‹ Cambodge: contes et légendes recucillis et pub. en françaisChapitre 25 sur 34 · LES QUATRE PATTES DU GIIAT · texte numérisé non relu

LES QUATRE PATTES DU GIIAT

marchandises. C'est donc, disaient-ils, celui qui était chargé de surveiller cette patte qui doit payer le prix des marchandises brûlées.

Le quatrième protesta énergiquement en disant que le chat n'avait pu se transporter sur le feu. puis du feu sur les marchandises et les incendier avec la seule patte malade dont la surveillance lui avait été confiée. Nécessairement, disait-il, le chat a dû se servir de ses trois autres pattes. C'est donc aux trois hommes charges de surveiller les pattes valides qu'il faut réclamer les dommages-intérêts qui sont dus.

L'affaire ayant été jiortée aux juges, puis au roi, celui-ci, ayant été mis très exactement au courant du différend, le jugea et prononça ainsi la sen- »tence :

- Celui d'entre vous qui était chargé de surveiller la patte malade et qui l'a enveloppée d'un chiffon jrempé dans l'huile ne peut être rendu responsable loutseul, parce qu'il a été bon avec le chat et ensuite larce que ce n'est pas avec une patte malade qu'un îiat peut marcher; les trois autres qui étaient chai-i de surveiller les jambes valides n'ont pas fait bonne garde, puisque le chat a pu s'écarter d'eux pour aller d'abord sur le feu, puis pour porter la flamme au travers des marchandises qui ont été Xinsumées; d'autre part, l'homme charitable qui a nveloppe le pied malade avec un chiffon huilé a été imprudent. Voici ma sentence: Le prix des mar-

chandises brûlées sera divisé en trois parties ; le domestique chargé de surveiller la patte malade payera un tiers, et les trois autres domestiques chargés de surveiller les pieds valides et qui ne les ont pas surveillés payeront les deux autres tiers.

A cette époque, il y avait quatre étudiants qui, ayant terminé leurs études, s'en revenaient de Taksi!a-Maha-Nokor',lour pays. Étant à peu près à michemin, ils rencontrèrent une rivière, et comme ils avaient très chaud, ils prirent de l'eau qui y coulait pour se laver la figure. Malheureusement pour eux, cette eau était mauvaise, si mauvaise qu'ils se trouvèrent aveugles à cause d'elle. Ne pouvant continuer leur route parce qu'ils n'y voyaient plus, l'un d'eux se plaignit en disant :

— - Qu'allons-nous devenir, maintenant que nous sommes aveugles, commentallons-noustrouvernotre nourriture?

— J'ai vu, avant notre accident, répondit l'un d'entre eux, un jardin royal à quelques pas de l'endroit où nous sommes ; il est couvert de manguiers chargés de fruits.

' Taxila la grande capitale. Voy. ci-dessus pp. 161-2 et 166. — Taxaîila, du Penjabj est toujours désignée dans le Jâtaka P&li comme la ville savante où l'on va faire ses études.

— Dana ce cas. dit le troisième, allons-y dés maintenant.

Le quatrième ajouta :

— C'est vrai, j'ai vu une branche de manguier qui s'avançait sur la route et qui était chargée de fruits milrs.

— S'il y a une branche qui penche sur la route, dit le troisième étudiant, je me charge de faire tombera terre les fruits qu'elle porte.

— Faites tomber les mangues à terre avec un bâton ou avec une pierre, dit le troisième étudiant, et je ramasserai les fruits que vous aurez abattus.

Ayant ainsi parlé, les quatre étudiants aveugles se dirigèrent vers les manguiers du roi Khsatra- ThiréachV

Quand le troisième aveugle crut être arrivé à l'endroit où il avait vu une branche de manguier chargée de fruits, il ramassa une pierre sur la route qui en était couverte, et quelques fruits se détachèrent et tombèrent.

Le quatrième aveuglequi avait tendu les mains les reçut avant qu'elles eussent touché terre.

Ses trois compagnons n'entendant point tomber les fruits à terre et comprenant que la pierre avait touché l'arbre, puisqu'ils l'avaient entendue passer au travers des feuilles, pensèrent que leur camarade

Voy. plus haut, p. 174, note I.

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avait reçu les mangues et se jetèrent sur lui pour les lui repreudre.

Comme ils su querellaient et se bousculaient, la mangue que l'un d'eux avait reçue fut écrasée entre ses doigts et lejus jaillit jusque sur leurs yeux, et do suite ils lurent guéris; ayant recouvré la vue qu'ils avaient perdue, ils purent voir le manguier sous lequel ils se trouvaient.

Cependant, comme si rien d'extraordinaire ne s'était passé, ils continuèrent de se battre et cherchèrent à s'arracher le fruit écrasé entre leurs mains.

Très raécontenirs les uns des autres, ils furent trouver les juges et déposèrent chacun une plainte. Les juges n'osèrent pas juger cette affaire et la portèrent au roi. Celui-ci les ayant écoutés, réfléchit un instant, puis rendit la sentence suivante:

— Celui qui a reçu la mangue entre ses mains, en aura la moitié; les trois autres se partageront l'autre moitié.

Cette affaire terminée, les quatre étudiants se remirent en route.

Quelques jours plus tard, l'un d'euxdécouvrit une mine d'or et tous les quatre se mirent à creuser la terre afin d'en extraire les pépites nombreuses qu'elle contenait. Ayant travaillé plusieurs jours, et ayant recueilli une certaine quantité d'or, ils ne purent s'entendre au sujet du partage. Chacun d'eux voulait avoir la plus grosse part. De nouveau ils furent

trouver les juges; les juges n'osèrent pas juger leur différend et les conduisirent au roi.

Le roi, ayant bien écouté les plaideurs, réfléchit et décida ainsi qu'il suit :

— L'inventeur de la mine aura une moitié de la récolte faite ; les autres qui ont travaillé se partageront l'autre moitié.

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