‹ Cambodge et JavaChapitre 38 sur 98 · KOMPONG-CIIDEY. DÉPART EN BARQUE ET EN PIROGUE. DONG. LA FORÊT · texte numérisé non relu

KOMPONG-CIIDEY. DÉPART EN BARQUE ET EN PIROGUE. DONG. LA FORÊT

LES ACCIDENTS. LES KOUYS A ANKRON. SAUVAGES DES FORÊTS. MON CAMPEMENT A

THNAL-PRAS-STRATING.

our parvenir au village de Kompong-Thôm situé sur le chemin des ruines cambodgiennes, il n'y a point de service de bateaux à vapeur comme pour atteindre la ville siamoise de Siemréap. Désireux d'ailleurs de voyager à la manière des indigènes, je loue une barque dans laquelle mes hommes placent nies bagages et toutes mes provisions renouvelées. L'heure du rendez-vous venue, j'allais quitter le port de Phnom-Penh; nous sommes au moment de partir, mon cuisinier n'apparaît point, l'inquiétude est générale. Il accourt enfin accompagné de son épouse éplorée. L'homme se jette à mes pieds, m'avouantsa faute, la cause de son inexactitude. Les piastres que je lui avais données d'avance, destinées

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à sa femme pour qu'elle puisse subsister pendant son absence, et ce qui ne pouvait m'être indifférent, à l'achat d'un sac de pommes de terre et de haricots pour mon usage, avaient toutes été perdues par lui au jeu du Baquan. Le malheureux était comme tant d'autres, atteint de la passion du jeu. Pour mettre fin à la scène de larmes, je remis quelque argent à la femme qui se consola aussitôt, voyant que j'avais confiance en elle. Elle alla elle-même au marché, m'acheter mes légumes, pendant que les bateliers gardaient mon cuisinier, prisonnier clans la barque. Il aurait été capable d'aller encore tenter la chance avec les nouvelles piastres données. La femme revint bientôt et me remerciant de ne l'avoir pas abandonnée dans son malheur, elle nous souhaita bon voyage.

Le courant du Mékong est difficile à remonter pour les rameurs, mais le vent, heureusement pour nous, étant favorable, on put mettre la voile et nous arrivons à la nuit non loin de Cherin-Chamrès. Mes hommes attachent la barque à un gros arbre en secouant d'abord les branches pour faire tomber les serpents qui s'y trouvent quelquefois. Mon cuisinier me fait mon dîner et je passe la nuit sous ma moustiquaire. Notre voyage reprend son cours dès l'aurore, en longeant les bords du fleuve couverts de bambous, et de roseaux. Je vois par instants, tout près cle la barque, des crocodiles effrayés, qui passent à la nage, montrant le bout cle leur museau hors de l'eau. Des singes nous suivent par moment le long du rivage, en sautant cle branches en branches et de nombreux oiseaux s'envolent autour de nous. Ce sont les distractions du voyageur. Nous arrivons à Kompong-Chenan après deux journées de navigation. Ce village commande l'entrée du grand lac Tonlé-Sap, il est entièrement inondé, sauf le terreplein où se trouve une pagode pittoresque reconstruite sur le modèle cle l'ancienne qui tombait en ruine. Chaque habitant vaque à ses affaires avec sa pirogue n'ayant, pendant plus cle quatre mois par année, que ce moyen pour correspondre avec son voisin.

Le mouvement dans la ville est relativement considérable par suite de l'industrie importante qui occupe une partie des habitants. Kompong-Chenan est connu par ses fabrications de poteries de toutes sortes qui sont exportées partout dans la province.

A l'entrée du village, je remarque quelques maisons curieuses élevées sur de grands radeaux faits de tiges de bambous, et amarrées le long du fleuve. Ces demeures ornées de balcons ou de petites terrasses au plancher à claire-voie, remplies cle fleurs, s'élèvent ou s'abaissent suivant le niveau des eaux. Leurs habitants peuvent, grâce à cette disposition ingénieuse fort utile en ce pays, se

LES PLAINES INONDEES, KOMPONG-THOM 65

déplacer à leur guise en profitant de l'inondation sans être obligés de troubler en rien leurs dieux pénates.

Nous nous arrêtons devant les escaliers de la maison du directeur du télégraphe, Annamite intelligent qui parle le français avec facilité, c'est lui qui nous offre l'hospitalité, les hôtels n'existant pas à Kompong-Chenan. Il m'annonce que M. A. Leclère, résident de France à Kompong-Thôm, prévenu déjà de mon arrivée prochaine, m'a envoyé un milicien pour me servir de guide. En cette saison , il est possible d'abréger singulièrement son voyage. Au lieu -de chercher à gagner le cours sinueux du Stung-Sen ou rivière du Sacrifice qui se jette dans le lac Tonlé- Sap, les rameurs peuvent se diriger à travers les plaines et les forêts inondées jusqu'à Kompong-Thôm. Le trajet peut s'exécuter ainsi en douze heures environ, tandis qu'en allant parla rivière il faudrait près de quatre journées.

Nous ne tardons pas à quitter Kompong-Chenan. Le Mékong est traversé et bientôt nous nous trouvons sur une véritable mer, couverte de roseaux. Les cimes des arbres en grande partie submergés se détachent à l'horizon; quelques-unes plus hautes que les autres, servent de point de repère à notre guide, pilote habile, sachant s'orienter sans hésitation sur cette nappe d'eau qui semble sans limite. La solitude est complète en ces lieux étranges (voy. page 63); le calme absolu en est seul troublé par la voix de l'homme qui, excitant les rameurs, leur indique la direction à suivre.

Kompong-Thôm (le grand marché) était autrefois une ville assez florissante. Sa décadence est venue par suite des guerres. Actuellement ce n'est plus qu'un grand village de 6 à 7 000 âmes environ, entouré de marécages qui s'étendent à perte de vue. Trois Français y habitaient lors de mon séjour, le résident et son secrétaire, puis le commandant de la milice cambodgienne composée de cent hommes indigènes.

Après une cordiale réception de M. A. Leclère, le résident, qui m'offre

l'hospitalité dans sa maison bien aérée, placée dans un joli jardin, je suis conduit

par lui chez le gouverneur cambodgien de Kompong-Thôm. Les salutations d'usage

terminées, la conversation ne tarde pas à languir malgré la bonne volonté de nos

interprètes. Le gouverneur, pour mieux nous honorer, désire nous offrir un

concert à la mode du pays. Il nous fait asseoir sur des sièges à l'européenne dans

sa grande salle de réception, à la toiture de chaume. Des vases remplis de fleurs,

posés sur les balcons de bois du large portique qui prend vue sur la rivière du

Sacrifice, sont les principaux ornements de ce séjour officiel. On y remarque

aussi les sièges surmontés d'un léger dôme qui servent au gouverneur lorsque,

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