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A L'ILE D'ELBE

Napoléon I«' vaincu par la coalition, s'était résigné à une amère abdication. Le 43 avril, celui qui avait été empereur des Français, roi dltalie, médiateur de la confédération germanique, consentait à échanger ces titres glorieux contre la petite principauté de Vile d*Elbe, comme si, à la fiQ de sa carrière, il se fût réfugié non loin de sa terre natale dans une île méditerranéenne, plus infime encore que la Corse.

Cambronne qui Tavait suivi, était alors étendu sur son lit de douleur dans un hôtel de Fontainebleau, souffrant des blessures reçues à Craonne et sous les murs de Paris. Il ne s'attendait pas à la décision à laquelle Icmpereur avait souscrite, mais il n'hésita pas à demander à le suivre dans ce dur exil.

(( On m'a toujours choisi, écrit-il au général Drouot, « pour aller au combat, on doit me choisir pour suivre « mon souverain, un refus serait pour moi la plus mortelle « injure. »

Les amis qui restent fidèles dans l'infortune sont trop rares pour être écartés. Napoléon fit droit à la requête de Cambronne et l'inscrivit le troisième sur la liste de ceux qui sollicitaient l'honneur de partager désormais sa desr tinée. Les rédacteurs du traité du 11 avril lui avaient assuré une dotation de deux millions avec le droit d'en disposer à son gré. Cambronne y fut, sur le papier du

moins, compris pour cinquante mille francs que la Restauration peu honteuse de laisser protester sa signature, négligea tout-à-fait de verser à leur bénéficiaire. Mais une autre joie lui était réservée, c'est à lui que Napoléon, la veille de son départ, confia le commandement du bataillon qu'il emmenait à l'Ile d'Elbe.

Us ne partirent pas ensemble, du moins pour faire tout le voyage. Après avoir prononcé le fameux discours d'adieux à la Garde impériale. Napoléon s'élança dans sa voiture au fond de laquelle le général Bertrand avait déjà pris place. Le général Drouot, Gambronne, Foureau de Beauregard, médecin, Rathery, secrétaire de TEmpereur, Bouillon et Deschamps, fourriers du palais et Peyrusse montèrent dans les voitures suivantes qui prirent la route de Lyon ( i ). Mais la conduite ne fut pas bien longue pour Gambronne et tandis qu'une malle-poste emportait à grandes journées le monarque déchu, les quatre cents grenadiers de Gambronne voyageaient par étapes. Il y avait, dans cet attachement inébranlable de ces braves gens à une cause perdue, tant de générosité désintéressée qu'en traversant la France, !a garde reçut partout des témoignages d'admiration et de respect, non seulement de la part de la population, mais même de la part des étrangers qui occupaient le territoire.

Dans toutes les villes où le bataillon s'arrêtait, on envoyait bivouaquer les soldats autrichiens logés chez les bourgeois et c'était aux braves de la garde qu'étaient réservées les meilleures places. A table avec les sousofficiers , les officiers impériaux eux-mêmes exigaieut

(l 1 Ribliothèque d*i Carcassonne (manuscrits), Collection A. Peyrusse 25B ^8:»i9.. Campagne de France en i8i4.

qu*on servU toujours les grenadiers français avant leurs propres soldats.

Une seule fois, un vieux major autrichien ne voulut pas céder ses logements à la garde. Son refus était proféré sur un ton insultant et provocateur : — Tu te conduis ainsi, lui dit le général Cambronne, eh bien fais placer tes soldats d'un côté, je vais mettre les miens de l'autre, et nous verrons alors à qui les logements resteront.

En face de cette attitude énergique le vieux major n'insista pas. (1)

Cambronne et ses hommes ne débarquèrent à Tîle d'Elbe que le 26 mai 1814, vingt-trois jours après Napoléon. Avant même l'arrivée de ses fidèles compagnons, l'empereur s'était préoccupé de l'organisation militaire de son nouveau royaume et parmi, les ordres qu'il signait, nous trouvons le suivant en date de Porto-Ferrajo, le 10 mai :

Organisation Militairb

Gouverneur, le général Drouot, Commandant de Porto-Ferrajo, le générai Cambronne.

avec cette mention significative , sous la plume d'un homme désormais obligé de compter avec k'exiguité de ses ressources :

Le général Drouot et le général Cambronne prendront des aides-de-camp parmi les officiers du bataillon de la Garde de manière que cela ne forme pas une dépense (2).

Ainsi, voilà Cambronne commandant de la place de

(1) Une année de la vie de Vempereur Napoléon ou Précis historique de tout ee qui s'est passé depuis le f^ avril i8î4 jusqu'au 21 mars 1815 relativemÊnt à S. M. et aux braves qui Pont accompagnée par A. D. B. M***, lieutenant de grenadiers (Paris, Eymery, 1815, in-8<»s

(2) Correspondance de Napoléon, n° 21568.

Porto-Ferrajo, chargé de la police militaire et de Tinstruction des Corses organisés en bataillons. Ce fut un repos de dix mois. Nous avions espéré que les archives municipales de cette ville contiendraient quelque trace du passage de Cambronne. Il semble que non. S'il s'y trouve des correspondances de Ilusca, de Morand, de Durutte, de Caliier, de Dazémar, de Dalcsme, de Drouot, de Lapî, de Bertrand, qui furent môles soit avant, soit après 1814 à l'histoire de l'île, rien, nous écrit le syndic de Porto- Ferrajo, ne rappelle aux archives le souvenir du général Cambronne.

Parmi les ordres donnés plus tard au général Drouot, notons celui-ci (1).

Porto-Ferrajo, i9 janvier 1815.

Le géiiôral Cambronne accompagné d'un officier d'artillerie, passera vu revue toutes les batteries de l'île, au moins deux fois par an.

L'n ordre du 29 mai qui figure au registre manuscrit

de correspondances et d'ordres écrits à l'île d'Elbe par

Uathery, secrétaire de Napoléon (2), nous fait connaître

mieux encore les attributions de Cambronne. Il est ainsi

conçu ;

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