LES BONZES DE ANGKOR-VAT
renferment de grandes statues de Bouddha, qui sans doute autrefois étaient dorées; mais l'état de dégradation dans lequel elles se trouvent, leur enlève tout l'intérêt qu'elles pourraient avoir. Elles sont placées sur de larges piédestaux auprès desquels on peut approcher en montant quelques marches. Dans presque toutes les galeries de Angkor-Vat, il y avait primitivement au-dessus de la corniche intérieure, un plafond de hois formant des caissons richement sculptés, dorés ou rehaussés de peinture. Ils cachaient entièrement les voûtes en ogive construites par joints horizontaux, qui restent aujourd'hui à découvert.
Les tours d'angles surmontées d'un dôme renfermant la statue d'un Dieu, étaient closes, de môme que les ouvertures des passages munis d'escaliers, par de lourdes portes à panneaux décorés. Les traces des trous creusés dans les murs pour recevoir les pivots et les saillies de pierres ménagées à la partie supérieure des chambranles ou sur les seuils, sont visibles encore clans de nombreux endroits. Ces boiseries devaient ajouter à la beauté du monument, mais pendant des siècles le climat chaud et humide a fait son œuvre, de même que les myriades d'insectes destructeurs. Toutes ces menuiseries artistiques sont tombées en poussière, sauf quelques débris épars qu'on retrouve encore et qui font comprendre la décoration d'origine.
Pendant mon séjour à Angkor-Vat, vivant dans un monde fantastique révélé par les sculptures de ces lieux sacrés, constamment sous le charme des merveilles que je découvrais chaque jour, j'oubliais l'isolement où je me trouvais... c'était l'admiration perpétuelle. Toujours suivi par quelque Bonze ou un de mes mandarins qui ne me perdaient pas de vue un instant, malgré les longues poses que je faisais pour dessiner, j'étais surveillé mais non gêné cependant par eux, restant libre de tout étudier. On doit approuver cette mesure sévère recommandée par le gouvernement siamois. Des voyageurs ont brisé quelquefois des sculptures pour en emporter des fragments. Les Siamois disent que ce sont surtout des touristes anglais qui ont commis ces méfaits. J'espère que la remarque est vraie. Les Français, plus respectueux des choses de l'art, n'auraient jamais le mauvais dessein de rien détruire, ni l'idée d'emporter sans autorisation, le moindre débris de pareils monuments.
Le soir, ayant terminé mes tournées dans la pagode royale, je rentrais dans la sala où mon cuisinier avait préparé mon repas frugal. Pendant mon absence, il prenait souvent quelques poissons qui pullulent dans le Sra émaillé de lotus rouges et blancs. Lui et mes hommes, conducteurs de chariots, savaient en faire rapidement une abondante récolte. Ils entrent dans l'eau peu profonde, quelquefois