CHAPITRE VU Le cortège funéraire
Os deux ordonnances royales, Tune qui transmet aux diflérents chefs de services les ordres du roi relatifs aux funérailles, Tautre qui donne Tordonnance du cortège, sont écrites l'une à la suite de Tautre sur un krâng ou livre d'une forme de moins en moins usitée au i^ambod^re ( 1 ).
ORGANISàTION DU CORTÈGE FUNÉRAIRE
Voici la traduction de la première de ces ordonnances royales :
1. - « Le premier jour de la lune croissante du mois de Phottrobot de l'année 1-245 de la petite ère, année de la Chèvre, la H^ du petit cycle et la a4® au règne (2) (octobre i883).
« Le préas bat Sâmdach préas Noroudam bâromo réam tévéa vatana préas chan kning kâmpuchéathipedey bâromo bâpit (3) qui est le maître de la vie au-dessus des têtes
« Donne l'ordre à l'oknha Prachnhathipdey nommé Yêm, lequel est chaukrom préas alakh (chef du service des secrétaires royaux) (4) d'examiner la Loi et la coutume depuis l'antiquité jusqu'à maintenant, avec l'akkamâhasêna (le premier ministre), en
( I ) Le krâng est fait d'une seule et longue feuille de gros papier gris clair que les cambodgiens savent fabriquer avec l'écorce tendre des tiges du mûrier (mon), on du figuier dit lovéa-dey, bien pilée dans un mortier puis détrempée dans Peau du palmier tnôt {borassus sacarifera) de manière à former une pâle très liquide qu'ils répandent sur une cotonnade blanche bien tendue. Cette feuille de papier longue de deux à trois mètres et large de 56 centimètres est repliée sur elle-même en plis larges de 1 2 centimètres et se déploie en paravent. On lit ce livre en le posant devant soi dans le sens de sa longueur, puis en relevant la couverture qu'on abat non vers soi mais plus loin ; le titre apparaît on abat un panneau et c'est le texte qui s'étend sur deux pages ; on relève un panneau et de nouveau on obtient deux pages de texte ; et ainsi de suite jusqu'au bas du dernier feuillet ; alors on relève et on abat la couverture, on rapproche le livre de soi, et, sans le retourner, on lève et on abat la couverture et on continue la lecture comme il a été dit. Si on suspendait ce livre à un mur par sa couverture, on aurait une longue bande de papier à lire comme une affiche ; parvenu au bas, il suflit de mettre le ba^» en liaul en retournant pour avoir la suite.
(2) 1er kœut khê Phottrobot (p. potthàpado) cholosâkaréach 1245 chhnam Momê panhcha sâkâsa.
(3) Le saint et suprême roi Noroudam très haut et heureux dieu, chef du royaume du Cambodge, maître suzerain, très haut maître de la Terre.
(4) 11 avait aussi dans sa fonction de poser les gâthâ écrites sur feuilles d'or sur la bouche et le corps du mourant et du décédé.
conseil des quatre colonnes (chado-sdâm) (i) et les conseillers royaux {préas achnha préas réach monti) qui sont deux pour la droite et deux pour la gauche.
« Puis de donner Tordre (oy chat bàngkop) à tous les dignitaires, conseillers de la face (2) de Finlérieur ("de la ville royale) ou de l'extérieur de rassembler au complet les divers services royaux, quelles que soient leurs attributions, et de les informer tous, afin qie, conformément à la tradition, ils accompagnent les saints et éminents cadavres {prias baromo sàp) en cortège (hé), le conduisent au mén d*or (3) et l'y déposent.
« Que ce soit la Loi et la tradition pour l'avenir ».
II. — Viennent ensuite dans un arlicle unique divisé par paragraphes, nn par service, les instructions que la commission dont on vient de voir ci-dessus la composition a arrêtées.
C'est celle partie qui devrait porter le litre de SiAiploii robiep préas sàp tam krâsuong « livre organisant le cortège d'un saint corps » selon les attributions de chaque service.
Voici la traduction d'aussi près que possible de ces instructions curieuses à plus d'un titre :
I. - « Les préas achnha préas réach montir, saints agents et conseillers royaux, au nombre de quatre du sâmréap [royal], (c'est-à-dire de la partie du royaume non apanagée aux princes, princesses ou haut dignitaires) (4), inviteront les quatre préas sauriyoJey (les conservateurs des listes des valides soit pour la corvée, soit pour la guerre, des quatre apanages, y compris celui du roi) de donner l'ordre à tous les dignitaires et conseillers de la face des i«'', 2", 3" et 4'' sàmréap, de faire confectionner, selon leurs attributions, les statues (en carlon) des quadrupèdes suivants : deux statues de réachéasey (lions royaux mythologiques), deux slalues de kuchéaseg (autre espèce de lions mythologiques), deux statues de sing ou lions sans crinière, deux statues de ton ou lions à crinière, deux slalues de dàmrey ou éléphants, deux (5) statues de rornéas ou rhinocéros, deux statues de kla ou ligres, deux statues de prœus ou cerfs de la très grande espèce, deux statues de préng (6), une espèce de lions, deux statues de kilen ou lions ailés, deux statues de lieng-phéa, encore une espèce de lions mythologiques, puis de placer sur le dos de tous ces animaux un
(i) Nom génénque sous lequel on désigne les ministres de la guerre, de la marine, de la justice el du palais.
(2^ Mnkh monlrey, du pAli miikha mantî, nom sous lequel on désigne les conseillers royaux qui peuvent siéger en présence du roi. - (3> Pâli mandapa*n un bâtiment sacré, un temple. On trouve quelquefois méndap.
(4) II n'y a plus ajjoui'dMui de sàmréap ou ap.mages.
(5) Un seul rhinocéros figure au livre du cortège.
(G) Le texte porte tréayy mais je ne trouve pas ce nom au livre du cortège ; en retour ii donne celui de prêng qui ne figure pas ici.
méndap ou ostensoire où seront déposés les trag-chivor, les patras et les phlœt (i) (que le roi offrira aux religieux après rincinération).
Les mêmes feront construire, pour y placer ces représentations d*animaux, des socles roulant (chœungkiil) que traîneront des hommes rassemblés pour ce service.
Tous ces ajfiimaux précéderont, dans le cortège, le char sacré sur lequel (l'urne d'or contenant) le saint et très haut cadavre sera placée.
Les conseillers ci-dessus nommés donneront Tordre à tous les dignitaires et conseillers de la face des i»»", 2«, 3« et 4® sàmréap de faire confectionner des parasols (chai) d'or et d argent très jolis à sept étages (pour abriter l'urne funéraire) d'égale hauteur et qui seront alignés.
Que tout cela soit grand, magnifique et perpétuellement prospère dans le saint royaume.
2. — Instructions pour le Prias Nokor-bal (qui est une sorte de préfet de police) (t.), — Qu'il fasse préparer les roules et qu'il lève des hommes pour traîner le saint char royal {préas réach rotliè) entre les quatre parasols [qui abriteront le] saint corps. Il fera élever dans le mén une terrasse et placer dessus le préas thén carré ou lit royal ; il fera mellre de l'eau [du fleuve ou mé-kongkèa\ dans un grand bol [d'orj au plitél et dans un grand vase [également d'or j ou âng^ qui seront placés à côlé du saint corps pour étouffer et éteindre le feu, laver et nettoyer [les ossements]. Il fera creuser le trou [en dehors et au pied du mén] et le fera planchéyer dessus afin que [lorsqu'après l'incinération on lavera le ossements] les eaux du lavage et la sainte sanie [préas bopôs], le saint sang (préas lôliit) y coulent. Il fera placer l'enclos de cotonnade blanche dit baréang [derrière lequel se fera cette opération] et [à l'intérieur de cet enclos léger] un petit bâtis à deux étages dit réan-ma, sorte de dressoir pour y poser la bassine de fer ou klitasdék. Il fera planter quatre pieux pour soutenir, au-dessus du bûcher, le ciel ou/}/i/da/i et l'entourage en écorces de bananier qui doit empocher le feu de se comniiniquer au mi/î. Il fera rassembler le bois à brûler, en formera le bûcher d'in^iniration |èauc/iia, sacrifice] du cadavre. Il fera confectionner des seringues ou kanclxruoch avec lesquelles on enverra l'eau [sur les écorces de bananier qui, desséchées, pourraient s'enflammer] dans le saint mén. Il fera réunir tout ce qui proviendra du bûcher après le lavage [des ossements], le fera mettre dans un sac ou thàng qu'un chaukrom snom-phoasamala (3), ou chef du service des ensevelisseurs, ira jeter dans l'eau profonde (au milieu du fleuve). Il désignera les soldats et placera les postes chirgés de garder le min des en nemis, des méchants, nuit et jour, de surveiller les sentiers et- les routes tout autour du palais tous les jours sans y manquer.
(i) Pàîi iicivara, les trois principales pièces du costume religieux, et les sébiles, avec lesquels ils mândient, les écrans dont ils se voilent la face quand ils prient publiquement au temple.
(2) Du pâli najava-bala, gardien du royaume.
(3) On le nomme aussi ciiaukrom snom-cliunrœun , — Pliusa, de pâli bhùsây ornement ; mâla, temple ; donc ceux qui ornent le temple, qui préparent et munissent le temple des objets nécessaires à la cérémonie. Leur rôle est ici bien différent.
3. — Instructions à Voknha Krâlahom ou iniiiislre <!** la marine. — Il doiiiit»i*a Tordre aux chefs des porteurs d'eau de faire porter, au saint mèn, l'eau nécessaire a la cérémonie, sans y manquer. Il donnera Tordre de lever les {^ens qui tiennent toutes sortes de jeux, conformément à la coutume. Il fera porter de Teau pour le service des cuisines et de la salle des danses ; il en fera mettre dans les {;rands bols (phtél-thoni) et les grands vases (âng-thom) qui sont dans le mén près du saint cadavre (ou plus exactement près du bûcher) afin qu'on la puisse employer pour le service, sans y manquer. — Ensuite il fera porter du sable et de Teau aux endroits où les lutteurs feront assaut et boxeront devant le roi, conformément à la coutume. Il rassemblera les radeaux et les bateaux qui doivent escorter le bateau qui ira jeter les sacs de cendre à Teau, conformément à la coutume.
4. — Instructions pour le chef des Dâmruot-kromouéang, ou compagnie des licteurs du service du palais (véang). - Il ordonnera de veiller, à Tinté rieur du magasin, des trésors, du magasin des vêtements (kdseyaphéas)\i) Rinsï que des autres magasins, conformément à la coutume. Il fera distribuer de leur contenu à tous les services à Toccasion de la cérémonie du saint mèn. La distribution aura lieu par les mains des duègnes (chas-tûm, vieilles mûres) entre celles des phnéakngéar (agents) chargés de les présenter au roi. Il donnera Tordre de veiller sur les vêtements que le roi offrira aux religieux après leur sortie du magasin, qu'ils soient en petit ou en grand nombre ; il les remettra ensuite à la compagnie de> saints pandits royaux, à celle des sângkhrey (ti) qui en disposeront ensuite conformément à la coutume. 11 désignera les vêtements religieux que le roi offrira [lui-même] et les autres objets de Toffrande. Il fera appeler les duègnes ichas-tûm) du palais pour qu'elles donnent tout ce dont on aura besoin ; que tout soit remis par elles aux chefs des phnéak-ngéar qui, eux, les présenteront au roi. Il fera veiller sur les magasins dont on sortira les objets nécessaires au service conformément à la coutume sans y manquer. Il fera appeler les princesses (ângkmâchas khsatrey)^ ainsi que les femmes du roi {néak monéang), les suivantes {snâm)j les duègnes (chas-tiim) et les vieilles dames (ak-yéay) (3), quand on aura besoin d'elles dans le palais. Il désignera les soldats, les gardiens du palais qui doivent attentivement surveiller les portes, les routes et la mèche [avec laquelle on allume les canons). Il veillera à ce qu'il y ait des lumières partout et fera placer les corps sacrés les uns derrière les autres. Il préviendra la
11) "!e mot me dit un cambodgien a le sens de ville de Kosi. — Kusi esl une ville de l'Inde ancienne fameuse pour ses éloffes. Elle «Hait h capitale des Mallas. - Le mol phéas est ici Taltératioo du mot sanscrit vastu. On le retrouve dans le mot cambod. gien Kopœla'phéas, sanscrit Kapilauastu.
(a) Lettrés et censeurs des mœurâ.
(3) Les chas-tûm sont les surveillantes des dames do palais, les ak-yéag en sont les chefs. — Pour tout ce qui concerne la famille royale et les femmes du palais, consulter mon Cambodge: Le roi, la famille royale et les femmes du palais ; Saigon, igoS.
compagnie des phousamala ou laveurs de cadavres et les snôm-pol ou esclaves laveurs afin qu'ils se tiennent prêts selon la coutume. 11 ordonnera à tous les gens
des services de porter, conformément à Tordre royal, le sârapot ou langouti à bordure et à centre blanc (khien kiév thon sa), la veste de mousseline blanche à bordure galonnée d'or dite au phay-sâ, la ceinture en étoffe dite rattakhot. Les
licteurs de la droite ou de la gauche devront ne pas cesser de surveiller.
5. - - Instructions pour le chef du service des Mâhathey ou gens du ntinistre de la guerre. - 11 ordonnera de préparer d après le kbuon (livre) le cortège du saint corps, de surveiller sa compagnie, de lever les chevaux, les éléphants, les bœufs, les chars pour le cortège conformément à la coutume. Ensuite, il organisera le cortège avec les hommes levés pai* les quatre préas sauriyodey ( i) conformément au livre du cortège. Il classera par paire les lutteurs et les boxeurs qui doivent lutter ou boxer ensemble. — Il réclamera, au magasin du paddy, la lanière en cuir et la fixera autour de Tendroit réservé aux lutteurs et au boxeurs, conformément à la coutume.
6. — Instructions pour le chef du service du Montirobat, ou conseillers. — Il invitera tous les princes qui sont dignitaires (sdach tang krom) qui sont préas ângk (saintes personnes, c'est-à-dire enfants de rois), ceux qui sont préas vongsa fde la famille royale) et préas anuvongsa (alliés à la famille royale), ainsi que le sdach méak, ou bakou [qui est roi au mois de méakthom pendant trois jours], de préparer les oflnuides du souhait, conformément à la coutume. Il lèvera tous les dignitaires et les conseillers royaux de la face afin qu'ils fassent leur service, chacun selon ses attributions. Il veillera à ce qu'ils soient tous vêtus du langouti à bordure et à centre blanc dit khieu-k-ièv, et de la veste en mousseline blanche galonnée d'or à la bordure, dite au-phay ; il veillera à ce qu'ils tiennent tous chacun une fleur de lotus à la main dans le cortège. — Il veillera aussi à ce que les gouverneurs des provinces soient uniformément vêtus, et à ce que les chumteau-khonang (2) soient aussi nombreuses que possible et vêtues de blanc. Elles devront prendre place dans le cortège avec les néak, les âk-yéay et les chas-tûm (3) du palais, et s'aligner à droite et à gauche selon la tradition (tam sândap).
7. - Instructions pour le chef du service des borohoet ou bakous. —Il recherchera le moment glorieux, favorable, propice à la cérémonie de l'incinération conformément à la coutume. Il fera souffler rituellement dans les conques du sacrifice
( I ) C'est-à-dire les hommes levés par chacun des quatre sauriyodey dans chacan des quatre sàmréap.
(2) C'est en 1848 que le roi Angk-Duong décida que les femmes des hauts dignitaires de six à dix degrés seraient dites chumteau et qu'il les autorisa à porter dans les cérémonies Técharpe et le langouti coloriés, à porter de grosses boucles d'oreille en or et à nouer leurs cheveux avec des fleurs. — L>e mot khonang est d*origine malaise (konang) et désignait autrefois au Cambodge tous les mandarins.
(3) Néak, madame terme plus élevé que néang qui a le même sens ; àk-yéay. titre des dames rhef d'un certain âge au palai> ; chns-tùm, vieilles mûres, duègnes.
(phlom sang sén), conformément à la coutume. — Il fera battre huit paires de pîng^pang (i) [par des bakousj qui seront alignées à gauche, à droite et en avant du char royal [funéraire]. Les [bakous batteurs de ping-pang] seront vêtus conformément à leur coutume. Ils feront tourner le popœl (2) afin d'éloigner le malheur conformément à la coutume.
8. — Instructions pour le chef du magasin des koseyaphas ou étoffes de la ville de KusL — 11 fera élever un pavillon couvert (bânla) pour le roi. - Il fera confectionner des étendards à forme de makara (3), de scolopendre et des étendards à queue aigûe [dits tong-khmêr] de toutes sortes de couleur, deux par deux, en grand nombre. — Il fera faire des pantalons, des bonnets, des vestes rouges (4), ainsi que des sacs destinés à recevoir la sainte sanie {préas bopou) et le saint sang (préas lôhœi)^ les cendres de la tête {phés thbaung) et qu'on jettera en eau profonde. — Il lèvera, pour le cortège [qui escortera les] sanies du saint corps, tous les chefs de service, chacun pour ses attributions. — Il devra assurer le service d'après la coutume sans y manquer.
9. — Instructions pour le chef du service des réachmontreg ou conseillers royaux. — Il fera préparer la statue du Saint Buddha et les livres de VAbhidhamma (5) ainsi que ces offrandes : cinq cierges en cire d abeille, cinq baguettes odoriférantes, cinq fleurs, cinq [petits vases de| paddy grillé, et légèrement pilé (léach) qui seront posés sur le /)rca5 péac/i géanamat (6), le saint royal véhicule escorté par les dignitaires. Dans le cortège, ce yéanamat précédera le char royal [funéraire], conformément à la coutume. — Le lit sur lequel sera posée la statue du Buddha recevra les choses nécessaires à Tincinération du saint corps dans le grand méndap, — On placera des lits pour les religieux lecteurs du préas Dhamma (7), dans le men, aux quatre points cardinaux. — On préparera la chaire à prêcher (préas //sna) aussi dans le méndap ti les religieux devront s*y succéder afin que la lecture ne soit pas interrompue. — Les étoffes [blanches], chhak, pour enclore [Fendroit où, hors du mén, on lavera les ossements tirés des cendres] seront placées devant le saint corps sur le char funéraire. —
(1) Petit tambour de basque à deux peaux, à manche, et au disque duquel sont suspendus deux billes qui, quand on Tagite, viennent simultanément frapper les faces du tambour.
^2) Disque de bronze à manche et portant soit les représeutiitions des dieux brahmaniques, soit des diagrammes. On y fixe un ou deux petits cierges allumés et on les fait tourner de main gauche en main gauche autour de la personne ou de Tobjet qu'on veut honorer, alors que la main droite chasse le fumée vers l'objet ou la personne qu'on veut honorer.
(3) Un monstre marin de la mythologique ; pâli makara.
(4) Ces pantalons ou plutôt caleçons, ces vesles et ces bonnets rouges sont destinés aux porteurs d'étendards, de pavois, de parasols, de lits, et aux traineurs de chars ou socles
roulants.
(5) La troisième partie des livres sacrés du buddhisme ou piitakas.
(6) Dn pâli ganamatya, le véhicule {yâna) des amatyas. ou conseillers, officiers royaux, parce qu'il est escorté par eux.
(j) Les livres de la Loi.
On entérinera avec un cordon de coton, dit âmbas-sêma, coton de la limite (1)9 les objets de l'ondoiement, conformément à la coutume. — Le chef du service des conseillers royaux réclamera le cierge en cire d'abeille destiné à allumer le bûcher du saint corps et Teau qui doit être déposée dans le méndap conformément à la coutume.
10. — Instructions pour le préas sauriyodey ou détenteur des listes des hommes valides. — Ils donnera Tordre aux gouverneurs des provinces de faire construire des hangars pour tous les jeux et pour les orchesires. — Il fera élever un hangar par les fonctionnaires (rnukli-ngéa) pour les cuisines [où seront cuits les aliments qui seront distribués au peuple], un autre pour les jeux conformément à la coutume. — Les hangars devront être couverts de vélums puis étiquetés [de cartons indiquant que celui-ci ejst pour les dignitaires, celui-là pour les fonctionnaires, cet autre pour les gens du peuple]. — On devra apprêter les routes et les faire plan|er d'arbustes en bordure, conformément à la coutume. — Il lèvera des hommes pour le cortège, les vêtira, les coiffera de rouge et les désignera soit pour porler les divers objets (élendards, pavois, palanquins) ou pour tirer les câbles du saint char [funéraire], ceux de [socles roulants qui supportent les] statues d'animaux, conformément à la coutume. — Il fera confectionner les parasols à sept étages {chbat ruoi) \ à manches] dorés ou argentés, tous de même hauteur. — Il les réunira et les fera marcher en ordre.
11. — Instructions pour le chef des jeux Jieng) et du festival (mahosrap). — [| devra disposer dans le cortège les hommes qui soufflent dans les trompettes (/re), ceux qui battent les tambourins longs (skor chnak)y huit paires à gauche et à droite et devant le saint char royal [funéraire]. — Il fera distribuer les pantalons (khos), les vestes (au) et les coiflures (muok) uniformément rouges pour le cortège. — Il placera les deux batteurs de pin-péat (2) qui doivent se faire entendre dans le cortège, et en tête. — Il placera de même, à l'endroit où ils doivent jouer, les orchesires (prâkom) qui doivent, la nuit et le jour, pendant la veillée du saint corps, demeurer près du mén sans manquer. — II disposera les hommes pour les jeux et le festival de tous les fonctionnaires, puis surveillera les jeux conformément à la coutume.
12. — Instructions pour le chef des faiseurs et découpeurs de clinquant (chéang chak spéan). — Il remettra aux chefs des magasins, en petite ou grande quantité, des (leurs may en clinquant qui seront attachées au préas sânthiya qui enclôt le phîdan dans le préas mén ainsi que les autres objets. — Il fera couvrir de franges et de découpures [en clinquant] l'intérieur du méndap conformément à la coutume, sans y manquer.
(i) LâmhaS'Sêma est an cordon de coton vierge fait d'un fil de chainette, de manière à former trois <ls avec un seul ; Tua pour le Buddlia, l'autre pour la Loi, le troisième pour r Assemblée des moines.
(2) Cet instrument est le cercle de seize ou dix-huit cimbales de bronze (dites vong) accor* dées, au centre duquel est placé rinslramentiste armé de deux petits marteaux dont Fécartement est maintenu par une ficelle. Dans les processions, il est porté à Taide de deux bambous .
i3. — Instructions pour le chef des mâhalek ou pages, relativement aux accessoires. — Il ira recevoir l'eau pour le lavage des saintes mains [du rôij, Teau de coco et Teau du cassia (sd/nfruor), ainsi que l'eau du (iurcuma (romiet) et celle d'oranges (sœuch) puis tous les objets nécessaires à la cérémonie. - On apportera la boîte royale à bétel (préas khongmak), le plateau sur lequel elle est posée, les cigarettes (srey), les cigares (srey-suoug), la mèche (chhut), Taiguière royale (kou)y les cure-dents (chhœu préas stun), le gratte-langue {khuak uuon préas os chhœu kos) qui sont donnés [par le roi) et qui doivent être placés à côté du corps. Voilà le groupe des insignes d*honneu|*. - Tous les mâhaleek seront vêtus du khien-kieu dont la partie centrale est blanche, du au-phay blanc aussi. — Qu'on rassemble les objets ci-dessus dits et qu'on les conserve pour le cortège, conformément à la coutume. — Qu'on réclame au krom sângkhrey la liste des religieux [phik'Sângkh qui ont assisté à la lecture dans le [mén\ afin de pouvoir la communiquer au roi, quelqu'en soit le nombre, tous les jours, conformément à la coutume. - Que chacun se tienne prêt selon ses allnbutions, tous les jours, à exécuter rapidement les ordres du roi. — Que chacun soit prêt à accompagner le roi (i) quand il sort du préas bànla et quand il rentre, chaque jour. — Que chacun veille et fasse son service exactement selon la coutume, afin qu'il ne manque rien au préas réach kusal, [c'est-à-dire à la bonne action du roi). - Le roi offirira le saint feu du cierge du sacrifice et allumera de sa main le bûcher conformément à la coutume.
14. — Instructions pour le chef des chars royaux (réach yéan). On ordonnera de préparer le yéanamat royal, le parasol du sâmréap qui doil abriter la statue du Buddha, de prendre le lit magnifique et son parasol à étages qui abritera le religieux, lecteur deVAbhidhamma et du Maiika. — On préparera le saint, brillant et royal char des amatyas(pr6a5 sauvanna réach yéauamatya)e\ les insignes d'honneur, les kruong apphirom [qui sont des parasols à étages], les kruongchâmmar baymon [qui sont des pavois ovales s'achevanl par un fer de lance], les kruong phoutau [qui sont des pavois ronds], les sbâng (qui sont des représentations de fleurs et de feuilles en forme de pavois), les bang-sâng [qui sont de grands écrans ovales qui s'achèvent par une pointe], les préas vichani [qui sont des grands éventails ronds recourbés et fleuris de découpures).
i5. — Instructions pour le chef des sângkhrey relativement aux invitations. — Il invitera des religieux de la sângkhéa royale à venir prêcher le préas Abh\dhamma et le préas Matika conformément aux ordres du roi. -Il invitera les autre^ religieux à venir entendre la tradition en assemblée petite ou grande, sans y manquer. — Quatre religieux viendront lire le Préas Dhamma dans le méndap et seront placés chacun à l'un des points cardinaux. — Les religieux viendront tous les jours prêcher, mais chaque jour on tiendra compte du nombre de ceux qui seront venus [les écouler], et la liste sera remise au chef des pages de service qui devra en
(i) Textaellement le Préas bat préas hàrom.
donner journellement lecture au Saint miséricordieux qui est le mattre suprême de la vie au-dessus des têtes (le roi). On donnera Tordre aux religieux de préparer la frange du cierge ronformétnenl à la coutume.
i6. - Instructions pour le chef de la compagnie des alakh ou secrétaires royaux. — Il fera préparer les sébiles des religieux et les fera orner de diverses manières, c'est-à-dire recouvrir d'étoffes de diverses sortes, conformément aux ordres royaux. — 11 fera confectionner des chœung-aihéa (ou enveloppes d'étoffe pour les livres), des poinçons à graver (sur les oies du palmier, trâug) et des âmpong-deysa (ou étuis pour la chaux à écrire). - On fera un dàmbâng péch (i) [aver une feuille de tnot coupée] et on y inscrira un mantra.
17. — Instructions pour le chef des gardiens des tapis {néavatt). — Il donnera l'ordre d'étendre les tapis de laine et de soie dans le méudap, endroit sacré, et sur le lit [à porteur] où le roi s'assied quand il sort, puis de tout surveiller avec soin selon la coutume. — Il fera fixer le préas visant et le préas santhiya ou rideau autour du bosàbok ou trône, dans le mén, et y fera allumer des cierges afin qu'ils brûlent jours et nuits, conformément à la coutume.
18. — Instructions pour le chef des licteurs qui marchent devant et derrière. — Il donnera l'ordre de disposer un pavillon occasionnel (banla kœt) et un lit (préas thên) où le roi viendra prendre place conformément à la coutume. — Les licteurs devront être vêtus du khien-kieu à partie centrale blanche, du au-phay blanc et coiffés du romphak ; ils auront le sabre à la ceinture, une lance à la main et se tiendront à droite et à gauche du roi (2) pour l'escorter.
Quatre autres licteurs ensevelisseurs (dâmruot snôm) deux en avant et deux en arrière, vêtus du khien-kieu à partie centrale blanche, du au-phay et coiffés du romphak se tiendront près du siège royal, du saint cercueil (préas kôtha) et des quatre religieux dits du Mattika élevés près du saint corps conformément à la coutume. — Il enverra, pour la surveillance du corl^'j^^e, de.ux licteurs munis de leurs faisceaux de rotins, deux autres armés de lances dites âmpèng, soit quatre licteurs qui seront uniformément vêtus du khien-kieu à partie centrale blanche et porteront la ceinture d'étoffe autour de la taille {rattakhoi). Les licteurs portant les faisceaux auront la consigne d'empêcher qu'on traverse le cortège funèbre, feront longer la procession [le long de la corde que tiennent les porteurs d'étendards et de pavois qui font la haie]. - Les damruot apporteront les aliments des religieux et ceux des festins selon la coutume. Ils se tiendront prct à prendre place en avant, en arrière, à droite, à gauche et seront toujours à la disposition du roi quand il viendra à la cérémonie.
( I ) ije dâmbâng-péch est un éclat de feuille de palmier à sucre nouée en haut de manière h former un angle obtus et qui se lient à la main. 11 esl doré el comporte une slance en pâli. (2) Préas bat bàrom hàpit chéa machaSy le roi.
ig. Instructions pour le chef des nom (i) srâng ou eaux à baigner. — Il ordonnera de préparer Teau parfumée dans les huit jarres dites puoch d'or et dans les huit puoch d'argent, de la conserver pour le saint corps, et de la donner à la compagnie des samala snôm (ou ensevelisseurs) afin qu'ils puissent laver le saint corps et les saints os et aussi étouffer le feu dans le méndap (s'il venait à se communiquer à la construction), conformément à la coutume. — Il demandera la compagnie des duègnes (chas-tùm), les parfums qui doivent être employés à parfumer l'eau avec laquelle seront baignés le saint corps et les saints os. — Tous les gens de ce service seront vêtus du khien-kieu, à partie centrale blanche, du au-phay blanc et coiffés du lomphak (2). — Il faut aussi réclamer l'eau de coco, l'eau du sàmbuor (cassia), l'eau du romiet (curcuma) et l'eau d'orange sœuch, puis remettre ces eaux diverses aux esclaves ensevelisseurs {snôm-pol'riœung) qui élèveront les os et les laveront.
20. — Instructions pour le chef de la compagnie des snôm-pol^riœung ou esclaves ensevelisseurs, — Ordre relatif au saint et très haut cadavre, — Les licteurs ensevelisseurs lèveront la sainte urne (préas kôtha), la glisseront et fixeront sur le char royal. — On remplacera le suaire vieux par un suaire (préas nap) neuf, et la corde de coton (àmhas) qui liait [ce suaire] sera aussi changée. — On gardera le feu du kaylas (3) avec lequel on fournira le feu du bûcher [qui consumera] le sainl corps. — On offrira la veille au soir le feu au Sâmdach préas sângkhréach (le chef des religieux mâhanikay) afin qu'il allume les franges (phnhi phlœung) du cierge.
- Seront uniformément vêtus du khien-kieu à centre blanc, du au-phay blanc et coiflés du lomphaky ceux qui du saint corps ramasseront les sanies et le sang. — On prendra de l'eau parfumée et on en baignera le corps puis le bûcher. Quand le corps sera complètement incinéré, on demandera des étoiles blanches au chef du magasin des vêtements, puis des sacs pour y mettre les charbons et les cendres (préas âchkar préas chéan) et les aller jeter dans l'eau profonde. — On noiera [les dates] en une note spéciale de l'offrande du saint feu au saint corps ainsi que celles des sorties de la sainte sanie et du saint sang (4), de l'incinération du saint corps et du jet en eau profonde des charbons, des cendres, des sanies et du sang. Cette note sera présentée tous les jours au roi. — Lorsque les os (pâli athî) seront bien lavés on les placera dans une sainte urne (préas kôtha) en or, puis, en cortège, on les portera au palais où ils demeureront.
21. — Instructions pour le chef des préas sèng-thuon ou porteurs des lances du roi, — Ils seront vêtus du khien-kieu à centre blanc, du au~phay blanc, tous
(]) Le mot nam est un mot siamois (a) On dit aussi rowphak.
(3) Peut-être du nom de mont Kailasa, la montagne de Çiva.
(4) C'est-à-dire les dates et les heures auxquelles on recueille, à l'aide d'un robinet situé an bas de l'urne funéraire, les sanies qui proviennent du cadavre qu'elle contient.
de même. — Deux préas sêng-chuon [ou porteurs de lances garnies de crins de cbamaras], deux préas séng-ngaii [ou porteurs de sabres , deux préas sêng âssasieg [ou porteurs de javelots] ; deux préas sèng-chappchhli [ou porteurs de poignards], deux préas-sêng-akir (ou porteurs de fusil) ne s*en dessaisiront pas et garderont leur rang dans le cortège, derrière. — Ils prépareront les bols d'eau, les crachoirs et les placeront dans le mén. — Des gardiens seront envoyés dans le méndap pour y exercer la surveillance.
2a. — Instructions pour le chef de la compagnie des phousamalas ou ensevelisseurs. — Il devra préparer l'ensemble des objels nécessaires au saint corps. Il fixera le corps (c'est-à-dire le cercueil) sur le char royal, puis il assemblera les snàm-poUriœung ou esclaves ensevelisseurs ainsi que les damruot snom ou licteurs ensevelisseurs. — Tous seront vêtus du khien-kieu à centre blanc, du auphag blanc et cgiffés du lomphak, tous de même. — Quand ils auront fini de laver le corps, on mettra tout auprès les objets précieux et on les y laissera. — Quand on enlèvera le corps pour le mettre dans le mén on enlèvera aussi les objets et on les replacera près du corps où ils resteront jour et nuit. — Il faudra demander au néag nam srang, chef des eaux à baigner, Teau des vases (puoch) d'or ou d'argent, avec laquelle le corps et les os doivent être lavés. — Il faudra aussi demander aux duègnes les parfums avec lesquels on doit parfumer le corps. Cela fait, on placera le corps sur le char royal et on le conduira en procession au méndap conformément à la coutume.