‹ Cambodge et JavaChapitre 40 sur 98 · EN CHALOUPE A VAPEUR · texte numérisé non relu

EN CHALOUPE A VAPEUR

par les arbres et les hauts roseaux. On fait des détours et de nombreuses explorations avant d'entrer à nouveau dans le lit de la rivière, dont on s'écarte fréquemment sans pouvoir s'en rendre compte. Nous y pénétrons enfin, et nous ne craignons plus d'en sortir, le Stung-Stoung étant encaissé maintenant par de grands arbres couverts de lianes. Le bruit de notre machine à vapeur et la fumée effrayent les centaines de perruches vertes qui s'envolent autour de nous ainsi que les aigrettes blanches, les poules sauvages et martins-pècheurs habitants de ces lieux déserts. Les lianes fleuries et les vignes sauvages suspendues aux arbres, nous barrent quelquefois le chemin. Notre chaloupe a douze mètres de longueur, elle avance difficilement dans la rivière fort étroite, qui forme des courbes fréquentes et très brusques. Souvent il n'y a que bien juste la place de passer entre les arbres. A tous moments nous avons des surprises nouvelles, sur ce cours d'eau dont les rives sont féeriques. La nuit vient rapidement en ce pays où le crépuscule est inconnu, aussi sommes-nous forcés de mettre à l'ancre dans un endroit idéal près d'une hutte, Thom-Car-Scban (maison de garde des rizières). Elle est habitée par son propriétaire et sa femme qui viennent habiter dans ce lieu isolé quatre mois de l'année afin de surveiller leur récolte de riz. Il s'agit de la défendre contre les oiseaux et les singes.

M. Leclère prie le gardien des rizières d'aller avec sa pirogue prévenir de sa présence, le gouverneur du village de Kok-Tréa peu éloigné du lieu où nous étions arrêtés. Le lendemain matin nous le voyons apparaître. Il monte à bord de la chaloupe et saluant le résident, il lui offre selon l'usage ses cadeaux : c'est-à-dire quelques poulets, des œufs et des noix de coco, (-le cérémonial accompli, nous naviguons de compagnie jusqu'au village de Kok-Tréa où il faut s'arrêter quelques instants. L'arrivée de la petite chaloupe à vapeur précédée de la barque du gouverneur, prend bientôt les proportions d'un événement dans ce petit pays où les habitants vivent dans leur case à la manière des sauvages. Ceux-ci avaient entendu parler sans doute des machines diaboliques en usage chez les Français, mais la plupart n'en avaient jamais vu, aussi la curiosité était-elle excitée au plus haut point.

Kok-Tréa est peu intéressant et la pauvre pagode de bois, son seul ornement, bien insignifiante. Nous reprenons notre route pour atteindre Kompong-Chen, et nous installer à la manière habituelle dans la grande sala du village située sur la rivière.

Mon compagnon et ami, son devoir administratif une fois rempli, s'occupe d'un soin charitable qui me paraissait fort intéressant, pendant la durée de sa

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