‹ Cambodge: contes et légendes recucillis et pub. en françaisChapitre 29 sur 34 · LE SATRA DE PRÉA-SANG-SEL-CHEY · texte numérisé non relu

LE SATRA DE PRÉA-SANG-SEL-CHEY

En ce temps-là, le prince Préa-Sang-Sél-Chey. parcourant la grande forêt d'Hembopéan, arriva dans le royaume des yak' et parvint jusqu'au palais de leur roi.Prëa-Van-Réach'. Ce grand roi des yak était frère du Kâmpang-Assora ', un roi d'un autre royaume yak voisin; il vivait tout seul dans son château, sans femme, et son château était très éloigné dans la forêt de toutes les villes habitées par son peuple; personne ne pouvait parvenir jusqu'à lui.

Le palais du roi Préa-Van-Réacb était aussi beau que les palais que les tévodas habitent dans les paradis ; les murs étaient incrustés de diamants qui brillaient comme des étoiles, les entablements des portes et les toitures étaient couverts de pierres précieuses de toutes les couleurs.

Dans le parc, on voyait une mare d'eau limpide à demi cachée par les arbres qui l'ombrageaient.

' En p&li restitué yakkha, sorte d'être aurnatural.

» Roi fort.

* Kumbuodas g^ot.

246 JATAKA DU BOUDDHA

Quand Préa-Sang-Sél-Chey pénétra dans cette spleiidide résidence, le roi des yak était absent ; il était allé se promener dans la forêt. Cette circonstance permit au visiteur de parcourir tout le palais et de tout admirer- Dans la soirée, le yak Préa-Van-Réach rentra chez lui, et comme il était très fatigué, il futde suite s'étendre sur sa natte où il ne tarda pas à s'endormir d'un sommeil qui devait durer toute une année. Ses ronflements étaient si fortsqu'ils rappelaient le bruit que fait le tonnerre au cours des premiers mois de l'année'. Il dormait si profondément que Sang-Sêl- Chey put pénétrer jusque dans la chambre du yak sans le réveiller; il monta sur le lit pour secouer le dormeur, mats en vain, celui-ci ne se réveilla point. Alors, il retourna dans le parc, se baigna dans les eaux limpides de la mare ombray;ëe, puis, cueillant dans les massifs des fleurs parfumées, il les plaça derrière ses oreilles; il cueillit aussi des fruits bien mûrs et les mangea.

Sang-Sèl-Chey ayant désiré une voiture, le roi des cieux lui en envoya une; il monta dedans, et, plein de j'oie, joli comme un rayon de soleil, il s'en alla entouré d'anges qui volaient dans les airs.

' Lunaisons Chet et Ptsack, mars et avril.

LB SATRA DE HREA-SANG-SEL-CHBY

Mais parlons du Kâmpang-Yak' :

Uq jour qu'il s'ennuyait en son palais, il dit à sa feratne Kéo-Sovan-Montéa * qu'il allait chercher des fleurs dans la forêt. Avaat de la quitter 11 lui fit quelques recommandations :

— Ma bien-airaée. restez seule pendant mon absence, demeurez bien tranquille dans le palais ; ce soir, je reviendrai près de vous.

Cependant Kéo-So-Montéa, ne voulant pas laisser laon époux sortir seul, le priait delà laisser aller avec |lui:

- Cher époux, vous avez tort de me laisser seule lan palais; je désire vivement me promener avec fvous. Permettez-moi de vous accompagner.

Le Kàmpang, ayant ainsi entendu parler son Bépouse, lui répondit :

-Si je vous permettais de venir avec moi, j'aurais I grande honte. Les garoudas diraient que je ne puis 1 quitter mon palais pour aller en n'importe quel lieu

■ En pâli restitué, Kiintbhandas. Les Kumbhandas ont pour Kebef Virulho, le régent du Sud.

' Le conte précédent donne Kessa-Montéa et plus loin nous I tronvone le nom complet de la prinoease : néang Kào-Ketta- I So-Montèa.

JATAKA Dl) BOUDDHA

sans me faire accompagner de ma femme. Pour cette raison, je ne puis vous permettre de venir avec moi. Ayant ainsi répondu, ie Kâmpang prit directement son vol vers la forêt d'Herabopêan'. Dès son arrivée dans cette forêt, il y vit des arbres couverts de fleurs et chargés de fruits et [les voyant] il pensait à son épouse qu'il n'avait pas voulu emmener avec lui et qu'il avait laissée soute au palais. Il allait regardant les fleurs parfumées et disait :

— Quelles belles et bonnes fleurs il y a au pied de cette montagne ! Les oiseaux se posent couple par couple sur les branches des arbres et je suis seulici. Je songe à mon épouse. Des pigeons verts' sont perchés sur le Popéal-Khô', des moineaux emportent dans leurs becs les fruits de l'arbre Popéal et s'en vont [les manger) sur l'arbre Po-Prey '. Les uns vont, les autres viennent. Je suis séparé de mon épouse. Les coucous chantent, l'un répond à l'autre; ils s'envolent sans se perdre de vue et vont se poser ensemble sur l'arbre Tréang. Parce que j'ai quitté ma chère épouse, elle est triste et seule au palais, attendant mon retour avec impatience.

— Voici une mare d'eau claire qui se trouve au

' En pâli restitué Hémonan, l'Himaiaya.

' En cambodgien Lolok-Trang.

' Arbre dont l'écorce sert à teindre en jaune les étoSes des bonzes.

' Le Ficus religioaa des forêts, le banian des forêts.

LE SATRA DE PRKA-SANG-SÉL-CHEY

pied de la montagne. Les paissons grands et petits nagent et emportent les fleurs du Pralit'. Comme je me serais amusé ici avec mon épouse: seul, que puis-je faire? Lorsque les fruits du Kralanh' tomlaent dans l'eau, les poissons les entourent et je pense à mon retour.

— Je vois aussi des poissons qui emportent les fleurs aux couleurs variéesdu Hanchan'.etces fleurs me rappellent les belles ceintures de ma chérie. Quand le soleil disparut derrière le sommet du

Lmont Somérou, le Kàmpang-Yak fut chercher des

^Meurs dans la grande forêt.

Revenons maintenant à Préa-Sang-Sèl-Chey.

Accompagné des célestes qui volaient dans les airs,

prince Préa-Sang-Sél-Chey avait pris la direction du palais que néang Kessa-Montéa, la femme du K&mpang, habitait.

Y étant arrivé, il vit le palais et demanda aux «élestes de son cortège de lui dire quel en était le maître. Les anges lui répondirent que ce palais appartenait au Kàmpang-Yak, le roi puissant des yaksa.

■ Espèce de nénaphar blanc.

' Arbre â traits gros comme * Fleur mythologique.

E noisette, â chair rooge,

250 JATAKA DU BOUDDHA

— Tout le monde a peur de lui. [sjoutèrent les célestes]. Nous allons nous prosterner à vos pieds et vous prier de quitter ces lieui, car nous craignons, ft roi, que le Kftmpang revienne et qu'il nous trouve aux environs de son palais.

Bien qu'il entendit ainsi parler les célestes, le prince n'avait point peur.

Il monta subitement sur le colimaçon Sang et s'avança jusque devant la porte du palais sans rien craindre. Cette porte était solidement fermée et ne pouvait être ouverte du dehors. Il appela un grand nombre de fois, mais sans pouvoir obtenir une réponse .

Cependant [à l'intérieur], néaog Kessa-Montéa, entendant appeler, ne répondait pas etfaisait comme si elle n'entendait point. S'étant approchée de la porte pour voir qui frappait, qui appelait, elle vit que c'était un homme jeune et beau. Alors elle se demanda si cet être jeune était un homme ou un yak, un garouda ou un esey ' .

Le prince ayant appelé plusieurs fois sans avoir obtenu une réponse, demanda:

— Est-ce un homme, est-ce un fantôme qui habite ce palais? Pourquoi ne veut*il pas répondre?

Néang Kessa-Montéa entendant ces paroles, avait bien envie de répondre, mais elle en était empêchée

LE SATRA DK PR^A-SANG-SÈL-CHEY 251

pai' la pensée que son mari pouvait arriver, la surprendre avec ce jeune homme et se fâcher contre elle. Cependant elle résolut de répondre au jeune homme : S'il n'est pas content de moi. que le Kârapang me fasse tout ce qu'il voudra, pensa-t-elle, je fermerai les yeux et j'attendrai avec patience.

Alors elle répondit au prince:

— Quel est celui qui m'appelle? Si mon mari ve- ,5aait en ce moment, vous voyant ici, il entrerait dans pUne grande colère et vous tuerait assurément. Descendez donc et allez-vous-en de suite. Vous n'avez ;donc pas peur des yaksa que vous demeurez là sans [bouger? Mon mari est allé chercher des fleurs /{dans la forêt) ; il m'a laissée seule au palais pour le garder. Suis-je donc une femme prostituée pour que vous m'appeliez comme vous le faites? Ce palais appartient au Kâmpang, le grand et puissant roi des .yaksa; tous les célestes ont peur de lui.

prince ayant entendu néang Kessa-Montéa '1er ainsi, lui répondit :

Ouvrez la porte, n'ayez aucune crainte. Je ne ,Tèux vous demander qu'un renseignement.

Néang Kessa-Montéa, ayant regardé par la fenêtre, it que le prince était jeune et d'une grande beauté ; trouva qu'il ressemblait à son frère Séna-Kottai' etelle vint ouvrir la porte. Puis elle lui dit :

' Une autre leçon me donne Codarach.

1852 JATAKA DU BOUDDHA

— De quel pays ètes-vousî Comment vous appelez-vous et comment s'appellent vos parents?

Le prince répondit:

— Mon père est un puissant roi du monde. Son nom est Séna-Kottarach et celui de ma mère est Batam-Méa'. Nous habitons le royaume d'Oda^ Banh-Char-Réach-Krong-Cray * . Mon père et ma mère m'ont raconté qu'ils avaient une sœur nommée néang Kessa-Montéa, et que cette sœur a été volée par le yak. Depuis ce vol [de leur sœur] Us sont plongés dans de sombres rêveries, pleins de tristesse, car toujours ils pensent à nëang Kessa-Montéa. Ils m'ont envoyé à sa recherche; j'ai prorais de l'amener avec moi si elle n'a pas été dévorée par les yaksa. En tous cas, je ne dois pas revenir près d'eux sans leur apporter des renseignements précis.

Néang Kessa-Montéa, ayant entendu ces paroles, embrassa le prince, et, pleurant de grosses larmes de joie, elle disait:

— C'est moi qui suis la sœur de votre père. Je ne l'ai quitté que parce qu'un yak m'a violemment enlevée de son palais pour m'amener en ce pays où je suis seule [de ma race].

Ayant ainsi parlé, elle baisa la tôte du prince son neveu et l'interrogea :

' Fleup épanouie,

' La leçon précédente donne Téal.

' Royaume de Oda-Banh-Cbal.

LE SATRA DE PRfiA-SANG-SfÏL-CHEY S53

- Mes frères sont-ils demeurés en bonne santé ? Parlez-moi des mandarins et des habitants.

Le prince Préa-Sang-Sêl-Chey parla en ces termes é sa tante:

- Mes parents et les mandarins du royaume sont en bonne santé. Ils sont heureux, mais moi J'ai beaucoup souffert depuis que j'ai quitté notre royaume. J'ai traversé les grandes forêts, j'ai monté et descendu sept montagnes et j'ai traversé sept grands .bassins'. J'ai rencontré desgaroudas. des nagas, des yaksa.despitbayaksa'nombreux sur toutes les routes.

La tante l'interrompit pour dire :

—Vous êtes bien petit; lorsque vous avez rencontré les grands yaksa qui sont grands comme les yaksa du mont Somérou-Réacb, n'avez-vous point eu peur, mon fils?

Le prince répondit à sa tante :

— Je n'ai pas peur des grands yaksa. Je les regarde 'comme on regarde des poulets et je les compare à la mlive que l'on crache à terre. Ce sont eux qui ont peur de moi. Je suis petit, mais j'ai la puissance et la force du bon diamant. C'est pour cette raison, ma chère tante, que je suis venu vous chercher, suivant tes ordres de mon père.

' PiobableoiQDl les sept montagnes et les sept mers r centriques qui enWureot le mont Mérou.

' En aanscrit-pàli Pithi, laDtAmes, ombre, revenants, Yaksa, agrès.

JATAKA DU BOUDDHA

— Ne parlez pas comme cela, mon flis, les yaksa sont grands et forts, et je n'ai point encore vu avec mes yeux les etïets de votre puissance.

Sang- Soi -Chey, ayant ainsi entendu parler sa tante, lui répondit :

— Ne craignez rien, chère tante; puisque vous ne croyez pas [à ma puissance], je vais tirer avec mon are afin que vous en voyiez les effets.

Alors le roi décocha une (lèche avec son arc. Le bruit que fit cet arc magique [en lançant la flèche] fut si fort, que la terre de toute la région tremhla et parut devoir se fendre et se creuser.

— Connaissez -vous ma puissance maintenant?

Pensez-vous que je puis lutter avec les yaksa? Mon intention est de ne pas vous laisser entre les mains du Kâmpang; je veux le tuer et vous emmener en notre pays.

Néang Kessa-Montéa, voyant la puissance de son neveu, se mit à le flatter en disant :

— O Sang-Sôl-Chey, mon fils, écoutez-moi. 11 faut que vous sachiez une chose que je ne vous ai p dite. Je suis l'épouse du yak depuis le temps auquel il m'a volée; ce n'est pas tout : j'ai de lui une fille, [je ne puis vous suivre). Vous allez retourner au palais de mon frère, vous vous prosternerez devant lui, et vous lui direz que je suis ici en bonne santé, que je vis très paisible et que vous avez vu tout cela -, avec vos yeux.

LE SATRA DE PRÉA-SANG-SÊL-CHEY

.so;

I^ prince se Eàcha en eotendant parler ainsi sa ite, et il dit :

Vous ne regrettez donc pas votre famille, que

'ous abandonnez la race â laquelle voua appartenez ?

!on père vous considère comme sa propre mère.

[Depuis qu'il vous a perdue], il vit plongé dans la

■istesse et dans la douleur, il mange sans bonheur.

Si TOUS ne changez pas d'avis, si vous continuez

d'aimer le yak, Je ne vous quitte pas. J'attendrai ici

près de vous que vous consentiez à me suivre en

notre pays.

Néang Kessa-Montéa, ayant écouté les paroles de

neveu, lui répondit :

- Ehl mon malheureux fils, vous devez écouter les paroles : je n'abandonne pas notre race non plus que votre père, mais je suis très embarrassée. Nul, parmi les hommes, n'a jamais quitté son amante sans mille regrets. Ayez pitié de moi et retournez près de mon frère ; dites-lui que vous n'avez pas pu me retrouver.

Le prince, ayant entendu ainsi parler sa tante, londit :

C'est à cause de vous, ma tante, que j'ai pris la

peine de venir jusqu'ici, sans jamais m'épargner. Je

ne pars pas, je ne veux pas faire ce que vous dites,

«rce que je ne veux pas retourner près de mon père

vous ramener à lui, parce que je ne veux pas

lentir et lui dire que je ne vous ai pas trouvée.

'ordre qu'il m'a donné est formel et précis; je dois

256 JATAKA DU BOUDDHA

obéir et ne jamais mentir. Vous devriez avoir le caractère de mon père ; pourquoi ôles-vous différente? Vous vous plaisez avec le yak et vous le reconnaissez pour votre protecteur. Vous n'observez plus les préceptes sacrés et vous avez oublié les divins enseignements. Vous êtes devenue une femme qui fréquente le yak. On peut vous comparer tous les deux au bœuf aveugle et au bouvier fou. Vous vous figurez être paisible ici et vous ne voyez pas venir la douleur et l'affliction. Le Bouddha a prêcbè, il a principalement recommandé d'observer les préceptes et de faire l'aumône. Vous n'observez plus rien et vous ne faites pas l'aumône. Vous refusez de venir en notre pays afin de demeurer toujours avec .le yak. Après votre mort, vous serez malheureuse dans un lieu d'enfer.

La tante, ayant ainsi entendu parler son neveu, répondit ceci :

— Quand vous m'emmènerez, le yak, mon époux, s'élancera après nous pour me chercher, il risquera sa vie cent fois pour me reprendre, et il vous fera la guerre jusqu'à ce qu'il soit tué. Alors, quand il aura été tué par vous, on dira que j'ai tué mon époux. Le Bouddha n'a-t-il pas enseigné dans les [textes] pâlis que la femme qui tuera son époux souffrira mille tourments dans un lieu d'enter? Or, si mon époux est tué à cause de moi, je souffrirai mille peines dans les enfers. Attendez, je proposerai au yak de nous accompagner [eu notre pays]. Je connais son carac-

LE SATRA DE PRÉA-SANG-SÉ1,-CHEY â57

tère : il m'aime beuicoup: d«^>uis que je suis soa épouse, je puis lui dire tout oe que je veux sans jamais le fâcher.

^Le prince, entendant sa tante lui faire celte propotion, répondit:

— Le yak ne voudra pas nous accompagner, il ne ■voudra pas écouter vos propos et vous ne pourrez plus retourner en notre pays.

Alors néang Kessa-Montéa se mit k flatter sou neveu ; elle lui donna à manger. Mais, quand il fut rassasié, le prince que les gentillesses de sa tante n'avaient pas troublé la pressa irès vivement de partir immédiatement.

Comme le Kâmpang-Yak so promenait dans la forêt, il sentit, de par la puissance de Préa-Sang-Sôl- Chey qu'il avait mal à la tète; ses yeux étaient rouges et douloureux. Malade, il s'inclina vers la terre et tomba croyant qu'il allait mourir ; sous lui les arbres s'écrasèrent comme de la poussière et, sur la montagne, la place ou il tomba garda la trace de son corps. Il se redressa avec peine et s'elTorça en volant de quitter la forêt d'Hembopéan et de rentrer palais. On entendait alois comme un j^rand

'ait d'orage.

A. l..ECLËitE, LUI. ea'nbtrdg. 17

JATAKA DU BOUDDHA

Le prince, ayant entendu ce bruit, demanda :

— Ma tante, quel est donc ce bruit que nous entendons et qui ressemble à celui que fait un grand'

orage ?

La tante répondit:

— Ce bruit annonce le retour de mon époux.

Laissez-moi, mon iils. Je vais flatter le yak et j'obtiendrai peut-être de lui ce que je désire. Taisezvous et cachez-vous silencieux entre les pétales d0 cette fleur de nénuphar.

Le prince se cacha entre les pétales d'un nénuphaç et s'y dissimula assez bien pour que le yak ne le put voir.

Quand le Kâmpang-Yak fut arrivé en son palais, il appela son épouse et lui demanda ses soins, parce qu'il avait un grand mal de tète.

Il disait k sa femme:

— Je sens tout autour de moi l'odeur de l'homme et je me trouve extraordinairement mal. Ma chère épouse, si tu as ici des parents venus pour te voir, dia-le-moi sans mentir.

Alors néang Kessa-Montéaj ayant entendu le yak lui parler en ces termes, lui dit :

— Vous avez couru après les femmes, depuis ce matin jusqu'à ce soir, et maintenant vous croyez que j'ai ici des parents venus pour me voir. Dea Esey, des Pithayaksa, dea Garoudas, desTévodas qui sont des puissances peuvent arriver jusqu'ici, mais comment pouvez-vous imaginer que mes parents qui sont

LE SATRA DE PRÉA-SANG-MÈL-CHEY

mSe race humaine, qui ne savent pas Yoler dans les

tairs, puissent venir icif Vous êtes absent [du palais]

depuis ce matin, et vous venez en ce moment effron-

Ftément me dire que vous avez mal à la tête. Vous

êtes astucieux et vous me trompez.

Le Kâmpang, ayant entendu son épouse, répondit ainsi : Bu — Je ne suis pas un menteur. J'ai vraiment mal à ^Nb tète ; je ne puis ni la relever ni ta tourner. B Ayant ainsi parlé, le yak tomba k terre^ au travers ^pcle la porte, et perditconnaissance.

^P Alors néang Kessa-Montéa, voyant son époux à terre et malade, se mit à le soigner. Elle le tira de son évanouissement et soutint sa marcbe jusqu'à son lit. Lorsqu'il fut un peu mieux, elle lui dit : ^m — Je suis toujours votre épouse. N'étes-vous plus BiDontent de moi ?

Alors le yak embrassa tendrement son épouse en lui disant :

— Je pense toujours à vous et je vous compare à

ma vie. Lorsque je vous quitte un instant, je songe

i vous, et malgré moi je suis triste et malheureux. Ni

6 jour ni la nuit, je ne puis m'éloigner de vous sans

e torturé.

Néang Kéo-So-Montéa répondit :

- Oh I vous n'êtes point ce que disent vos paroles.

3 parlez qu'avec votre bouche : toutes vos

iont des mensonges d'eSronté. En vérité, si

1 ne vous connaissait pas, on vous croirait. D'ordi-

JATAKA nu BOUDDHA

Daire, quand vous allez cueillir des fleurs [daua la forêt), vous rentrez de bonne heure. Je ne crois point que vous ayez pensé à moi tout ie temps, ainai qu* vous le ditea. Aujourd'hui, vous avez été avec de» femmes, et voilà que vous rentrez tard et malade. Le Kâmpang répondit :

— Oh ! mon épouse, quelles femmes puïa-jai rencontrer dans la forêt? Je n'en ai pas vu. Si je ma suis attardé, c'est parce que j'avais mal à la tète. J» ne mens pas à cause des femmes. Tous les jours je n'ai de pensées que pour vous.

Ayant entendu le yak parler ainsi, néang Kéo- So-Montéa lui dit :

— Si vous êtes vraiment content de moi. voua pouvez bien accéder à ma demande. Voulez-vous me laisser aller voir mon frère, le voulez-vous?

Le Kâmpang répondit :

— Je ne puis vous permettre d'aller voir [votre frère], parce que je ne puis plus vivre heureux sans vous. Lorsque je m'abseute [du palais] pourchercber des fleurs, je songe sans cesse à vous.

En parlant ainsi, le yak s'était endormi. Alors, néang Kéo-So-Mon téa, voyant qu'il dormait d'un profond sommeil, se mit à le secouer en disant :

— Mon époux, j'ai rêvé que je suis déjà de retour de mon pays, que j'ai vu mon frère et mes cousins. J'étais très heureuse dans mon sommeil, maintenant je suis ti-iste et je pense sans cesse à eux. Ayez pitié de moi, et venez sept jours avec moi voir mon frère

LE SATRA DE PBIOA-SANrT-SÈL-CIlEY 261

IjBt mon pays. Nous reviendrons ensuite. Je ne mens ipas, mon cher époux, je vous promots de revenir avec vous sans manquer. 11 faut absolument que je voie mon frère, parce que je crois qu'il est plongé dans la tristesse et dans la douleur [à cause de moi].

Ip'autie part, j'ai grande envie de le voir. Du jourot'i ^ous m'avez jirise comme épouse jusqu'à ce que 5'aie un enfant, vous ne m'avez pas conduite en mon pays; vous devez aujourd'hui m'y accompagner.

Le Kàmpang lui répondit :

1 est inutile, ma chère femme, que vous alliez

■oir votre frère. Il est dans une situation florissante,

lujours heureux avec ses femmes et les dignitaires

son royaume. Si vous m'abandonnez pour aller en

itre pays, je demeurerai plongé dans la douleur et

.ns la tristesse. Je ne me suis jamais fâché contre

'ous, pourquoi voulez-vous me quitter et me laisser

"seul?

Ayant ainsi entendu parler son époux, néang Kéo- So-Montéa devint triste; elle sentit se briser quelque chose en sa poitrine, à cause de son neveu qui voulait l'obliger à retourner en son pays.

Le Kâmpang continua ;

— Mieux vaudrait me tuer que me quitter. Sans vous, je ne pourrai pas vivre.

Alors il s'endormit et bientôt ilronûaavec le bruit du tonnerrequi s'entend au loin.

En ce moment, le prince qui était dans une Batom-

.lATAKA DU BOLtDDHA

mêa' où il attendait, sortit de cette fleur, s'avança vers le palais et s'approcha de sa tante, en lui disant:

— Que ferons-nous maintenant que le yak ne veut pas vous laisser partir?

Nôang Kéo-Mont«a, voyant son neveu, lui dit :

— Ne soyez pas si impatient, mon fils, lorsque le yak se réveillera, je lui demanderai de nouveau de me laisser partir.

Le prince répondit à sa tante en ces termes i

— Je ne peux pas attendre encore. Voici que le yak ronfle avec des rontlements assourdissants. On ne sait quand il so réveillera. Vous regrettez le yak et vous ne pensez pas à votre frère. Vous ne parlez ainsi qu'atin de ne pas retourner auprès de tuî. Si vous ne consentez pas à me suivre pour revoir mon père, je vous avertis que je serai obligé de vous tirer par les mains hors de ce palais [et de vous emmener do force]. Je vous entraînerai en courant jusque dans notre patrie. Je ne veux plus avoir confiance dans vos paroles.

Lorsque la princesse So-Montéa vit que son neveu était sans pitié pour elle, elle se mit à pleurer à grosses larmes et à embrasser lespieds de son époux.

— mon mari, [disait-elle], je vous aime dans mon cœur, et vous dormez, ignorant quebientôtnos poitrines seront à jamais séparées. Quand vous

' 11 est dit plus haut qve catta fleur était une fleur de nénuphar, un Batont méa, fleur épanouie.

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