INTRODUCTION VII
moins profondément modifiiis; el c'est quelquefois I par ces emprunts qu'on peut le mieux juger des I traits distincLifs d'un peuple ou du talent d'un nar- I rateur. Car en s'approprianl ce qui vient d'autrui, [en y imprimant son cachet personnel ou national, I on montre ce qu'on est par soi-même, individu ou I peuple.' A vrai dire, l'originalité, ou, pour employer t un terme plus juste, l'invention est fort rare. Le ! génie le plus inventif ne se développe guère que par I des emprunts ou des imitations dont il n'a pas tont jours conscience. Les hommes échangent et se passent leurs idées comme leurs produits natinels ou fabriqués. Le plus inventif est. en somme, celui qui sait le mieux marquer de son empreinte les données l qui lui ont été fournies par d'autres.
Le lecteur au courant du clieniin fait par les Fa-
[ blés et les Contes de l'Inde ne s'attendra certaine-
[ ment pas à trouver dans les traditions du Cambodge
UD fonds très original. D'ailleurs l'influence exercée
par l'Inde sur l'Indo-Chine a été si profonde et se
reconnaît â tant de traits, malgré la diversité, pour
A. Leclèrb, Litt, cambodg, *'
Vm CONTES ET LÉGENDES
ne pas dire Topposition des races el des langues, qu'on ne peut pas admettre un seul instant qu'elle n'ait pas agi sur les traditions populaires. Et, en effet, la lecture du recueil publié par M. Leclère confirme cette impression première. On reconnaît immédiatement, dans plusieurs de ces récits, des emprunts faits à la littérature indienne, et une étude plus approfondie démontrera sans doute qu'aucun d'eux n'est, à proprement parler, original. Mais l'intérêt n'en est pas diminué pour cela; car, ainsi que nous le disons plus haut, ils ont pour le lecteur étranger à la littérature indienne tout l'attrait de la nouveauté, tandis que le lecteur versé dans cette littérature y trouve matière à des comparaisons et des rapprochements très curieux. Ces contes, en effet, se présentent en général sous une forme qui exclut limitation servile et accuse une grande liberté dans l'emploi des matériaux venus du dehors.
Du reste, dans l'Inde même, les récits populaires ont subi des remaniements remarquables, non seulement en passant d'une langue dans une autre, de la langue savante dans les dialectes vulgaires, mais en passant par les mains de narrateurs écrivant dans la langue savante elle-même. Ce traves-