KWAN. — LE SPEAN TAON
Préa-Sat on remarque une statue complète de petite dimension. C'est un Bouddha couché. De nombreux débris de statues et de stèles ont été réunis dans ces lieux consacrés par les Bonzes et placés autour de la pagode moderne, simple hangar couvert de chaume.
En quittant Kwari dès l'aurore, nous arrivons bientôt à l'un des points les plus intéressants du voyage de Préa-Khane à Beng-Méaléa ; c'est le pont antique construit sur le stung (rivière) Chikreng que nous devrons traverser. 11 indique la route qui devait exister autrefois entre ces deux ruines remarquables. Ce pont, le spean Taon, un curieux spécimen de l'art Khrner, est malheureusement envahi parla forêt. (Voy. la carte itinéraire de mon voyage, page 155.)
Les racines des arbres écartent les assises des pierres, déformant les voûtes à joints horizontaux, et menaçant de tout ruiner (voy. planche XVII, page 63).
La longueur du pont est d'environ (30 à 70 mètres et la largeur de son tablier, prise entre les balustrades, est de 10 mètres. Les eaux en cette saison d'octobre me cachaient, d'après ce que mes mandarins guides m'ont dit, une grande partie de la hauteur des piliers. Pendant la saison sèche, on les voit clans tout leur développement; ils s'élèvent alors à près de 10 mètres au-dessus du lit de la rivière.
La largeur des arches et celle des piliers sont presque les mêmes; sauf quelques irrégularités, elles ont environ 2 mètres.
Le pont est appuyé des deux côtés de la rivière par les hauts gradins d'un quai qui se prolongeait à quelque distance en amont et en aval.
Les parapets posés sur le tablier étaient formés de longs serpents soutenus de distance en distance par de légers supports. On en voit quelques restes sur la planche XVII. Un de leurs fragments est enfoui sous un énorme nid de termites. Les neuf têtes de ces Nagas superbes se dressaient menaçantes aux entrées du pont, elles formaient une sorte d'auréole au centre de laquelle on voit un dieu assis sur un trône soutenu par les cinq têtes d'un deuxième Naga placé au-dessous du premier. La planche XVIII, page 67, représente ce superbe morceau de sculpture de plus de deux mètres de hauteur, resté presque intact, que les hommes et le temps ont épargné.
Le tablier du pont encore garni des épaisses et larges dalles antiques est dans un tel état de ruine que le passage des chariots est des plus laborieux. Deux de mes voitures se brisent et leur réparation est longue, aussi je ne puis arriver aux huttes de Komboa qu'à la fin du jour. C'est le lieu le plus pauvre, le plus abandonné qu'on puisse voir; cinq cabanes seules forment tout le village. Les quelques habitants me reçoivent cependant de leur mieux. On me donne un beau poisson