‹ Cambodge et JavaChapitre 41 sur 98 · KOMPONG-CHEN, LE VACCIN · texte numérisé non relu

KOMPONG-CHEN, LE VACCIN

tournée. Partout où il s'arrête il fait prévenir aussitôt les mères de famille et les jeunes gens qui ne se font pas prier pour accourir sachant par la renommée le but utile de cet appel.

M. Leclère s'est donné le devoir de vacciner les enfants. La sala où nous étions campés, servant aussi à Kompong-Chen 'de salle de justice, à certaines époques de l'année, est plus vaste et mieux entretenue que les autres. Elle devient bientôt un lieu de rendez-vous général et se remplit rapidement. L'opération du vaccin n'est ni longue ni difficile à accomplir, les jeunes gens d'abord, puis chaque bébé, tenu dans les bras de sa maman, sont opérés en conscience. La récompense du résident de France consiste dans les sourires reconnaissants des pauvres mères qui certaines d'avoir préservé désormais leur enfant du terrible fléau qui ravage le pays, les ramènent joyeusement clans leur case. Aux environs de Kompong-Chen, on peut visiter plusieurs monuments intéressants : nous nous rendons à la jolie pagode moderne de Kouat-Kansa(voy.pl. XI, page 37), située au milieu d'un délicieux enclos rempli de bananiers, de cocotiers et de palmiers. Elle est gardée par vingt bonzes qui ont chacun leur case cachée sous les fleurs. Les bonzes au Cambodge ont parmi eux des représentants de toutes les classes de la société. Recrutés dans le peuple, on y rencontre quelquefois d'anciens esclaves qui, obtenant de leur maître l'autorisation d'entrer dans les ordres, deviennent libres par ce fait. D'anciens mandarins se trouvent souvent chez les Bonzes et par exception même des princes, qui lassés des jouissances de ce monde ont voulu avant de terminer leur existence se vouer à Bouddha. Tous obéissent aux mêmes règles, à la même discipline religieuse et tous peuvent à volonté renoncer ou reprendre leur vocation.

Leur mission consiste à faire des prières pour le bien général. Ils doivent ensuite s'occuper de l'éducation et de l'instruction des enfants.

Ce sont les bonzes enfin qui entretiennent, gardent le plus souvent les salas de chaque localité.

La vue intérieure de la pagode de Kouat-Kansa (voy. pi. XII, page 43) donne un aperçu de toutes celles du pays. Ce n'est pas autre chose qu'un hangar construit entièrement en bois.

Les fermes de la toiture sont soutenues par de légères colonnettes octogonales dont les faces sont alternativement peintes en noir ou en rouge avec un semis de petites rosaces dorées. Élevé sur un soubassement en pierre de 80 centimètres de hauteur environ, le sol de la pagode est en terre soigneusement damée. Les idoles, construites d'abord en briques, puis modelées grossièrement en terre et revêtues d'une sorte de stuc, sont dorées. Leur aspect est des plus pri-

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mitifs et l'expression de leur visage est généralement grotesque. L'art n'est plus pour rien dans ce genre de sculpture. Le portique de proportion basse, destiné à garantir le plus possible les fidèles du soleil, est soutenu par de légères piles de bois ornées de consoles représentant des garudas aux ailes déployées ou d'autres figures fantastiques. La toiture, avec ses tuiles de bois en forme d'écaillés, ses découpures et ses pignons revêtus de mosaïques de verres, complète l'ensemble de la pagode de Kouat-Kansa, la plus pittoresque parmi celles des villages que j'ai traversés dans ma pérégrination.

On peut visiter en remontant la rivière au delà de Kompong-Chen, une autre pagode et quelques tombeaux assez curieux. Ce lieu nommé Kompong-Chdey a été habité autrefois, m'a dit le chef des bonzes, par les rois qui y avaient fondé une ville dont on voit quelques vestiges dans les marécages au moment des basses eaux. Persécutés par les guerres, ils auraient séjourné à Kompong-Chdey pendant un certain nombre d'années. L'un d'eux fut enterré dans le cimetière. Le mot Chdey veut dire en cambodgien monument funéraire.

Le tombeau est fait de grosses pierres de Bien-Hoa, formant une sorte de pyramide. La porte d'entrée est ornée par deux petites colonnettes de pierre de grès dépourvues de chapiteaux. Elles portent un linteau dont les sculptures représentent, au milieu de rinceaux délicats, une tète de Rhéou (le diable), portant le dieu Siva monté sur son éléphant (voy. page 89). Les rinceaux sont terminés par des Nagas tricéphales malheureusement ruinés, servant de support à un brahmane en prière. La pagode est assez riche en petites statuettes de bronze, représentant des dieux divers. Grâce à la recommandation du résident, le bonze voulut bien m'en donner deux en cadeau. Malgré sa résistance, il finit par accepter enfin sur ma prière, deux piastres, qu'il distribua aussitôt à quelques pauvres du voisinage. Ces statuettes très anciennes de 0,34 centimètres de hauteur, ne manquent pas de caractère ; elles sont finement exécutées. Les Cambodgiens actuels seraient incapables d'en exécuter de semblables. Des traces de dorure existent encore sur les ornements du diadème, sur le large collier ainsi cpie sur les bracelets de l'une d'elles (voy. page 88).

Cette dernière excursion de Kompong-Chen marquait pour moi le moment de ma séparation avec mon aimable compagnon de voyage. M. Leclère devait continuer sa tournée administrative vers d'autres points de la province. 11 me laisse avec les deux mandarins qui dorénavant doivent être mes protecteurs et mes guides. Je quitte la jolie chaloupe à vapeur du résident, pour monter dans ma grande barque, où m'attendent des rameurs vigoureux.

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