‹ Cambodge: la crémation et les rites funérairesChapitre 15 sur 35 · MAHA BANHGHA OU CATAFALQUE SACRÉ · texte numérisé non relu

MAHA BANHGHA OU CATAFALQUE SACRÉ

CHAHTRK VI

Le préas maha banhcha ou catafalque sacré

I. Le ralatalqiie ou préas maha baiihcha, au sommet duquel est plattée Tunie t'uiiéraire ou sauvana kôtha qui contient le corps du roi Noroudam, se trouve dressé dans la salle du Ho préas Thamma sànguékj un pavillon situé dans le jardin et dont la grille fait face au Trésor royal, au Nord du bâtiment à campanile dit Phiméanakas (i). Ce pavillon dont l'entrée se trouve derrière une haute vitrine ne comporte guère qu'une salle, celle où le maha banhcha est dressé. En face de la porte du centre, la principale, enfermée dans une vitrine, il y a une porte basse qui permet de communiquer avec une arrière salle où le public ne doit pas pénétrer et qui est réservée aux femmes du palais quand elles viennent prier et pleurer près du catafalque.

Celui-ci est élevé exactement au centre de la salle, alors que le préas maha banhcha de la reine mère, personnage moins considérable que le roi, était reporté d'un peu plus de deux mètres au Sud.

Sa hauteur totale est de 5 mètres 4o centimètres, c'est-à-dire sept fois deux coudées. Il compte sept étages carrés qui de la base au sommet sont de moins en moins larges. Sur le septième est placée une urne funéraire de forme très élégante, faite d^un bois précieux recouvert d'une épaisse feuille d'or repoussé. Elle est fermée d'un couvercle pyramidal qui s'achève par une pointe très longue et très ouvragée ( i) dont l'ensemble mesure trois mètres de hauteur.

Au-dessus un ciel ou phidan^ fait d'une riche étoffe de soie, a été tendu et vingt ampoules électriques descendent du plafond et, la nuit,* pendant les longues veilles, éclairent à giorno la chapelle funéraire.

-i. - Le préas maha banhcha avec ses angles rentrants, ses ors, ses bougies allumées, ses fleurs en clinquant, ses petites balustrades dorées (préas kàng-chang) à chaque étage, ses peintures sur tulles fermant les petites portes (thvéa) des balustrades, peintures dites Pavoisements de la porte (soum thuéa ), brille comme une énorme châsse entre ses huits rideaux de mousseline blanche qui, du phidan, tombent jusqu'à terre après avoir été maintenus écartés par des embrasses aux quatre coins. L'efiet qu'il produit sur nos imaginations d'occidentaux est étrange, mais grandiose.

(i) Da pâli nimdna -H d/cdsa, palais aérien, palais élevé.

(2) Cette ame funéraire visible renferme une autre urne également de boi& précieux mais recouverte d'argent doré dans laquelle se trouve le corps. Cette urne invisible est haute de I m 20 (trois coudées) et large à sa partie supérieure de 60 centimètres (une coudée et demie).

3. Sur les faces Kst, iNord el Sud, une longue pièce de cotonnade blanche, dile phusagông, large de 3o centimètres environ, ornée de coudées en coudées de belles dorures, descend de la jointure de Fume et du couvercle, passe au travers d'un cartouche élevé au sommet d'un mât doré et vient poser en nombreux plis réguliers sur un plateau à pied dit péan, posé lui-même sur un plateau identique mais plus large qui se trouve au milieu d*une table très basse, dite chœung-ma. Cette longue pièce d'étoffe joue le même rôle que le péât-séma, le cordon de coton le long duquel, comme un fluide merveilleux, passent les propriétés qui naissent de la prière des religieux. Quand ceux-ci viennent dire les gâthâ de la mort, un achar développe le phusayông sur leurs mains.

4- — Sur la face Est, derrière les plateaux d*or qui supportent le phasagông, une statue en bronze doré, dite téooda préas phusayông^ représente un personnage à genoux, coiffé du mokuta à pointe des danseuses, vêtu comme elles et ayant les mains jointes. De chaque côté des phusayông, on a placé un haut lampadaire de salon, h large abat-jour, puis des parasols blancs à sept étages, dit.s apphirôm,

5. - Sur la face Ouest, celle qui n'a pas de phusayông et qui regarde la porte basse dont j'ai parlé plus haut, on remarque un chœung-ma sous une toute petite porte qui peut tout juste donner passage à un homme de petite taille. Cette porte donne accès, dans l'intérieur du catafalque, au tube de cuivre qui descend de Turne funéraire et par lequel découlaient, au cours du premier mois, les sanies du corps royal. Aujourd'hui que le corps est desséché, qu'il ne produit plus aucun liquide, le tube a été bouché et la porte n'est plus ouverte. Quant au chœung-ma placé au-dessous de la porte, il est la table d'ofl^rande ou les dames du palais viennent déposer les offrandes de fleurs, de vivres et les bâtonnets odoriférants (thouk) qu'elles brûlent en l'honneur du saint corps.

6. — Sur des tables placées sur les trois faces principales sont déposées une partie des insignes royaux, des cierges allumés, des bâtonnets odoriférants qui tument en brûlant sans flamme et des vases où sont déposées des statues du Buddha en or.

7. — Sur un lit dressé à gauche du catafalque, trois religieux veillent sur l'urne sacrée, chiquant du bétel et fumant des cigarettes, en compagnie d'un groupe de gardiens qui sont accroupis tout autour du préas banhcha et qui causent et rient comme ils feraient en autre lieu.

8. — Quatre fois par jour, — le matin à six heures, à midi et le soir au coucher du soleil, la nuit à minuit, — un groupe de 66 pleureuses toutes vêtues de blanc, vient du palais et chante une sorte de mélopée sur un ton guère plus triste que celui que prennent les religieux pour prier. Elles sont payées a5 cents et les deux femmes qui dirigeait leurs lamentations sont payés 5o cents.

Q. — Les princes viennent, par groupe, passer la nuit dans le Hô préas Thamma-sângvéky près du saint corps, et chaque prince y vient une nuit sur quatre.

Page 1