‹ Cambodge et JavaChapitre 14 sur 98 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LE PONGSA-VODA (CHRONIQUE ROYALE). — LÉGENDES ET FAITS. — LE NAGA. — ANGKOR- TIIOM. — PIMÉAN-ACAS ET I3APUON. — TERRASSE DES DAM-REYS (ÉLÉPHANTS).

0 lvJ4.nAl

algré les recherches faites depuis vingt années, par des savants et des voyageurs, aucune inscription vraiment significative assignant des dates certaines à la fondation des monuments construits par le peuple Khmern'a été découverte dans les ruines explorées. Il existe cependant un document important déposé dans le trésor du roi Norodom. C'est la chronique royale ou Pongsa-Voda composée de deux parties. La première donne un aperçu entièrement formé de récits fabuleux et légendaires des événements qui se sont passés depuis la naissance du Cambodge jusqu'en l'an 1340 de notre ère. La seconde, commençant à l'an 1340, va jusqu'à la période moderne. Les annales Chinoises et Annamites, d'antiques manuscrits conservés par les principaux chefs des Bonzes, peuvent encore fournir des renseignements incertains sur le premier âge de ce curieux pays. MM. J. Moura et Aymonicr ont obtenu du

16 LE PONGSA-VODA

roi Norodom la permission de faire traduire presque en entier, le Pongsa-Voda. En consultant leurs ouvrages, j'ai recueilli les quelques faits qui peuvent servir à indiquer les époques approximatives de la fondation des monuments que j'ai visités au Cambodge et dans le Cambodge Siamois.

L'histoire du Cambodge a eu trois époques principales. Les habitants d'origine étaient composés de peuplades sauvages qu'on suppose avoir été les Samrès, dont on trouve encore actuellement quelques familles éparses qui habitent dans les forêts de la province d'Angkor. Ces Samrès avaient foi dans le culte du Serpent, ils furent subjugués par une invasion du peuple Kham en l'an 500 (av. J.-C.) d'après les annales Khmères.

Le roi des Khams Préa-Bat-as-Chey-réach fit avec sa flotte une excursion dans le Kutch-Thloc (Cambodge) avec 500 hommes. Une tempête survint qui détruisit ses navires. Ne pouvant retourner dans sa patrie, il s'établit clans le pays et se fit nommer par les indigènes, leur souverain. Une relation légendaire recueillie par le commandant de Lagrée précise le même fait : un prince du royaume de Khomerat situé sur les frontières de la Chine ayant émigré avec ses vassaux les Khams, serait arrivé dans le Kamphouxea (Cambodge) habité alors par les Samrès. Ce roi des Khams régna, dit-on, vingt ans, son fils Préa-Cravalla-Reach lui succéda en l'an 523 (av. J.-C).

Sous ce règne, un fait important eut lieu en l'an 543 (av. J.-C). Cette date marque l'origine de l'ère sacrée que les Cambodgiens nomment le Prea-put-Sacrah ou l'ère de Bouddha. Bouddha, alors au déclin de sa vie, dit la légende, fit un voyage dans le sud de l'Indo-Chine accompagné de son disciple et parent, Ananda, pour y convertir les adorateurs du culte du serpent, les Nagas ou Neacs. Ils s'arrêtèrent dans une île. Bouddha nomma lui-même le lieu où il abordait Kutch-Thloc, et annonça aux indigènes qu'un prince Hindou de la famille royale de Indraprastha (le vieux Delhi), viendrait chez eux avec un grand nombre de ses compatriotes pour y fonder un puissant empire. On ne trouve dans aucun document, autre que le Pongsa-Voda, de récits de ce voyage en Indo-Chine exécuté par Bouddha. Peutêtre les annales Khmères ont-elles fait ici mention à leur manière, d'un fait précisé dans les annales chinoises. Celles-ci rapportent qu'à une époque très reculée antérieure à l'an 125 (av. J.-C.) un bonze de Tien-Truoc (Inde) nommé Kieu- Tran-Nhu pénétra dans le Chon-lap (ancien nom du Cambodge) pour y prêcher la religion de Bouddha.

Les Khams, mélangés aux Samrès, avaient su créer dans le Kutch-Thloc un Etat prospère, mais cependant, d'après les anciens historiens Chinois, le peuple

Page 1