G LES JEUX
Ils croyent, aidés par leur imagination, malgré une température habituelle de 30 à 33 degrés de chaleur en moyenne, prendre le frais en Taisant les cent tours, le long du fleuve. Les Cambodgiens commencent, eux aussi, à secouer leur indolence et se préparent à se rendre aux endroits connus qui constituent une véritable plaie pour le pays. Partout sous les portiques des maisons de briques construites par le roi, ou le long des huttes des indigènes, on ne voit que des installations primitives improvisées en peu d'instants pour le peuple et éclairées avec quelques lanternes brillantes par les Chinois qui organisent les jeux de hasard en faveur, celui des douze bêtes, le thuo ou baquan, les tourniquets, les dés, les dominos, etc. Pour les gens plus aisés, il y a des maisons de jeu qui restent ouvertes fort avant dans la nuit. Ces jeux divers sont tous d'origine chinoise, et ce sont les Chinois du Cambodge qui ont réussi à faire accepter à leur profit, ce qu'on appelle la ferme des jeux.
L'origine de cette organisation est certainement fort ancienne, mais sa date véritable reste ignorée. On sait que déjà au xvm0 siècle, un pirate célèbre, Mac-Cuu, qui s'était emparé d'IIatien, ville située sur le golfe de Siam, avait commencé sa carrière vagabonde par être un fermier des jeux.
Le jeu des trente-six bêtes ou Iluy, semblable à la roulette, passait pour être le plus dangereux de tous. Il est supprimé depuis quelques années, mais le Protectorat faisant déclarer que la ferme des jeux était abolie, l'abandonnait en même temps au roi Norodom. Le gouvernement cambodgien a compris qu'il pouvait continuer à se faire une source de revenu considérable en tolérant cette passion malheureuse dans le royaume. Malgré les règlements convenus, il afferme toujours ces maisons de jeu, cause de ruines fréquentes parmi les habitants.
Chez les Cambodgiens, les Chinois et les Annamites, l'ardeur est la même, beaucoup d'entre eux viennent perdre en quelques moments un salaire souvent péniblement gagné. On doit avouer que faute d'autres distractions plus saines, les Européens vont aussi quelquefois dans ces lieux qui n'offrent cependant pas grand attrait. On lit dans l'intéressant ouvrage, Recherches sur le droit public des Cambodgiens, par M. A. Leclere, résident de France au Cambodge, que la ferme des jeux a donné au trésor du roi Norodom en 1893, une somme de près de 70000 piastres.
Poussé par la curiosité, j'entre dans un de ces repaires, accompagné de quelques-uns de mes nouveaux amis ; nous montons au premier étage de l'établissement où se trouve une vaste salle très simple d'aspect ; son luxe consiste dans un brillant éclairage. Au fond de cette pièce, se détachant sur une tenture rouge, les fermiers du jeu des douze bêtes sont près d'une grande table où les joueurs