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Plan général de Banh-Yong (Belle-Vue). — Les galeries des deux premières terrasses (Cambodge siAiMois).
(Relevé sur place.)
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considérer comme étant le premier étage de Banh-Yong. Pour les galeries et les tours situées au centre de la cour intérieure, il est loin d'en être de même. Élevées sur un premier soubassement, presque toutes se trouvent sur un sol de hauteur différente, communiquant cependant entre elles par des escaliers ou par quelques marches seulement. Cet arrangement étrange, original, rend d'abord la compréhension du plan difficile et justifie le nom de Préa-Sat-lmg-Poun, temple du jeu de cache-cache, que les indigènes ont donné quelquefois à Banh-Yong. Nous allons essayer d'indiquer le chemin de ce labyrinthe.
En étudiant le plan des deux premières terrasses (page 29), nous voyons que le terre-plein sur lequel se trouve le sanctuaire, est entouré d'une galerie triple qui se décompose ainsi : une galerie extérieure faisant face à la cour fermée par le mur d'enceinte; une galerie médiane reliant entre elles les seize tours d'entrée; enfin un portique ou cloître qui encadre les quatre cours intérieures (C, C, etc.). Les premières galeries extérieures donnent au visiteur l'illusion de portiques de communication, mais il n'en est pas ainsi lorsqu'on les étudie. Elles n'ont quelquefois aucun accès avec le reste de l'édifice, on y monte alors directement par le jardin, ou bien elles ne communiquent avec les tours d'angles (voy. T), que par un seul côté. Souvent enfin, leur accès avec les sanctuaires n'est possible que par quelques hautes marches montant au niveau du sol de la galerie médiane. Ces galeries séparées peuvent être considérées comme autant de loggias. Les habitants d'Àngkor-Thom venaient y rêver pendant leurs loisirs. Ils avaient d'un côté l'agréable vue des jardins de la cour intérieure, et tournant ensuite leurs regards vers les murailles, ils pouvaient contempler des bas-reliefs admirables représentant des scènes familières de leur existence : la chasse, la pêche et les danses, ou d'autres sculptures qui leur rappelaient les merveilleuses légendes décrites dans le Mahabharata. La galerie médiane, sombre par suite du mur plein qui la sépare des loggias extérieures, n'est éclairée premièrement que par le cloître des petites cours (voy. C). Le sol dallé de ce cloître est sur deux côtés seulement, de plain-picd avec celui de la galerie médiane. On monte quelques marches pour gagner le niveau du sol de ses deux autres côtés (voy. E), qui n'ont pas de communication entre eux, ainsi qu'on le voit sur le plan. Ces parties du cloître jouent, dans ces petites cours intérieures, le même rôle que celui des galeries extérieures; ce ne sont que des loggias. Le sanctuaire marqué en S, avec deux vestibules pourvus d'escaliers droits conduisant directement à la cour C, se trouve sur un sol de niveau supérieur à celui des loggias E. Ces dispositions sont les mêmes dans les trois autres cours.
BANH-YONG
Revenons dans la galerie médiane pour monter les hautes et étroites marches qui conduisent à un nouvel étage où tout est plus sombre encore. La galerie médiane surélevée ne reçoit de jour en cette partie de l'édifice que par un étroit portique de 0m,80 de largeur au plus, ayant ses pilastres très rapprochés du mur du terre-plein. Les murs intérieurs, comme ceux du bas, sont dépourvus de sculptures. Nous voici parvenus au niveau des douze tours qui forment sur chaque face les motifs les plus importants de cette deuxième terrasse.
Dûmes aux o.uatue faces de Braiima, vue puise du point L (Voy. plan, page 33) sur la terrasse supérieure
de Banii-Yong (Cambodge siamois). (D'après nature )
Posées sur le même soubassement que celui des quatre tours d'angles, elles se sont élevées graduellement avec lui, de même que la galerie médiane.
Sur chaque façade, les trois tours réunies par la galerie médiane forment des vestibules monumentaux ayant chacun quatre larges ouvertures. L'une conduit par des escaliers aux jardins. Deux autres servent à la circulation de la galerie médiane. Pour la quatrième située du côté du terre-plein, il y a quelques différences. Celle des tours placées à droite et à gauche de la tour du milieu 0, sert de communication à la galerie conduisant aux petits sanctuaires placés au pied du mur de soutènement du grand Préa-Sat. Celle de la tour du milieu 0, orientée au midi, à
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l'ouest et au nord, donne accès à un large escalier pratiqué dans le terre-plein qui mène sur la troisième terrasse, tandis que celle de la tour K, orientée à l'est, mène dans un sanctuaire presque complètement obscur. Dans la galerie médiane (est), de chaque côté de ce sanctuaire se trouvent les entrées des deux escaliers M et M, qui conduisent à la terrasse supérieure comme les trois autres dont nous venons de parler plus haut.
Au niveau de cet étage, il y a plusieurs surprises à noter. Du côté orienté à l'est, en visitant la galerie G, on découvre une salle obscure construite sous le terre-plein (en N). Il m'a paru, malgré l'amas des décombres, que ces lieux marquaient l'emplacement d'une citerne aujourd'hui entièrement comblée.
Sur la face nord, on remarque que le terre-plein a été entaillé assez largement pour faire place à un petit sanctuaire, marqué en X (voy. plan, page 33).
Sur la face ouest, il en est de même, cependant l'espace creusé est moins considérable. Le sanctuaire (en V sur le plan, page 33) s'appuie sur deux côtés contre le mur du terre-plein, tandis que le sanctuaire X est isolé de toutes parts.
Gravissons les hautes marches de l'un des cinq escaliers qui conduisent sur la troisième terrasse, dont le plan affecte la forme d'une croix. Nous sommes ici presque au niveau des bases des trente dômes qui surmontent les tours et tous les petits sanctuaires de la deuxième terrasse que nous venons de quitter. Ces dômes sont reliés entre eux par de légères crêtes de pierre qui forment une sorte de faîtage sur le haut des voûtes des galeries. Leurs sculptures représentent une série continue de dieux accroupis sur un trône, placés sous une arcade trilobée découpée à jour. Les dômes sont tous revêtus des quatre faces de Brahma coiffées d'une tiare chargée de bijoux et couronnée d'une fleur de lotus. Leurs visages ont une expression sereine pleine de dignité, le nez et les lèvres sont bien accentués. Leurs yeux, largement ouverts, semblent nous suivre dans notre marche, sur cette plate-forme étrange, digne séjour du Dieu suprême.
Nous donnons l'aspect de ces dômes vus de deux points différents. L'un, vu du point L, montre le dôme principal de la façade orientée à l'ouest et ceux des sanctuaires marqués en V et en J sur le plan (voy. page 33). L'autre, vu du point N, permet de distinguer le dôme Z, presque caché par les racines d'un énorme figuier, et celui du sanctuaire X. On remarque enfin le dôme de Pédicule H, ainsi que les ruines d'une partie des salles d'entrée du grand Préa-Sat {voy. planche II, page 1). La balustrade de cette troisième terrasse était formée par les longs corps d'immenses Nagas aux tètes multiples relevées et menaçantes, qui semblaient défendre les entrées des cinq escaliers. Le, sentiment
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d'admiration qu'on éprouve à la vue de cet ensemble extraordinaire, s'accroît encore
à la vue du grand Préa-Sat accompagné de ses péristyles et de ses colonnades sculptées.
Le plan de ce sanctuaire se subdivise en seize parties qui ont chacune leur porte
Plan général de la troisième et dernière terrasse de Banii-Yong (Belle-Vue).
(Relevé sur place.)
spéciale. Elles sont reliées entre elles par une colonnade placée sur un soubassement peu élevé au-dessus du sol de la terrasse (voy. le plan ci-dessus).
Quatre portes principales orientées aux quatre points cardinaux communiquent par des couloirs au Préa-Sat.
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La porte orientée à l'est est située au fond des magnifiques salles qu'on peut considérer comme les vestibules du sanctuaire; celles du midi, de l'ouest et du nord, correspondent avec les trois petits édicules précédés de portiques et aux escaliers qui descendent aux galeries inférieures.
Le Préa-Sat, lieu mystérieux où aucun fidèle, suivant les lois Brahmaniques, ne pouvait pénétrer, renfermait la statue de la divinité suprême qui, résidant sous le dôme sacré, restait cachée à tous les yeux. L'idole était placée au centre d'un bassin carré aux parois parem entées, dans lequel on déposait, dit-on, toutes les offrandes apportées le jour de l'inauguration du saint lieu. Ce bassin était recouvert ensuite d'un épais dallage. La salle est complètement obscure et de forme ronde.
Les douze autres portes s'ouvrent sur une première chambre qui sert de vestibule à une seconde plus petite. Six de ces secondes salles, sortes de niches où le jour pénètre à peine, contenaient un autel, tandis que les autres n'avaient que des statues.
En considérant la façade de ce sanctuaire principal, il semble, à première vue, que les pilastres extérieurs placés devant les seize parties qui divisent presque également la circonférence de la tour, doivent former une colonnade continue. Il n'en est pas ainsi. Ces pilastres ne sont là que pour porter une première rangée de frontons trilobés formés de deux serpents aux tètes multiples. Une deuxième rangée de frontons s'élève ensuite en arrière et au-dessus de la première. Celle-ci est construite sur le prolongement du mur dans lequel sont pratiquées les seize portes d'entrée. Entre chacun de ces frontons, dominant les tètes multiples des serpents qui les composent, on voit deux cariatides représentant un superbe Garuda aux ailes déployées. Ces cariatides portent une deuxième colonnade surmontée de deux frontons étages, semblables à ceux du rez-de-chaussée. C'est un deuxième étage, d'ailleurs inaccessible, qui ne sert que pour la décoration de l'édifice.
Les entre-colonnements de ces pilastres sculptés sont occupés par des panneaux ornés d'une fausse fenêtre garnie dans toute sa hauteur de balustres finement découpés.
Les frontons superposés de ce deuxième étage servent de contreforts à huit dômes qui s'élèvent dans le ciel en formant la plus originale silhouette qu'on puisse voir. Trois de leurs faces sont visibles, la quatrième restant engagée dans la maçonnerie. Du côté de l'est, deux dômes de petites dimensions, ne montrant qu'une seule face de Brahma, accompagnent le dôme situé dans l'axe des grands
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vestibules d'entrée. Son importance est plus grande que les autres qui sont sur le même niveau.
Le couronnement final du Préa-Sat est formé par un dernier dôme s'élevant à plus de 40 mètres au-dessus du sol de la terrasse. Les quatre figures de Brahma
Cour intérieure ou jardin
Galerie intérieure
Cour
Détail des pilastres d'une galerie intérieure de Lîanii-Yong. (Voy. plan, page 29, en A.)
Bas reliefs Bas reliefs
le?° galerie d'enceinte
Double portique
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Détail des pilastres de la première galerie de Banii-Yong. (Voy. en R, sur le plan, page 29.)
dépassent de beaucoup les autres en proportion. Elles ont aussi le front ceint d'un diadème, couronné d'une tiare à quatre étages surmontée d'une fleur de lotus. L'aspect de ces tètes, à cette hauteur, paraît plus étrange encore que celui des figures des autres dômes groupés et s'étageant à leur pied. Elles les écrasent par leur air de majesté solennelle.
Le plan de Banh-Yong, compliqué dans ses parties, forme un ensemble absolument unique en son genre ; les façades ne sont pas moins intéressantes.
Les tours, d'une proportion superbe, s'élevant graduellement avec les galeries remplies de bas-reliefs, produisent un effet extraordinaire et augmentent par leur merveilleux groupement celui du dôme central, le chef-d'œuvre entre tous.
Les galeries semblent peut-être basses tout d'abord, elles n'en sont pas moins cependant construites dans d'agréables proportions et font valoir les tours dômées auxquelles elles sont reliées. Tous les pilastres de forme carrée sont composés d'un fût monolithe qui s'assemble au chapiteau par tenon et mortaise à la manière des pièces de charpente. Ces fûts sont quelquefois composés de quatre blocs rapprochés lorsqu'ils sont placés aux angles des galeries ; comme en A par exemple (voy. plan, page 29, et détail, page 35) ou bien dans la galerie extérieure (voy. plan, page 29, enR, et détail, page 35), ils font l'office de chambranles d'une
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porte d'entrée principale ou de celles moins importantes, de la double galerie. Ils sont placés également contre les assises qui composent les trumeaux des fenêtres. Les baies de celles-ci sont fermées par de hauts balustres finement sculptés qui laissent pénétrer, tout en les tamisant, les rayons du soleil. Dans mon dessin de la galerie intérieure de Beng-Méaléa (voy. planche XXI, page 84), on voit la disposition de ce genre de balustre qu'on remarque avec quelques variantes de détails ou de profils dans toutes les ruines Khmères. Les tableaux de ces fenêtres ainsi que ceux des portes sont sculptés de haut en bas d'ornements légèrement ciselés dans la pierre, donnant presque l'aspect d'une étoffe brodée tendue sur la muraille. Nous en donnons un fragment (voy. ci-dessous), ce sont des perroquets, genre
kakatoès, se jouant au centre de médaillons formés par des rinceaux de feuillages. Les médaillons n'ont pas plus de vingt centimètres de diamètre.
Les sculptures qui couvrent presque partout les façades de cet édifice, sont souvent inégales d'exécution, quelquesunes sont parfaites dans leur genre et dénotent la sûreté de main de l'artiste qui les a taillées. Beaucoup d'autres au contraire restent naïves ; le travail en est encore presque rustique. C'est celui des élèves que les Khmers formaient sans doute, comme nous l'avons dit plus haut. A eux seuls, les maîtres ne pouvaient exécuter des bas-reliefs qui occupent pour la galerie de la deuxième enceinte un développement de près de 500 mètres et pour celui des loggias du jardin intérieur plus de 300 mètres. Dans quelques endroits, on remarque des parties inachevées ou restées encore en épannelage ; elles étaient destinées à recevoir des sculptures. Sous chaque tour, il y avait une idole ; il n'en reste que des débris le plus souvent, ou le piédestal incomplet. Je puis donner le spécimen d'une tête de l'une de ces statues dont le corps brisé est renversé sur le sol. Cette sculpture donne l'idée du type aryen dans toute sa beauté. La figure a une expression calme pleine de dignité, et ne ressemble en rien au type actuel des Cambodgiens. C'était sans doute là, l'idéal conservé et admiré des anciens Khmers.
Les lignes, de face ou de profil, sont absolument parfaites et témoignent bien
Panneau orné, rinceaux et perroquets.
(D'après nature.)
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BANH-YONG
du talent de l'artiste qui a su les ciseler clans la pierre. La coiffure originale dans sa forme est intéressante avec cette sorte de diadème formé par un Dieu accroupi posé sur une couronne (voy. page 37).
Banh-Yong était, comme tout le fait présumer, un monument voué à Brahma, mais il servait aussi de lieu de promenade. Les loggias ménagées dans les façades, ornées de bas-reliefs, dont les sujets sont plus souvent profanes que religieux, et ayant vue sur les jardins de la cour intérieure, celles des quatre petites cours donnent bien l'idée de lieux faits pour le repos et la contemplation, les deux choses essentielles chez un Oriental. Au Cambodge, c'est encore aujourd'hui l'usage d'aller passer de longues heures dans les temples et les jardins. Les femmes y vont aussi entre elles ; elles s'y reposent étendues sur des nattes sous les ombrages des arbres sacrés. Dans l'Inde méridionale, les grands temples brahmaniques de Madura, de Combaconum, etc., servent de même comme des lieux de pèlerinage et de promenades permanentes.
Banh-Yong occupe une surface considérable ; les façades de la deuxième enceinte ont un développement de plus de 150 mètres sur 140 mètres de côté. Celles de la troisième enceinte ont environ 70 sur 85 mètres de côté. Les perspectives qu'elles forment sont splendides. Cependant l'architecture en général n'est pas grande d'échelle. La largeur des galeries de la deuxième terrasse, la galerie médiane entre autres, ne dépasse guère plus de deux mètres. Celle de la deuxième enceinte, toute remplie d'une longue suite de bas-reliefs, atteint 2m,30.
Les plus grandes portées des voûtes, soutenues par des pilastres, atteignent 2m,50, comme on peut le vérifier sur les plans.
Le grand Préa-Sat central s'élève, il est vrai, à une hauteur de plus de 40 mètres au-dessus du sol de la troisième terrasse, mais les dômes secondaires sont loin d'atteindre cette proportion, n'ayant pas 18 mètres au-dessus du sol de leur soubassement respectif. Les fenêtres des portiques sont aussi petites, leur largeur
Tète de divinité (fragment trouvé a Banh-Yong) (D'après une photographie.)
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étant de lm,2o ou lm,40 au plus et les sculptures des bas-reliefs sont toujours beaucoup moins grandes que nature. Les tevadas ou nymphes célestes sculptées dans les trumeaux extérieurs n'ont souvent pas un mètre de hauteur. Les proportions néanmoins sont observées avec une science telle, un art si parfait, chaque détail sculpté se faisant valoir si merveilleusement, que la sensation première éprouvée en visitant ces lieux sacrés est d'abord contraire à la réalité. Tout semble grandiose. Bientôt les choses sont vues avec plus de vérité. L'admiration n'est pas diminuée à mesure qu'on pénètre dans ces longues galeries et ces nombreuses salles toutes remplies de sculptures d'une originalité sans égale, dont la variété et le charme dépassent tout ce qu'il est possible de rêver.
Banh-Yong tout entier est construit en pierre de grès [Thma phoc ou pierre de boue) ; les carrières existent aux environs de Angkor-Thom. C'est avec ces pierres que tous les monuments importants du pays ont été construits généralement. Les Khmers employaient aussi pour leurs murailles d'enceinte ou les soubassements une pierre à peu près semblable à notre pierre meulière. Elle est rustique et d'aspect spongieux. C'est la pierre de Bien-Hoa ou Bai Kriem (riz grillé).
Dans les monuments de la dernière période, époque de décadence, ils employaient les briques cuites, réservant pour les linteaux, les chambranles, les légères colonncttes, etc., qui recevaient des sculptures, la pierre de grès.
Aux environs de Angkor-Thom, il existe d'autres ruines importantes ; celles de Préa-Khanc situées au nord, que je n'ai pu visiter, puis vers l'est, celles de Ta- Prôhm (le divin ancêtre Brahina) et de Ekdcy avec son immense bassin ou Sra Srong. Elles se trouvent de l'autre côté de la petite rivière qui baigne la ville de Siemréap et va se perdre dans le lac Tonlé-Sap. Les sanctuaires de construction plus moderne, ceux de Mi-Baume, de Préa-rup, sont peu éloignés de Ta-prôhm.
D'après les Cambodgiens, comme d'ailleurs tout semble le démontrer par les sculptures des sanctuaires, Ta-Prôhm aurait été dédié primitivement à Brahma et Ekdcy devait servir de monastère. Les prêtres de Brahma avaient pour charmer leur loisir un bassin, le Sra Srong, où ils pouvaient faire leurs ablutions, ramer dans de nombreuses pirogues et se donner le plaisir de la natation. Le Sra Sroiig est de forme rectangulaire, ses côtés mesurent d'une part 600 mètres, de l'autre 400 mètres environ ; par ses vastes proportions, on peut le considérer comme un lac artificiel. Les hautes eaux m'ont empêché devoir les talus de pierre construits en gradins et la grande terrasse cruciforme qui, dit-on, servait de débarcadère pour les barques et pirogues des Brahmanes.
LE SRA SRONG
Le monastère de Ekdey, avec ses sanctuaires, était fermé par deux enceintes.
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Plan d'ensemble du monastère de Ekdey, prés de Ta-Prùhm (Cambodge siamois).
(Relevé sur place.)
MONASTERE DE EKDEY
Doux portos situées sur les facos est et ouest servaient d'entrée à la première enceinte. Elles étaient surmontées d'un dôme aux quatre faces de Brahma analogue à ceux do Banh-Yong.
En quittant les bords du Sra Srong, on aperçoit la porte (côté est) du monastère au travers des arbres de la forêt. C'est par celle-là qu'on passe généralement, comme étant la plus voisine du village Bon-taï, près duquel j'avais dû organiser mon nouveau campement pour plusieurs jours. Le sol encore dallé de cette porte montre la trace dos roues des anciens chars qui pouvaient pénétrer clans l'intérieur de la première enceinte renfermant un parc considérable. Nous passons sur les ruines d'une terrasse cruciforme placée en avant du gopura A, l'entrée orientale de la deuxième enceinte (voy. plan, page 39). Le mur est ici peu élevé. Son couronnement se compose d'une série continue de pierres de grès, ayant la forme de pommes de pin (voyez le dessin ci-contre qui en montre la coupe eL une
vue de face). Les assises de base sont en pierre de Bien-Hoa.
Deux petites portes sont pratiquées sur les faces orientées au midi et au nord. La muraille est entourée d'une large chaussée dallée dont les parois maçonnées , longentun vaste bassin .
Le gopura d'entrée (A) est revêtu sur toutes ses faces de sculptures remarquables. Dans les trumeaux des fenêtres, on ne voit que d'élégants rinceaux encadrant des niches finement découpées dans lesquelles un dieu gardien tout armé et debout, veille sur ces lieux sacrés. Le grand vestibule intérieur du gopura est en forme de croix; ses voûtes étaient soutenues par une superbe colonnade. Lorsqu'on pénètre dans la seconde enceinte, on laisse sur sa droite un petit édicule ruiné (B), formé de pilastres encore en épannelage. En continuant de traverser la chaussée de pierre on arrive bientôt devant un palais dont les entrées ornées d'un portique sont monumentales. Le plan intérieur de ce palais se compose d'une vaste salle en forme de croix (voy. C, plan) ne recevant de lumière que par quatre petites cours (B), longues et fort resserrées par des portiques. Une grande galerie rectangulaire éclairée par des fenêtres et aussi par les petites cours, sortes d'atriums, enferme le tout. Ce premier palais est placé sur une grande plate-forme toute dallée qui
Ornements de pierres placés sur la crête du mur d'enceinte a Ekdey.
(D'après nature.)
MONASTÈRE DE EKDEY
entoure ('gaiement l'enceinte des sanctuaires principaux (D) où nous entrons. Un cloître intérieur à double rangée de pilastres régnait tout le long de la muraille d'enceinte.
Beaucoup d'entre-colonnements de pilastres onl été murés avec des pierres de Bien-Hoa, sans doute à des époques récentes. Les voûtes sont tombées malheureusement presque partout. Une cour dallée (C) sépare le cloître des sanctuaires dont toutes les façades sont ornées à profusion de sculptures gracieuses ((imposées de motifs pleins d'originalité d'une variété extrême. On a lieu de s'étonner cependant que dans ces ornements, tout ce qui louche à la statuaire soit relativement si imparfait. Les nombreuses Tévadas, danseuses célestes qu'on voit partout figurées en hautrelief, sont souvent défectueuses au point de vue de l'art. Si leurs bras chargés de bracelets, sont quelquefois trop longs, les mouvements qu'ils dessinent sont cependant gracieux et charmants dans leur naïveté. Les jambes sont mal modelées et les pieds, trop grands le plus souvent, sont toujours représentés de côté. On remarque à Angkor-Vat de nombreux spécimens de ce genre de bas-reliefs ayant les mêmes défauts (voy. planche VIII, page 23). La seule statue en haut-relief que j'ai remarquée ayant les pieds de face, est celle du dieu gardien du gopura d'entrée (A) qui est placé dans sa niche (voy. plan, en S). Sur les neuf dômes à plusieurs étages qui surmontaient les tours, il n'en reste que trois à peu près complets, ce sont ceux de la partie centrale.
Parmi les salles ruinées et les vestibules des sanctuaires, on trouve une quantité considérable de statues mutilées. Beaucoup d'entre elles sont intéressantes. J'ai ramassé une tête de Dieu (Vishnou sans doute) qui était presque enterrée dans la poussière. Elle m'avait fait trébucher dans les ruines au moment où mes mandarins, porteurs de la longue chaîne de rotin qui me servait à prendre les mesures nécessaires à mon relevé, voulaient bien m'aider dans mon travail. Cette tête, qui
appartenait à une statue de petite dimension, n'a pas plus île quatorze centimètres