‹ Cambodge et JavaChapitre 56 sur 98 · SINGAPOOR · texte numérisé non relu

SINGAPOOR

de Kompong-Chen la ville de Phnom-Penh en cette saison. Il est vrai qu'on s'arrête de temps à autre dans des hameaux inondés. Je revois la capitale du Cambodge une dernière fois ainsi que mes aimables compatriotes qui ont bien voulu s'inquiéter de ma longue absence au milieu des forêts.

Après un long séjour à l'hôpital dont j'ai parlé (p. 62), le docteur me conseillait avec instance de rentrer le plus vite possible en France pour me remettre de mon accès typho-malarien, mais l'idée de ne pas me rendre à Java était pour moi un trop grand désappointement. Je devais courir la chance dans ce pays où la fièvre règne souvent. Rentré à Saigon, je sentais déjà mes forces revenir, puis je comptais avec raison sur les jours de traversée en mer et un repos à Singapour où je respirerais librement l'air de la mer.

Le voyageur qui s'arrête à Singapoor après avoir vu Saigon, reste frappé de la différence étonnante qui existe entre la ville anglaise et la ville française. L'industrie, la vie laborieuse, le mouvement commercial poussé jusqu'à l'extrême sont la caractéristique de Singapoor; Saigon, au contraire, semble silencieux et sans commerce.

La situation de Singapoor est d'ailleurs beaucoup plus belle, son port magnifique, d'accès facile, ne peut se comparer à l'entrée par la rivière de la ville française. Les environs de Singapoor ne sont pas très intéressants, mais de belles routes bien entretenues, encadrées d'une végétation tropicale luxuriante, excitent à la promenade et à la contemplation du grand spectacle de la mer. Le Bazar Chinois est comme à Saigon l'une des plus grandes curiosités de Singapoor ; une population de près de cent mille âmes y est entassée, tout entière occupée aux affaires commerciales les plus diverses. Presque toutes les rues de ce bazar sont ornées de portiques ou d'arcades généralement peints en bleu d'outremer, ce qui leur donne un aspect particulier très agréable aux yeux et fort harmonieux sous le. soleil ardent qui nous éclaire. Les magasins chinois, tout comme dans la cité chinoise de San Francisco, se font remarquer par leurs grandes pancartes, vermillon ou rouge de Saturne, sur lesquelles se détachent les inscriptions écrites en noir ou en or ; l'effet en est pittoresque.

Les départs de navires ne sont pas très fréquents à Singapoor, pour la direction de Batavia, la capitale hollandaise des îles de la Sonde. Ceux des Messageries n'ont lieu qu'une fois tous les mois; n'ayant pu partir sur l'un d'eux, je devais attendre trois jours de plus que je n'aurais voulu, afin de m'embarquer sur un navire de commerce chinois, le Giang Ann. Les marchandises regorgent à bord, mais malheureusement elles se composent uniquement de poissons

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