LE TOPE DE DON-PENH
menus morceaux de verres colorés ou de glaces, formant des rinceaux gracieusement enroulés. Le bord de ces pignons est garni de découpures de bois qui se relèvent à chaque angle en forme de cornes, peintes de couleurs brillantes ou dorées. Le monument le plus curieux de Phnom-Penh est le tope ou stupa qui domine la ville du haut de sa colline. Le roi Norodom a consenti à en laisser faire la restauration complète ainsi que celle de la pagode presque entièrement ruinée qui était auprès. M. Fabre, architecte de la ville, ancien élève de l'École des Beaux- Arts, a été chargé de ce travail qu'il a su diriger en véritable artiste.
La colline de Phnom-Penh d'après d'antiques légendes, s'éleva tout d'un coup au-dessus de la mer qui couvrait à l'origine tout le pays et les Cambodgiens vinrent bientôt y fonder un village. 11 y a, dit-on, environ neuf cents ans, une dame de haut rang, Don Penh, espérant racheter par une fondation importante certaines irrégularités commises du vivant de son époux, fit construire la pagode qui resplendit aujourd'hui avec ses dorures et ses ornements nouvellement restaurés. Elle fit enterrer son mari dans le tope qui doit contenir aussi, suivant les rites Bouddhiques, une précieuse relique de Çakya Mouni.
M. Moura dit dans son ouvrage [Royaume du Cambodge, tome I", page 247) que le chef des bonzes de celte pagode, lui communiqua un document intéressant relatif à la fondation de ces monuments. Voici un extrait de la traduction :
« L'an 1529 de Préa-Put-Sacrach (986 de notre ère chrétienne), le roi Prea- Moha-Butom, alors âgé de quinze ans, vint se fixer provisoirement à Tuol-Préa-Srey (lieu situé à près de trois milles de Phnom-Penh) et il ordonna à ses mandarins d'établir la liste des apanages qu'il accordait aux bonzes de cette pagode nommée Vat-Phnom-Penh (pagode qui est au pied du tope ou stupa). »
Cette date 98b de notre ère, correspondante l'époque d'installation des bonzes, montre que les deux édifices venaient d'être terminés par la dame Don-Penh, célèbre par sa grande piété et qui donna son nom à la localité : Phnom-Penh ou montagne de Penh. Nous donnons la vue de ce tope pittoresque placé sur ses terrasses et accompagné de quelques tombeaux de bonzes renommés du pays (voy. planche I). Un jardin bien entretenu, mais malheureusement sans aucun caractère, — il est dessiné à l'anglaise, — contribue à faire de ces lieux sacrés, l'endroit de promenade le plus agréable de la ville.
La capitale, pendant la journée, offre peu de mouvement. Pour le plus grand nombre des habitants, c'est l'heure de la sieste. Vers le soir, dans le quartier indigène surtout, Phnom-Penh semble se réveiller. On remarque alors un notable changement. Les quelques résidents européens font leur promenade en voiture.