I.K VKAI- PHKAS MK.N
1 . — Lu créuialiuli du roi .Nuroudâm a eu lieu dans TeucJus silué au Nord du palais royal, à l'endroit même où la reiue-mêre a élé incinérée en 1899, el qu'on nonnne depuis lors Véal préas-Mén.
Cel enclos d'environ x heclaves el V\ ares s'élend enlre la (irande-ttue, la rue Ohier el la rue. Il mesure 146 mètres de TEsl à TOuesl et environ 160 mètres ( i ) du i\ord au Sud. Il esl limité à TKsl, au Nord el à TOuesl par un mur bas en briques surmonté d'une palissade en bois peinle en bleu, soutenue par des piliers en briques également. Le côté Sud esl fermé par le nmr Nord du palais royal.
Les côtés de ce vaste enclos sont percés de trois portes sauf le côté Sud qui n'en a qu'une. Celle dernière porte donne accès dans la première enceinte du palais royal.
L'enclos esl dominé à Tangle Sud-Est par le bastion {pam) oclojconal de l'angle Nord- Est du palais.
2. C'est dans ce lerraih, mais non au centre, qu'on a élevé l'endos du méndap ou mén d'incinération. En effet, l'enceinte propre au mén a été désaxée de 24 mètres vers l'Ouest el de quelques mètres vers le Nord ; le mén lui-même, dans sa propre enceinte, esl désaxé de 6 mètres, vers l'Ouest également.
J. On avait élevé autour de l'enceinte propre au mén un certain nombre de constructions légères que je dois noter :
Le long du unir Est de l'enceinte, à gauche de la porte principale en entrant on voyait le théâtre chinois dit kong-ngieu, et, un peu plus loin, la salle des danseurs cambodgiens dite roung khôL — Â droite de la même porte, on trouvait le pavillon des rites annamites, dit Kong-ték et, un peu plus loin, une cuisine, puis le cinématographe Léopold construit au dernier moment el enfin, un peu en avant du cinématographe, le théâtre des ombres chinoises dit nang-taloung.
Le long du mur d'enceinte de la face Nord, à gauche de la porte centrale, en entrant, il y avait d'abord le mén-chrèk ou mén-sék, c'est-à-dire un petit pavillon ou dais d'incinération qui rappelait les param que nous trouvons dans certains centres importants à toits can'és el étages, couvert en tuiles et doré, orné de bois découpés et peint de jolies couleurs. On y accédait par quatre escaliers, un pour chacune des faces. C'est là qu'ont été brûlés, le 29 janvier 1906, les corps des dignitaires de la cour de l'Obarach, alors que les princes et les princesses avaient été incinérés dans le
— lis -
mén royal. — Dn peu plus loin, on trouvait la salle des danseuses khmères, dite roung-lokhdn, — A droite de la porte centrale du Mord, on rencontrait encore une salle de danses, dite rou/ig-Zo/r/idn-^afrej/, puis le théâtre annamite, dit roang-yaon, la salle des danseuses annamites, dite hot-bay et, enfin, le théâtre des ombres khmères, dit nâng-sbék, parce que les personnages sont découpés dans du cuir, sbék» Ces trois derniers bâtiments étaient accollés les uns aux autres.
Dans la partie qui s'étendait entre le mur du palais et Fenclos spécial au mén a gauche de la porte en venant du palais, on trouvait tout d'abord la tribune royale, dite préaS'bânIéa ou saint pavillon. — C'est dans ce pavillon près du lit rdyal, placé à sa gauche que le roi, — assis sur une chaise dorée et ayant à sa droite le Résident supérieur assis sur une chaise semblable, — se tenait quand il venait assister aux luttes à main plate, aux luttes des boxeurs, à l'escrime des bâtons et des sabres et que les Européens prenaient place à la droite et derrière le Résident supérieur.
En tace, — mais moins important et reporté un peu vers l'Ouest, — était le pavillon réservé aux princesses et aux femmes du palais ; puis, à l'Ouest de ce pavillon, une salle à manger et deux cuisines, où se confectionnaient les festins uflerts par le roi aux dignitaires et aux gouverneurs des provinces.
Le long du mur d'enceinte de la face Ouest, à gauche de la porte en entrant, on voyait le roung-dak-roup-sato^ c'est-à-dire le hangar où étaient rangés les statues des 70 animaux qui ont figuré dans le cortège. — Â droite de cette même porte, étaient d'abord le roung-kromavéang ou hangar des gardiens du palais, puis deux roung-khoan-sotda-bavar-riêp'Sâmréap, c'est-à-dire les hangars où étaient déposés les vivres destinés aux religieux, aux dignitaires el aux ;(eiis du peuple.
LENCLOS D(J MÉK
L'enclos spécial au mèn désaxé, ainsi que je l'ai déjà dit, de 34 mètres vers l'Ouest et de quelques mètres vers le Nord, mesurait 98 mètres de l'Est à l'Ouest et 77 mètres du Nord au Sud. Chacun des quatre côtés était percé d'une porte monumentale à toitures étagées et dorées, hautes de dix mètres et larges de cinq, placée au milieu des faces orientale et occidentale, mais reportée de six mètres vers l'Ouest sur les faces Nord et Sud. Ces portes étaient gardées chacune par deux statues en carton de yaksas ou ogres, appuyés sur des massues ou dâmbang. Elles étaient hautes de cinq mètres.
 cette enceinte faite de bambous tapissés de nattes gris-pàle, s'appuyaient à l'inté-
' rieur de longues galeries ou thèaii, profondes de trois mètres et hautes de cinq. Elles
abritaient les 70 représentations d'animaux qui, sur des socles roulants, ont figun*
dans les processions funèbres, et tous les accessoires utiles aux cérémonies. Ces galeries
étaient dissimulées derrière d'immenses écrans faits en feuilles de latanier (tràng).
Anx quatre angles lie l'enclos saeré, an-dessns. des galeries, on avait construit des petites tourelles dites .^d/nsan, <k de rafflietion », où trente-deux religieux venaienl.
ri"
chaque jour, prier à raison de huit par sâmsan. Ces tourelles, profondes de trois mètres, étaient hautes de treize mètres et demi.
Le long de la galerie Sud-Ouest, se trouvait le ( pavillon des parfums » ou préas banléa-konth-phîdo, qui fut la salle où le corps du roi, avant l'incinération, et ce qui restait de ses ossements calcinés après l'incinération, furent parfumées avec des eaux de senteur cambodpennes et françaises.
LE MÉN
1. — Le mén ou méndap n'était pas construit au centre de l'enclos sacré ; il était reporté d'environ six mètres vers l'Ouest, les quatre immenses portes de ses quatre faces hautes de i5 mètres faisant face aux quatre portes de l'enclos sacré.
2. Celle construction, — soutenue par des colonnes d*environ 29 mètres de hauteur et qui portaient une charpente très légère, — mesurait ')5 "• 36 de hauteur depuis le sol jusqu'au sommet de la flèche (1).
Sa forme sur le sol était celle d'une croix dont la branche la plus longue s'étendait vers l'Est, l'entrée principale. Sa profondeur totale de l'Est à l'Ouest était de 34 mètres et sa largeur du Nord au Sud était de 27 mètres. Le carré formé au centre de la croix constituait la salle d'incinération ; il mesurait 18 mètres de côté.
Les quatre colonnes supportaient tout le poids de la toiture étagée haute de i4"" 70 et de la flèche qui mesurait 10 •" 66. Elles étaient longues de 28 "' 70, dont 23 mètres au-dessus du sol. Leur écartement dans la salle d'incinération était de 9 mètres.
C'est entre ces quatre «colonnes que fut construit, dans la journée du vendredi ^ janvier, le catafalque à neuf étages où tut exposée l'urne funéraire du roi Noroudàm, celles du roi son père, de sa mère et celle de sa tante, plus tard toutes les unies de la famille du roi Sisovath.
LK PRÉAS BANCHÂ OU CATAFALOIJE
I. Le préas banhcha ou catafalque que j'ai décrit plus haut et qui, démonté, transporté de Vhô préas Tbomma'Sàngvék et reconstruit dans le mén pendant la journée du 5 janvier, fut augmenté de deux étages, mesurant dix mètres de hauteur. C'est tout au soinlnel que furent placées les urnes funéraires et, le jour de l'incinération, le petit pavillon ou parant à toiture plate qu'on éleva au-dessus et qu\)ii orna de rideaux en mousseline lamée d'argent. Tout en haut, suspendu au plafond, c.'est-fi-dire à 2^ mètres au-dessus du sol, se balançait le parasol blaiir à neuf étages dit préas Vék. trachhat.
(i) CeM par suite d'une erreur que le programme en t'^anvai^ donne le ehilîre 5^ ™ H,î centimètres, pai* »onsé(|uent de 10 •»• u) ceiitiinètres. p\u>> haut que le phnom qui mesure 45» 55.
>. — Alors qui' les rloiscms exiérieuivs du mèn^ — l'ailes \W lainclles de bambous clouées sur une charpeule léjfêrê el recouverles de lai'i^es uaUes, élail laul euUère tapissée de 7.000 mètres d'élolîe rouge éloilée d'or, Fiiilérieur élail enliéreineut tapissé lie 10.000 mètres de colonnade blanche également éloilée d'or. Qualre innnenses rideaux blancs, qui descendaient du plafond, étaient ramenés par des embrasses aux quatre colonnes habillées de blanc donl j'ai parlé ci-dessus. Des vélums de cotonnade blanche s'élendaient au-dessus et en avant des hautes portes du mén : elles glissaient sur des des fils de fer, afin d'atténuer la réverbération el les rayons du soleil qui pénétraient dans la salle d'incinération.
I. — Les princes avaient fait suspendre antoui* du mén, le long des cloisons et le long des quatre branches de la croix, de larges plateaux cariés faits de verrerie de clinquant el de mica ; on y suspendait chaque soir près de 7.00 lampes minuscules a pétrole. A Textérienr du bras Ksi, les religieux avaient fail suspendre aux cloisons, à >. mètres et demi du sol, sur deux doubles files el serrés comme des pétards chinois, — plus d'un millier de bâtonnets gros et longs conime un porte-plume, autour desquels on avait roulé un papier el qu'on avait surmontés d'un pelil pavillon de clinquant léger. Chacun de ces bâtonnets portait le titre d'un livre buddhique et renseinble, m'a-l-on affirmé, donnait les titres complets des trois grandes collections des livres sacrés du buddhisnn;, le (ri-pifaka, que les Khmèrs prononcent et écrivent ireg-beydak.
\. - Dans les plis des colonnades blanches, on avait à demi noyé des guirlandes d'ampoules électriques. D'autre part, deux énormes lampes à arc suspendues au plakunl jetaient, la nuit, une éclatante lumière qui, reflétée par la cotonnade blanche el for qui l'agrémentait, donnait à tout l'ensemble un cachet décoratif de haut el très bon goût. Aucune décoration ne pouvait être à la fois plus discrète et plus élégante, produire une meilleure impression el donner une idée plus haute du sens artistique que les Cambodgiens savent mettre au sei'vice de leurs conceptions.
). ^-- A l'extérieur du mén, entre les bras, on avait installé des kon-kay qui sont des représentations de scènes bien conimes des Cambodgiens, tirées <le leurs ouvrages sacrés et parfois de leur imagination toujours un peu vagabonde. Les personnages, en pâte de carton, presque de grandeur naturelle étaient peints et habillés avec un gont très avisé. Plusieurs d'entre eux remuaient les yeux et la tète el, - sans se rapprocher de nos cabinets de cire qui maintenant sonl, en Kurope, composés d'uuivres dues à de véritables artistes, — donnaient assez bien l'impression des prin<*es, princesses et gens du peuple que l'artiste cambodgien avait voulu représenter. Ciette exhibition, elle aussi, a été une véritable révélation pour nous. On ne savait pas, avant ces fêles, que les Cambodgiens étaient en étal de représenter, avec des personnages uiodèles en carton de grandeur naturelle, des scènes aussi curieuses que celles qu'il nous a été donné d'admirer. Ce peuple khmér est décidément doué d'un sens artistique très développé, quoique traditionnel et fi^é dans des conventions qui nuisent à son développement et à son progrès.
hKTAILS lUVKHS
I. - Les chhat-ruot soni des iiiAls hauls d'environ 20 mètres portani sept parasols étages et s'aelievant par un pavillon. II v en avait 120, dont 74 autour de Fenceinte spéciale au mén et 46 à l'intérieur de cette enceinte, en avant des galeries ou théau.
î. — Les phnhi-tien ou « cierges fleuris », sont des pièces d'artifice du |)lus bel effet ; ce sont des mAts hauts de 20 mètres, étages de baguettes recourbées maintenues au mât par des ficelles ; ces baguettes, armées de pétards qui fusent des pluies d'étincelles, se détachent quand les cordelettes qui les niaiutienneot brûlent et se balancent en fusant; c'est tout d'abord un bouton et c'est ensuite les pétales d'une fleur qui s'épanouit et qui se balance. Il y en avait 461 espacés sur les faces Nord, Est et Sud «le l'enclos extérieur. Les religieux les préparaient dans l'après-midi et les allumaient le soir, vers sept heures.
J allais oublier les (juatre tourelles carrées revêtues de cotonnade blanche qui s'achevaient, au sommet, par une plateforme, et que les Cambodgiens nomment phka pôprik, a fleurs de l'arbre pô ou de la hodhi ». Du haut de ces tourelles, des juges ont chaque jour jeté au peuple des citrons dans lesquels on avait enfoncé des pièces commémoratives en argent, et aussi des boulettes de méréak, ou vernis de Chine, contenant un billet en étofle, sorte de numéro de loterie indiquant l'objet que les gens du trésor sont chargés de remettre à ceux que le sort a plus ou moins favorisés. Ces quatre tourelles étaient placées, à l'extérieur de l'enceinte spéciale au mén^ une à chacun des angles .Nord-Est et Sud-Est, une en face de la tribune royale et la quatrième presque en face du théâtre des ombres khmères on roung-nang-sbèk.
De larges écrans étaient placés à une petite distance des portes et à l'intérieur de Tenclos sacré. Des cadres dlllinnination, garnis de verre, fournis par les princes, les ministres, les autres dignitaires et les gouverneurs des [provinces et entreteims par eux, étaient posés un peu partout et étaient allumés chaque soir, alors que les religieux lançaient de nombreuses montgolfières devant la maison de l'oknha Véang ou ministre du palais.