ENSEVELISSEMENT ET INCINÉRATION DU RUDDHA
Quand Ananda annonça aux chefs des Mallas de Kosi que le Buddha était entré dans le Nipéan, ce fut une grande désolation dans la ville ; les hommes montraient un visage attristé, les femmes et les enfants pleuraient, criaient et se lamentaient en disant : c Le Saint est allé trop tôt au Nipéan ». Les chefs de la ville qui étaient au nombre de cinq cents choisirent chacun un membre de leur famille, et ces dnq cents Mallas furent chargés de parcourir la cité et de rassembler les parfums les plus estimés et les les plus chers, de préparer les corps de musique, de rassembler les étoffes nécessaires et de tout faire transporter à Tendroit où le saint corps du Buddha gisait dans le bois des Salas (i).
Il fallut sept jours pour rassembler tous ces objets, les transporter au bois des Salas et tout préparer et, pendant ces sept jours, les princes Mallas demeurèrent sous des tentes élevées exprès pour eux, dans la tristesse et dans la désolation.
Après ces sept jours, sept jeunes princes ayant lavé leurs têtes et leurs mains avec le plus grand soin, s*étant vêtus de riches habits, entreprirent d'enlever le corps et de le porter à un endroit situé au Sud de la ville de Kosi où les Mallas avait décidé de rincinérer. Il ne purent le soulever de terre, quelqu'eftbrt qu'ils fissent. Anuruth (a), consulté sur cela, répondit que le saint corps était devenu lourd parce que les tévodas (3) voulaient qu'il fût promené au travers de la ville, d'abord à TOuest, puis de là au Nord, d'où il pénétrerait dans la ville par cette porte, passerait par la place centrale où les Mallas s'assemblaient pour délibérer et sortirait de la ville par la porte Est afin de gagner Mokâth-bândhâo (4), Tendroit où les Mallas avaient coutume de s'assembler pour se divertir.
Qu'il en soit ainsi, dirent les princes, et le corps fut transporté pour l'incinération à Mokàth-bândhân,où le bûcher de bois de santal était déjà élevé. Le saint corps fut déposé à terre et les princes Mallas demandèrent à Anont comment il fallait ensevelir et offrir le corps au saint feu. Anont, se conformant aux instructions que le Buddha lui avait données avant de mourir, leur répondit : « Les rites que vous devez observer pour le saint corps du Maître, sont ceux qu'on a coutume d'observer pour les rois suzerains ».
Le saint corps fut alors enveloppé dans une très (ine étoffe de Kosi et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on eût employé cinq cents fois l'étofTe de Kosi et cinq cents couches de coton vierge. Cela fait, le saint corps fut placé dans un cercueil de bois de santal.
(i) Le shorea robusta des naturalistes.
{2) En pâli Anuruddha; c'était un des coasins da Baddha.
(5) Du pâli devatâ, divinité.
(4) Miikuta-bandhana.
On prit de l'huile de bois pariumée avec les pariums les plus agréables que les Mallas avaient trouvés dans la ville et on les répandit sur le saint corps jusqu'à ce que les cinq cents pièces d'étofie blanche, les cinq cents couches de coton vierge fussent humectées. Puis on ferma le cercueil avec un autre cercueil plus grand et plaqué d'or qu'on renversa sur le premier, enfm on le plaça respectueusement sur le bûcher de bois de santal arrosé d'huile parfumée et sur lequel on avait jeté des bois qui répandaient une bonne odeur en brûlant
Au moment où Taraha Maha-Kasop (Mahâ-Kâcyapa) arriva, les princes Mallas
essayaient, mais en vain de mettre le feu au bûcher On ne peut mettre le feu au
bûcher, dit Anuruth, parce que les tévodas ne veulent pas que l'incinération ait lieu avant l'arrivée de Maha-Kasop. . . . Etant arrivé, il fit trois fois le tour du bûcher en disant : « Voici le côté où est la tête et voici le côté où sont les pieds ». . . . puis comme il avait fini de rendre hommage au saint corps, le feu prit de lui-même au bûcher et chacun comprit que les tévodas y avaient eux-mêmes mis le feu.
Tout fut consumé, la peau, la chair, les nerfs, les entrailles, le foie, le cœur et les os, sauf quatre dents canines, les deux os qui relient Tépaule au cou, et Tos frontal qui est conservé dans le chedey de Phnôm-Pénh au véalh-Onalom, dont le nom est celui de Tos en question, et cela fit sept reliques. D'autres petits éclats d'os furent ramassés dans les cendres et placés dans sept vases qui furent très exactement bouchés.
Le feu venant à peine de s'éteindre, il ne restait plus que des charbons ardents, lorsqu'une pluie très abondante tomba du ciel. C'étaient les tévodas qui avaient obtenu d'Indra la permission de faire pleuvoir. Alors les Mallas s'avancèrent et versèrent des quantités extraordinaires d'eaux de senteurs.
Les reliques furent ensuite recherchées avec soin dans les cendres par les femmes et les tilles des Mallas et placées dans une botte d'or sous un dais magnifique, où la foule ne cessa point, pendant sept jours, de défiler pour les adorer et pour leur faire des oflrandes.