VI PRÉFACE
de même la difficulté actuelle de mon voyage, les frontières n'étant point sûres par suite de la présence de soldats ennemis maraudeurs .
— Un artiste comme vous, me disait-il avec amabilité, peut justement passer pour un espion puisqu'il lève des plans et regarde avec trop de soin les endroits par lesquels il passe.
Il fallait prendre un parti et surtout attendre. Je restai donc en territoire cambodgien où je pouvais visiter les ruines magnifiques situées près de la frontière au milieu des forêts, et qui sont connues sous le nom de Prëa-Khane et de Beng- Méaléa. Le voyage en est moins aisé, mais en ce pays, j'avais des facilités, grâce à r obligeance de M. À. Leclère, le résident de Kompong-Thom qui m '« aidé de ses conseils. Il ma fait accompagner par des mandarins connaissant les forêts et par des hommes en qui je pouvais avoir confiance. .Pavais en outre toutes les recommandations utiles pour mes excursions diverses.
Plus tard, en octobre 1893, revenu à Phnom- Penh, les difficultés étant levées avec le Siam, M. de Verneville me remit les papiers nécessaires pour le gouverneur siamois de Siem Réap. C'est alors que f ai pu accomplir la partie la plus importante de mon voyage.
Je ne suivrai pas ici f ordre véritable de mes excursions. Je les ai commencées par les raisons que j'ai dites plus haut, en visitant les ruines qui passent pour être les moins anciennes du Cambodge. Pour suivre leur ordre chronologique, je dois décrire d'abord la deuxième partie de mon voyage, celle qui concerne Angkor-Thom, Banh-Yong, Ta-prôhm, etc., situées dans le Cambodge siamois, et continuer par les ruines de Beng-Méaléa et de Préa-Kliane.
L'île de Java était aussi comprise dans ma mission, les ruines de Bouro-Boudor, de Prambanam, etc., termineront le récit de mes pérégrinations orientales, avec mon retour en France, par l'Australie.
Ce livre, résultat de plusieurs mois de travail, était sur le point de paraître ; il décrit les admirables monuments des anciens Khmers qui appartenaient en grande partie, lors de mon voyage, au gouvernement Siamois. Actuellement, à la suite des victoires Françaises et grâce à la dernière convention diplomatique Anglo-Française, datée du 13 Janvier 1896, tout est heureusement changé.
Les délimitations des frontières du Tonkin, de l'Annam et du Cambodge sont enfin arrêtées. La convention donne à la France le droit de rendre au royaume du Cambodge qu'elle protège, les restes de son antique capitale Angkor-Thom avec Angkor-Vat la pagode royale et les superbes ruines d'alentour. — Le roi Norodom, outre ces glorieux et artistiques souvenirs de ses ancêtres les Khmers, rentrerait en possession de Dattamliang et des riches campagnes environnantes, véritables greniers d'abondance de la contrée. Après la guerre de 1893, les Cambodgiens ne pouvaient comprendre que leurs protecteurs victorieux n'avaient pas su rendre à leur roi l'ancienne partie du territoire conquise autrefois par les Siamois. Ils verront aujourd'hui qu'il fallait prendre patience et ils sauront enfin se rendre compte que la France sait protéger ses amis d'une façon efficace.
En ce beau pays, l'influence Française va certainement s'accroitre avec rapidité, grâce à cette convention qui semble pour toujours, assurer la paix.
CÛ