LE SATRA DE PRÉA*SANG-5ÊL-CHEY
divinités du ciel; mon neveu est vraiment petit, mais personne sur la terre et dans le ciei ne l'égale en valeur, ne peut lui être comparé : il est vraiment jeune et petit, mais sa valeur et sa puissance surpassent les vôtres et celles des habitants du ciel. C'est pourquoi Je vous prie de retourner en votre demeure et de ne pas lutter contre mon neveu. Je vous demande humblement la permission de partir pour mon pays; aussitôt que j'aurai revu mon frère, je reviendrai près de voua.
Le roi des géants, ayant entendu la demande que lui adressait son épouse, entra dans une violente colère et, s'adressant à la reine, lui dit :
— O toi, qui veux m'abandonner, qui veux partir en ton pays, qui es devenue mon ennemie mortelle, tu oses me parler ainsi. Tu veus me faire croire que tues demeurée une épouse fidèle et dévouée à son mari et que tu es restée bonne et vertueuse. Puisque tu ne m'aimes plus, tu ne penses à moi que parce que tu as auprès de toi ton neveu qui est aussi petit que mon pouce et que je vais tuer de ma main tout à l'heure. Tu me dis de retourner en notre demeure, je mourrai sur ce champ de bataille plutôt que de me déshonorer en fuyant comme un Uclie devant ton neveu et devant toi.
Le roi des géants ayant achevé de parler, Préa- Sang-Sél-Chey, s'adressant à lui, lui dit:
— Ne vous irritez pas contre la reine, elle ne vous a pas oublié, elle pense toujours à vous, car c'est k
JATAPU DU BOUDDHA
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l'ai voulu qu'elle est
cause <
venue jusqu'ici. Faites donc ce qu'elle vient de vous conseiller: retournez en votre palais, car, je vous assure, si vous restez ici, si vous voulez lutter avec moi, vous n'échapperez pas à la mort.
Cesparolesirritèretit encore davantage le roi des géants. Les yeux rouges et ëtincelants de fureur, il répondit en ces termes :
— Jamais je ne retournerai couvert de honte en mon palais royal. Toute.s les divinités du ciel riraient de moi. Elles se moqueraient de moi et diraient que je n'ai aucune puissance puisque j'ai laissé sous mes propres yeux enlever mon épouse. Mais, en vérité, si tu es le neveu de ma femme, pourquoi n'agis-tu pas conformément aux coutumes, pourquoi viens-tu chez moi, sous protexte qne tu es puissant, violer les coutumes anciennes et voler mon épouse ?
La reine ayant entendu son époux, lui répondit:
— O roi, ne doutez pas que celui-ci soit mon neveu; il est vraiment et certainement mon propre neveu. Je vous dis la vérité, je ne vous fais aucun mensonge. Je vous en prie, retournez en votre palais.
Quand le roi des géants entendit ces paroles, sa colère et sa fureur augmentèrent encore. Alors s'ëlançant avec son éléphant énorme au travers des yak nombreux qui se trouvaient entre son adversaire et lui, il arriva au premier rang, et se trouva face à face avec le Préa-Sang-Sél-Chey. Sa marche pré-
LE SATRA DE PRÉA-5AN6«ÈL-CHKY
cipitée soulevût des bniits de tODoerre. Il saisit soa armecbac' et U lança x'ers le prince; celle armo transformée en de nombreux liens tournait autour du prince pour l'attacher. Sang-Sél-Chey saisit son glaive sacré et le laoça contre les liens nombreux qui l'enlaçaient ; ce glaive transformé en de numhreusos armes tranchantes coupèrent en mille morceaux les liens du roi des géants et tuèrent un si grand nombre des guerriers yaksa que la panique se mit dans loura rangs et que ceux qui n'avaient pas été tuiîs s'enîuirentdans la forêt voisine et s'y cachèrent saisis de frayeur.
Voyant les guerriers yaksa reculer et s'enfuir péle-mèle dans la forêt, et des milliers de guerriers succomber sous les coups do PréaSaiig-Sèl-Chey, l6 roi des géants saisit son arc et le banda ; la llèclte qu'il lança avec cet arc se transforma en nombreux dragons qui remplirent les airs et qui H'omparfcront des lames tranchantes du Préa-Sang-Hôl-Choy, Le prince, les voyant ainsi faire, prit son are merveilleux et le banda; la flèche qu'il lan^a avec mon arc se transforma immédiatement en de nombreux kroutli' qui, se jetant sur les dragouK du roi de» géants, les chassèrent du L;hamp de bataille.
' Enchantée.
' GaroocUi, oiwuix inytbob)gi(|iin vIvlpUM «Taprl* Im
286 JATAKA DU BOUDDHA
Pendant ce temps, le Réach-Chéa-Sey bousculait les yaksa, les écrasait et mordait avec sa gueule rouge armée de terribles dents le Koch-Chen-Mékhala . l'éléphant du roi des géants.
La terre était toute rouge du sang des yaksa que le Héach-Chéa-Sey avait tués et du sang de ceux qui avaient succombé sous les armes du prince Sang- Sôl-Chey.
Le roi des géants, voyant que de nombreux guerriers avaient succombé et que ceux qui restaient n'osaient plus lutter contre son ennemi, entra dans une violente fureur et saisissant son arme chac avec sa main énorme, il lalani;a dans les airs. Cette arme fut subitement transformée en Qammes qui montaient jusqu'au paradis habité par les anges. Le prince demeura calme et sans frayeur aucune en présence de ce feu divin produit par l'arme du Kâmpang, il fut sans inquiétude, et bandant son arc encore une fois, il lança dans les nuages sa Hèche merveilleuse. Cette llèche immédiatement se transforma en une pluie si abondante que le feu du géant fut éteint en quelques instants. Ceci fait, il lança contre l'armée des yaksa qui se réorganisait son glaive enchanté, et cette arme merveilleuse, en roulant au travers des airs, acheva de tuer tous les yaksa qui avaient échappé aux coups précédents.
Le Kâmpang, à la vue des torrents d'eau qui venaient éteindre les flammes qu'il avait provoquées,
et des mitlien de yakis morts qoi couvimMat \i cfuunp Ac bataille, enbs éans une TÎoleate fureur, f 1 saisit soo arc et le faaada. Ia Oèdie qu« cet are laaça se transfonoa aitasitAC en un reot sî fort qu'il emporta les eaux que la flêcfae de S«Dg-Sél-Cb«T avait produites. Celui^, très puissant et Irte glorieux, saisit soD arc merreilleux. le banda et lança au roi des yaksa une flèche qui l'atteignit en plein corps.
Le Kâmpang sentant la Qècliequis'enfoni^aitdans sa poitriDfi, la saisit avec ses deux niaîns, l'arraelta de sa chair et s'eafuitdans lamontagaenon [tour s'y
^ cacher, mais pour s'y tnmsformer en [talaia magnifiques, incrustés d'or et d'argent, brillants et splendides comme les palais qui sont d»ns les cieux In demeure des Tévodas', puis il se transforma en bayadères divines qui, dans ces palais merveilleux, dansaient et jouaient de vingt instruments de musique, ou bien chantaient avec des voix mélodieuses qui ravissaient les sens. Le Toi àes géants avait imaginé ce stratagème afin de vaincre SangStM-Cliey, qu'il envoya inviter à la fête qui se donnait en ces paUis et que des danseuses et des chanteuses devaient, égayer.
Le Préa-Sang-Sél-Chey, ayant eiitorutii l'oiivoyo du maître des palais delà montagne, «« dinpiiNiiit li
' En pâli restitué Dénala, angeu, dieux.
288 JATAKA DU BOUDDHA
le suivre pour admirer les danseuses et pour écouter la musique divine qui devait s'y faire entendre, lorsque sa tante néang Kéo-Kessa-So-Montêa l'avertit qu'il avait affaire à une nouvelle invention du Kàmpang.
— Il a pris, disait-elle, la forme d'un palais plein de danseuses et de musiciennes divines pour vous faire tomber dans un piège. Prenez votre arc et bandez-le, et vous découvrirez le stratagème du roL des géants.
Sang-Sêl-Chey, ayant écouté les paroles de sa tante avec soin, songeait.
— Prenez une flèche en votre carquois, disaitl'auguste tante, mettez-la sur votre arc divin et décochez-la sur le palais du roi des géants, plein de danseuses et de chanteuses, et vous déjouerez le stratagème du Kàmpang.
Sang-Sêl-Chey suivit le conseil de sa tante, et la flèche avait à peine quitté son arc que le palais merveilleux avait disparu avec toutes les jolies femmes qu'il contenait.
Le Kàmpang avait fui jusque dans le paradis des dieux. S'adressant alors aux divinités du ciel, il leur dit:
— Eh I vous autres, voulez- vous me dire quel est le nom que porte la mère du petit prince des hommes ?
Les anges, ayant entendu cette demande du Kàmpang, lui répondirent:
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^V — La mère du Préa-Sang-Sél-Chey se nomme ^f Botum-méa-Tévi '.
Le Kâmpaag, connaissaQt le oom de la mère de Sang-Sél-Chey, créa immédiatemeut de lui-mùme
»une femme ressemblant à Botum-méa-Tévi et, la prenant dans ses bras, il la porta devant le prince des hommes.
— Eh ! jeune homme, dit-il à Sang-Sél-Chey, il est mutile de lutter davantage contre moi ; regarde cette femme, elle est ta mère ; redoute ma valeur et ma colère. Des anges me l'ont livrée il n'y a qu'un instant. SI tu continues de lutter contre moi, l'âme et la vie de cette femme vont de suite, par moi-même, être livrées aux vents, car je vais l'égorger de cette main. Préa-Sang-Sél-Cbey, à ces paroles du roi des géants, tressaillit: il regarda la femme que le yak avait dans les bras et il reconnut sa propre mère. Il devint d'une grande tristesse et ne songeait plus à combattre. Des larmes coulaient de ses deux beaux yeux sur ses belles joues et il s'attendi'issait sur son auguste mère.
L'intrépide Réacb-Cbéa-Sey,voyant le Préa-Sang- Sél-Chey qui versait des larmes nombreuses, lui dit afin de le consoler:
— O mon maître, consolez- vous, ne pleurez pas, prenez votre arc et bandez-le, puis décochez une
' Flear épanouie déi^i (rféri, difesse).
A. Leclërb, Litt. camb/jdy.
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fléclie au roi des j^éants, parce que j'ai peine à, croire que ta femme qu'il tient dans ses bras soit véritabtemont votre auguste mère. C'est là un nouveau strataftiime du roi des géants. Songez bien k ce fait que le roi des géants peut, sans abandonner sa forme, prendre la forme qu'il veut prendre.
Le Préa-Sang-Sèl-Chey ayant entendu les paroles du Réach-Chéa-Sey, fut consolé; il tressaillit. pleura pluîi, et saisissant son arc merveilleux, il y pla^ une tlèche, puis ayant visé la femme que Kâmpang tenait entre ses bras, il lâcha la corde de l'arc. Il avait à peine lancé sa flèche que la belle femme avait disparu et qu'il ne restait plus que roi des yaksa. Mais celui-ci, ayant reçu la ilèche en pleine poitrine, gisait îi terre et s'y débattait pendant que son éléphant Koch-Cben-Mékhala s'enfuyait vers la forêt. Le Kâmpang sentit alors qu'il allait expirer. Il ou.vrit les yeux et, regardant son épouse, lui dit doucement eo.s paroles très touchantes :
— O Kéo-Kessa-So-Montêa, ô ma bien-aîmée, pourquoi avez-vous été sans pitié pour moi? No regrettez-vous point votre époux qui vous aimait bien tendrement, qui a tant souffert à cause de vous? Votre époux n'était pas méchant, il ne voua a jamais fait du mal. Bien au contraire, toujours il vous soignait, toujours il vous caressait tendrement. Pourquoi maintenant fuyez -vous loin de moi?
Serait-ce pour aviver mes regrets? En me voyant
LB SATRA DB PRÉA-SANG-SÈL-CHKY
tel, vous n'avez point pitié de mol et vous ordonnez i votre oeveu de me tuer.
La reine, ayant entendu ces parolos. rôpondit ;■! ion épous :
- Je suis la cause de cette bataille terrible, mais
î voua ai prévenu aviint qu'elle soit engagée, je
î ai dit de ne pas lutter contre mon neveu, je
i ai demandé de mettre fin à la guerre et de
■etourner en votre palais. Mais plus je vous parlais,
s votre colère contre moi augmentait, et main-
knaot, vous qui êtes le plus grand des géants, vous
fleurez et vous vous roulez à, terre.
A ces paroles de néang Kéo-Kessa-So-MontM lo i géants fit un violent effort et se transforma a dix millions de géants yaksa qui s'élancèrent sur BPréa-Sang-Sêl-Cheyavec l'intention de luienlevor ireine, sa tante.
Le prince intrépide saisit son glaive enchanté et lo ^omena sur les tètes des géants, et tous les géants tombèrent sous ses coups.
Le Kilmpang prit alors la forme d'un yak à. cent tetes et s'avança vers le prince. Celui-ci, saisissant son icargot Sang le lança sur le Kâmpang. Maintenant > Kàmpang-Yak et le Préa-Sang-Sôl-Cliey, comlattants de grande valeur, luttaient l'un contre autre, arme contre arme et corps contre corps.
Od entendait le bruit de la lutt^.' jusqu'au plux laut des airs; les arbres bruisttaient écraséfi par \rs [ombatlants, le ciel élait obscurci par In pouMîârc
JATAKA DU BOUDDHA
qui s'élevait du champ de bataille et les grandes montagnes tremblaient sur leurs bayes et s'atTaissaieQJ sous les pieds des deux adversaires ; le vent agitii
souillait en tempête et la terre violemment secouë< menaçait d'éclater. Les anges et les divinités du cia étaient épouvantés, mais, courageuses, i dirent du ciel pour bénir le Piéa-Sang-Sêl-Chey. 0| entendait au loin le bruit formidable des vagues di la mer qui roulait mugissante sous la masse dès ventri di^clialnés. Les troupes des poissons étaieaS dispersées.
Enfin, le roi des géants vaincu, épuisé^ lâch| pied; il s'enfuit au plus profond des cieuxafinÂi se cacher, car maintenant il redoutait la valeur et lu puissance de Sang-Sôl-Cbey. Celui-ci s'élança à sa poursuite, et, avec son arc merveilleux, lui décocha une flèche qui l'étendit expirant sur le sol à quelque» pas denéang Kéo-Kessa-So-Montéa.
Le sang du roi des géants yaksa coulait comme un ruisseau sur la terre et bouillonnait au sortir d© la plaie comme une source d'eau jaillissante. Tout d'un coup, par un dernier effort du yak, ce sang. s'embrasa en longues flammes qui montaient vers leS' cieux et s'en allaient lécher les lianes du mont Cha-i kralaval. Le prince Préa-Sang-Sél-Chey, à laviie dl ce dernier prodige du Kâmpang, saisit son escarga sacré et le lança vers les nuages où il se transfon en une pluie torrentielle si abondante que le fea sorti du sang du yak fut éteint partout.
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Cependant, le Kàiupang, percé d'une flèche qui
tout entière avait pénétré dans sa chair, soiilïruit
Iborriblement et sentait ses douleurs augmenter ii
Chaque instant qui s'écoulait. Elles devinrent si dou-
(ooreuses qu'il s'adressa de nouveau à son épouse;
- O Kéo-Kessa-MoQtéa, dit-il. ordonnez de suitfl
& votre neveu de venir ra'achever, car je souffre hoi-
liriblement, et ma valeur et ma puissance sont iï tout
y jamais épuisées. Je ne veux plus vivre, puisque j';ii
rété vaincu sur le champ de bataille en comi)a.ltaii(.
tyotre neveu. Je veu.^ mourir, parce que j'ai perdu
ma valeur et ma puissance.
Le Préa-Sang-Sêl-Chey, ayant entendu cette
r suprême demande, prit son glaive sacré et trancha
r la tète du roi des yaksa.
Irritée contre le Sang-Sôl-Chey, cette tête roula [,.Bur le sol et le prince vit qu'elle ouvrait terriblement s yeux et que les dents mordaient les lèvres.
— Pourquoi, dit le prince â son auguste tante, ^pourquoi le géant étant mort, ouvre-t-il ne» grande I yeux sur moi et se mord-il les lèvres?
La tante répondit:
— O mon fils, la tête du roi des géanbf ouvre ses jrands yeux sur vous et ses dents mordent le» lèvres
IparcequeleKârapangveut vous montrer que, môme I vaincu, il n'a pas peur do votre vaillance et parce I qu'il veut que vous admiriez son couragcct «onoiur 1 audacieux.
SIXIÈME PAHTIE