‹ Cambodge: Contes et légendesChapitre 38 sur 46 · PRÉ A-S ANG-SÈL-CH E Y · texte numérisé non relu

PRÉ A-S ANG-SÈL-CH E Y

jeune prince; cet ordre du roi mon père est le premier qu'il me donne et je veux y obéir. Attendez ici un instant, car je dois prévenir ma mère et la saluor avant de partir.

Pendant <|U0 les six Sdacli-Péal se réjouissaient d'avoir réussi dans leur mission, le jeune prince s'en fut provenir sa mère, sa belle-mère et son frère.

— Itéacli Sey. mon frère, lui dil-il, vousalln/ rester ave*' ma mère et la votie ; prrnez bien .soin de néang Kessa-Hopha, afin c|u'il ne lui arrive pas mallieur pondant num absence et cpiVlle ne manque de rien. Si j'ai le dessous dans la luUe (pie je vais avoir av<*c le Kâmpang, je banderai mon arc sacré el je vous adresserai ma (lèclie, alin (prelle vous préxieniK* cpie j(* suis en dan^rer. I)ans 4*c cas, vous parlirc/ de suite et vous viendrez a mon secours.

Ayant fait ces reconunandations et pris conp'^ de sa famille. San;^ Sél Cliey monta sur le A7iy<f/i-*SVi//7. leroliniaron sur le(|uel il était venu au monde, il *i'arma du Tlunir'S(ir\ du Préa-Khan (le sabre sarnM rt prit avec les six SdjM»li-Pcal la route (pii coiuluisait cliez le Kânipan«^. IN traversrr«*ntile compa;:nie diw plaines nombreuses et lar^^es. d<»s foréls pi'ofonde^ et lên('*breii*«4*s. piii> ilsarri\èrenl au bord d'un «^rand lleuve, où smirihiient des vents terribles, et 4)ui roulait des \a;^u(.*s éuoruM's. Pas une maison

* Kri p.^li r^'^iUliiê hhtntit^ arc; t<aru^ inagique, H.iiiil, nacré.

ne se voyait sur les rives et nul moyen de passer autrement qu'à la nage ne s'oflErait aux princes.

— Mettons-nous à l'eau, dit Sang-Sêl-Chey et nageons vigoureusement.

— Nous ne sommes pas assez bons nageurs, dirent les six Sdach-Péal. pour affronter par un vent aussi

violent un fleuve aussi impétueux.

— Eh bienl dit le brave Sang-Sêl-Chey, je passerai seul; restez sur cette rive, mes frères; allez vous cacher sur le sommet de la montagne que vous voyez là-bas et veuillez m'y attendre. J'irai seul combattre le yak qui a enlevé notre tante, la belle Kessa-Montéa, et je la délivrerai.

Ayant ainsi parlé, il monta sur le colimaçon Sang et passa le fleuve; puis il traversa encore beaucoup de plaines et beaucoup de vallées, plusieurs grandes forêts et de nombreux cours d'eau, sans faire aucune mauvaise rencontre. Mais à mesure qu'il avançuii, les habitants devenaient plus rares, et bientôt il n'en rencontra plus; alors ne pouvant se renseigner sur la route qu'il devait suivre pour arriver à la demeure du yak ravisseur, et comme il éUiit au milieu d'une vaste forêt, il s'égara. Autour de lui retentissaient les cris des oiseaux et ceux des bêtes féroces, tigres, panthères et éléphants sauvages. Aucim sentier autre que celui qu'il avait suivi n'indi({uait qu'on pût sor-

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tir de cette forêt, et aucun ôtre humain ne paraissait avoir été plus loin. Cependant, comme il examinait avec soin la petite clairière au centre de laquelle il se trouvait, il reconnut la sente que suivaient les kénor* de cette forôt. Comme elle était du côté opposé à celui par où il était venu, et bien qu'elle fût assez difficile à suivre, Sang-S^l-Cliey s'y engagea. Il marchait depuis une demi-heure environ, ne se lassant point d'avancer, Iorsqu*il parvint à une magnifique pagode nommée Konhéa. dans Iac|uell6 (piatre très jolies femmes kénor priaient. Ces femmes étaient d'une si grande beauté et se ressemblaient tant qu'on ne pouvait los distinguer Tune des autres, ni trouver sur elles ou dans leurs manières, dans lour voix ou dans leur caractère, la plus petite chose c|ui lesdilTérenci&t.

Le jeune princx^. à leur vue, sentit qu'il les aimait dans son rccur. Il s'approcha d'elles, et les caressant avec de douces paroles, il leur dit:

— Tr^s chères crénwn^, pourquoi habitez- vous

* llommM et femmen moitii^ humainn moitié oinoaux. 1^ partie KUpérieurf du corpn mt cellod'iin homme ou d*une femme et la |iartic intérieure celle d'un oiiioau. ~ AV/ior parait eorre5|iomlre au sanitctit Kinnara, Kinnari au fêminirit Htl<S ralement « têt-re un homme •t demi-dieux et demi-déemies au service de Knvéra, le dieuden riche^M». Je doiii cependant faire oMorvcr qu<» \fA Kiunnra §ont den Atres ayant un corpfl humain et une IMe de cheval.

* Demoiftelleti.

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un endroit aussi isolé, loin des villages et des antres habitants du pays? Voulez- vous me donner l'hospitalité et me permettre de reposer chez vous? L'une des kénor lui répondit:

— Je suis heureuse de vous accorder ce que vous me demandez et je voudrais vous donner davantage. Me voulez-vous prendre pour épouse et m aimer comme un homme aime sa femme, et j'irai partout où vous irez?

Une autre kénor prit ensuite la parole et lui dit :

— Non, prenez-moi pour votre épouse, proférezmoi à ma compagne, je vous serai très dévouée et vous ne regretterez jamais de m'avoir choisie.

— Ne prenez ni celle-ci, ni cette autre, dit la troisième kénor, demeurez avec moi; je vous forai le plus heureux des hommes.

— C'est moi qu'il faut prendre pour femme, dit la quatrième kénor; je vous aimerai beaucoup et ma pensée sera toujours occupée de vous. Elle vous suivra partout où vous irez, alors môme que je no pourrais vous accompagner de mon corps.

Le jeune prince, sur|)ris dos ])ropositions que lui faisaient les kénor, lesregardnit curieusement et ses .yeux allaient de runc à Taulrc, mais il ne répondait à aucune. Alors elles se disputèrent à son sujet, cherchant à l'entraîner, et faisant ce qu'elles pouvaient pour allumer l'amour en son Ciiiur.

Très contrarié et honteux <rêtre ainsi Tobjet d'une dispute aussi extraordinaire, aussi impie, le jeune

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prince sortit de la pagode dos kënor et s'enfuit par le premier sentier qu'il aperçut.

I>es quatre femmes kênor étaient si orcup(^es à se le disputer qu elles ne virent point le jeune prince quitter la pagode. Quand elles reconnurent qu*il était parti. Sang-Sél-Chey était déjà bien loin sur la route. Klles s'élevèrent alors dans les airs par leur seule puissance et, étant montées très haut, elles le virent qui s'éloignait rapidement dans la direction do rOuest; alors, elles se dirigèrent vers lui, le rattrapèrent eu queUpies coups d'ailes et s'abattirent à ses pirds. Elles le supplièrent de revenir à la pagode, mais en vain; elles l'injurièrent, rien n'y fit; le prince demeura inébranlable dans sa résolution de s'éloi^Mior d'un lieu où quatre femmes se disputaient son c<i»ur. Mais les kènor qui voulaient le ramener chez elles se jetèrent sur lui pour l'entraîner. Sang-Sèl-Cbey. furieux d'être ainsi violenté, mil le sal)rr i\ la main et marcha si résolument contre elles, qu'une grande peur les saisit et qu'elles s'enfuirent.

Quelques jours après» c/)mme il traversait une vasto plaine, il lit la rencontre de plusieurs Prêtes' qui marchaient les uns derrière les autres :

• Kn Mn«M'ril PrHa^ en pAli P^tn^ notion dr monntrm voiiéii A 1a niiH^rt* c( a la KoufTranoe en expiation den p(k:h^ qu'iln ont cominiN au oMim d'uno exintonce antérieure.^ Vo)ef la description 411c j'en donne dans mon Trctj-Phoum,

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— Voilcà un homme ! dit l'un d'eux, arrètons-le et mettons-!e dans imecagedo fer. Il nous amusera.

Alors les Prêtes se jetèrent sur le jeune prince, mais celui-ci ayant lir6 son sabre sacre, lesé|)OUvanta si fort qu'ils s'enfuirent et disparurent à ses yeux.

Il continua d'avancer, mais comme il venait de traverser un petit bois et d'arriver dans une plaine très vaste au milieu de laquelle s'élevait un gros nrbre dont les branches jetaient sur la t^rre une ombre épaisse, le dom Chhrey, il résolut de s'y reposer pendant toute la sieste.

Comme il s'était profondément endormi â l'ombre du dom Chhrey, une yak-srey' nommée Asàmnioc-Khay, qui séduisait les jolis garrons ou abusait d'eux quand ils ne voulaient pas l'aimer, s'approcha de lui tout doucement afin de ne pas réveiller; puis elle le prit dans ses bras, le serra sur son sein et l'embrassa, folle d'amour et de |)assion.

Quand Sang-Sèl-Chey, en se réveillant, se vit entre les mains d'une yak-srey, il bondit sur ses pieds, et, tirant son sabre sacré, il s'écria :

— D'où viens-tu, et pounpioi voulais-tu, misérable femelle, me réveiller sous tes baisers impurs? Attends, yak-srey, je vais te tuer.

— Je voulais te réveiller et je t'embrassais, répon-

* Yak femelle.

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dit la yak-srey, parce que je t'aime et que je voulais ôlrr ainioc par loi.

— Sauve-toi. yak-sroy sans honte, si tu crains la mort.

Folio de passion, Asâunnoc-Kliny se jeta sur le jeune liomnie et commeiira à lutter contre lui; mais dans c<*tte lutte elle fut hlessreet. poussant <les cris lerrihles, sVnfuit très loin, par delà les montnpios lKiis«'M»s qui rermai<Mit la vnllêe.

I)êlmrrass<'» de cette y«ik-Nrey. Sang-Sô|-('hey repril son clnMuin r\ <N)fitinuad*sivan<ter vers TOuest. Il mnrclia ainsi <leux j<^urs iMitiers, puis il arriva dans un L'rnnd rovjunne on tnusirs habitants étaient en fête joyeuse. Ce pays n|)partenait au frère du KAmpiui.ir. uny^ik qui hal)itail un château élevé au milieu d'une immense» forêt, et r|ui dormait tiois ans sans SI» réveiller apréx tioi«< ans k]o veille. Il ne tarda ])as. ayant appris la roule rpii nuMiait au palais royal, i\\ arriver.

— Ma tante Krssa-Mont«''a est peut-être ici. se dit-il.

Kt il <*ntra, mais il ne trouva rpie le yak. le roi, frère du Kàmpang. cpii dormait. Il tira son sabre et allait lui couper la tête, quand la rêilexion larréta.

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— Ce yak ne m*a rien fait, pensa-t-il ; pourquoi le tuerai-je?

Etant sorti du palais, il reprit la roule qui devait le conduire au royaume du Kàmpang, le yak ravisseur de la belle Kessa-Montca, sa tante et la sœur du roi, son père.

Enfin, il arriva dans le royaume du Kùinpang. S'étant informé dans le premier village qu'il rencontra de l'endroit on habitait le roi-yak, il apprit que le ravisseur de Kessa-Montôa habitait avec une femme de race humaine un 1res beau château-fort construit au milieu d'une magnifique foiét, sur le sommet d'une colline couverte de beaux jardins pleins d'arbres fruitiers et do Heurs.

Ayant appris ces choses et ne doutant pas que la femme de race humaine dont on lui parlait ne fût sa tante, Sang-S6l-Chey pénétra dans la forêt royale et y marcha pondant près de six heures. Le soleil commençait â s'incliner vers l'horizon, lorsqu'il se trouva, au détour d'une longue allée qu'il suivait depuis un instant, en présence d'un magnilique château fortifié.

— Voilà, se dit-il, la forteresse que le yak Kàmpang habile avec maclièrc tiuite. [^maison doit être au milieu de la cour intérieure.

Ayant franchi la porte principale que nul yak ne gardait, il lit le tour du jardin, cherchant s'il ne trouverait pas une porte ouverte, et s'il ne pourrait pas, sans donner l'éveil , s'introduire dans la maison du roi .

I'RKA-SANC;-SKL-CHKY 219

Mnis le yak KcAmpang, on sortant pour faire sa promenade liabituelle dans un petit bois voisin, (pi'on appelail. Pn\y-lMiinMnlIenil)ôp('»an', avait re- <M)minundê à sa femme de nico humaine de bien fermer la porte derrière lui. afin (pie personne ne pût pên6tr<'r <lans le psdais. et la femme avait obéi comme elle ob<>is.sait toujours.

Ne trouvantaurune porte ouverte, Sanji(-SAl-Chey s'approelia de Li maison royale et se mita frapper aux portes qu'il rencontrait. Il avait d<^jâ frappé plusieurs fois suis «pTon lui r<'*pondil, «piand une pelile fenêtre, menaj^éc «laiis une pt)rlc, s ouvrit, (fêtait Kessa-Mont<^a <pn. fatiguée d entendre frnpper et rurieu>e de saveur cpii osait s'appnwlier (hi palais du yak-roi, venait r<*gardcr.

Surprise de trouver à sa porte un jeune homme aussi beau, la belle Kessa-Montéa sculisait :

- (Vrst assurtMuent un jeune prince, un fils de roi ; «pie vient-il donc chercher ici?

Kt cllt* ne se lassait pits <lo le consid(*rer. Enfin s'adp'ssant à lui d'un air prescpie enjoué :

- D'où venez- vous, jcum» homme au cnMir auda- «•ieii\, cl que v«»ne/.-vous faire en cet endroii redoiilabh* ; p4Ms<inne n'a jamais mis les pirds ici. pas même les rois amis du roi des vak ? Vous èles le

* l^rrif, fntAt, rn lr»nciioramS<»Hp«**nno: Phnnm, monMpnr, «•nlliii'», «l.in^ la ni^ni»» Uium»; //*VM/»'7»ri>/i. en pAli rc^lihi4^

premier qui foulez ce sol, mais partez, partez tout de suite, sans perdre une seule minute, car si le Kâmpang, mon mari, revenait et vous trouvait ici, il vous étranglerait d'un coup et vous dévorerait.

— Ne craignez rien, jeune et belle femme, et ouvrez-moi cotte porte, car j'ai quelque chose de secret et d'agréable à vous dire.

Mais Kessa-Montéa, ne sachant quel était cet homme et ce qu'il voulait, n'osait pomt céder si sa prière.

— Non, dit-elle, je ne puis vous ouvrir cette porte, parce que mon mari en sortant m'a commandé de la tenir bien fermée.

Alors, Sang-Sôl-Chey pour la rassurer se mit si lui raconter son histoire, sans cependant lui dire son nom ni ceux des personnages dont il parlait, puis étendant ses bras vers elle, il s'écria :

— Je suis votre neveu, Kessa-Montéa, mon père s'appelle Préa-bat-scna-Kottanvch, et ma mère se nomme néang Kessa-Bopha. Vous avez été enlevée par le yak Kàmpang et mon père m'envoie vous chercher.

A ces mots, Kessa-Montéa, très émue, ouvrit la porte et se précipita sur son neveu qu'elle embrassa tendrement, puis leurs i)leurs coulèrent si fort que bientôt ils tombèrent sur l'herbe verte l'un à cAté de l'autre, dans une sorte d'évanouissement produit par les larmes qu'ils avaient répandues ensemble et le bonheur qu'ils avaient de se retrouver.

PRftA-SANG-SftL-CHRY 221

Ils reslércnt assez longtemps dans cetétat, jusqu'à ce que la brise qui soulHait à travers les grands arbres de la forôl et la fraîcheur qu'elle amenait les eût rappelés à la vie.

Alors, comme Kessa-Montéa n'avait pas cessé d'avoir pour son frère lamour et l'amitié d'une sœur, et comme elle était heureuse de retrouver son neveu, elle fit entrer Sang-Sêl-Chey dans une belle salle toute garnie de tableaux et de sculptures admirables, puis elle se retira pour lui préparer à manger.

Cependant le jour <*ivait écoulé ses heures, et le Ki\mp<ing.qui avait quitté le bois et s'en était allé par delà les montagnes les plus éloignées de son royaume, avait, en se promenant ainsi et en volant avec si*H longues ailes qui faisaient un grand l)ruit. gagné un grand mal de léte. S'élovant alors trrs liautd;iiis les aii*s etsetant orienU>. il prit son vol dans la direction de son palais; il so senUiit si mal <pril pcidit un instant la vue oi son fut tomIxM* sur une montagne très haut4s (|ui s'écrasa sous lui. il rrprit son vol et franrhissaut tout d*une traite les 7,t)tH) jurh(|ui s'étendaiont entre la monUigne qu'il venait «l'écrasor et sa n''si<len<:e. il s'en vint voltiger au-dessus de son palais.

222 JATAKA DU HOIIDDHA

— Ma tante, dit le jeune prince, quel est donc cet épouvantable bruit?

— Mon cher neveu, c'est le bruit que font les ailes du Kàmpang, mon époux. Il rentre de sa ])rornenade. Méfiez- vous de lui. car il est très méchant. Cachez-vous ici et prenez bien garde qu'il vous voie. Je vais lui parler de mon frère et je vais essayer d'obtenir la permission de Tallcr voir.

Et Kessa-Montéa lit cacher son neveu daus une petite i)ièce à côté de la grande salle'. El In venait à peine de refermer la porte, quand le yak KAmpang entra :

— Quelle est celte o.leur d'homme que je respire ici, criait-il; où est il cet homme? Il faut que je le mange.

— Un homme ici, répondit Kessa-Montéa, comment voulez-vous que j'aie un homme chez moi, vous vous moquez, c'est un rôle (|ue vous joucîz. Sûrement, dans votre promenade à la Prey-Htîmbôpéan, vous avez renconti'é des femmes (|ue vous avez aimées; maintenant vous faites semblant d'être jaloux et vous venez me faire ime scène.

Le yak ne ré])ondit pas* et comme il était encore

* L'i^pÎHode de ce conte que je donne au chapUre suivant dit que ivcsiia-Montca Ht cacher son neveu entre les pétales d'une ileuf de lotus.

' Dans IV'pisode dont je viens de parler, lu yak, au contraire, proteste avec douceur.

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malade, il s'étendit sur une natte bien rembourrée et s'y endormit profondément.

Sa femme, se mil près de lui et se prit à le caresser.

L'avant réveillé, elle lui dit:

— Mon bon et cher mari, je suis bien lan<^uissanle et je pense toujours à mon cher frère (|ue je n'ai pas vu depuis longtemps. Donnez-moi la permission de vous (piitter pendant quatre mois, et laissez-moi partir, (juand j'aurai passé quelques jours avec mon frère, ji* leviendrai près de vous et je vous aimerai bien.

Le yak Kàmpang, qui dormait et ne l'entendait |)oinl, ne pouvait lui répondre*.

(V i\ur voyant, la pauvre femme s'agitait, remuait constannnent, faisait, en se retournant, du bruit, afin de réveiller son époux, mais celui-ci (|ue son mal do tète tenait endormi ne se réveillait point.

Kessa-Montéa, (|uitUuit la couche de son mari, s'rn fut alors trouver son neveu et lui dit :

--' J'ai d<Mnandé au yak Kâmpang un congé de quatri! mois, pour aller voir mon frère, mais comme il dormait, il ne ma pas entendue. Att(*ndez qu'il soit rrvoillé, et, s'il est de bonne humeur, je lui ferai de nouxrau ma demand<\

* haiis IVphotle suivant, le yak n*'|t(Miil à ««on é|)ou««e et rtlii«tf rau(ori««ation qui lui o^t deniandt'e. puisse rendort*

224 JATAKA DU BOUDDHA

— Non, dit le jeune homme, c'est assez attendre; préparez vos affaires, prenez ce que vous voulez emporter et partons tout de suite.

A ces mots, Kessa-Montéa se mit à pleurer très fort, car elle aimait beaucoup son mari et ne voulait pas partir sans son autorisation. Puis elle retourna près de lui :

— Réveillez- vous, mon cher mari, réveillezvous tout de suite, car on veut me forcer i\ vous quitter.

Mais, bien qu'elle le secouât très fort, le yak ne se réveilla point.

— Voyons, êtes- vous prête? disait Sang-Sél-Chey, il est temps de partir.

— Je ne veux pas quitter mon mari sans le prévenir et sans qu'il autorisemon voyage, disait Kes.sa- Montéa.

Et elle retournait près du yak, cherchant de nouveau à le réveiller, le piquant avec ses ongles aigus et le mordant avec ses dents. L'ogre doiniuu'ait endormi et paraissait ne pus même sontir les blessures que lui faisait sa femme.

— Ma tante, dit Sang Sél-Chey, c'est assez; si vous uc voulez pas m'accompagner tit venir retrouver mon père, baissez un peu la tête, pour que je puisse la trancher et la porter au roi qui vous attend.

— Attendez encore, répondit Kessa-Montéa, attendez, mon neveu, je vais aller chercher mon épingle à cheveux qui est restée dans ma chambre

PRÉA-SANG-SfeL-CHRY 825

et je vais essayer de réveiller le yak K&mpang en le piquant profondément.

Ayant ctô cherclier son épingle à cheveux^ elle en piqua son mari en plusieurs endroits du corps, mais sans parvenir à le tirer de son sommeil*.

— Venez, dit Sang-Sôl-Chey, car vous ne parviendrez jamais à réveiller le yak.

Alors elle monta sur le fameux Khy&n-Sang, et partit avec son neveu.

Quand ils furent à une certaine distance du château, sous uno sombre cliarniillo*, ils s*arr6terent et le jeimeprincc se mit à regarder sur ta route pour s'assurer qu'on ne les poursuivait pas.

Cependant» pendant qu'ils s'enfuyaient ainsi, le Kiimpang s'était réveillé et avait appelé sa femme. Apercevant la porte ouverte, la pensée lui était venue que Kos^ta-MonU^a avait pris la fuite, et dans sa colore, il avait fait «appeler tous les mandarins :

— Usussemblez, leur avait-il dit, tous les guerriers

* Ottf» noène est beaucoup plus vivante, plut touohanU, dans IVpÎHode que je donne plus loin.

* Dans r^pJMode ci dessous, les deux fugitifs se réfugieni non sous une charmille, mais dans un temple de pierra.

A. LacLÉRB, Lia. eambodg, 15

226 JATAKA DU BOUDDHA

et ordonnez à Khon-Pech et à Kray-Sotli' de partir avec eux à la poursuite de ma femme.

Les deux chefs que le K&mpang avait désignés étaient deux guerriers habiles qui plusieurs fois avaient remporté do grandes victoires sur les ennemis du royaume. Ils partirent aussitôt qu'ils eurent rassemblé un millier de guerriers.

Comme ils arrivaient devant la charmille où s'étaient réfugiés les deux fugitifs, ils les aperçurent et l'un d'eux cria :

— Comment, enfant^ c'est toi qui as enlevé la femme de notre roi ? Allons, rends-la, sinon nous allons te massacrer*.

— Cette femme est ma tante, répondit Sang-Sôl- Chey, que ton roi a enlevée à mon roi, son frère. Le Kàmpang est un grand voleur et je ne lui rendrai pas cette femme.

A cette injure, Khon-Pech et Kray-Soth, ayant mis l'arme au poing, se précipitèrent avec leurs troupes sur le jeune prince. Avec son sabre sacré, Sang-Sél-Chey les tint longtemps en respect sans tuer l'un d'eux, mais lassé de cette lutte^ il les attaqua à son tour et massacra presque tous les guer-

^ Dans l'épisode suivant, ces deux chefs de guerre sont nommés Khon-Pech et Kray-Set.

' Les variantes sont nombreuses et très importantes. Dans l'épisode suivant, aucune parole n'est échangée entre les chefs de guerre et le prince.

PRÉA-SANG-SÊL-CHEY 227

riers. Furieux et ne comprenant pas comment un seul liommo avait pu tuer tant de yak, les deux chefs reprirent la route du palais et furent raconter au Ki^mpang ce qui s'était passe.

— Laissez ce jeune homme emmener sa tante, dirent-ils. car il est très fort et très habile; il est monté sur le KhyAn-Sang et il est armé du Thnur- Sar, Tare sacré de toute science, et nous ne parviendrons jamais à le vaincro.

— Vous voulez donc que les rois, mes voisins, rient de ma I:\cheto et me méprisent! s*écria le Kdmpang. Je vais réunir tous mes guerriers et me mettre à la poursuite du ravisseur de ma femme.

Alors on battit le tam-tam de guerre et le cri de ralliement fut poussé partout; plus de 100,000 hommes prirent, sous plusieurs chefs, la route que les fugitifs suivaient.

Cependant Sang-Sôl-Chey, ayant mis en déroute les deux chefs que le yak avait envoyés après lui, avait conduit sa tante dans un ch&tenu solitaire perdu au milieu de la brousse, et, ne doutant pas que Togre se mettrait en mesure de venger la défaite de SOS deux terribles guerriers, il se prépara à la résistance.

228 JATAKA DU BOUDDHA

Il apprit le cinquième jour que le Kâmpang se proposait do l'attaquer lui-aiêmo avec dos milliers et des milliers de guerriers. Inquiet et craignant d'être vaincu, il prit son arc, y mit une flèche à laquelle était attachée une lettre, et la lança dans la direction du pays où demeurait son frère : a Venez vite <^ mon secours, disait la lettre, car je suis dans le plus grand embarras et à la veille de livrer une terrible bataille \ »

A la réception de cette lettre, Réach-Sey alla prévenir ses deux mères et leur dit :

— Mon frère doit prochainement livrer un grand combat aux yak, et il m'a écrit de venir le rejoindre. Voici sa lettre.

— Il faut partir immédiatement, dirent les deux courageuses mères, et aller au secours de votre frère.

Réach-Sey, ayant salué sa mère et celle de son frère, se mit de suite en route, courant aussi vite que le permettaient ses pattes de lion.

Moins d'une demi-journco après son départ, ayant traversé plaines et montagnes, vallées et rivières, il arriva près de son frère et de Kessa-Montéa, leur tante.

Il était temps, car le bruit que faisait l'armée des yak en s'approchcant était formidable. Enfin, elle

^ 11 n'est pas question de cet appel dans Tépisode que je donne plus loin.

PRKA-SANG-SÈL-CHEY 229

parut ; à sa tôte marchait le yak KAmpang. Quand ce monarque fut h une petite distance des deux frères qui étaient sortis sur la route, il leur dit :

— Rendez- moi ma femme, et je ne vous livrerai pas un combatque vous ne pourriez soutenir; je suis votre oncle et, par amour pour votre tante, je veux vous épargner.

Mais au lieu de répondre au yak, Sang-Sèl-Chey, monté sur son Khyàn, et ayant derrière lui sa tante, nt quelques pas en avant; Kessa-Montéa, heureuse do voir son mari et pour lui montrer son amour, lui faisait quelques inclinations de tète. Mais le Kàmpang, croyant qu'elle se moquait de lui, s'écria :

— Femme, ton cœur est mauvais, tu te comportes mal avec moi. RhbienI je vais livrer une bataille terrible. J'y périrai peut-être, mais je veux te ramener en mon palais. Prends garde à toi, car tu as un cccur mauvais.

— Ne disputez pas avec votre femme, répondit Sang-Sôl-Chey, et écoulez-moi. Ne livrons pas une bataille qui laisserait sur le terrain tant de vos braves guerriers. Je vous provoque personnellement en un combat singulier. Venez au sommet de cette montagne, le phnom Yukanthor^ et le vainqueur emmènera Kessa-Montéa.

* Kn pâli r^fititué Yukantharo, la inonUgn« circulaire la plus proche du nioni Mérou.

230 JATAKA DU BOUDDHA

— J'accepte, dit le Kàmpang.

Quelques instants après le yak était vaincu et obligé de prendre la fuite.

Pendant le peu de temps que la lutte avait duré, un yak de l'armée avait enlevé dans les airs Kessa- Montéa et s'enfuyait, mais, aperçu par Sang-Sél- Chey, celui-ci lui envoya une flèche qui l'abattit a terre ; Réach-Sey reçut Kessa-Montéa dans ses bras et la ramena sous la charmille V

Alors l'armée des yak engagea la bataille, mais en vain, ils ne purent s'emparer de la princesse. Us perdirent beaucoup de monde et, désespérant de vaincre les deux jeunes princes, ils se retirèrent pour délibérer.

— C'est une guerre terrible I disaient-ils.

Un yak imagina alors une ruse de guerre. S'enlevant vers le ciel, il fut demander aux Tévodas* le nom de la mère de Sang-Sèl-Cbey et quelle était sa forme*.

— La mère de Sang-Sél-Chey , dirent les Tévodas^ s'appelle néang Kessa-Bopha et voici son portrait.

* Tout cela est bien différent dans l'épisode que je donne plus loin.

* Aux anges. En pâli restitué décala.

' bans l'épisode que je donne ci-dessous, le yak qui imagine cette ruse cruelle et qui l'exécute est le roi des yak lui-même.

PRKA-SAN(i-SKL-CHEY 231

Étant redescendu sur terre, le yak prit de l'argile et, la moulant, lui donna la forme d'un corps de femme oX la ressemblance de néang Kessa-Bopha, puis portant cette statue au-devant do l'armée, il donna Tordre de marcher h Tennemi*. Quand il fut en présence des jeunes princes, le yak ingénieux s'approcha et leur dit:

— Rendez-nous Kessa-Monléa, sinon je vais couper la tête de Kessa-Bopha, votre mère.

Sang-Sôl-Chey, très émotionné, se laissa prendre au piège:

— Réach-Sey, mon frère, dit-il, nous ne pouvons pas continuer la guerre, car ils ont enlevé ma mère et ils menacent de lui couper le cou.

— On vous trompe, mon frère, répondit Rëacli- Sey, votre mère ne peut être ici. Lancez votre Rèche sacrée contre celte armée de yak, et, si votre mère est prisoiniière, ses meurtriers l'abandonneront en s'enfuyant et nous pourrons la leur enlever*.

Sang-Sêl-Chey banda son arc et lança la flèche merveilleuse; elle Fit un tel carnage, que l'armée des yak prise de peur, s'enfuit de tous côtés, abandon.

* DatiK TépUode ci-de«iiuB, c'est l« Kimpang lui-méma qui se tranRforme en an yak portant une frmme entre ses bras. * Dans iVpisnde que je donne cidosMius, H^ach-Sey qui n'a pas éiè ap|>elé n'est pas venu au secours de son fr6re« La conseil qui est ici donné à Sang 861-Chey par Hôach-Sey lui o<tt donné en d'autres termua par sa tante, la lielle Kessa- Montéa.

232 JATAKA DU BOUDDHA

nant la statue de néang Kessa-Bopha, sur le champ de bataille*.

Le K&mpang, revenu de sa terreur, avait cependant rallié les fuyards et les ramenait au combat. Une nouvelle flèche le jeta à terre et pour la troisième fois ses troupes se débandèrent:

— Kessa-Montéa, criait-il à sa femme, je souffre mille douleurs, dis à ton neveu de me couper la tête. Adieu, adieu, car je vais mourir.

Sang-Sôl-Chey était sur le champ de bataille, furieux, son sabre à la main. Entendant le Kàmpang crier prés de lui, il lui saisit la tête avec la main gauche et la lui trancha d'un seul coup.

— Maintenant, ma chère tante, que faut-il faire ? dit-il en s'adressant à Kessa-Montéa.

Il faut, mon neveu, brûler selon Tusage le cadavre de mon mari, et, quand ses os seront réduits en cendre, continuer notre voyage.

Étendant sa flèche sacrée, le jeune prince commanda aux éléments de rassembler un bûcher, puis le bûcher formé, il y plaça lo corps du Kâmpang et y mit le feu.

* L'épisode raconte que Sang-S61-Chey tira sur la femme que le yak K&mpang avait entre ses bras, que cette femme disparut subitement, ce qui prouvait qn'eUe n'était qu'une transformation, et que le yak fut blessé par la flèche que le prince lui avait envoyée. On voit par cela et par les notes précédentes que les variantes sont très importantes.

PRÉA-SANO-SKL-CIlliY 233

Ce dornier devoir accompli, il monta sur son colimaçon avec sa tnnte et, suivi do son frère, ils se dirigeront vers la frontiôrodu royaume.

Ils arrivèrent ainsi le surlendemain dans le royaume du frère du K&mpang, lequel venait de se réveiller après trois années de sonnneil, et se promenait par la ville:

— Ou allez-vous donc ainsi, chère bcllc-scrur? dit-il à Kessa-Montéa, dès qu'il Taperçutctqu^il Icut reconnue marchant derrière Sang-Sèl-Chey.

— Je vais dans le royaume de Ouda-Banh-Téal , rendre visite au roi, mon frère, et le saluer de la part de mon mari, le K:\mpang votre frère, qui ma donné un congé de quatre mois. Voici mon neveu Sang- Sèl-Chey, chargé de me protéger |)endant le voyage.

— Je suis content de vous voir, reprit le frère du fameux K&mpang, car je vais pouvoir vous rendre un petit service. Montez dans ma main et m*élevant dans les airs, je déploiorai mes longues ailos et vous transporterai jusqu'à la frontière do mon royaume.

Los voyngours montèrent dans sa main ot le yak, . prenant son vol. ainsi <|ue le font \os yak do son o.s|MVe <piand ils s'approchent des pays habités par des hommes, les |>orta ainsi ju.«(|u ïi la frontière du

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royaume, après quoi, ayant salué les voyageurs, il reprit la route aérienne qui menait à sa capitale.

— Sang-Sél-Chey , dit la belle Kessa-Montéa, nous voici dans un pays peu éloigné du royaume des dragons où demeure ma fille adorée, la jolie Sophéal- Tévi, fille du yak Kâmpang que vous avez tué. Il faut l'aller chercher, car elle est votre cousine et j'ai grand désir de la voir.

Sang'Sel-Chey, ayant installé sa tante et son frère dans un château isolé au milieu de la brousse et qui se trouvait à peu de disUmce de la frontière, monta sur son colimaçon merveilleux et partit pour le pays des dragons.

Il traversa la mer en passant sous les vagues toujours agitées et quelques jours après arriva dans le royaume qu'habitait sa cousine, la jolie Sophéal- Tévi.

Afin de se conformer à la coutume du pays, il rendit visite à tous les notables des villages qu'il traversait, et, en beaucoup de maisons on l'invitait «\ jouer aux échecs. 11 y jouait avec toute la science que lui communiquait son arc, et si bien, que ses victoires se comptaient par centaines et ses défaites par zéro.

Le bruit s'étant répandu par tout le royaume qu'un homme qui venait d'y arriver battait aux échecs tous ceux qui jouaient avec lui, le roi des dragons, qui était un joueur habile et renomme, l'envoya chercher, alin de jouer avec lui.

PRÉA-SANG-sfeL-CHEY 235

Sang-Sèl-Cliey, ne tarda pas à se rendre à l'invi- Intioii du roi des dragons» cl celui-ci lui dit :

— Jeune voyageur, d où venez-vous ?

— Roi des dragons, répondit le jeune prince, je viens do très loin pour jouer aux ccliccs av(»c les plus forts joueurs de votre royaume.

— C'e-st très bien cela, dit le roi, je veux jouer avec vous, mais si je vous g<igno, que me donnerezvous? Moi, c|ui suis roi de ce pays, si je suis battu par vous, je vous abandonnerai mon royaume.

— Si je perds, répondit Sang-Sôl-Chey. je vous donnerai mou arc sacré et ma ilcche enchanlée, mon sabre redoutable et mon colimaçon merveilleux.

— Qu'estrce que c'est que cette flèche enchantée? demanda le roi des dragons.

— Grand prince, c'est une flèche précieuse qui permet h ceux c|ui la possèdent d'obtenir tout ce qu'ils désirent*.

— Alors, j'accepte votre enjeu, car cette flèche jouit d'une grande puissance.

— Mais moi, reprit Sang-Scl-Chey, je n'accepte pas le vôtre. Je refuse votre royaume. Si je gagne la partie, je prendrai seulement votre femme et je l'emmènerai dans mon pays.

Le roi se mit à rire et la partie commença.

' 1*0 j<*unc prince fiotivait ajmilor que cHiti fléchis avait la pmpri^!»'* inor\eilleuM! de re%onir d'ollc-m»'nie no placer aur l'arc enchanU^, aprV'n avoir iué ou blessé l'adversaire.

236 JATAKA DU BOUDDHA

Avant la fin de la journée, le roi des dragons ayant successivement perdu sept parties, son vainqueur lui dit :

-^ Voilà que vous avez perdu sept parties, que me don nez- vous?

— Je vous donne mon royaume, puisque je l'ai perdu, répondit le roi.

Je ne veux pas de votre royaume, je vous l'ai dit avant de jouer ; je veux votre femme, parce que je l'ai gagnée.

— Ma femme, je ne vous l'ai pas promise, elle n'était pas dans l'enjeu et je refuse absolument de vous la donner.

— C'est bien, dit Sang-Sôl-Chey, je la prendrai par la force et je l'emmènerai dans mon pays.

Ayant prononcé ces derniers mots avec colère, il sortit de la salle de jeu, pénétra dans la chambre de la reine et, la prenant dans ses robustes bras, il s'enfuit avec elle.

Le roi des dragons, furieux, rassemble ses guerriers redoutables, qui n'ont jamais été vaincus, et les lance à la poursuite du ravisseur.

Sang- Sel -Chey les attend de pied ferme, les attaque, en tue un grand nombre et met les autres en déroute, puis reprenant Sophéal-Tévi dans ses bras, il s'élance vers la frontière du royaume, toujours monté sur son colimaçon merveilleux.

La reine enlev(ie, ignorant que son ravisseur était son cousin germain, se lamentait très fort et pieu-

PRéA-SANG-sftL-CHEY 237

rai t. Aussi fut-elle bien surprise quand, Sang-Sél- Cliey l'ayant déposée dans le clultcau isolé, elle so trouva devant sa more, la belle Kessa-Montca.

— Cet hoinino qui vient do vous arraclier des bras du roi des dragons est votre cousin, lui dit cette dernirre» et c'est sur mon ordre qu*il est allé vous chercher. Il a ces jours-ci attac|ué le yak KAmpang volie pcre et il Ta tue, puis il m'a amenée ici, d'où il doit nous conduire à mon frère, votre oncle, Préabat-séna-Kottarach, qui nous attend.

SopJiAnlTévi.â la nouvelle de la mort de son père, se mit à répandre les larmes qu'une fille doit tou* jours verser à la mort do ses parents.

Le lendemain, ayant été rejoints par les six Sdachl^éal, les voya>(eursrcprircMitt«)Us ensomblo la route c|ui conduisait à la forêt quo néaiig Kessai-Boplia et Hopha-Kf*sHa habitaient.

Ils v arrivèrent le lendemain, ils v roslêronl trois joui's nlin de so re|K)ser.

Alors, 1rs six SdachPéal so rap|H'lant le conseil que leur avaient donné h*s six épouses du l>out, leurs mères, s ent**ndirent pour se débarra-sser par la mort ile Saii^ Sôl-CMioy. Irur frôn».

— \\?nez avrr nous visiter rotto montagne, dirent

238 JATAKA DU BOUDDHA

ils un jour à leur frère, car ils avaient découvert un précipice profond, et ils espéraient pouvoir Ty faire tomber.

— Allons, répondit Sang-Sôl-Chey, je veux bien visiter cette petite montagne.

Et ils se mirent tous ensemble à gravir la colline.

— Oh! s'écria tout à coup un des six Sdach-Péal, le bel oiseau, venez donc voir le bel oiseau, ohl les belles plumes 1

Les six jeunes hommes s'approchèrent du précipice et avec eux Sang-Sôl-Chey.

— Je ne le vois pas, dit-il.

Et il se penchait pour mieux voir.

— Tenez, là, lui dit l'un d'eux, sur ce petit arbrisseau.

— Je ne le vois pas.

Et il se penchait davantage encore parce qu'il voulait voir. Alors les six Sdach-Péal se jetèrent sur lui et le poussèrent dans l'abîme profond où il disparut.

— C'en est fait do lui, dirent-ils, allons-nous-en. Et ils revinrent à la maison des deux femmes, où

les attendaient Kessa-Montéa et Sophéal-Tévi.

— Où est mon iils, dit nôang Kessa-Bopha? 11 est sorti avec vous ce matin.

— Est-ce que nous savons? Il était avec nous et il a disparu à nos yeux sur la montagne. Nous ne savons ce qu'il est devenu.

— Que me dites-vous, s écria la pauvre mère très

PRÈA-SANG-SftL-CURY 239

alarmée. Mon fils a disparu! Uéacli-Sey, Réach- 8cy, prenez le sabre de mon fils^ son arc sacré, son colimaçon merveilleux et partez à sa recherche, car il a disparu sur la montagne où il étsiit allô se promener avec les six Sdach-Féal.

liôacli-Sey s'ëtant ai*mé des armes sacrées do son frère, salua ses mères et partit rapidement à sa recherche.

Cependant, les six meurtriers, convaincus qu'ils avaient tué Sang-Sôi-Chey, et qu'on ne retrouverait pas son corps, songeaient à partir.

— Venez, disaient-ils à Kcssa-Montéa et à sa lille, venez, notre roi vous attend.

— Non. disait leur tante, je veux attendre le retour de Kôach-Sey et ne pas partir d'ici avant de savoir ce qu'est devenu mon cher neveu.

— Si vous ne voulez i)as nous suivre, lui répondirent les six princes, nous allons vous couper la tête à toutes deux.

Effrayées, les deux femmes consentirent à suivre les Sdach-Féal, mais leur cipur était triste et ellos pleuraient hi mort de leur nnveu, air elles cioyaiont (pi'elles ne le reviM-raicnt plus.

Elles arrivèrent ainsi très tristes, chez le Pniabat-sôna-Kottarach. mais leur tristesse disparut à sa vue. rar il était si heureux de retrouver sa sieur et de connaître sa nière qu'il ne savait (piellos bonnes ohosfs |i»ur donner et quelles caressi's leur faire.

— Maint(*nant, mes enfants, dit le roi vers le

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soir, tous mes biens sont à vous, mais quel est celui qui est ailé délivrer ma sœur, car je veux le connaître et lui donner mon royaume ?

— C'est moi, dit Tun.

— C'est moi, dit l'autre.

— Non, c'est moi, dit un troisième.

Et tous les six se jetant aux pieds du monarque essayaient de le convaincre et d'obtenir de lui la couronne et la puissance suprême.

Le roi était très embarrassé et sentait en lui monter une grande tristesse, lorsque sa sœur et sa nièce qui s'étaient absentées un instant rentrèrent:

— Ces six princes sont menteurs, dit Kessa-Montéa, aucun d'eux n'est venu nous chercher, aucun d'eux n'a lutté contre nos époux. L'homme qui nous a délivrées et a vaincu les armées des yak et celles des dragons, c'est votre (ils, le fils de néang Kessa- Bopha, votre première femme, que vous avez chassée, c'est Sang-Sôl-Chey. Mais je ne sais ce qu'il est devenu; il nous a quittées un jour pour aller se promener avec les six Sdach-Péal sur une montagne; les six Sdach-Péal sont revenus, mais ils n'avaient plus Sang-Sôl-Chey avec eux. Ils lont peut-être tué.

— Ohl mes enfants, dit le roi, de quel crime odieux vous êtes accusés. Je vais ordonner une enquête, envoyer des mandarins partout, car je veux connaître la vérité.

pr6a-sang-sêl-chky 241

Cependant, Sang-Sêl-Choy n'était pas mort; les tévodas lavaient vu tomber et l'avaient reçu sur leurs ailes, pui<( dépose^ sain et sauf sur le bord du précipice. Do là, il avait pu regagner la demeure de ses deux m&res et leur raconter l'attentat dont il avait été victime.

— Attendons, dirent les deux femmes, votre destinée s'accomplira.

Quelques jours après, un des mandarins envoyés par le roi arriva chez eux et, sans rien dire de ce qui l'amenait, prit dos informations sur leur genre de vie, sur leur origine, sur les voyages qu'ils avaient entrepris.

— 6i*and roi, dit le mandarin, en reparaissant devant Prca-bat-séna-Kottararli, Sang-Sôl-Chey et sa mère vivent encore, ils demeurent au nord de votre royaume, au milieu d'une grande forêt, avec Ucach-Scy et celle qui fut la propane kandal\

— Qu'on aille vite les cherrlior et ipi'on les amène ici, commanda le roi.

Le mandarin repartit imméiiiatement et, se présentant devant les exiles, leur dit :

* Kpotisi* du Diilioa, la secoiulo fétu oie.

A. Lrixémb, Lttt. eambruttj. 16

248 JATAKA DU BOUDDHA

— Venez, venez vite, le roi vous attend.

— Nous ne pouvons pas nous présenter devant lo roi ; il nous a chassés en disant qu'il ne voulait plus entendre parler de nous, répondit Sang-Sél-Chey .

Le mandarin insista, mais en vain, les exilés refusèrent de le suivre dans la capitale, et il dut se représenter seul devant le monarque.

— Kessa-Montéa, ma sœur, dit ce dernier, prenez des éléphants et mes palanquins les plus beaux, des gardes nombreux et allez en grande pompe chercher mes deux premières femmes que j'aime et mes fils, Sang-Sôl-Chey et Réach-Sey.

Quelques jours après Kessa-Montéa et sa fille présentaient au roi ses deux premières femmes et leurs fils, respectueux et dévoués.

— Vous avez sauvé ma sœur et ma nièce, Sang- Sôl-Chey, et j'ai promis mon royaume à celui qui me ramènerait la belle Kessa-Montéa, voici que je veux tenir ma parole. Je vous donne ma couronne et vous transmets le pouvoir suprême. Main tenant, voici ma nièce qui est veuve du roi des dragons et qui n'a point de mari ; elle vous aime, je le sais, prenez-la pour épouse, je vous la donne pour qu'elle soit votre propone thomV Réach-Sey, vous demeurerez avec votre frère et vous serez l'obbaréach, [le vice- roi] do son royaume; vous le servirez avec dévouement et

* Grande épouse, la première femme.

PRÉA-SANG-SÊL-CHKY 243

VOUS augmenterez sa puissance. Quant &vous, Kessa- Roplia, vous avez et/; ma grande épouse, soyez-la encore et que Boplia-Kessa vous aime toujours comme une sieur et reprenne sa place dans ma maison. J'ai été trompé par les astrologues qui ont vendu leur science, par mes six propanes ckong qui ont acheté leur science, par les six Sdach-Péal qui m'ont trom|)é et (|ui ont esf^ayé de tuer mon fils ainô et de lui prendre son royaume et sa couronne; ils seront punis. J'ai ordonné qu1ls auraient tous la tôtc tranchée.

Ainsi se termine l'histoire de Sang-Sél-Chey, le roi puissant, le plus grand parmi les rois, qui commandait à des millions d'hommes et rec^evait Thommagn de cent rois ses vassaux, dans sa ra])itale fortifiée c|ue nulle armée no pouvait prendre, et dans un palais si magnifique qu'on eût dit qu'il avait été construit par les anges du ciel.

Note, — Ce récit |>araU n'inspirer da Jatnha 19^1, le ChnUa l'uihuna (Petit Pnthima) intitult* aimiii Mitimitihhi (qui troni|ie mui ami). • J*ti<^iCe à dire que nouH avenu ici une vcntion de ce Jalnka^ et ce|)end.int il y a d<Hi rapports qu'on ne peut nier. • - L6on Fcrr.

244 JATAKA DU BOUDDHA

Note, — Le satra qui suit est un épisode du conte précédent. II pourrait être intitulé VEnlioemenl de nèang Kéo-Kessa- Somontéa. Je le donne ici parce qu'il présente des 'variantes nombreuses et parce qu'il me parait un fragment important du texte original que je n'ai pas encore pu me procurer en entier.

Le conte précédent n'est qu'un abrégé, une sorte de récit fait pour être dit de mémoire, le soir au cours de la veillée, sous les rayons pâles de la lune, par un conteur improvisé.

Je donnerai plus tard, d'après le texte original, la traduction de ce conte, qui pourrait bien être un Jalaka, quand je l'aurai recueilli dans les monastères bouddhiques du Cambodge où il sert à divertir les bonzes et leurs élèves.

L'épisode que je donne aujourd'hui est le plus universellement connu, celui qu'on raconte le plus souvent, celui qu'on interprète à chaque instant sur la scène des théâtres cambodgiens, soit en le déclamant, soit en le dansant aux sons d'une musique bizarre et tapageuse qui, cependant, réjouit r&me khmère et la transporte.

Les airs qui cadencent le pas des danseuses cambodgiennes, bien serrées dans leurs costumes en étoffes d'or tissé et les doigts ornés de longs ongles en or, sont nombreux ot seulement indiqués, sur les oUea (manuscrits sur feuilles de palmier) qui sont écrits pour le théâtre, par le titre d'une chanson populaire que les auditeurs reconnaissent dès les premières notes.

J'ai vu ces interprétations mimées qui rappellent beaucoup les danses javanaises que les visiteurs de l'Exposition universelle de 1889 ont pu admirer à Paris; je les ai vues sur la scène du Théâtre royal de Phnom-Penh exécutées par les femmes du palais et je les ai vues chez moi dansées par de jeunes garçons qui les mimaient avec une grâce charmante. Elles m'ont toujours très vivement intéressé et surpris.

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