A BORD DU GIANG ANN
salés dont l'odeur est désagréable au delà de ce qu'on peut dire. Le capitaine du Giang A?m, un Anglais qui pendant trente années a parcouru les mers javanaises, a pitié de moi, son seul passager européen. Je serais asphyxié dans ma cabine, la salle à manger est de même impossible à cause des émanations produites par cette affreuse cargaison. On m'installe clans le petit salon ouvert à tous les vents, situé sur le pont; là, je dormirai peut-être, et je dîne sous la tente avec le capitaine. Le pont du bateau est littéralement rempli de voyageurs de troisième classe, malais ou chinois, qui tous, vu la chaleur, campent sur le pont. Ils sont accroupis ou couchés sur leur natte, hommes et femmes ont apporté leur nourriture, leurs oreillers et leurs couvertures, leur thé, quelques-uns même n'ont pas voulu se séparer de leur Bouddha placé précieusement au fond d'un petit sanctuaire en bois sculpté et doré. Ils le mettent avec respect auprès d'eux, en ayant soin de brûler des baguettes parfumées à ses côtés tout le long du voyage.
D'autres, voulant se distraire à bord d'une autre façon, ont apporté leur accordéon; c'est alors, dans un coin du navire, un concert permanent, chacun jouant à tour de rôle ses airs favoris. Les tableaux amusants ne manquent pas, comme on le voit, à bord du Giang Ann, ils sont nécessaires pour la distraction du touriste qui n'a plus comme autrefois les fêtes joyeuses qui se faisaient sur les navires lorsqu'on passait la ligne. Les vues de la mer n'offrent qu'un intérêt médiocre jusqu'à Hatavia où nous arrivons après quarante-huit heures de voyage.
Le mois de février est encore en pleine période de la saison des pluies à Java, aussi des torrents d'eau nous inondent à notre arrivée au port de Tanjong priok. Depuis la fondation de Batavia, les bords de la mer devenaient de plus en plus bourbeux et se remplissaient de vase, aussi l'ancien port fondé pendant les xvn" et xviii0 siècles a dû être abandonné ; les ingénieurs firent alors un magnifique travail qui dura plusieurs années, en 1875 on inaugurait en même temps le nouveau port de Tanjong priok qui peut recevoir des navires de 5000 tonneaux et le chemin de fer qui le relie à la ville. Nous abordons sur un beau quai de pierre où la douane s'empare des bagages pour pouvoir persécuter selon ses habitudes, en tous pays, les malheureux voyageurs. L'inspection n'est pas trop longue, c'est une chance rare, les coolies du port portent nos malles au chemin de fer, on parcourt une plaine verdoyante baignée de canaux et remplie de plantations de cocotiers. En vingt minutes me voici clans la ville.
Batavia occupe une grande surface qui se divise en trois parties distinctes. Le quartier commerçant est la vieille ville où les maisons hautes ornées de balcons ont le caractère des constructions hollandaises des siècles passés , le quartier