‹ CambronneChapitre 19 sur 73 · ACTE IV, SCÈNE XI. — Waterloo · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE XI. — Waterloo

Un aide de camp. — La garde est taillée en pièces.

Buonaparte. — Diable 1

L'aide-de-camp. — Elle s'est précipitée avec trop d'aveuglement et s'est fait envelopper. Rendez-vous, braves gens, rendez-vous, leur criait-on de tous côtés. « La garde meurt et ne se rend pas », répond fièrement le général Cambrone ; et la garde n'existe plus.

Buonaparte. — Comme cela, Cambrone est mort.

L'aide-de-camp. — • Non, sire, il s'est rendu.

Buonaparte. — Comment, après avoir dit que la garde mourait et ne se rendait pas.

L'aide-de-camp. — Sire, il était blessé 1

Buonaparte. — Belle excuse!...

Ainsi, dans ce pamphlet hostile à Cambronne, puisque l'auteur lui fait un reproche de n'être pas mort et de s'être rendu, comme si, couvert de blessures, ramassé sur un monceau de cadavres, Cambronne n'avait pas vaillamment tenu sa parole, la belle phrase dont nous recherchons la paternité, lui est formellement attribuée et pourtant Martainville, au point de vue de sa polémique avait plutôt à lui à en contester le mérite. Et c'était en 1815, c'est-à-dire au lendemain même de Waterloo, alors que les témoins ne manquaient pas pour protester s'il y avait lieu 1

Un autre ouvrage de la même époque, Précis des journées des i5, i6, ly et i8 juin 18 î 5 ou Jîn de la vie politique de Napoléon Bonaparte, par Giraud (Paris, Alexis Eymery, libraire, 1816) constate aussi que cette

belle réponse est généralement attribuée à Cambronne. Il ajoute que pour être vrai en tout, il faut remarquer que quelques personnes la révoquent en doute. C'est là encore un livre bostile au régime déchu !

Dans la préface d'une brochure que nous avons déjà citée (1) et qui parut — notons bien cette date — en 1816^ au lendemain du procès, Tauteur anonyme écrit :

« Aurait-elle craint de se lever dans le sanctuaire, cette p tête couverte de cicatrices et de lauriers ? et cette voix » pouvait-elle trembler, en demandant une réparation de » l'honneur, qui, du milieu de nos rangs, criait aux » Anglais, dans la journée de Waterloo : « La garde » meurt et ne se rend pas ? »

Deux ans après, vers la fm de 1818, à propos d'un vers de Bélisaire de M. de Jouy, quelques gazettes se disputaient sur Tauthencité de la phrase attribuée au général Cambronne : La garde meurt et ne se rend pas. Le Journal des Débats, alors tout acquis à la dynastie des Bourbons ne l'oublions pas, contesta non seulement le mérite du général, mais même l'authenticité de la phrase (2);

Persuadé, disait l'auteur du feuilleton qui ne signait que d'un V majuscule, qu'on peut disputer l'honneur d'une phrase ronflante au général Cambrone (sic) sans rien ôter à sa réputation militaire, nous nous faisons un devoir de déclarer que tout Paris a pu savoir de la bouche du général Cambrone iui-niemc qu'il avait appris cette exclamation monumentale par la gazette, et qu'il ne se souvenait nullement d'avoir rien dit qui en approchât. Il est donc juste d'en restituer la gloire h qui elle appartient, c'est-à-dire à un rédacteur du Journal Général qui l'a proférée, trois jours après l'affaire, à la tête d'une dos colonnes... de ce journal, auquel le sobriquet de Journal Militaire en est resté.

(1) Procès du général Cambronne (voir la note de la page 23).

(2) Journal des Débats du 16 Décembre 1818.

Tout Paris ne fut pas de Ta vis du Journal des Débats et l'exemplaire suivant de la Minerve, une revue libérale que Benjamin Constant et ses amis publiaient alors, non sans mille difficultés avec la censure, contenait une réplique chaleureuse, quelque peu emphatique du général Berton qui revendiquait pour Cambronne l'honneur de l'héroïque réponse. Berton, le futur conspirateur de Saumur, avait été nommé général de brigade en 1843 à peu près en même temps que Cambronne. A Waterloo, c'est lui qui commandait les dragons d'Excelmans et depuis il a écrit l'histoire de la terrible bataille (1). Il avait retrouvé son compagnon d'armes en prison, à l'Abbaye, vers la fin de 1815. Cambronne y attendait son jugement, Berton qui y demeura une année tout entière sans que le gouvernement lui eût jamais donné le motif de son incarcération et qui en sortit sans le connaître, attendait tranquillement sa mise en liberté. Ainsi rapprochés par la môme infortune, les deux généraux durent échanger plus d'une confidence, durent parler plus d'une fois de la journée qui vit la chute de l'Empereur, et c'est ce qui donne à la lettre de Berton que Cambronne ne démentit pas, qu'il avait peut-être inspirée, une importance incontestable (2). La voici dans son entier :

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