LE SATRA DE PRÉ V-SANG-SÈL-CHEY 2G
réveillerez- vous' ? Je vis à vos pieds dans ce beau palais, depuis bien longtempa déjà, et voici qu'aujourd'hui le malheur veut que nous soyons séparés. Époux, nous avons eu un enfant, une fille, et sans vous je vivrai plongée dans la tristesse et dans la douleur. Oh! j'ai la poitrine embrasée par la douleur. Je pars et je pense que je ne pourrai plus revenir. Restez, 6 mon époux, et adieu, adieu, je vais voir mon frère en son borey'. Je n'ai pas de haine pour vous, ô mon époux, mais je suis dans une situation difficile. A partir d'aujourd'hui nous ne verrons plus nos figures. Vous et moi, nous sommes tombés dans le malheur; on vient rompre nos liens d'amour et de bonheur.
En ce temps, le prince voyant qu'il était tard, s'approcha de sa tante et lui dit :
— Allons, ma tante, dépèchons-nous de partir. Ne perdons pas de temps.
I LaprincesseSo-Montéaprit alors son mouchoir, et,
■regardant le yak qui dormait, elle se mit à pleurer;
r des sanglots soulevaient sa poitrine. Elle partit, fut jusqu'à la porte [du palais], puis se retournant vers son neveu, elle lui demanda de la laisser retourner prendre dans sa chambre, au pied du Ht, des échar-
I pes qu'elle avait oubliées. Revenue près du lit où
m ' AUaaion au eommeil d'uae anaée qui est le s I tuel des yakaa d'après les Cambodgiens.
' Royaume.
JATAKA DU BOUDDHA
dormait le yak, elle le pinça très fort afin de le réveiller, mais, en vain, le yak ne sortit point de son profond sommeil. Alors elle pleura en disant :
Eh! mon pauvre et cher i^poux. nous avons l'habitude de nous réjouir ensemble. Depuis que nous sommes époux, vous ne m'avez jamais quittée et voilà qu'il me faut vous abandonner. Oh ! quel bonheur serait le mien si je pouvais mourir en ce moment et renaître pour une autre existence ; cela vaudrait mieux pour moi que de rester vivante loin de mon époux.
Cependant le prince Sang-Sél-Chey s'adressant à sa tante, lui disait :
— A quoi pensez-vous? Quel malheur vous arrive? Alors, la princesse sortit rapidement du palais,
puis, s'arrêtant, elle dit à son neveu :
— Attendez-moi ici, mon chorneveu, j'ai oublié mon épingle.
Elle rentra de nouveau au palais, très triste, pleurant, la poitrine oppressée à, se briseï' sous l'effort des sanglots. Parvenue près du lit de son époux, elle se mit à lui parler, à se plaindre, mais le yak dormait et ne faisait aucun mouvement.
Le prince attendait au dehors et s'impatientait. 11 disait :
— Ma tante, partons vite; si nous attendons encore un peu le yak se réveillera. Partons tout de suite.
La princesse entendit les appels de son neveu et
LE SATRA DE PRÉASANG-SÈL-CHKV
2(Ki
«sanglots redoublèrent. Elle sortit, mais comnio i allait franchir la port*? du palais, elle s'tirrét4V ir dire à son dctcu :
— Attendez, à mon (ils, attendez-inoi ici un insnt. Voici que j'ai encore oublié le-s bijoux d'oroille que j'ai déposés sur mon lit. 11 faut absolument quo je retourne les prendre. Je ne puis abandonner des objets aussi précieux.
Disant ainsi, elle retourna rejoindre son époux. Il dormait enisore et ne paraissait pas devoir bientôt se réveiller. Alors, elle pleura de nouveau des larmes qui brûlaient et coulaient abondnntoa et pressées sur ses joues. Une douleur intérieure la courbait sur la couche du yak ; elle snullrait comnio ai on lui eût arraché le foie par poignées; elle soufï|rait à mourir. Se traînant vers la porte en songeant |son époux, elle dit :
- ma porte, lorsque mon époux sera réveillé, I lui diras que je suis partie pour retourner en mon
^lys; tu lui diras de ne plu.s penser A moi.
[Cependant le Préa^Sang-Sél-Chey, trouvant que i tante mettait beaucoup de temps à nortir du paûs, lui cria ;
- Si vous regrettez toujours le yak, hÎ vouh refuz de me suivre encore, chère tante, je serai obligé
S'aller à vous et de vous couper la tôle. Alor». cotto tête, je la porterai à mon père, afin de lui montrer que je suis venu ici. Votre iAtit témoi(^«ra que ]« uis arrivé juitqu au cliùteau du yak.~
866 JATAKA DU BOUDDHA
Surprise d'entendre son neveu la menacer, la princesse lui dit :
— Mon fils, voulez-vous me conduire en votre pays ou bien voulez-vous me tuer? Dites-moi quelle est votre intention.
— En vérité, ma tante, je vais vous tuer ainsi que je viens de vous ledirc si vous refusez plus longtemps de me suivre. Si au contraire vous me suivez de bonne volonté en notre pays, je vous conduirai à mon père, conformément aux ordres royaux qu'il a donné.?.
Alors, ayant fait monter la princesse près de lui, sur le colimaçon Sang, il l'entraîna dans la nuit loin du palais jusqu'à une distance de trois juch'. Ayant rencontré un très beau temple en pierres couvertes de sculptures magnifiques et de diamants brillant des plus vives couleurs, il s'y arrêta pour manger les aliments que les célestes avaient tran.sformés'. Après le repas, il dit à sa tante :
— Demeurez dans ce temple. Je vais aller combattre le Kàmpang. Je viendrai vous rejoindre quand je l'aurai tué.
' Dii phVi Joijana, enviroD 16 kilomètres.
' Un lettré me dit que les oôleatoa, ou anges dn paradis d'Indra, ont la puissance de transformer tous les objets qu'ils rencontrent et qui ne sont pas des alimenta, les pierres par exemple, en vivres succulents et en toutes choaas qu'ils dé-
LE SATRA DE rRÊA-SANC.-SÈL-CHEY 267
En entendant ces paroles de son neveu, ta princesse fut prise de pitié pour son époux; elle adressa ces paroles à son neveu :
— Mon fils, j'ai beaucoup rôfléclii. Je ne veux pas que vous alliez tuer le yak, car je crains que ce meurtre vous porte malheur.
Le prince Préa-Sang-Sél-Chey ayant entendu les paroles de sa tante qui voulait l'empêcher de tuer le yak, lui dit :
— J'ai la force de me contenir, mais le viik n'aura pas celle de résister à sa haine et à ses désirs.
Étant ensuite descendu du temple, il prit une dalle de pierre et l'appliqua sur la porte qu'il avait au préalable fermée avec soin. Ceci fait, il marcha hardiment, fièrement, sans rien craindre.
I' A ce même instant, le Kàmpang dormait profondément, et ses ronflements ébranlaient la terre. Le prince Préa-Sang-Sél-Chey se dirigea en droite ligne vers le palais du yak.
Y étant parvenu, il entra dans la cour extérieure du palais et poussa la porte. 11 pénétra dans la chambre qui précédait celle du yak et souleva le rideau [qui servait de porte] afin de le chercher. Il reconnut qu'il dormait. Il prit son glaive sacré et lui «.Irancha la tôte.
«fW JATAKA D(J BOUDDHA
Le Kâmpanj(, sentant qu'on lui coupait la tête donna un si terrible coup de pied dans la muraille que celle-ci s'écroula et qu'il tomba à terre [de sur le lit où ii était couché]. Bien que sa tête frtt à terre, il eut la force de prononcer quelques formules magiques qui, de suite, le transformèrent en sept Kâmpang-Yaksa, si gros et ai grands qu'on ne peut les comparer à d'autres yaksa. Ces sept yaksa étaient si furieux et si irrités qu'ils faisaient les plus affreuses grimaces et se mordaient les lèvres. Trapus et ramassés sur eux-mêmes, ils sautaient et menaçaient le jeune prince. Celui-ci les attaqua tous les sept avec son glaive enchanté et les tua. Mais ils avaient à peiOe expiré, qu'ils renaissaient d'euxmêmes au nombre de 49 yaksa. Le prince les attaqua encore et les tua, mais alors ils reparurent au nombre de 343 Kâmpang. Le prince les attaqua encore et avec son arme enchantée il les tua, mais ils renaquirent au nombre de 2,401. Le prince les tua encore; ils reparurent au nombre de 19,847; il les attaqua et les tua, ils furent 117,849 yaksa terriblement armés, qui entouraient le prince et tourbillonnaient autour de lui comme les mouches quand elles attaquent un éléphant. Le prince les attaqua et les tua, mais alors ils renaquirent d'eux-mêmes au nombre de 823,843 yaksa. Le prince avait huit fois vaincu leKàmpang-Yak et l'avait tué huit fois.
A ce moment, les Kâmpang-Yak récitèrent des formules magiques e1 de .suite ils devinrent un yak gros
LE SATRA de PHÈA-SASG-SÊ1.-CHEY 369
comme le nioot Soœé' ; œ vak [qui n'étaît autre que le Kàmpang). s'enToU vers les monlagneâ du Chakralaval ' pour appeler tous les irak à sod secours, et disait:
— Eh ! tous les yaksa qui vous trouvez dans la forêt Hembopéan, vous qui avez l'habitude de combattre, venez vile, parce que quelqu'un est venu voler mon épouse- Je vais vous conduire à la (wui^ suite du ravisseur, car il faut absolument que nous l'arrêtions.
Les yaksa furent heureux d'être appelés par le Kàmpang et détruite ils se rasserablèrenten tri^s grand nombre. Il en arrivait sans cesse et bientôt ils turent si nombreux que la terre fut sur le point de so renverser. Ils s'élevèrent dans l'air en poussant leur cri de guerre et la lumière du soleil en fut obscurcie.
Revenons maintenant au prince Sang-Sôl-Choy.
Voyant qu'il avait vaincu tous les yiiksa, il re-
I tourna au temple où il avait laissé sa tiiiito. Ayant
■ enlevé la pierre qui fermait la porte, il pénétra dans
■ l'intérieur du temple et.y trouvant sa tante, il lui dit:
* Somérou, le oiont Mt^-ruu, \e pic c«rilral de l'HIiuulaya. ' En pâli restitué Çalihntatnimlil.alu, Icn haiitax iiiimtaKii''ii li enserrent le monde des lioinmes et lui utrvutildu llriillaii.
JATAKA DU BOUDDHA
— Ma tante, j'ai plusieurs fois tué le Kàmpang- Yak, mais chaquo fois il est rené de lui-même sept fois plus nombreux. Quand il a eu reconnu que ma valeur était grande, il a battu en retraite pour se retirer en son pays.
La tante répondit :
— Mon llls. si le yak n'est pas mort, croyez-moi. il reviendra sans retard, car, dans la forêt d'Hembop6an,il yabeaucoup de y aksaqui sont des guerriers fameux.
Le roi lui répondit :
— Je n'ai rien à craindre des yaksa.
Pendant ce temps, le Kàmpang ne pouvant prévenir le Préa-Van-Réacli, son frère, parce qu'il était encore endormi, faisait battre le tam-tam de guerre et rassemblait ses soldats.
Le Klion-Pech et le Krey-Set, chefs de guerre, marchaien t au milieu de leurs guerriers, fiers et sans crainte aucune. Le Khon-Pech qui a remporté plusieurs victoires forme l'avant-garde avec un corps d'armée qui remplit quinze niers(?); le Kray-Set forme l'aile droite avec un corps d'armée qui remplit quatre mers. Tous ces guerries sont armés d'armes terribles. Le Klion-Yong forme l'aile gauche avec un corps d'armée qui remplit quatre mers. Quant au Khon-Yo. il commande cent milliards (mut/s en cot) de yaksa forts et robustes, exercés et adroits. Au milieu d'eus marche l'éléphant qui sert de monture au Kâmpang.
I,E SATRA DE PRÉA-SANG-SÉL-CHEY
Les yaksa se sont transformés par leur puissance en animaux de toutes sortes. Voici «omment : La tôte de l'un ressemble au Réach-Chéa-Sey ", mais le corps est reste yak ; l'autre a la tête d'un Koch-sa', mais le corps est resté yak. C'est en récitant des formules magiques qu'ils peuvent ainsi se transformer.
Parmi les guerriers yaksa, les uns montent des bœufs, les autres ont des tigres pour montures.
Le Kàmpang-Yak a la tèiei ceinte d'une couronne incrustée de pierres précieuses et de magnifiques décorations aux couleurs éclatantes. Il est monté sur l'éléphant Mekbala, qui est plus haut sur les cieux que le mont Mérou.
A ce moment même, les célestes, au paradis, apprenant que le Kâmpang marchait avec une année, étaient remplis de stupeur ; ils quittaient leur paradis pour s'enfuir. La lune et le soleil effrayés perdaient l'esprit à la vue de l'armée des yaksa qui s'avançait pour faire la guerre.
Cependant, le Kâmpang faisait sonner des conques mannes et faisait pousser trois cri.s de guerre par tous ses soldats ; et, partout, au sein des corps d'armée on battait le tam-tam des combats.
Étant parvenu devant son palais, le Kâmpang-
' Sorte de lion mythologique. Ce Réach-chén-Se!/ anquellea Yaksa tianaformés fesse tablent, paraiteire le frère de Préa-Sang- Sél-Chey, qui. dans le conte précédent, est appelé Réacb-Sey.
* Ëlëphant.
â72 JATAKA DU BOUDDHA
Yak mit pied à terre et tut se placer sur son trône d'or incrusté de pierreries.
Alors le Khon-Pech et le Krey-Set, ses deux chefs de guerre, s'avancèrent et lui parlèrent ainsi :
— Ne vous inquiétez pas; nous trouverons le moyen de nous emparer du ravisseur. Laissez-nous faire, demeurez en votre palais. Iln'est pas allé bien loin, nous saurons [l'atteindre).
Le liâmpang, ayant entendu ses deux officiera, se prit à espérer ; il était très content et sa figure était joyâiise. Il leur distribua quelques bijoux d'un grand prix, puis il fut s'étendre sur son lit.
Les deux chefs s'étant retirés, firent battre le tam-tam de guerre et pousser trois fois le cri des yaksa. Quand l'armée s'ébranla pour se mettre en route, la terre trembla et fut sur le point de se renverser. Cette marche des yaksa produisit un bruit si terrible qu'il fut entendu dans le temple où le prince Préa-Sang-Sêl-Chey se reposait avec sa tante. Les yaksa étant arrivés au temple le cernèrent, car ils étaient bien convaincus que le prince et la princesse y étaient enfermés.
Lorsque néang Kéo-So-Montéa vit l'armée des yaksa, elle fut très effrayée et fut prévenir son neveu. Celui-ci, voyant que sa tante était effrayée, lui dit:
— Ne vous inquiétez pas, ma tante, je n'ai pas peur des guerriers yaksa, fussent-ils cent fois plus nombreux que ceux qui nous entourent que je les
LE SATRA DE PRÉA-SANG-SÊL-CHEY
vaincrais. Je les vois comme des grains de poussière, ou comme des mouches qui s'attaquent à un éléphant. Vous allez voir quelle est la puissance âe mon arc. Alors il écrivit quelques mots sur une feuille de palmier, la fixa à une flèche et prenant son arc i! décocha cette Ûèche dans la direction du pays de Réach-Chéa- Sey .
A ce moment, le R6ach-Chéa-Sey reçut la lettre que la flèche du Prëa-Sang-Sél-Chey lui avait apportée. Il apprit en la lisant que le jeuue prince et sa tante étaient eu danger. Il recommanda aux célestes de bien garder les six princes' [ses frères] et de suite il prit son vol afin de rejoindre le prince.
Alors Sang-Sèl-Chey, s'étant baigné avec de l'eau lustrale, ayant mis la couronne de diamants sur sa tôte et s'étant couvert de décorations faites de pierres précieuses, parut plus beau que les célestes. Il monta sur le Réach-Chéa- Sey avec sa tante et, précédé du colimaçon Sang, il s'éleva fièrement dans les airs et passa courageusement devant l'armée des yaksa.
Khon-Pech et Kray-Set, apercevant le prince et la princesse qui passaient montés sur le Réach-Chéa- Sey, envoyèrent des guerriers courageux pour les cerner et s'emparer d'eus. Mais le prince les frappa
' C'est-à-dire les six pfiiices, trèrea de Sang-SSl-Chey, Luquel il avait laissé sa montare.
A. LscLftiiB, un. caitibodg. 16
JATAKA DU BOUDDHA
avec son glaive enchanté, et leur décoclia quelques flèches avec son arc terrible; des milliers et des milliers de yaksa tombaient sous ses coups. Malheureusement ils renaissaient immédiatement et revenaient à l'attaque comme les flots de la mer, sans jamais cesser. Le prince les ayant battus trois fois de suite, ils se dispersèrent.
Le Khon-Pech et le Kray-Set, voyant leurs guerriers abandonner la lutte, entrèrent dans une grande colère et, furieux, leur criaient :
— Eh! les guerriers, vous qui avez l'habitude de combattre, emparez-vous de lui, saisissez-le vivant.
Tout à coup, les yaksa, ayant prononcé à voix basse quelques paroles magiques, se transformèrent en flammes brûlantes qui s'élevaient au travers airs. Le prince, voyant ces flammes menaçantes qui s'élevaient très haut dans les cieux, envoya le coli maçon Sang les étouffer. Trois mers environ des yaksa périrent de cette façon, mais autour du prince il restait encore douze mers de yaksa qui combattaient avec des armes terribles et qui l'enserraient. Le prince et le Réacb-Chéa-Sey les attaquèrent, et bienlût il ne resta plus devant eux que sept mers de guerriers yaksa ; continuant la lutte, ils détruisirent encore quatre mers de yaksa. Alors il ne restait plus devant eux que trois mers de guerriers ennemis.
Cependant, les deux chefs guerriers.le Khon-Pech et le Kray-Set, voyant passer près d'eux le fameux
LE SATRA DB PRÉA-SANG-SÔL-^3HEY
r^limaçon Sang, avaient bondi sur lui et s'étaient emparés de ta princesse. Déjà ils l'entraînaient lorsque le prince, les apercevant, s'élança k leur poursuite et leur reprit sa tante. Terrifiés de son au-
1 4ace, Khon-Pech et Kray-Set appelèrent leurs.
■ guerriers à leur aide et tentèrent de marcher à lui. Sang-Sél-Chey tira une dernière flèche avec son arc enchanté et toute l'armée des yaksa fut détruite. 11 ne resta d'elle que les deux chefs de guerre, Khon-
.Pech et Kray-Set; déjà tués plusieurs fois, ces deux ■■terribles guerriers yaksa étaient renés et vingt fois .étaient revenus au combat. Tués une dernière fois par le colimaçon Sang, ils ne renaquirent point, '■parce que tués par ce colimaçon, ils ne pouvaient plus renaître .
Ces deux grands chefs de guerre venaient à peine de tomber que les corps d'armée des ailes gauche et droite arrivaient sur le champ de bataille et cerinaient le prince Sang-Sél-Chey, la princesse KessatAontéa, le Réach-Chéa- Sey et le colimaçon Sang. Le roi, voyant ces nouveaux combattants armés de lourds bâtons et d'arcs terribles, envoya le colimaçon Sang les combattre et se dirigea vers le temple avec ï tante. Les yaksa s'étant jetés nombreux devant lui et voulant l'empêcher de passer, il tua six mers i'entreeuxet conduisit sa tante dans la salle où déjà SI l'avait laissée une fois. Il ne restait plus de toute farmée des yaksa que deux mers de braves et hardis guerriers.
S76 lATAKA DU BOUDDHA
C'est alors qu'un chef de yaksa se transforma ea UQ beau jeune homme et vint demander au roi son glaive sacré alin de combattre pour lui. Sang-Sêl- Chey devina la ruse du monstre et, d'un seul coup de son arme terrible, il lui trancha la tête; à l'instant même, le beau jeune homme reprit sa fonne primitive de yak
Quelques instants après, te Var-Yong, voyant que beaucoup de ses guerriers étaient morts, que l'armée des yaksa était vaincue, se transforma en vieillard tenant le colimaçon Sang. S'étant approché du prince, il lui parla ainsi :
— Je viens vous ramener le colimaçon Sang qui est plein de vigueur et de force dans les combats.
Mais le roi, comprenant qu'il avait affaire à un yak transformé en vieillard lui trancha la tête avec son glaive sacrë.De suite le vieillard, reprit sa forme de yak gros et gras. Quelques instants après, l'armée des yaksa avait disparu.
La princesse, ayant vu avec quelle puissance et
quelle vigueur le prince avait vaincu l'armée des
yaksa, heureuse et fière, baignait son neveu avec
de l'eau parfumée et lui servait les vivres que les
■ célestes avaient transformés pour lui.
Parlons maintenant du Vor-Ayet. Ce chef d'armée. voyant que les guerriers yaksa et leurs chefs étaient
LE SATRA DE PRÉA-SANG-SÉL-CHEY
I morts ou blessés en très grand nombre, courut pré- . venir le Kâmpang. Il se prosterna devant le Kâm- ■ pang-Yak et lui dit ces paroles :
— L'armée des yaksa n'a pu vaincre. Le ravisseur est d'une vigueur et d'une puissance incomparables. Il est monté sur un Réach-Chéa-Sey et le colimaçon Sang lui sert d'avant-garde. II a détruit vos corps d'armée et tué un nombre énorme de vos guerriers
Le Kâmpang, ayant entendu les paroles du Vor-
Avet, son chef d'armée, tomba dans une grande
tristesse. Il réfléchit un instant et alors il eut honte
, de son hésitation à combattre. II songeait à part lui :
— La mort est préférable à la vie quand on est
l vaincu; ma gloire ancienne [si je vivais encore] ne
sortirait pas de mon souvenir et je serais malheureux
toujours.
Cette réflexion faite, il sortit de )a salle du trône et
[ appela ses guerriers. Los yaksa, ayant entendu le roi
I qui les appelait, sortirent de leurs maisons et accou-
L rurent près du Kàrapang. C'étaient des gens vigou-
I reux, robustes, gras et gros comme des montagnes.
I Le Kàmpang en forma une grande armée, et de suite
fil les conduisit au temple que le prince habitait.
Comme il y arrivait, il aperçut Sang-Sèl-Chey qui [ était assis sur une natte près de sa femme. Alors il I entra dans une grande colère. On le vit qui se frap- I pait la poitrine, qui se prenait les bras, qui les mon- [■ trait du doigt et qui trépignait de ra^e. Ses yeux
JATAKA DU BOUDDHA
brillaient comme des charbons ardents. Il ordonna aux yaksa de cerner le temple et de pousser trois fois le cri de guerre. La terre en trembla et parut sur le point de se renverser ou de s'ouvrir. Ces yaksa armés d'armes terribles pénétrèrent dans le temple et s'avancèrent dans l'intention de s'emparer du prince.
La princesse, voyant que l'armée des yaksa avait envahi le temple, était terrifiée. Elle parla en ces termes à son neveu:
■ — O Sang-Sèl-Chey, mon neveu, j'ai peur. Savons-nous si nous pourrons jamais parvenir en notre pays ou si nous serons tués par l'armoe des yaksa?
Le prince répondit à sa tante;
— N'ayez pas peur; je suis là. Je vous salue et je vais combattre les yaksa. Demeurez en cet endroit sans bouger.
Emmenez-moi avec vous, disait la tante à sou neveu. S'il survient quelque difficulté, je serai près de vous. Si vous ne voulez pas m'emmener avec vous, et si vous me laissez seule ici, je retiendrai mon haleine jusqu'à ce que je meure et je ne songerai plus à [conserver] ma personne.
Alors le prince consentit à emmener sa tante, et tous les doux montèrent sur le Réach-Chéa-Sey et s'envolèrent au milieu des airs, toujours précédés de leur avant-gai'de, le colimaçon Sang.
Le Kâmpang, roi des yaksa, les vit partir sur leur superbe monture et passer au travers des airs. II
LE SATRA DE PRftA-SANG-SÈL-CHEY
' entra dans une si violente colère qu'il sentit le feu > intérieur qui brûlait sa poitrine' et qu'il crut qu'il allait vomir du .sang. Il lança les corps d'armée à leur poursuite.
Quand l'armée des yaksa eut rejoint le prince, les guerriers battirent le tambour de guerre et poussèrent des cris terribles et assourdissants. Le ciel était obscurci par la multitude des tlèches que les yaksa lançaient au prince afin de l'empêcher de passer. Mais Sang-Sêl-Chey et sa tante, montés sur le Réach- Chéa-Sey, passaient invulnérables entre les flèches lancées par les yaksa. Quand le prince fut arrivé au sommet d'une montagne, il s'arrêta, puis s'adressant à sa tante, il lui dit :
— Celui qui commande l'armée des yaksa, est le Kâmpang, votre épou.ï; il est monté sur l'éléphant Mékhala. C'est lui qui pousse l'armée des yaksa vers nous.
— Oui, c'est le Kàrapang, dit la princesse- Tout à coup, le Kâmpang parut à leurs yeux. La
princesse se prosterna devant lui.
-Voleur, criait le Kâmpang, en s'adressant au
' Les Cambodgiens croient que la chaleur du corps est causée par un véritable feu intérieur, entretenu par îes alimenta qu'on absorbe et avivé par les vents qui soufflent â l'intérieur I et gui sont aspirés et expirés par la bouche. Quand le feu reste 8 aliments, parce qu'on ne Ini a rien fait parvenir par la [ bouche, il consume tous les organes qui sont renfermés dans I la poitriae. — Voy. dans la Reeue scientifique (1" l 1894) mon article sur l'Anatomie cke: les Canibodgie
XaO JATAKA DU BOUDDHA
prince, voleur de Femmes. Doù viens-tu? Comment t'appelles-tu? Tu as volé ma femme. Où veux-tu la conduire?
— Je me nomme Sang-Sôl-Chey, répondit le prince, je suis fils du Séna-Codarach, grand roi puissant du monde des hommes; ta femme est ma tante. J'ai reçu du roi l'ordre de venir la chercher en ton pays et de la conduire en notre royaume. Je n'ai pas cru devoir te la demander.
Le Kàmpang dit au prince :
— Si tu dis vrai, pourquoi ne t'es-tu pas adressé â moi? Pourquoi ne m'aa-tu pas demandé ta tante? Tu n'avais rien à craindre. Je suis ton oncle, et tuas manqué à toutes les convenances et tes paroles sont insolentes. Tu ne sais donc pas que je suis le Kâmpang et que tous les célestes du paradis ont peur de moi? Les Garoudas, les Tévodas qui sont sur les montagnes et hors des montagnes sont soumis à ma puissance. Toi, tu es un voleur que je vais tuer.
Le prince, ayant entendu parler le Kâmpang, lui répondit :
— yak repoussant et orgueilleux, tu dis que tu es puissant par-dessus toutes les têtes et que tous les célestes ont peur de toi. Eh bien ! apprends que moi je n'ai pas peur de toi et que tu ue peux te comparer à moi. Tu vas retourner [en ton palais], parce que cela est préférable à la lutte, crois-moi ; si tu restes ici, si tu refuses de quitter ces lieux, je te tuerai sans retard.
LE SATRA DE PRÉA-SANG-SÈLCHEY 281
— Je n'ai pas peur de toi, répondit le Kâmpang- Yak. Si je dois mourir ici, j'y mourrai. Je ne songe pas à ma personoc. Je no partirai pas. Tu es un petit enfant et je t'écraserai entre mes mains.
— Eh ! yak repoussant, ne perdons pas davantage de temps à causer. Allons combattre sur la montagne Yukanthor', si tu es un yak courageu."£.
Et le prince Sang-Sél-Chey se rendit sur le mont Yukanthor: le Kâmpang l'y suivit avec toute son armée, en disant :
— Eh! vilain petit voleur de femmes, tues encore trop jeune [pour te mesurer avec moi]. Vois donc comme je suis fort; je suis aussi grand que la montagne. Tu es de race humaine, tu ne pourras jamais lutter avec nous qui sommes de la race des yaksa.Tu vas certainement périr.
Le prince, ayant entendu les injures du Kâmpang, lui dit :
— Tu es vraiment fier de ta grande taille qui rappelle celle du mont Mérou, et tu es bien méprisant pour moi en me trouvant trop petit pour combattre. C'est vrai, je suis petit, mais je suis plus puissant
' que le diamant qui, tu le sais, peut détruire une grande montagne de pierre. C'est vrai, tu es grand, mais tu es comme un aveugle qui se met en voyage et qui ne sait où il va, qui ne peut ni éviter les mau-
' En p&Ii restitué Ynghandaro, la cbaine de n ' CDlaire qui est la plaa proche du mont Méron.
282 JATAKA DU BOUDDHA
vais chemins ni choisir les boas; crois-moi tu seras certainement tué tout k l'heure par mes mains. Tu veux lutter avec moi et, avec tes yaksa, tu es comme une troupe de mouches qui tourbillonnent autour d'une torche et qui se brûlent et se détruisent à sa flamme, parce qu'elles ignorent la nature destructive du feu.
Le Kàmpang, ayant entendu ces paroles du prince, lui dit :
— Eh ! vilaine race d'homme, écoule-moi; Tu es un homme, c'est-à-dire un poisson de rivièrequi veut se comparer à un poisson de mer, c'est-à-dire un ver luisant quiveut se comparer à la lune, c'est-à-dire un poisson qui veut se comparer à un dragon.
En parlant ainsi, le Kàmpang, roi des géants, entre dans une grande et terrible colère contre le prince Sang-Sét-Chey. Alors frappant le sol avec ses pieds il tire son épée de guerre et s'avance vers lui. Le prince demeure intrépide et, tirant son glaive, fait un pas vers le Kàmpang pour le tuer, mais à ce moment néang Kéo-Kessa-So-Montca' se jeta entre les deux combattants, s'adressant à son époux, le roi des géants, elle lui dit:
— Vous êtes le plus puissant des rois des géants, et votre valeur surpasse [la valeur de] toutes les
' Cette leçon parait doniit prince Sang-Sél-Cbey.