GIRAUD
Mais le fonctionnaire le plus enragé était un certain
vicomte de Cardaillac que nous retrouverons plus loin,
commissaire spécial de police, capable d'inventer des
complots pour le plaisir de dénoncer ensuite quelques
patriotes et qui, correspondant directement avec le
ministre, en profitait pour étaler son dévouement à la
dynastie des Bourbons. Il venait de prendre possession de
son poste à Nantes, quand il écrivit à son supérieur
hiérarchique la lettre que voici (i) :
Nantes, le 12 novembre 1815.
A Son Excellence le Ministre de la Police Générale. Monseigneur, J'ai appris à mon arrivée que le général Camhronne retenu prisonnier à Asburthon en Angleterre, et compris dans l'article
(l) Archives nationales.
l«r (le l'ordonnance de Sa Majesté du 24 juillet dernier, et qui, au terme de Tordonnance du 2 août doit ôtre mis eo jugement à Paris, a manifesté Tintention de débarquer dans un des ports du département de la Loire-Inférieure. J'ai pris aussitôt les mesures qui m*ont été possibles pour arroter ce traître à son apparition ; sa famille habite à Nantes et a des liaisofis intimes avec tout ce quil y a de mauvais dans la ville et surtout avec la maison Petit-Pierre, qui me donnera beaucoup de mal. J'espère, Monseigneur, que ce général ne s'introduira pas à Nantes sans y être arrêté, mais je ne puis do môme répondre des autres points du département ; je n'ai pas d'agents dans plusieurs endroits où j'en aurais un besoin urgent. Les postes de gendarmerie, comme j'ai eu l'honneur de l'exposer à Votre Excellence, par ma lettre du il, ne sont pas assez nombreux.
Je joints ici, Monseigneur, les renseignements que j'ai pu me me procurer sur le signalement du général Cambronne.
Il est âgé de 44 à 45 ans ;
Taille de 5 pieds 5 à 6 pouces ;
Figure maigre, carrée, air dur, marqué de petite vérole ;
Teint vivement coloré ;
Yeux bleus, petits, vits et renfoncés ;
Cheveux blonds ;
Favoris grands ;
On dit qu'il a été blessé à Waterloo, on le croit boiteux et couturé de coups de sabre au visage.
Je suis avec le plus profond respect. Monseigneur, de Votre Excellence, votre très humble et très obéissant serviteur.
Le v^e DE Cardafllac.
Le ministre crut devoir calmer tant de zèle et répondit comme suit :