SAUVAGES DES FORETS
autrefois des peuplades plus importantes dont on ne saurait dire le véritable pays d'origine, et qu'elles ont été décimées et chassées par les Khmers ainsi que par leurs ennemis les Khams ou les Siamois.
Constamment persécutés et poursuivis, ces sauvages auraient cherché dans les lieux les plus isolés, des retraites où ils pourraient vivre sans être troublés.
Ces malheureux sont généralement méprisés des Cambodgiens actuels qui les considèrent comme des êtres inférieurs. Parmi toutes ces races diverses ce sont les Kouys qui passent pour être les plus intelligents. Ils savent fabriquer le fer et c'est avec les lingots qu'ils ont su travailler, qu'ils payent le tribut qu'ils doivent au roi Norodom. Au lieu d'être livrés comme les autres sauvages à une idolâtrie complète, beaucoup d'entre eux ont adopté la religion de Bouddha. Ils restent cependant superstitieux; croyant aux mauvais esprits et au diable, ils cherchent à se les rendre favorables en célébrant des fêtes annuelles en leur honneur. Les Kouys ressemblent d'ailleurs aux Cambodgiens, si mes mandarins ne m'avaient point prévenu, je ne me serais aperçu d'aucune différence, restant si peu de temps parmi eux. Leurs cases comme toutes celles du pays, bâties sur pilotis, sont peut-être généralement plus petites que celles des Cambodgiens des villages que je venais de visiter quelques jours auparavant.
Ces pauvres gens sont en tout cas obligeants et discrets avec les étrangers qui passent chez eux. On remarque d'ailleurs que presque partout ces sentiments existent, même dans les lieux les plus reculés du monde. Ils sont aussi hospitaliers à leur manière de même que leurs compagnons fidèles, les chiens. Quelques-uns se sont laissé caresser par moi. Je remarquai avec curiosité leur bizarre collier composé d'une série de vertèbres desséchées d'un serpent cobra reliées par une légère lanière de cuir. — C'est, disent les indigènes, un préservatif contre les effrayantes morsures de ces reptiles qui, reconnaissant aussitôt au cou de l'animal les ossements d'un confrère, n'osent plus attaquer celui qui les porte. Les Kouys nous ont installés dans deux petites cahuttes recouvertes d'un chaume en roseaux. C'était peu pour ma petite troupe composée de quinze personnes. Les mandarins et mon interprète s'emparent d'un de ces abris, réservant l'autre pour moi. Les hommes allument sept à huit feux différents aux alentours et couchent dans les chariots ; quant à nos seize buffles, accoutumés à notre présence, ils trouvent sans s'éloigner de nous les herbes verdoyantes qui constituent leur repas. Les jardins plantés près des cases sont abandonnés par ces sauvages qui les cultivent à peine. On y trouve cependant des bananiers et des patates douces qui
poussent dans les mauvaises herbes. C'est bien la vraie misère pour ces
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CAMPEMENT A THNALPRAS-STRATING
hommes perdus dans la forêt. Un des habitants de ce hameau primitif s'est approché de moi et, me saluant, il m'offre quelques bananes en cadeau. C'est alors que j'éprouvais du plaisir à avoir en réserve des foulards de cotonnade, pour pouvoir rendre cette politesse. Après la nuit passée, nous quittons Ankron pour arriver à la fin du jour sur une petite hauteur nommée Thnal- Pras-Strating. C'était là que je devais camper quelques jours. Ce lieu très sauvage, en pleine solitude, est à deux kilomètres environ des ruines de Préa-Khane. Non loin de là, vivent quelques familles indigènes dans le misérable hameau de Krassang que je n'ai pas eu le temps d'aller visiter. Les notables, avertis par un courrier envoyé par mes mandarins, avaient pu faire construire à la hâte quelques abris couverts de branchages pour moi et mes compagnons de route, considérant cet endroit comme étant plus sain et mieux aéré (voy. page 47).
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