DÉPART EN BARQUE, DONG
Nous atteignons vers la fin du jour Kabao où nous passerons la nuit. Mes hommes se mettent en quête des haches et des longs couteaux qui doivent bientôt leur servir pour couper les branches d'arbres dans la forêt. Pendant ce temps, je visite la jolie pagode de Gham-Bau-Bam, située au bord de l'eau, sous les ombrages épais d'arbres magnifiques et j'assiste au spectacle pittoresque que me donnent les nombreux pélicans de la localité. Malgré notre présence, ils continuent à pêcher gravement et à happer les poissons qu'ils trouvent en abondance dans la rivière dont le courant est ici des plus rapides. Au lever du jour, nous quittons la barque qui ne pourra plus nous servir ; il faut mettre tous les bagages dans les pirogues que mes mandarins ont réquisitionnées pour mon usage. Ces pirogues longues et étroites ne sont pas très pratiques pour un Européen. Il doit prendre quelques précautions pour y entrer afin de garder son équilibre. Le moindre faux mouvement ferait tout chavirer. Une fois accroupi dans la pirogue, il doit aussi se surveiller, pour ne se pencher que le moins possible.
Les pirogues nous transportent à travers les champs et la forêt inondés. Rien de plus joli que ce court voyage exécuté parmi les hauts roseaux et sous une voûte d'épais feuillage (voir la tête du chapitre, page 15). Nous ne tardons pas à distinguer les grands palmiers à sucre et les cocotiers de Kron, lieu qui marque en ces parages, les dernières limites des terres inondées. C'est là que nous débarquons pour monter dans des charrettes attelées de bœufs. Les conducteurs prévenus la veille nous attendaient, exacts au rendez-vous, et nous conduisent à Dong qui m'apparaît comme un jardin délicieux au milieu de l'épaisse forêt. Les notables de cette localité sauvage viennent à notre rencontre pour me faire les cadeaux de bienvenue. Ce sont des noix de coco, des œufs de canard et une poule. Ils m'installent ensuite dans la sala où je m'arrête pour que nous puissions tous songer à prendre notre repas. La curiosité de Dong consiste clans sa bonzerie où quatorze bonzes, habitant des huttes primitives, s'occupent de l'éducation des jeunes enfants du hameau, et dans sa pagode pittoresque. Je n'ai pu résister au désir de prendre la vue de ce saint lieu où la vie se passe si calme et si recueillie (voy. page 27). Les bonzes bienveillants se sont groupés autour de moi en mâchant leur chique de bétel et grâce à mon interprète, nous avons pu échanger quelques mots.
Ils désiraient surtout quelques crayons rouges et du papier blanc, choses rares pour eux et toujours désirées. Je pouvais heureusement satisfaire leurs vœux; on m'avait prévenu à Phnom-Penh d'avoir une provision de ces objets ainsi que des foulards de coton, aux dessins de couleurs éclatantes, pour faire des ca-
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