‹ Cambodge et JavaChapitre 18 sur 98 · ANGKOR-THOM · texte numérisé non relu

ANGKOR-THOM

De l'antique ville de Angkor-Thom il ne reste plus aucune trace. Ses maisons étaient construites en bois, la plupart recouvertes de chaume. Le palais des rois laisse voir sous la végétation les vestiges d'anciennes terrasses, de chaussées de pierre et des décombres considérables. Avec les murailles d'enceinte et leurs

portes triomphales, quelques monuments importants quoique bien ruinés, subsistent encore. Ces monuments peuvent s'énumérer ainsi : les édifices de Piméan-acas (lieu élevé) et de Bapuon formés tous deux de terrasses superposées, les hautes murailles couvertes de bas-reliefs sur lesquels on voit la statue célèbre du roi lépreux, connu sous le nom de Sdach-Comlong, quelques palais de pierre, les restes du Préa-Pithu et les terrasses anciennes dites des Damreijs (éléphants), qui conduisaient à Bapuon, Banh- Yong enfin, le plus intéressant monument d'entre tous, qui dépasse en originalité tout ce que les Khmers ont pu créer.

La ville forte, ou la Pontéay de Angkor-Thom, mesure environ 12 kilomètres de périmètre. Les murailles de six mètres de hauteur s'appuient sur un glacis de 14 mètres d'épaisseur au sommet.

Le tout est entouré d'un fossé de 120 mètres de largeur sur 1 mètres de profondeur. J'ai dessiné une porte d'entrée de l'antique forteresse, celle qui faisant face au sud, mène directement aux sanctuaires de Angkor-Vat. On distingue malgré l'état de ruine où elle se trouve une partie du dôme qui la surmontait (voy. page 20). Il représente le Dieu suprême, Brahma, dont les quadruples faces sont

Porte d'entrée, côté sud, de la forteresse de Angkor-thom (Cambodge siamois). (D'après nature.)

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orientées vers les quatre points cardinaux. Ces tètes étaient coiffées d'une tiare figurant des tours. La tiare du milieu, plus importante que les deux autres, puisqu'elle couronnait à la fois les faces de Brahma orientées au Sud et au Nord, devait être plus élevée. Sous ces tètes groupées, ne formant qu'un seul motif, règne une sorte de frise sculptée en haut-relief figurant des personnages divins dans l'attitude de la prière. Représentés seulement jusqu'à mi-corps, ils semblent surgirdu centre d'une fleur de lotus. Le fronton trilobé formé par le corps de deux serpents à têtes multiples qui couronnait la porte, est complètement écroulé, mais on peut voir encore les restes des motifs qui devaient accompagner d'une façon si originale les bas-côtés de cette entrée majestueuse. C'est un énorme éléphant tricéphale, Aïrawaddi (l'éléphant qui sert de monture à Siva), dont on devine les têtes sur lesquelles se distinguent encore les trois cornacs célestes qui sont chargés de le conduire. Les jambes de devant ainsi que les trois trompes du divin pachyderme se détachent complètement de la muraille, tandis que l'autre partie de son corps reste engagée dans les assises de pierre qui portent le dôme. Dans la relation, nommée le Tchin-là-foung-thou-ki, faite par un officier chinois qui voyageait au xnic siècle, traduite par M. Abel Rémusat, on lit avec curiosité les descriptions de l'entrée de la forteresse de Angkor-Thom qui alors était presque intacte. En voici quelques extraits :

« La ville capitale a vingt lis de tour, elle a cinq portes, une double, celle tournée vers l'Orient. Au delà des portes est un grand fossé et au delà du fossé, des boulevards de communication avec de grands ponts. De chaque côté sont cinquante-quatre statues représentant des divinités. Les arches sont figurées en forme de serpents, chaque serpenta neuf têtes et on défend aux passants d'en approcher. Les cinquante-quatre statues tiennent toutes un serpent à la main, etc.

« Des deux côtés de la porte sont des figures d'éléphants taillées dans la pierre.

« Toutes les villes sont entourées de murs en pierres très grandes, bien liées et très solides. II n'y croît pas de mauvaises herbes. II n'y a point de parapets. Audessus des murs, on a planté en certains endroits des grands arbres (des Kouanglang) disposés régulièrement. » Actuellement, les ruines des quelques statues brisées qui ornaient les ponts, les murailles de soutènement et les figures d'éléphants taillés dans la pierre sont les preuves de la sincérité du récit de l'officier chinois.

Ce voyageur pénètre dans l'intérieur de la ville et remarque la manière dont les Cambodgiens couvraient leurs habitations. « Les tuiles qui recouvrent la façade du palais sont en plomb, les autres sont en terre cuite de couleur jaune. Les colonnes

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