‹ Cambodge et JavaChapitre 50 sur 98 · CINQ JOURS EN FORÊT. — LES SANGLIERS · texte numérisé non relu

CINQ JOURS EN FORÊT. — LES SANGLIERS

au milieu de ces solitudes servent aux voyageurs comme lieux d'étape. Ce sont les huttes de Praop, de Kleng-Ak et le village de Kwan qui possède environ cent cinquante habitants. Nous avons dans ce voyage les mêmes difficultés et des accidents semblables à ceux que j'ai racontés précédemment; cependant les passages à gué de ruisseaux grossis par les hautes eaux s'offrent à nous encore plus souvent que dans la première partie de notre voyage.

Je vois peu d'oiseaux au milieu de l'épaisse végétation ; le silence des forêts est seul interrompu par le grincement monotone des roues de nos chariots, tournant autour de leur pivot. Nous faisons fuir quelquefois devant nous des familles de sangliers qui vivent en assez grand nombre dans ces parages. Ces animaux sont connus par les Cambodgiens sous le nom de Chruc-Prey; plus petits que nos sangliers d'Europe, ils passent pour être moins dangereux. L'approche des hommes les inquiète, j'en ai vu souvent disparaître dans les hautes herbes pendant mes explorations. Une autre fois, ce fut la rencontre d'un grand cobra que les hommes de mon avant-garde aperçurent parmi les pierres. C'était l'heure où nous allions camper pour prendre notre repas. Mes Cambodgiens nous crient de nous arrêter; ils ont vu le reptile ! L'un d'eux, cherchant à s'en approcher, se glisse au travers des épais feuillages et fort adroitement, d'une pierre lancée, lui écrase la tête. Nous arrivons alors; le cobra remuait toujours, mais il n'était plus à craindre. Je l'ai mesuré, sa longueur atteignait lm,80. Il y a beaucoup de ces effrayants serpents en ce pays qui vous empoisonneraient par leur morsure en moins de quinze minutes. C'est cependant le seul qu'il m'a été donné de rencontrer; il est vrai que j'ai pu tuer dans les ruines nombre de petites vipères presque aussi dangereuses.

Le village de Kwan, placé sous des grands arbres séculaires, est très pittoresque; les notables viennent, lorsqu'ils méjugent installé dans la Sala, m'offrir les cadeaux habituels, mais cette fois j'ai la surprise agréable d'une belle tortue dont ils me font hommage. Ils l'ont trouvée dans la forêt et me l'ont réservée; elle a 35 centimètres de longueur, sa chair est succulente et semble surtout exquise à un voyageur qui n'est nourri depuis longtemps que de conserves. Aux environs du village, on peut visiter les ruines d'un Préa-Sat, le Préa-Théat, qui sont assez curieuses. Préa-Théat est construit en grande partie avec des pierres rustiques de Bien-Hoa. Il se compose d'une tour formée de plusieurs étages restés distincts malgré l'état de délabrement dans lequel ils se trouvent. Le linteau de la porte d'entrée, orné de sculptures ainsi que les deux colonnettes

à pans coupés qui le supportent, sont seuls en pierre de grès. À l'intérieur du

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