sera la récompense suprême de votre courage et de votre habileté.
Les six Sdach-Péal. ayant promis au vieux roi de remplir la mission qu'il venait do leur confier et do lui mmoner la belle princesse, se rendirent près de leurs mères pour les saluer.
— Vous serez vaincus et tués par le Kftmpang, diront les six femmes aux Sdach-Péal, C4ir c'est un guerrier habile et très fort.
— Que faire alors, demandèrent les six Sdach- Péal. car nous avons re<;u Tordre du roi notre père «l'aller driivrer la princ<»sse, notre tante?
— Alloz trouver Sang-Sèl-(1iey. qui habite avec sa mêrr. son frère et sa belle-mère dans la grande forrt f|ui est au nord du royaume, et priez-le de vous arcompa^^ner. car lui soûl est capable de vaincre le yjiW: s'il refuse d'aller avec vous, vous lui direz que le roi son père et le vôtre v«ius a donnt* Tordre de Taller eliei<*lier et qu'il sera puni de la peine de mort s'il refuse «Tobéir aux ordres du roi. Alors il voussui-
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vra et, avec lui, vous irez attaquer le yak. Le combat engagé, vous quitterez le champ de bataille et laisserez seuls en présence le yak et Sang-Sôl-Chey. Si votre frère n'est pas tué dans cette lutte, et s'il parvient à délivrer la princesse Kessa-Montéa. vous vous jetterez sur lui à l'improviste ou |)endant qu'il dormira et vous le tuerez. Ceci fait, vous amônore/ votre tante au roi votre père et la lui présenterez. Il croira que vous êtes ses libérateurs et vous aurez ses palais, ses trésors et son royaume. Si, au contraire, Sang-Sêl-Chey est tué par le yak pendant le combat, vous reviendrez ici, et vous direz au roi que vous avez poursuivi le yak, mais que vous n'avez pu savoir ce qu'il était devenu.
Les six Sdach-Péal. ayant reçu ces conseils de leurs ni(>res, et les ayant saluées selon la (*outume, prirent la route du Nord et s'en furent trouver Sang- Sél-Chey.
— Notre très jeune frère, lui dirent-ils, notre père nous a donné Tordre d'aller combattre le Kàmpang qui a enlevé notre tante, la belle Kessa- Montéa, et il a commandé que vous veniez avec nous. Si vous refusez de nous accompagner et de prendre part à la lutte, nous avons reçu l'ordre de vous couper la tête et de la porter à notre père.
— J'irai avec vous attaquer le yak, répondit le