‹ Cambodge et JavaChapitre 19 sur 98 · ANGKOR-THOM · texte numérisé non relu

ANGKOR-THOM

et poutres de traverse sont très grandes et toutes recouvertes de peintures qui représentent Bouddha. Après le palais, les maisons des princes de la famille royale et les grands officiers ont des dimensions et une hauteur plus considérables que celles des particuliers; du reste toutes sont couvertes de chaume. Il n'y a que les temples dont la façade et les constructions de derrière peuvent être recouvertes en tuiles. Les maisons des magistrats ont aussi des dimensions particulières réglées d'après le rang des possesseurs. Celles des moins notables sont, comme celles des simples particuliers, recouvertes de chaume, car ceux-ci n'oseraient faire usage de tuiles. Les maisons des bourgeois varient de grandeur suivant la

richesse ou la pauvreté des propriétaires, mais les plus riches ne se hasarderaient pas à construire une demeure semblable à celle des officiers de l'État. Il est d'usage dans le Tchin-la de tourner les portes des édifices et des maisons du côté de l'Orient, c'est le côté le plus respecté. »

Piméan-acas (lieu élevé), qui était placé près des palais des rois, se compose de trois terrasses superposées. La première était formée d'une plate-forme assez large, tandis que les deux autres étaient plus étroites. (Voy. plan, page 24.) L'ensemble général du monument à base rectangulaire, avait l'aspect d'une pyramide dont chaque étage semble avoir été disposé pour être un lieu de promenade et d'agrément. Les Khmers pouvaient y jouir en faisant graduellement l'ascension des escaliers, de la vue magnifique donnée par la ville de Angkor-Tliom, des temples et des murs d'enceinte, tous embellis paroles jardins. Les murs des soubassements des trois terrasses de Piméan-acas sont construits de façon rustique en grossières assises de pierre de Bien-Hoa. La galerie voûtée, ou plutôt le couloir, sa largeur n'étant que de lm,10 sur 2m,20 de hauteur, qui domine la troisième terrasse, est d'une exécution soignée ; il s'y trouve peu de sculptures. De nombreuses fenêtres pratiquées le long des murs des façades intérieures et extérieures étaient closes par d'élégants balustres aux fines moulures. Ils tenaient toute leur hauteur et

Jffètres:

WÊÊh

Coupe de Piméan-acas suivant l'axe A. B. (Voy. plan page 24.)

Planche VIII

Phototypie Bertha

ANGKOR-VAT (Cambodge Siamois»

Tevadas sculptées sur un trumeau extérieur des galeries de la deuxième terrasse.

D'après nature, (p.i^e 59)

PIMEAN-AGAS

tamisaient la lumière envoyée par les rayons du soleil, tout en constituant les ornements principaux de cette galerie. On remarquera dans la coupe montrant la silhouette générale de Piméan-acas (voy. page 22), le curieux arrangement de la petite corniche de la galerie dont la pierre s'assemhle comme une pièce de charpente aux joints horizontaux qui forment sa voûte. Les pavillons d'angles et du centre étaient surmontés d'un dôme.

De même qu'à Piméan-acas, les escaliers extérieurs jouent un rôle important dans tous les monuments Khmers ; ils sont compris par leurs architectes tout autrement que ceux de nos monuments anciens ou modernes d'Europe. Leurs marches sont très hautes et fort étroites. J'en ai relevé quelques-unes dans les perrons de Piméan-acas (Voy. le plan en E, page 24). Elles ont 0m,30 de hauteur, sur 0m,10 de largeur. Dans l'édifice de Banh-Yong, elles avaient en différents endroits, 35 centimètres de hauteur sur 14 centimètres de largeur, proportion tout à fait extraordinaire pour nos usages. C'est à peine l'espace voulu pour poser son pied. Lorsque le souhassement est élevé, il faut pour gravir ces hauts gradins s'aider de ses mains, ou monter de côté, ce qui est souvent assez malaisé. Cette proportion dans les marches se rencontre partout, à peu de chose près, dans tous les monuments des Khmers. Les architectes de cette époque ont pris ce parti, évidemment dans une intention calculée. Toutes les conditions des perspectives d'une terrasse ou d'un souhassement sont changées avec cette disposition qui augmente en apparence les hauteurs et rapproche les distances. Elle fait valoir aussi singulièrement l'effet général produit par les édifices. On comprendra en voyant la figure ci-dessus, la différence de développement nécessaire pour un perron Khmer et celle qu'il faut pour un autre qui serait construit de nos jours pour nos monuments. Tandis que pour atteindre la hauteur de un mètre environ par exemple, les escaliers Khmers ne prendront que 42 centimètres de développement à la base, les nôtres, dont les marches ont généralement un emmarchement double de leur hauteur, demanderont un développement de 2m,10. On remarquera que les perrons vont toujours aussi en diminuant sensiblement de largeur à mesure qu'ils s'élèvent (voy. plan, page 24), ce qui contribue, par les lois de la perspective, à les faire paraître plus hauts qu'ils ne sont dans la réalité. Ceux de Piméan-acas ont, comme il est facile

"Wol Marches européennes.

Comparaison des marches khmères et des marches européennes.

PIMEAN-ACAS

de le vérifier, à partir du sol une largeur de 3m,20. Sur celui de la troisième terrasse, ils n'auront plus que lm,90. Chacun des paliers qui marque la diminution graduelle dans la largeur du perron, est encadré de piédestaux massifs sur

Plan d'ensemble de Piméan-acas (lieu élevé) situé dans l'enceinte de Angkor-Thom.

(Relevé sur place.)

lesquels était posé un lion ou song sculpté dans une pierre de grès. Il y en avait un également de dimension plus grande, placé aux angles des trois terrasses. La galerie supérieure est coupée par quatre petits vestibules placés

PIMEAN-ACAS

suivant les axes principaux du monument. Ils donnent accès à la cour intérieure sans doute autrefois dallée et aux quatre escaliers qui conduisent au petit édicule, le couronnement de l'édifice. Tout ici est malheureusement complètement écroulé à partir des joints horizontaux qui donnaient naissance aux voûtes. Quelques panneaux restés en épannelage, étaient destinés à recevoir des sculptures (Voy. le plan en S). Les hommes du village de Àngkor-Thom et mes mandarins de Siemréap, me disaient que ce petit édicule avait été primitivement

Bas-relief de la terrasse des « Dam-reys » (Défilé des éléphants) située dans l'enceinte d 'Angkor-Thom et conduisant a Bapuon (Cambodge siamois). (D'après nature.)

surmonté d'un dôme richement doré et qu'il était d'une immense élévation. Il est impossible de croire ces récits en étudiant les proportions restreintes de ce gracieux pavillon. Certainement il était orné d'un dôme, mais ses proportions ne pouvaient être qu'assez peu développées, comme le témoignent d'ailleurs les pierres écroulées et les décombres qui cachent partout le dallage de la cour supérieure (voy. en II, sur le plan, page 24). Peut-être dans le pavillon central y avait-il la statue d'un Dieu qu'on allait honorer en même temps qu'on pouvait jouir de ce lieu élevé de la vue de la ville, et des parcs environnants. Ce monument, hors ce détail, n'a aucun caractère religieux.

BAPUON.

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