‹ Cambodge et JavaChapitre 45 sur 98 · AUX RUINES. RENG-MÉALÉA · texte numérisé non relu

AUX RUINES. RENG-MÉALÉA

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fi Khane est pour ainsi dire enfoui actuellement sous une végétation qui a tout envahi. Elle cache les chaussées et les ponts de pierre, les restes des hautes murailles et des tours ruinées. Les bassins sacrés et les canaux sont en partie comblés par suite des éboulements de leurs murs de quai et par les amas séculaires des plantes aquatiques.

L'importance des ruines presque entièrement écroulées témoigne suffisamment de la somptuosité que pouvait avoir cet antique séjour des Khmers. Ce lieu formait l'ensemble complet d'une citadelle dans laquelle étaient enclavés un sanctuaire et des palais divers. Il y avait sans doute aussi une ville dans l'enceinte fortifiée qui couvrait une superficie de près de 5 kilomètres carrés.

76 PREA-KHANE

Non loin de Préa-Khane, on voit encore les restes importants que je n'ai pu visiter, de Preat-Gol et de la pyramide de l'éléphant sacré, puis enfin, perdues dans les lointaines solitudes, les ruines de Kakéo.

La fin de septembre et le mois d'octobre sont encore au Cambodge en pleine période de la saison des hautes eaux. Les habitants du village de Krassang avaient pratiqué pour moi dans la forêt, en coupant les buissons et les arbres, un sentier et abattu, pour me faire un passage sur les terrains inondés, quelques longues branches destinées à me servir de pont pour arriver dans les ruines. La visite de l'ensemble complet de Préa-Khane ne m'était pas permise en cette saison, et bien des détails ont dû m'échapper par ces raisons. Je devais me contenter de la vue du sanctuaire central et des quelques autres ruines dont l'accès était possible.

On découvre tout d'abord, pratiqué dans la première muraille d'enceinte, un grand gopura sous lequel il faut passer. Son sol est dallé de larges pierres et comme à Ekdey, les usures faites par les roues des chars sont encore visibles ; puis continuant à travers l'épaisse forêt parmi les débris amoncelés sous les herbes, on remarque quelques ruines assez importantes d'anciens monuments. L'un d'eux, placé sur le bord d'une antique chaussée, est surtout remarquable. Son unique salle voûtée est encore restée presque intacte. Elle donnait accès à une tour dont il ne subsiste aujourd'hui que la base ornée d'un élégant fronton couvert de sculptures (voy. planche XIII, page 47). La largeur des galeries qui encadrent généralement les sanctuaires ou les palais Khmers est toujours de peu d'importance. Il est rare qu'elle dépasse 3 mètres. Les architectes cambodgiens les élevaient par assises de pierres posées en encorbellement. Il était impossible de leur donner, par suite de ce mode de construction, une grande portée. La salle de ce monument ruiné (voy. plan, page 77) n'a pas moins de 3m,80 de largeur. Les assises qui forment la voûte sont placées suivant un encorbellement inusité. C'est le seul échantillon de ce genre qu'il m'ait été possible de voir dans les ruines de ce pays. Sur la face orientée au midi, la muraille s'élève droite jusqu'à la corniche de faible saillie qui sert de base à la voûte, mais sur la face nord, l'encorbellement commence à la naissance du sol pour arriver graduellement à la môme hauteur. Grâce à cette combinaison ingénieuse des assises horizontales, la voûte est solidement établie malgré sa portée. Les pierres, dans la partie supérieure de l'intrados, sont grossièrement taillées. Les architectes avaient jugé sans doute que l'obscurité étant presque complète dans cette partie de l'édifice, il était inutile d'en soigner le ravalement,

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