INTRODUCTION XIX
la tête tranchée. Tel est, en résumé le premier récit (cinquième partie).
M. Leclère pense que ce doit être un des Jâtakas du Bouddha, et je croîs qu'il a raison; seulement ridentilication n'est pas facile à étahlir. Il se pourrait, du reste, que cette donnée ne se trouvâtdans aucun des Jàtakas connus, sans qu'on dût en tirer avec assurance une conclusion négative. Car tous les Jàtakas ne sont pas compris dans le recueil qui porte ce nom; il en existe en dehors de lui, qui sont encore ignorés. Cependant si nos récits ne coïncidaient avec aucun texte du Jataka officiel, ce seiait une présomption très grave contre l'identification que nous clierchons. Mais cette identification peut se faire sinon avec une certitude évidente, du moins avec une probaltilité suffisante.
Il y a, dans le Jâtaka pâli, deux textes où il est question de six frères cadets : ce sont le 132° et le 193'. Les héros du to2°sont des animaux, sept lionceaux orphelins, dont les sis plus jeunes périssent victimes de leur imprudence en voulant venger leur sœur humiliée par un chacal ; l'aine (qui est le Bodhisattva ou le futur Bouddha), plus avisé, s'y prend mieux qu'eux et tue l'insolent chacal. On peut trouver à ce récit quelque rapport avec celui
XX CONTES ET LÉGENDES
du Camboilfîe; mais le 193'prcsente pliisdanalogie. Voici l'hisloire:
Le prince Paduma est exilé liaiis la forêt avec ses six frères cadets par le roi, qui rodoalc un complot de la part de ses enfants. Les épouses des fugitifs les accompagnent. Pressés par la faim, ils mangent successivement les femmes des six plus jeunes. Au moment où la septième victime, la femme de Paduma, va être dévorée, il l'emmène pendant le sommeil dos six frères, la porte quand elle succombe à la fatigue, l'ahrenve de son sang, et arrive sur les bords dit Gange où ils établissent leur demeure. Là, Paduma recueille un jonr un bomme mutilé attaché à un radeau qui descendait le courant du lleuve. C'étnit un criminel qui expiait ainsi ses méfaits. Il le soigne de son mieux ; mais sa femme et le nouvean venu, aussi ingrats et aussi pervers l'un que l'autre, entretiennent des relations coupables, et la femme va jusqu'à pousser dans l'abîme son mari qu'elle avait prié de l'accompagner au sommet d'une montagne, sous le prétexte d'ycélébrer un sacrifice. Cependant Paduma ne périt pas, il se retient aux brandies d'un arbre; un roi des Iguanes {Godharâdja) l'y trouve, lui apporte de la nourriture, le console, et Hnalement le prend sur son dos pour le mettre en lieu