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CHAPITRE III

I^elation des fêtes de la Crémation du roi NoroudAm.

J'ai dit que ces fêtes avaient duré da 2 aa i6 janvier i(|o8. Je vais les décrire d'après les notes que j'ai prises joui' par jour e( heure par heure.

PUKMIÈHK JOI RNÉK, MAHIil l JA.WIEH 190H. DKSCKNTt: HK l/l'UNK KT LA V.UiK 01' rom»S.

1. — Dès sept heures du matin, une foule de dignitaires, de petits employés, de jîouverneurs arrourus des provinces el de gens <lu peuple, esl entassée dans la deuxième enceinte du palais el dans le Jardin des Fleurs qui s'étend entre le ho préas Thomma-sàngvék el le Trésoi* royal. Tous ces gens sont vêtus de blanc et ont la tête absolument rasée, les femmes aussi bien que les hommes. Ils attendent Sa Majesté Sisovath qui est annoncée pour 7 heures et qui, rituellement, doit présider à la descente de Turne sacrée qui, depuis dix-huit mois, domine la chambre ardente an sommet d'un catalalque, le préas mohn-hniihcha, haut de sept mètres.

•».. — Il est 9 heures du matin quand on annonce que Sa Majesté, souflrant d'un «çrand mal de dents, ne viendra pas, que le prince Monivong, l'un de ses fils ( 1 ), le remplacera et que le Résident supérieur, ayant appris Tindisposition du Roi, s'est fait excuser et a chargé le Résident-niiiire de le représenter. Le prince Monivong s'avam-e en effet el prend la place que le roi eût occupée à TKsl et an pied du catafalque.

70 religieux de la secte des mahanikay, - autant que le roi Noroudàm a vécu d'années, — sont assis sur des tapis au Sud du préas moha-banhcha et disent les stances ^xWssdapakan ou plus exactement sa^/apa/cmna qui sont, dit-on, les <^ sept dissertations 9 qu'on dit ^ l'occasion des funérailles el qui sont celles du bangskaiil dont il a été parlé plus haut. Ils ont sur les mains le phousayong ou large bande de cotonnade blanche qui tombe de l'urne royale et les met en communication avec le « saint el éminent corps » du roi défunt. Os stances dites, ils se retirent et de suite le chef des màlnphousns, on maître des cérémonies, el les snôm-pol-rieun (>.), ses aides, gravissent avec le char que cinquante hommes meuvent à l'aide de cordages, sur un plan incliné que les charpentiers ont construit la veille. Les hakous ou préahm soufflent dans leurs conques marines bordées d'argent, une main à demi enfoncée dans l'àme ; le flageolet comyience à pleurer une mélopée frisie que scandent à la

(1) Ce prince est le septième des fils du roi Sisovath.

(>.) Les màlàphoiisas soûl les cnsevelisseiu-s royaux, el les snôm-pol-rinin, les laveurs de cadavres i-ovaux.

(inale île riiiiique phrase une douzaine (Je laniboiirins eourls frappés avec un bâton recourbé. Ces instruments sont rituels. Les màlàphousas et les snôm-pol-rieun détachent Turne qui est fixée sur le catafalque à Taide de cordoos de coton blanc, la transportent sur le char et Ty attachent avec les mêmes cordons. Cela fait, les conque> meufclent de nouveau et le char descend lentement, jusqu'au bas du plan incliné, avec fume et les snôm qui la soutiennent de la main. Le prince -Monivong la reçoit en bas au nom du roi et invite le « saint et éminent corps » à se rendre dans la salle de rOuest, sur le tapis ou krala-komnal. Il donne ensuite Tordre de la placer sur un palanquin dit préas yéanamat-méas, porté par douze hommes et de la déposer dans la salle voisine de celle de l'Ouest, qui est la salle réservée du hô préas Thommasângvék.

Le pnnce Monivong, les membres de la famille, plusieurs religieux et le représentant du Résident supérieur, pénétrent dans cette salle et déposent Turne sacrée sur

un lit bas.

Les bakous soufflent dans leurs conques/ le flageolet n'a pas un instant cessé de pleurer et les tambourins de résonner. Le màlàphousa et quatre de ses huit aides enlèvent le couvercle de Turne et le prince Manivong prend la couronne d'or qui est sur la tête du cadavre et la remet à un autre prince qui la dépose sur une petite table. Cela fait le « saint et éminent corps » est sorti de Tunie et placé sur an lit recouvert d'une natte blanche sur laquelle on a étendu un coupon de dii coudées de cotonnade blanche. On lui enlève tous ses bijoux, puis les sampots et les habits dont il est vêtu. Les restes du roi qu'on peut alors examiner ne sont plus que des ossements qu'on tire en trois fois, — d'abord la partie supérieure, puis le bassin et enfin les membres inférieurs, — et qu'on place en trois tas, à peu près comme ils sont placés dans l'organisme humain. Ce sont ces ossements, encore recouverts de fragments de chair desséchée, qui sont lavés par les snôm-pol-rieun* Les chairs qui, pendant ce lavage, se sont détachées des os, les eaux dû lavage, les suaires sont précieusement recueillis dans une urne d'or dite lat-bek par le krom miéng et sont mises sur un palanquin doré, ou yéanamat-méas, c'est-à-dire palanquin d'or des officiers (amatyas) ou porté par les amatyas.

Le prince Monivong, le chef des religieux, les vongsas et anuvongsas, le représen- , tant du Résident supérieur, versent de l'eau de coco, puis des parfums sur les ossements et chacun se retire, laissant aux femmes du palais le soin de veiller sur les restes royaux de Sa Majesté Noroudâm.

Pendant ce temps, les chefs des charpentiers et ceux des orfèvres, s'adressant au % préas maha-banhchâ, le catafalque, lui demandent l'autorisation de le transporter du hô prâas Thomméa-sângvék au saint mén où, lui disent-ils, il sera surélevé de deux étages et porté à neuf étages. Ces paroles prononcées, les charpentiers commencent à démonter le préas moha-banchchâ.

3. — Dans la soirée, vers quatre heures et demie, les vongsas, les anuvongsas (membres et alliés de la famille royale), le premier ministre, les quatre autres ministres, tous les dignitaires et les conseillers, se forment en cortège, placent le lat-bet d'or

qui roiitieiit les chairs, les eaux el les linceuls «lu roi «iéfuni, sur un palanquin doré nu préas réachéayean surmonté d'un dais ou param blanc et, entre deux cordes tenues par des porteurs d'oriflammes, le portent processionuellement au préa» Obosothrattana-préas-kèv-morokoth, c'est-à-dire dans le cœur du temple inaug:uré en févriei- 1 903 par le roi Noroudâm.

Panenu au monastère, le cortège, après avoir fail trois fois le tour à gauche d'un petit bikher préparé en face de la porte Est du temple et au Sud de la statue équestre du roi Noroudâm, dépose l'urne sur le petit tas de bois. Les phousamalas et les snôm-pol-rieun en font le tour trois fois, toujours en lui présentant le côté gauche, puis y mettent le feu après avoir touché avec les cierges allumés les quatre coins du bûcher.

UErXIÈMK JOÎÎRNÉE, MERCREDI *> JANVIER, EXPOSITION DANS LE MEN DES URNES

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