TOLÉRANCE DES SECTES RELIGIEUSES
un symbole représentant le Keylasa ou la montagne sacrée sur la cime de laquelle devaient se trouver le palais aérien de Siva.
Il existe un de ces monuments très caractéristique à Pollonarua (Ceylan) qu'on nomme le Sat-Mehal-Prasada. J'ai pu en faire un dessin lors de mon voyage à Ceylan en 1890. (voy. ci-dessous). Il paraît être, comme comme ceux qu'on voit à Mahavellipore près Madras dans l'Inde méridionale, une sorte de réduction des monastères bouddhiques ou Viharas, de forme pyramidale, qui étaient composés de trois, cinq et môme quelquefois neuf étages. Chacune des terrasses devait
servir de lieu de promenade et môme par suite du climat, de plate-forme dallée utile pendant la nuit à ceux qui dormaient à la belle étoile. Les soubassements respectifs de ces terrasses pouvaient contenir aussi des cellules où l'on trouvait un abri. Dans la forme du vihara bouddhique et dans les pyramides étagées rappelant la montagne sacrée de Siva, il y a beaucoup de ressemblance.
Les artistes javanais ont peut-être pu être inspirés pour la construction de Bouro-Boudor et de leurs autres principaux temples par ces formes qui pour eux étaient légendaires; à Java, plus que partout ailleurs, les prêtres brahmaniques paraissent avoir accepté les lois nouvelles et se sont associés plus volontiers aux bouddhistes qui avaient de même une grande tolérance dans les idées religieuses. Les bouddhistes voulaient bien considérer les dieux brahmaniques Siva, "Vishnou et d'autres encore, comme des bouddhas antérieurs à celui qu'ils adoraient. De là une sorte de fusion dont on peut constater les effets à Bouro- Boudor.
Les prêtres de Brahma, avec une souplesse remarquable, consentant à perdre un peu de leur autorité première, ont su se mettre parmi les premiers dans le courant des sentiments religieux qui existaient alors. Ils ne s'opposent plus aux idées des différents peuples qu'ils savent encore unir dans leur protection spirituelle. Contraints par les idées révolutionnaires de l'époque, ils avaient déjà
Vue du Sat-Meiial-Prasada, a Pollonarua (Ceylan) (D'après nature.)
BOURO-BOUDOR H7
admis par leur tolérance, que Brahma, l'être suprême, pouvait être comparé et presque supplanté par Siva ou Vishnou.
De concessions en concessions, il n'y avait pas de prétexte pour que le nouveau prophète Bouddha ne soit pas accepté, s'il était possible de le considérer comme une nouvelle incarnation de Vishnou.
Les ruines des temples javanais donnent bien l'idée de la tolérance qui régnait alors clans les sectes religieuses vivant l'une près de l'autre, et dont le seul désir apparent, comme tout semble le démontrer, était de se surpasser en faisant élever des monuments de plus en plus riches, consacrés à leur Dieu préféré.
Bouro-Boudor est construit au sommet d'une petite montagne sur les flancs de laquelle on a fait des terrassements successifs qu'on a maintenus ensuite par des murs de soubassement et de terrasses dallées. Les matériaux qui les composent sont entièrement de pierres volcaniques. Il en est ainsi pour tous les autres monuments antiques de Java. Les pierres employées sont toujours de petites dimensions, presque celle de nos gros et anciens pavés parisiens, et posés à sec. Le ciment ou le mortier n'étaient pas en usage chez les anciens architectes de Java.
L'édifice se compose de neuf étages. Les six premiers affectant une forme carrée découpée par de nombreux angles qui contribuent à rompre la monotonie des promenoirs dallées marquant chacune des galeries différentes (voy. plan page 118). Les trois derniers étages, disposés sur des plates-formes peu élevées sont circulaires. Chacun d'eux est bordé par une rangée de Dagobas ajourés dont le nombre complet est de soixante-douze. Ils contenaient des statues accroupies de saints devenus Bouddhas à leur tour; peut-être avaient-ils été les apôtres du grand Çakya Mouni qui est placé dans l'intérieur du grand dagoba ou stupa central, le couronnement de Bouro-Boudor. Le mur du soubassement, véritable point de départ du monument, mesure environ 91 mètres de côté, celui de la plate-forme qui entoure l'édifice serait de 121 mètres environ.
Lorsqu'on est monté sur la première galerie ou plate-forme qui encadre les terrasses superposées de Bouro-Boudor on voit sur la muraille, placée au-dessus des superbes et colossales moulures du soubassement, une série de tableaux différents représentant des sujets pris dans la mythologie hindoue et montrant de nombreux dieux et déesses avec leurs attributs. A chaque angle de ce soubassement on remarque une gigantesque gargouille dont la gueule béante est destinée à rejeter les torrents d'eau de pluie qui tombent par moments du haut des terrasses supérieures (voy. le plan en B, page 118).
La gargouille se compose d'une tète fantastique de crocodile dont le museau