‹ CambronneChapitre 25 sur 73 · POLICE GÉNÉRALE — CABINET · texte numérisé non relu

POLICE GÉNÉRALE — CABINET

Le i9 novembre 1813.

Monsieur, j'ai reçu votre lettre du i2 do ce mois avec le signalement du général Cambronne, je vous en remercie.

Ce général n'a point manifesté l'intention de se soustraire à la surveillance de la police lors de son retour en France, mais

il voudrait en éluder Taction et se rendre librement à Paris. Cette prétention ne saurait être admise.

Cependant Gambronne s'impatientait d'attendre vainement la réponse du ministre de la guerre à sa lettre du 10 octobre. Le temps lui paraissait long dans sa prison d'Ashburton, petite ville du Devonshire, sur les bords de Dortmoor ; il demanda à rentrer en France sans attendre les conventions générales relatives au rapatriement des prisonniers de guerre.

Nous avions espéré trouver aux archives de l'Amirauté anglaise — département qui administrait alors les pontons — quelques documents intéressants, mais le classement n'en est pas fait ; les livres d' « Ashburton

Prison » ne sont complets que jusqu'à l'année 1797. Toutefois, grâce à l'obligeance de M. John O'Neill, nous pouvons donner trois lettres enfouies au « Public Record Office » et qui concernent Gambronne :

Transport office, 6'^ Dec»" 181 S.

[To] J. \V. Crokor, Esq., Admiralty.

Sir, you will be pleased to lay before Ihe Right Honourable the Lords comniissioners of Ihe Admiralty Ihe enclosed copy of a lelter froni Mr. J. Gribblo, Ihe agent for prisoners of war at Ashburton, preferring the request of gênerai Gambronne and three olher French prisoners of \var(l) at that place to bepermitted lo return to France by way of Dover, without w aiting for the gênerai arrangement and we request that you will signify to us their Lordships' directions thereupon. We are, Sir, your most obedient and humble servants,

R. G-. — J. H. — J. F. [Ce sont les « Commissioners for transports » ]

^1) C'étaient MM. «le Saint-Hilaire et les lieutenants-colonels Denneberj? et Renneb^M•|^^

7th Decr 4815.

[To] W. Hamilton, esq.

Sir, I am commanded by my Lords commissioners of the Admiralty to send herewith copy of a letter from W. Joseph Gribbie, agent for prisoners of war at Ashburton, preferring the request of gênerai Cambronne and three other French prisoners to be permitted to retum to France at their own expense by way of Dover, without waiting for the gênerai arrrangement ; andto request whatanswer Lord Castlereaghwould suggestas fit to be given to the application in question, or to any other of a. similar nature. I am etc., J. B.

48th Decr 1815.

[ToJ Major gênerai Sir H. Bunbury.

Sir, with référence to Lord Bathurst's communication to my Lords Commissioners of thè Admiralty, of the 16 th insL, relative to the release of the French prisoners of war, I hâve it in commandto acquaint you, for the information of his Lordship, that they hâve issued a warrant to the commissioners for Transports immediately to send ail French prisoners of war to the ports of Cherburg, Havre, or Morlaix, as may be most convenient ; and to caution the parole of other prisoners, who may be allowed to find their own way home, from landing at Calais. I am etc., J. B.

Cambronne eût été rapatrié à Cherbourg, au Havre où à Bforlaix s'il eût suivi le sort commun des autres prisonniers de guerre ; comme il offrait de se rendre en France à ses frais, il obtint l'autorisation de débarquer à Calais.

Avant de partir, Cambronne prit soin de se munir d'un certificat du docteur Loran qui Tavait soigné pendant son séjour en Angleterre et qui lui délivra la pièce suivante :

Je certifie avoir eu soin de la blessure de M. le général Cambrun, reçue à Waterloo et dont j'ai tiré six esquilles.

Ashburton, 13 décembre 1815.

Loran.

Le mém'5 jour, il prévenait son cousin, M. Waubert, négociant^ rue Meslay à Paris de son retour:

Mon cher cousin,

Je pars ce jour pour France, j*espère donc sous peu avoir le

plaisir de vous voir et de vous embrasser, ainsi que votre épouse

et vos enfants.

Amitié pour la vie,

Le Baron Cambronne.

Il écrivit aussi une nouvelle lettre (1) au ministre de la guerre, toujours à la même date :

Monseigneur, J'ai rhonneur de prévenir Votre Excellence que je pars aujourd'hui pour me rendre à Paris, pour y être jugé conformément à l'ordonnance du Roi. Je passe par Calais, où je compte descendre.

En effet, il débarqua le 17 décembre à Calais, se fit conduire cbez le commandant de la place qui le mit sous la garde d'un capitaine en demi-solde, M. Cresson, du cidevant !«'• léger, avec mission de l'escorter jusqu'à Paris. Tout en confiant ce soin à cet officier, le colonel lieutenant du roi à Calais s'en excusait auprès du commandant de la 16® division militaire, le marquis de Jumilliac. Il n'avait en tout à sa disposition que cinq gendarmes conti*nuellement en courses pour les réquisitions et c'est pourquoi il avait fait choix du capitaine Cresson, sur lequel il croyait pouvoir compter.

D'ailleurs cette arrivée avait provoqué dans le monde •officiel une vive émotion. Le maire de Calais en avait «visé directement le ministre de la police générale ; le

^1) Cette lettre transmise par le TransportrOffîce au ministre de la marine et par le ministre de la marine à son collègue de la guerre, ne parvint à destination que le 28 décembre suivant :

La bureaucratie n'a guère changé de système depuis.

sous-préfet de Boulogne, prévenu du débarquement de Cambronne, de M. de Saint-Hilaire et des lieutenantscolonels Denneberg et Renneberg, en avait fait autant, non sans signaler qu'arrivé à trois beures du matin, Cambronne ne s'était présenté chez le lieutenant du rai qu'à une heure de l'après-midi.

C'était sur le paquebot le Modeste, capitaine Grandin, que Cambronne avait fait la traversée. Il avait dormi, puis à son réveil, écrit à sa mère qu'il partait pour Paris et qu'il l'engageait à n'avoir aucune crainte à son sujet.

Au lieutenant du roi, Louis-François Magnier^ chevalier de Baina, il donna sa parole d'honneur qu'il se conformerait aux instructions données au capitaine Cresson et que, dès ce moment, il se regardait comme son prisonnier.

Le préfet du Pas-de-Calais avisa le ministre de la police le 19 décembre seulement ; enfin, le lendemain, le marquis de Jumilhac écrivait au ministre de la guerre :

Monseigneur,

J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Excellence de l'arrivée du général Cambronne à Calais : des ordres ont élé donnés de suite pour que le général soit conduit à Paris cl remis à M. le comte de Rochouard. Il a été confié à M. Cresson, capitaine au ci-devant l«r léger, qui est chargé do sa garde.

Le marquis de Jumilhac, Lieutenant général commandant la 16e division militaire. Lille, le 20 décembre 1815.

Mais cette lettre officielle n'était plus que de pure forme ; à l'heure même où elle était écrite, Cambronne s'était déjà présenté au général Despinois et avait été écroué à l'Abbaye, où d'autre officiers généraux attendaient également qu'il eût été statué sur leur sort.

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