‹ Cambodge et JavaChapitre 7 sur 98 · LA SOIE · texte numérisé non relu

LA SOIE

viennent mettre leur enjeu. Nombre de Chinois, de Cambodgiens, assis sur des lianes de bois, ou debout les uns derrière les autres, paraissent fort attentifs à surveiller leur chance. Heureux ou malheureux, ils n'expriment dans aucun cas leur émotion, c'est l'impassibilité énigmatique qui n'excite guère la gaieté. Les piastres et les menues monnaies vont grossir le trésor des croupiers qui annoncent le plus souvent la bête sur laquelle on n'avait point parié, malgré les calculs approximatifs. Je fus comme beaucoup d'autres une des victimes, n'ayant pas su mettre ma piastre sur la bête voulue. Le public en général ne brille pas par son élégance dans ce temple de jeu qui ne ressemble pas le moins du monde à celui de Monaco. Les belles dames n'y apparaissent pas et les habitués y viennent vêtus seulement de leur sampote et d'une jaquette de toile; souvent même ils ont le torse complètement nu. La chaleur suffocante explique la simplicité pittoresque des costumes.

11 ne faudrait pas croire que les Cambodgiens, indolents de leur nature, ne soient pas capables de s'occuper de certains travaux intéressants. Une de leurs principales industries est celle de la soie. Leurs femmes surtout, sont les plus habiles ouvrières pour tisser les beaux pagnes ou sampotes de luxe, dont se servent les mandarins riches et leurs épouses. Elles savent combiner avec art les nuances chatoyantes des soies qu'elles emploient pour reproduire sur leur métier primitif, les élégants dessins qui ornent ces brillantes étoffes.

L'art de l'orfèvrerie, quoique tombé en décadence, est encore en faveur chez les Cambodgiens autrefois si grands artistes. Il y a environ soixante ans, les rois faisaient frapper encore leur monnaie dans le royaume. Nous donnons le spécimen d'une de ces pièces (voy. sur la page du titre), aujourd'hui c'est à la France qu'ils confient ce travail.

Les mandarins aisés donnent tous à leurs femmes des colliers, des bracelets d'or et d'autres objets, finement exécutés par les orfèvres du roi. Ils possèdent aussi, généralement, pour leur agrément personnel, des jolis coffrets d'argent dont les panneaux sont ornés de rinceaux délicatement ciselés. Ces coffrets renferment la provision de feuilles de bétel avec les menus morceaux de noix d'arec, le tabac, la chaux vive, etc., qui sont mis séparément dans d'autres petites boîtes de formes variées. Parmi ces gracieux échantillons, on reconnaît le plus souvent, naïvement représentés, un fruit, un oiseau familier ou un animal fantastique. Nous donnons l'aspect en tète de la préface de toute une série : Coq, poule et poulets qui représentent ce genre de récipients aimés des Cambodgiens.

Tous les ingrédients que nous venons de citer plus haut et si précieusement

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