‹ Cambodge: contes et légendes recucillis et pub. en françaisChapitre 28 sur 34 · PRE A-S ANG-SEL-CH EY · texte numérisé non relu

PRE A-S ANG-SEL-CH EY

parut ; à sa tète marchait le yak K^mpang. Quand ce monarque fut à une petite distance des deux frères qui étaient sortis sur la route, il leur dît :

— Rendez-moi ma femme, et je ne vous livrerai pas un combatque vous ne pourriez soutenir; je suis votre oncle et, par amour pour votre tante, je veux ■vous épargner.

Mais au lieu de répondre au yak, Sang-Sél-Chey, monté sur son Kliyân, et ayant derrière lui sa tante, fît quelques pas en avant; Kessa-Montéa, heureuse de voir son mari et pour lui montrer son amour, lui faisait quelques inclinations de tête. Mais le Kâmpang, croyant qu'elle se moquait de lui, s'écria :

— Femme, ton cœur est mauvais, tu te comportes mal avec moi. Eh bien! je vais livrer une bataille terrible. J'y périrai peut-être, mais je veux te ramener en mon palais. Prends garde à toi, car tu as un cœur mauvais.

— Ne disputez pas avec votre femme, répondit Sang-Sèl-Chey, et écoutez-moi. Ne livrons pas une bataille qui laisserait sur le terrain tant de vos braves guerriers. Je vous provoque personnellement en un combat singulier. Venez au sommet de cette montagne, le phnom Yukaothor', et le vainqueur emmènera Kessa-Monléa.

^f ' En p&li restitué YukanUiaro, la montagne circulaire la plus proche du mont Mërou.

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— J'accepte, dit le Kâmpang.

Quelques instants après le yak était vaincu et obligé de prendre la fuite.

Pendant le peu de temps que la lutte avait duré, un yak de l'armée avait enlevé dans les airs Kessa- Montéa et s'enfuyait, mais, aperçu par Sang-Sêl- Chey, celui-ci lui envoya une flèche qui l'abattit a terre ; Réach-Sey reçut Kessa-Montéa dans ses bras et la ramena sous la charmille'.

Alors l'armée des yak engagea la bataille, mais en vain, ils ne purent s'emparer de la princesse. Us perdirent beaucoup de monde et, désespérant de vaincre les deux jeunes princes, ils se retirèrent pour délibérer.

— C'est une guerre terrible ! disaient^ils.

Un yak imagina alors une ruse de guerre. S'enlevant vers le ciel, il fut demander aux Tévodas' le nom de la mère de Sang-Sôl-Chey et quelle était sa forme'.

— La mère de Sang-Sél-Chey , dirent les Tévodas, s'appelle néang Kessa-Bopha et voici son portrait.

' Toat cela est bleu diQérent dans rêpbode que je donne plus loin.

' Anx angea. En pâli restitué déeata.

' Dans l'épisode que je donne ci-desaous, le yak qui imagine cette ruse cruelle et qui l'exécute est le roi des yak lui-même.

PREA-SANG-SÈL-CHEY

Étant redescendu sur terre, le yak prit de l'argile et, la moulant, lui donna la forme d'un corps de femme et la ressemblance de néang Kessa-Boplia, puis portant cette statue au-devant do l'armée, il

donna l'ordre de marcher îi l'ennemi'. Quand il fut

présence des jeunes princes, le yak ingénieux 'approcha et leur dit:

— Rendez-nous Kessa-Montéa. sinon je vais cou- «r la tête de Kessa-Bopha, votre mère.

Sang-Sêl-Chey , très émotionné, se laissa prendre D piège:

— Réach-Sey. mon frère, dit-il, nous ne pouvons ISS continuer la guerre, car ils ont enlevé ma mère t ils menacent de lui couper le cou.

— On vous trompe, mon frère, répondit Réachîey, votre mère ne peut être ici. Lancez votre flèche IBCrée contre cette armée de yak. et, si votre mère et prisonnière, ses meurtriers l'abandonneront en 'enfuyant et nous pourrons la leur enlever".

Sang-Sèl-Chey banda son arc et lança la flèche merveilleuse; elle fit un tel carnage, que l'armée des rek prise de peur, s'enfuit de tous côtéa, abandon.

' Dans rëpisode ci-dessua, c'est le Kàmpang lui-mêtne qui

transforme eo un yak portant une femme entre ses bras.

' Dans l'épisode que je donne ci-dessous. Réach-ïiey qui

n'a paa été appelé n'eat pas venn aa eecours de son Irère. Le

oonseîl qui est ici donné à Sang-Sèl-Cliey par Réacb-Sey

lai est donné en d'autres termes par la tante, la belle Keesa-

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nant la statue de néang Kessa-Bopha, sur le champ de bataille'.

Le Kâmpang, revenu de sa terreur, avait cependant rallié les fuyards et les ramenait au combat. Une nouvelle flèche le jeta à terre et pour la troisième fois ses troupes se débandèrent:

— Kessa-Montéa, criait-il à sa femme, je souflre mille douleurs, dis à ton neveu de me couper la tète. Adieu, adieu, car je vais mourir.

Sang-Sêl-Chey était sur le champ de bataille, furieux, son sabre à la main. Entendant le l'îàmpang crier prés de lui, il lui saisit la tète avec la main gauche et la lui trancha d'un seul coup.

— Maintenant, ma chère tanteî que faut-il faire? dit-il en s'adressant à Kessa-Montéa.

Il faut, mon neveu, brûler selon l'usage le cadavre de mon mari, et, quand ses os seront réduits en cendre, continuer notre voyage.

Étendant sa flèche sacrée, le jeune prince commanda aux éléments de rassembler un bûcher, puis le bûcher formé, il y plaça le coqjs du Kâmpang et y mit le feu.

' L'épisode raconte que Sang-SSl-Chey tira sur la femme que le yak Kâmpang avait entre ses bras, que cette (emme disparut subitement, ce qui prouvait qu'elle n'était qu'une transformation, et que le yak (ut blessé par la flèche que la prince lui avait envoyée. On voit par cela et par les notea précédentes que les variantes sont très importaDtes.

préa-sang-sél-<;hey

Ce dernier devoir accompli, il monta sur son colimaçon avec sa tante et, suivi de son frère, ils se dirigèrent vers la frontière du royaume.

Ils arrivèrent ainsi le surlendemain dans le royaume du frère du Kàmpang, lequel venait de se réveiller après trois années de sommeil, et se promenait par la ville:

■ Où allez-vous donc ainsi, chère belle-sœur? dit-il à Kessa-Montéa, dés qu'il l'aperçut et qu'il l'eut reconnue marchant derrière Sang-Sèl-Chey.

- Je vais dans le royaume de Ouda-Banh-Téal, [Tendre visite au roi , mon frère, et le saluer de la part de mon mari, le Kàmpang votre frère, qui m'a donné bn congé de quatre mois. Voici mon neveu Sang- -Sèl-Chey, chargé de me protéger pendant le voyage.

- Je suis content de vous voir, reprit le frère du ,fameux Kàmpang, car je vais pouvoir vous rendre un petit service. Montez dans ma main et m'élevant dans les airs, je déploierai mes longues ailes et vous transporterai jusqu'à la frontière de mon royaume.

Les voyageurs montèrent dans sa main et le yak, |)renant son vol. ainsi que le font les yak de son ce quand ils s'approchent des pays habités par des hommes, les porta ainsi jusqu'à la frontière du

JATAKA DU BOUDDHA

royaume, après quoi, ayant salue les voyageurs, il reprit la route aérienne qui menait à sa capitale.

— Sang-Sél-Chey, dit la belle Kessa-Montéa, nous voici dans un pays peu éloigné du royaume des dragons où demeure ma fille adorée, la jolie Sophéal- Tévi, fille du yak Kâmpang que vous avez tué. Il faut l'aller chercher, car elle est votre cousine et j'ai grand désir de la voir.

Sang-Sél-Cliey, ayant installé sa tante et son frère dans un château isolé au milieu de la brousse et qui se trouvait à peu de distance de la frontière, monta sur son colimaçon merveilleux et partit pour le pays des dragons.

Il traversa la mer en passant sous les vagues toujours agitées et quelques jours après arriva dans le royaume qu'habitait sa cousine, la jolie Sophéal- Tévi.

Afin de se conformer à la coutume du pays, il rendit visite à tous les notables des villages qu'il traversait, et, eu beaucoup de maisons on l'invitait à jouer aux échecs. Il y jouait avec toute la science que lui communiquait son arc, et si bien, que ses victoires se comptaient par centaines et ses défaites par zéro.

Le bruit s'étant répandu par tout le royaume qu'un homme qui venait d'y arriver battait aux échecs tous ceux qui jouaient avec lui, le roi des dragons, qui était un joueur habile et renommé, l'envoya chercher, afin de jouer avec lui.

PREA-SANG-SELyCHEY

Sang-Sél-Chey , ne tarda pas à se rendre à l'invi- \ tation du roi des dragons, et celui-ci lui dit :

- Jeune voyageur, d'où venez-vous ?

- Roi des dragons, répondit le jeune prince, je 'viens de très loin pour jouer aux échecs avec les

ï:plus forts joueurs de votre royaume.

- C'est très bien cela, dit le roi, je veux jouer l'»vec vous, mais si je vous gagne, que me donnerezl Vous? Moi, qui suis roi de ce pays, si je suis battu Ipar vous, je vous abandonnerai mon royaume.

- Si je perds, répondit Sang-Sèl-Chey, je vous 1 donnerai mon arc sacré et ma flèche enchantée, mon [ sabre redoutable et mon colimaçon merveilleux.

- Qu'est-ce que c'est que cette flèche enchantée? fjdemanda le roi des dragons.

- Grand prince, c'est une flèche précieuse qui permet â ceux qui la possèdent d'obtenir tout ce qu'ils désirent'.

-Alors, j'accepte votre enjeu, car cette flèche [jouit d'une grande puissance.

— Mais moi, reprit Sang-Sél-Chey, je n'accepte i vôtre. Je refuse votre royaume. Si je gagne a partie, je prendrai seulement votre femme et je l'emmènerai dans mon pays.

Le roi se mit â rire et la partie commença.

' Le jeune prince pouvait ajouter que cette flëcbe avait la i|)ropriété merveilleuse Ai revenir d'elle-m^me se placer sur 3*8^0 enchanté, api*K avoir tué ou blessé l'advei'saire .

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Avant la Un de la journée, le roi des dragons ayaut successivement perdu sept parties, son vainqueur lui dit :

— Voilà que vous avez perdu sept parties, que me donnez-vous?

— Je vous donne mon royaume, puisque je l'ai perdu, répondit le roi.

Je ne veux pas de votre royaume, je vous l'ai dit avant de jouer; je veux votre femme, parce que je l'ai gagnée.

— Ma femme, je ne vous l'ai pas promise, elle n'était pas dans l'enjeu et je refuse absolument de vous la donner.

— C'est bien, dit Sang-Sél-Chey, je la prendrai par la force et je l'emmènerai dans mon paya.

Ayant prononcé ces derniers mots avec colère, il sortit de la salle de jeu. pénétra dans la chambre de la reine et, la prenant dans ses robustes bras, il s'enfuit avec elle.

Le roi des dragons, furieux, rassemble ses guerriers redoutables, qui n'ont jamais été vaincus, et les lance à la poursuite du ravisseur.

Sang-Sèl-Chey les attend de pied ferme, les attaque, en tueungrandnombre et met les autres en déroute, puis reprenant Sophéal-Tëvi dans ses bras, il s'élance vers la frontière du royaume, toujours monté sur son colimaçon merveilleux.

La reine enlevée, ignorant que son ravisseur était son cousin germain, se lamentait très fort et pieu-

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rait. Aussi fut-elle bien surprise quand, Sang-Sèl- ■Cliey l'ayant déposée dans le cbâteau isolé, elle se trouva devant sa mère, la belle Kessa-Montéa.

— Cet homme qui vient de vous arracher des bras du roi des dragons est votre cousin, lui dit cette . dernière, et c'est sur mon ordre qu'il est allé vous chercher. Il a ces jours-ci attaqué le yak Kâmpang votre père et il l'a tué. puis il m'a amenée ici, d'où il doit nous conduire A mon frère, votre oncle, Préahat-séna-Kottarach, qui nous attend.

Sophéal-Tévi, à la nouvelle de la mort de son père, se mit à répandre les larmes qu'une fille doit toujours verser à la mort de ses parents.

Le lendemain, ayant été rejoints partes six Sdach- Péal, les voyageurs reprirenttous ensemble la route I qui conduisait à la forêt que néang Kessa-Boplia et Bopha-Kessa habitaient.

Ils y arrivèrent le lendemain, ils y restèrent trois ! jours afin de se reposer.

Alors, les six Sdach-Péal se rappelant le conseil [ que leur avaient donné les six épouses du bout, leurs } mères, s'entendirent pour se débarrasser par la mort , de Sang-Sél-Chey, leur frère.

— Venez avec nous visiter cette montagne, dirent-

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ils uu jour  leur frère, car ils avaient découvert un précipice profond, et ils espéraient pouvoir t'y faire tomber.

— Allons, répondit Sang-Sêl-Ciiey, Je veux bien visiter cette petite montagne.

Et iU se mirent tous ensemble à gravir la colline.

— Oh ! s'éoria tout à coup un des six Sdach-Péal, le bel oiseau, venez donc voir le bel oiseau, oh ! les belles plumes 1

Les six jeunes hommes .s'approchèrent du précipice et avec eux Sang-Sél-Chey.

— Je ne le vois pas, dit-il.

Et il se penchait pour mieux voir.

— Tenez, là. lui dit l'un d'eux, sur ce petit arbrisseau.

— Je ne le vois pas.

Et il se penchait davantage encore parce qu'il voulait voir. Alors les six Sdach-Péal se jetèrent sur lui et le poussèrent dans l'abîme profond où il disparut.

— C'en est fait de lui, dirent-ils, allons-nous-en. Et ils revinrent à la maison des deux femmes, où

les attendaient Kessa-Montéa et Sophéal-Tévi.

— Où est mon fils, dit nôang Kcssa-Bopha? II est sorti avec vous ce matin.

— Est-ce que nous savons? Il était avec nouset il a disparu à nos yeux sur la montagne. Nous ne savons ce qu'il est devenu.

— Que me dites-vous, s'écria la pauvre mère très

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alarmée. Mon fils a disparu I Réach-Sey, Réacb- Sey, prenez le sabre de moQ fils, son an; sacré, son colimaçon merveilleus et partez à sa recherche, car il a disparu sur la oiontaguc où. il était allé se promener avec les six Sdach-Péal,

Réach-Sey s'étant armé des armes sacrées de son frère, salua ses mères et partit rapidement k sa recherche.

Cependant, les six meurtriers, convaincus qu'ils avaient tué Sang-Sêi-Chey, et qu'on ne retrouverait pas son corps, songeaient à partir.

— Venez, disaient-ils à Kessa-Montéa et A sa fille, venez, notre roi vous attend.

— Non, disait leur tante, je veux attendre le retour de Réacli-Sey et ne pas partir d'ici avant de

l 'Savoir ce qu'est devenu mon cher neveu.

- Si voua ne voulez pas nous suivre, lui répontdirent les six princes, nous allons vous couper la (téteà toutes deux.

îffrayées. les deux femmes consentirent à suivre Sdach-Péal, mais leur ccRur était triste et ■elles pleuraient la mort de leur neveu, car elles ÈToyaient qu'elles ne le reverraient plus.

Elles arrivèrent ainsi très tristes, chez le Préa-

«t-séna-Kottarach. mais leur tristesse disparut à

I vue. Car il était si heureux de retrouver sa sœur

rtde connaître sa nièce qu'il ne savait quelles bonnes

féhoses leur donner et quelles caresses leur faire,

— Maintenant, mes enfants, dit le roi vers le

JATAK.\ DU BOUDDHA

soir, tous mes hieiis sont à vous, mais quel est celui qui est allé délivrer ma sœur, car je veux le connaîtra et lui donner mon royaume ?

— C'est moi, dit l'un,

— C'est moi. dit l'autre.

— Non, c'est moi, dit un troisième.

Et tous les six se jetant aux pieds du monarque essayaient do le convaincre et d'obtenir de lui la couronne et la puissance suprême.

Le roi était très embarrassé et sentait en lui monter une grande tristesse, lorsque sa sœur et sa nièce qui s'étaient absentées un instantrentrèrent:

— Ces sis princes sont menteurs, dit Kessa-Montéa, aucun d'eus n'est venu nous chercher, aucun d'eus n'a lutté contre nos époux. L'homme qui nous a délivrées et a vaincu les armées des yak et celles des dragons, c'est votre fils, le fils de nôang Kessa- Bopha, votre première femme, que vous avez chassée, c'est Sang-Sél-Chey. Mais je ne sais ce qu'il est devenu; il nous a quittées un jour pour aller se promener avec les six Sdach-Péal sur une montagne; les sis Sdach-Péal sont revenus, mais ils n'avaient plus Sang-Sôl-Chey avec eus. Us l'ont peut-être tué.

— Ohl mes enfants, dit le roi, de quel crime odieux vous êtes accusés. Je vais ordonner une enquête, envoyer des mandarins partout, car je veux connaître la vérité.

PRÈA-S ANG-SÈL-CH EY

Cependant, Sang-Sèl-Chey n'était pas mort; leis

tévodas l'avaient vu tomber et l'avaient reçu sur

!s, puis déposé saiû et saut sur le bord du

icipice. De là. il avait pu regagner la demeura de

! deux mères et leur raconter l'attentat dont il

' avait été victime.

- Attendons, dirent le.s deux femmes, votre destinée s'accomplira.

Quelques jours après, un des mandarins envoyés

[par le roi arriva chez eux et, sans rien dire de

B qui l'amenait, prit des informations sur leur genre

B vie, sur leur origine, sur les voyages qu'ils avaient

idtrepris.

— Grand roi, dit le mandarin, en reparaissantdevant Préa-bat-séna-Kottarach, Sang-Sèl-Cliey et

^sa mère vivent encore, ils demeurent au nord de 1 royaume, au milieu d'une grande forêt, avec Réach-Sey et celle qui fut \& propane kandaV.

— Qu'on aille vite les chercher et qu'on les amène ., commanda le roi.

Le mandarin repartit immédiatement et, se prémtant devant les exilés, leur dit :

* Ëpouae du milieu, la seconde femme.

A. LbclAre, Liti. cambodg.

JATAKA DU BOUDDHA

— Venez, venez vite, le roi vous attend.

— Nous ne pouvons pas nous présenter devant le roi ; il noua a chassés en disant qu'il ne voulait plus entendre parler de nous, répondit Sang-Sêl-Chey.

Le mandarin insista, mais en vain, les esilés refusèrent de le suivre dans la capitale, et il dut se représenter seul devant le monarque.

— Kessa-Montea, ma sœur, dit ce dernier, prenez des éléphants et mes palanquins les plus beaux, des gardes nombreux et allez en grande pompe chercher mes deux premières femmes que j'aime et mes fils. Sang-Sél-Chey et Réach-Sey.

Quelques jours après Kessa -Montéa et sa fille présentaient au roi ses deux premières femmes et leurs fils, respectueux et dévoués.

— Vous avez sauvé ma sœur et ma nièce, Sang- Sêl-Chey. et j'ai promis mon royaume à celui qui me ramènerait la belle Kessa-Montéa, voici que je veux tenir ma parole. Je vous donne ma couronne et vous transmets le pouvoir suprême, Maintenant, voici ma nièce qui est veuve du roi des dragons et qui d point de mari; elle vou.s aime, je le sais, prenezpour épouse, je vous la donne pour qu'elle soit votre propone thom'. Réach-Sey, vous demeurerez avec votre frère et vous serez l'obbaréach, [le vice-roi' son royaume; vous le servirez avec dévouement et

' Grande épouse, la première femme.

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(VOUS augmenterez sa puissance. Quant à vous, Kessa- , vous avez été ma grande épouse, soyez-la encore et que Bopha-Kessa vous aime toujours comme une sœur et reprenne sa place dans ma maison. J'ai été trompé par les astrologues qui ont vendu leur scieuce. par mes six propanes chong qui ont acheté leur science, par les six Sdach-Péal qui m'ont trompé et qui ont essayé de tuer mon fils aîné et de lui prendre son royaume et sa couronne; ils seront punis. J'ai ordonné qu'ils auraient tous la tôte tranihée.

Ainsi se termine l'histoire de Sang-Sél-Chey. le i puissant, le plus grand parmi les rois, qui com- Biandait à des millions d'hommes et recevait l'hom- 3 de cent rois ses vassaux, dans sa capitale fortifiée que nulle armée ne pouvait prendre, et dans un palais si magnifique qu'on eût dit qu'il avait été construit par les anges du ciel,

i Note. — Ce récit parait a'inspirer da Jataha 19J, le % Paduma (Petit Padunia) iatituk' aussi Mittadiiblii i trompe son ami). -- J'hésite à dire que uouii avuna ici \a& version de ce Jataka, et cependant il y a dea rapports e peut nier, - Léon Feer.

JATAKA DU BOUDDHA

Note. —Le satra qui suit est un épisode du conte précÛëût! 11 pourrait être intitulé V Enlèvement de néang Kéo-Kessa- Somontéa. Je le donne ici parce qu'il présente des 'variantes nombreuaeset parcequ'il me parait un fragment important du lext« original que je n'ai pas encore pu me procurer en entier,

Le conte précédent n'est qu'un abrégé, une aorte de récit tait pour être dit de mémoire, le soir au cours de la veillée, sous les rayons pâles de la lune, par un conteur improvisé,

Je donnerai plus tard, d'après le teste original, la traduction de ce conte, qui pourrait bien être un Jataka, quand je l'aurai recueilli dans les monastères bouddhiques du Cambodge où il sert h divertir les bonzes et leurs élèves.

L'épisode que je donne aujourd'hui est le plus universellement connu, celui qu'on raconte le plus souvent, celui qu'on interprète à chaque instant sur la scène des théâtres cambodgiens, soit en le déclamant, soit en le dansant d'une musique bizarre et tapageuse qui, cependant, réjouit l'Ame khmère et la transporte.

Les airs gui cadencent le pas des danseuses oambodgiennes, bien serrées dans leurs costumes en étoffes d'or tissé et les doigts ornés de longs ongles en or, sont nombreux et seulement indiqués, sur les oltes (manuscrits sur feuilles de palmier) qui sont écrits pour le théâtre, par le titre d' chanson populaire que les auditeurs reconnaissent dès premières notes.

J'ai TU ces interprétations mimées qui rappellent beaucoup les danses javanaises que les visiteurs de l' Exposition universelle de 1889 ont pu admirer à Paris; je les ai vues sur la scène du Théâtre royal de Phnom-Penh exécutées par les femmes du palais et je les ai vues chez moi dansées par de jeunes garçons qui les mimaient aveo une gr&ce charmante. Elles m'ont toujours très vivement intéressé et surpris.

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