UNE MUSIQUE AÉRIENNE
des petites clochettes. La moindre brise survenant, les brindilles de palmier agissent aussitôt à la manière d'une girouette et sont mises en mouvement. Elles tournent, pivotent en tout sens et mettent bientôt en branle la sonnette originale suspendue à leur extrémité (voy. page 13). Dans certains châteaux ruinés qu'on va visiter en Europe on entend de môme résonner les cordes de harpes éoliennes qu'on a installées dans quelques petites fenêtres des antiques tours crénelées. Il en est ainsi au vieux château de Baden-Baden et dans les ruines qu'on admire sur les bords du Rhin. Les visiteurs aiment à écouter les sons harmonieux donnés par ces harpes primitives. Au Cambodge, grâce à cet ingénieux arrangement des sonnettes faites en pattes de crabes terrestres, un concert aérien au chant doux et discret est souvent entendu. Il fait sans doute la joie des familles, dans ces huttes misérables où personne ne peut trouver de distractions bien variées. C'est surtout dans le petit village situé au centre même de l'antique citadelle de Angkor-Thom, — ses cases sont élevées sur les débris de l'ancien palais des rois non loin du curieux monument de Piméan-acas, — que je vis ces singuliers ornements. Sur mon désir, un Cambodgien me détacha aussitôt une clochette de sa propre cabane pour m'en faire hommage. Ce brave homme fut pour moi, pendant mon séjour à Angkor-Thom d'une complaisance remarquable. Me fabriquant les longues cordes de rotin qui devaient me servir pour faire le relevé de mes plans, il voulait bien se charger aussi avec ses amis de couper les arbres ou les branches nombreuses qui cachaient les vues ou obstruaient mon chemin dans les ruines.
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