‹ Cambodge et JavaChapitre 9 sur 98 · LA PÊCHE · texte numérisé non relu

LA PÊCHE

copiée sur un modèle ancien qui appartenait à un bonze de ses amis. J'aurais voulu posséder ce bibelot exécuté en bronze, vraiment beau et fort intéressant. Malgré mes démarches pour l'obtenir, le bonze n'a jamais voulu consentir à s'en séparer, l'objet, disait-il, étant sacré à ses yeux.

En retournant sur la terre ferme, je fais la rencontre de quelques biches apprivoisées qui rôdent dans le voisinage. Elles appartiennent au frère du roi dont le palais et les jardins sont fort près de l'endroit où ma pirogue s'arrête. Ces gracieux animaux s'approchent pour se faire caresser par moi; tout le monde les respecte et les aime dans ce quartier, aussi sont-elles peu farouches, certaines de n'être point inquiétées.

Phnom-Penh n'a pas encore l'importance commerciale qu'elle ne peut manquer d'acquérir un jour, vu sa situation exceptionnelle sur le fleuve. Il s'y fait cependant un trafic considérable pendant la saison des pèches qui ont lieu sur le grand lac Tonlé-Sap et ceux qui l'avoisinent. Ce sont les Annamites surtout, gens laborieux et patients presque autant que les Chinois, qui vivent de cette industrie. Ils vont s'installer avec toute leur famille pour passer la saison complète sur les bords inondés des lacs, formant une armée de près de 20000 individus. L'établissement de leurs campements primitifs n'offre pas de difficultés. Les Annamites vont dans les forêts voisines couper le bois nécessaire pour planter les pilotis sur lesquels ils disposent leur hutte provisoire couverte de roseaux. L'abondance du poisson est extraordinaire en ce pays, aussi les pêcheurs expérimentés en ont-ils bientôt une quantité considérable en allant avec leurs barques aux endroits qu'ils savent choisir. Les poissons séchés au soleil, dont la qualité est, dit-on, fort appréciée, sont livrés ensuite aux commerçants chinois. Ceux-ci les vendent dans tout le pays, ou ils les exportent jusque dans certaines provinces lointaines de la Chine.

On ne saurait séjourner longtemps à Phnom-Penh, lorsqu'on n'y a pas comme les Français qui y résident, d'occupation régulière. Aussi je ne tardai pas h faire mes préparatifs de grandes excursions aux ruines Cambodgiennes situées aux frontières, à l'extrémité du lac Tonlé-Sap. Grâce à M. de Verneville, j'eus bientôt l'interprète indispensable pour ce genre de voyage. Je présente à mes lecteurs un grand et jeune Cambodgien de bonne mine, Kodul, qui revenait, disait-il, de Bang- Kok, ayant fait partie de la suite de l'amiral Humann comme interprète, puis un jeune Annamite, mon cuisinier chef. Celui-ci était chargé entre mes repas de chercher quelques vivres frais ; il en trouvait rarement, je dois l'avouer. Il était aussi le blanchisseur de mes vêtements de toile, qu'il allait tremper dans les marécages émaillés de lotus bleus et blancs, les fleurs divines de la forêt mare-

SIEMREAP

cageusc. Mon excursion aux ruines devait se prolonger, aussi mes bagages réduits cependant à leur plus simple expression, n'en restèrent pas moins assez volumineux. Il faut une batterie de cuisine primitive, des provisions de boîtes de fer-blanc renfermant une nourriture désagréable et variée, du vin, que sais-je encore, pour pouvoir vivre pendant longtemps dans les forêts.

Rien n'est plus aisé aujourd'hui que d'aller aux ruines de l'antique citadelle de Angkor-Tbom-ct à celles de la pagode royale de Angkor-Vat situées en territoire Siamois. Le bateau à vapeur des messageries fluviales parti de Saigon pour se rendre à Phnom-Penb, continue son voyage jusqu'à Battambang, ville du royaume de Siam. 11 s'arrête à l'extrémité du lac Tonlé-Sap près de l'embouchure de la

rivière de Siemréap, pour permettre aux voyageurs désireux de se rendre en cette ville, de descendre dans d'autres barques qui font le service de correspondance et remontent la rivière jusqu'à Siemréap même. Le voyage se fait rapidement en la saison des hautes eaux. Parti à midi de Phnom-Penh sur le navire YAltalo, j'étais déjà le lendemain à neuf heures du matin devant la rivière. Mes hommes transportent mes bagages dans les barques de deux rameurs qui nous attendaient et, nous sommes arrivés à Siemréap dans l'aprèsmidi. Je me rendis aussitôt chez le gouverneur siamois. Celui-ci me reçoit fort obligeamment dans sa case spéciale destinée aux réceptions officielles. Après lecture de mes lettres de recommandation, il me présente les deux mandarins qui devront m'accompagner partout et rester avec moi pendant mon séjour aux ruines, puis il me promet pour le lendemain les six chariots à bœufs dont j'aurai besoin. Je lui fais remettre en cadeau quelques bouteilles de vin et une petite provision de quinine.

Revenu avec mon interprète à la hutte ou sala destinée aux voyageurs, dans laquelle je m'étais installé dès mon arrivée, je vois le gouverneur apparaître. Il me rend ma visite en se faisant précéder de son cadeau, quelques jolies corbeilles pleines d'oranges, présent fort utile pour un touriste qui va séjourner dans les forêts au milieu desquelles il ne saurait trouver rien d'agréable pour sa subsistance quotidienne.

La vannerie est faite avec art au Cambodge et à Siemréap; les ouvriers

Panier cambodgien. (D'après nature.)

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